Ulrich et ses compagnons découvrent Altdorf, capitale de l’Empire aussi majestueuse que nauséabonde. Entre les tours magiques qui font rêver Vanda, les cuirassés impériaux qui émerveillent le caporal et le village flottant où ils sont parqués, Loupiot choisit ce moment pour révéler son vrai visage : celui d’un arnaqueur prêt à sacrifier une femme battue pour récupérer la moitié d’un bateau. Acte 62 des Chroniques d’Ulrich von Schnitzelbach, campagne Warhammer Fantasy.
Par les pets emprisonnés de Nurgle ! Il est des matins où l’on croit toucher à la gloire en approchant de la capitale de l’Empire, et où l’on découvre que même les plus hauts lieux de la civilisation puent comme une charogne de trois semaines. Il est des instants où l’on admire les sept ponts majestueux d’Altdorf tout en retenant son souffle pour ne pas vomir. Et il est des moments où l’on découvre que son compagnon batelier a sacrifié une femme battue pour récupérer la moitié d’un bateau… et où l’on accepte de l’aider quand même, parce qu’au fond, nous sommes tous des pourritures avec des ambitions.
Caporal Ulrich von Schnitzelbach, découvrant qu’Altdorf sent aussi mauvais que la nature humaine, An 2523 CI

Altdorf, Capitale de l’Empire, sent le cul pourri…
Ceux qui prétendent que Nuln mérite le titre de « Joyau de l’Empire » n’avaient pas menti sur un point : comparée à Altdorf, ma chère cité natale sentait la lavande fraîche cueillie par des vierges au petit matin.
Car Altdorf, par les narines bouchées de Sigmar, PUAIT.
Sordide. Poisseuse. Moite. Putride. Tous les adjectifs y passaient comme des rats dans un égout — c’est-à-dire nombreux, pressés, et parfaitement à leur place.
Quand nos narines supplient qu’on les achève
Mais le pire restait à venir.
Dès que la nuit tomba, une sorte de poix visqueuse s’éleva des eaux. Une brume collante, jaunâtre-verdâtre, épaisse comme de la morve de géant, vomie par le Reik et le Talabec qui confluent ici dans un mariage aussi nauséabond qu’inévitable.
« Par les flatulences de Nurgle ! » m’exclamai-je en voyant cette purée de pois malsaine envelopper la cité.
Cette brume transformait Altdorf en cité fantomatique. Mystique, certes — si l’on trouvait du mystique dans l’odeur d’un cadavre de trois semaines mariné dans du jus de chou.
Renate se couvrit le nez avec son châle. Alvira — pardon, Marceline — avait sorti un mouchoir imbibé d’herbes aromatiques de sa mallette d’apothicaire. Vanda, elle, semblait immunisée — peut-être que les vents de magie améthyste sentaient encore pire.
Et moi, pauvre caporal du Stirland habitué aux effluves des cochonneries familiales, je découvris que même mon estomac de soldat avait ses limites.
(Note olfactive : on dit que l’odeur d’Altdorf peut assommer un halfling à cinquante pas et faire pleurer un nain à cent. Je confirme que ces rumeurs sont en-dessous de la vérité.)

Les Merveilles de Vanda — Ou quand une apprentie magicienne découvre que ses rêves sentent meilleur que la réalité
Mais au milieu de cette pestilence, quelque chose d’extraordinaire apparut sur la rive nord.
LES SEPT GRANDES TOURS DES COLLÈGES DE MAGIE.
Vanda écarquilla les yeux comme une gamine devant un étal de sucreries. Sa bouche s’ouvrit. Ses mains tremblèrent sur le bastingage.
Sublimes constructions s’élevant vers les cieux ! Chacune dédiée à une école de magie différente ! Architecture défiant l’imagination et probablement les lois de la gravité !
« Un jour, » murmura-t-elle, les yeux brillants de larmes — ou peut-être était-ce la brume qui les lui piquait —, « j’étudierai dans l’une d’elles. En tant qu’étudiante libre. Plus jamais servante d’une sorcière corrompue comme Etelka ! »
Je la regardai avec une tendresse que je ne me connaissais pas. Cette petite — cette gamine qui cachait une force de titan sous ses airs d’apprentie maltraitée — méritait mieux que notre équipage de bras cassés et de consciences élastiques.
Mais le plus troublant, c’est ce qu’elle apprit des autres bateliers amarrés près de nous :
« Le quartier magique DÉFIE LES LOIS DE LA PHYSIQUE ! » nous rapporta-t-elle, mi-effrayée, mi-fascinée. « Des rues entières disparaissent pour réapparaître ailleurs ! Des gens s’évaporent dans certains coins et ressortent trois jours plus tard sans avoir vieilli d’une minute ! La gravité elle-même y fait des caprices — on peut marcher au plafond dans certaines ruelles ! »
Par les aberrations architecturales de Sigmar…
(Note personnelle : je savais que les magiciens étaient aussi fêlés qu’un pot de chambre après une nuit de beuverie, mais à ce point… Je me promis de ne JAMAIS mettre les pieds dans ce quartier. Ma conception de la réalité était déjà suffisamment mise à mal par nos aventures récentes.)

Mon éblouissement militaire
Mais ce qui me fascina le plus — ce qui fit battre mon vieux cœur de soldat comme un tambour de guerre — ce fut le spectacle des patrouilleurs fluviaux impériaux.
Des navires de guerre rutilants, plus grands que tout ce que j’avais jamais vu sur le Reik ! Des coques renforcées d’acier ! Des ponts grouillant de mercenaires en armures complètes ! Et surtout — par les canons bénis de Nuln — des batteries d’artillerie flambant neuves qui auraient fait pleurer de joie n’importe quel maître-fondeur !
Et les chiens de guerre ! Des molosses énormes, bavant et grognant, chargés dans des cages sur les ponts inférieurs !
« Où vont-ils ? » demandai-je à un docker qui passait près de notre barge, la bouche ouverte d’admiration.
« Vers Bogenhafen, l’ami ! » répondit-il en crachant dans l’eau. « L’Empereur veut récupérer cette cité franche ! Ces marchands se croient au-dessus des lois ? Il faut leur montrer qui commande dans le Reikland ! »
Mes yeux de soldat s’émerveillèrent comme ceux d’un enfant devant son premier défilé militaire.
VOILÀ ce que c’était, la vraie puissance impériale ! Comparée à ça, la garde de la Gravine ressemblait à une troupe de théâtre amateur jouant aux soldats avec des épées en bois !
(Réflexion amère : et moi, pauvre caporal, je me pavanais avec ma Zweihander en croyant être quelqu’un. Face à ces cuirassés flottants, je n’étais qu’une fourmi avec des prétentions de scarabée.)

Notre hébergement flottant
Naturellement, nous ne fûmes pas autorisés à accoster aux quais principaux.
Non, par les discriminations sociales de Sigmar ! Nous fûmes dirigés — parqués serait plus exact — vers une sorte de village flottant : tous les bateaux de « moindre importance » amarrés ensemble comme un bidonville aquatique.
Barges modestes aux voiles rapiécées. Esquifs de pêcheurs qui sentaient le hareng depuis trois générations. Navires marchands de second ordre dont les coques prenaient l’eau à chaque vague. Et nous, « La Destinée », coincés entre une péniche de transporteur de fumier et un rafiot de vendeur d’huîtres douteuses.
Nous étions chez nous, finalement.
« Au moins, » soupira Renate en se pinçant le nez, « l’odeur de poisson pourri masque la puanteur générale. C’est comme mettre un emplâtre de merde sur une jambe gangrenée — ça ne guérit rien, mais au moins on change de parfum. »
Je ne pus m’empêcher de rire. Cette Strigani avait un sens de l’humour aussi noir que ses cheveux.

La Grande Révélation de Loupiot — Ou quand notre batelier crache enfin sa valda et révèle qu’il est encore plus fumier qu’on ne le pensait
C’est là que je croisai les bras et fixai notre mystérieux Loupiot :
« Mon petit, il serait peut-être temps que tu craques ta valda ! Qu’est-ce que tu as à faire dans cette cité ? »
Et là… PAR LES COUILLES DORÉES DE SIGMAR ! La vérité éclata :
« Mon cher caporal, j’ai besoin de ton assistance. Car un NAVIRE m’attend à Altdorf ! »
« Ton quoi ? »
« Mon navire ! En récompense d’avoir protégé le mariage Prahmhandler à Kemperbad, d’avoir tenu tête au Répurgateur, j’ai obtenu… la MOITIÉ d’un bateau ! »
Je le regardai, bouche bée.
Ce fumier.
Ce roublard.
Ce génie du calcul mercantile.
Il avait tout planifié depuis le début.
L’explication du deal — Ou comment Loupiot révèle qu’il a le cerveau d’un usurier et le cœur d’un requin
Notre batelier nous expliqua son coup de maître avec la fierté d’un chat qui vient de voler le rôti sur la table du banquet :
« Les Prahmhandler m’ont donné un document officiel : cinquante pour cent de propriété d’un navire dont le capitaine n’a pas payé ses traites ! »
« Comment ça, la moitié ? » demandai-je, sentant que j’allais regretter la réponse.
« Simple comme un coup de dés pipés ! Le capitaine — un certain Müller — doit de l’argent. Beaucoup d’argent. Les Prahmhandler ont racheté sa dette. Et moi, en échange de mes services lors du mariage, j’ai récupéré la moitié de ses parts ! Légalement, officiellement, avec tous les sceaux et signatures qui vont bien, je possède CINQUANTE POUR CENT de son bateau ! »
Il brandit un parchemin froissé comme s’il s’agissait de la Sainte Relique de Sigmar.
(Note d’admiration perverse : ce fumier avait tout calculé depuis le début ! Pendant que nous risquions nos vies contre des cultistes et des créatures tentaculaires, lui pensait à son investissement immobilier flottant !)

Ma révélation sur sa vraie nature ou comment comprendre qu’on voyage avec un beau salaud
Mais Vanda, notre conscience morale, ne put se taire :
« Loupiot… tu réalises que tu as laissé cette pauvre Hanna se faire tabasser et épouser un porc ? POUR UN BATEAU ? »
Le sourire de Loupiot se figea. Puis il haussa les épaules :
« J’ai des ambitions, moi ! Une carrière ! Un destin ! Je compte devenir un puissant armateur, pas rester un pseudo-bâtelier toute ma vie ! »
(Vérité cruelle : nous voyagions avec un monstre. Un monstre qui avait appris des leçons d’Ashkarûn sur l’art de sacrifier les autres pour son profit.)
Mon Nouveau Rôle d’Huissier — Ou comment un caporal héroïque devient garde du corps, percepteur de dettes et déménageur en une seule conversation
« Donc, si j’ai bien compris, » résumais-je en me massant les tempes comme un homme qui sent venir la migraine de sa vie, « il faut que MOI, je joue les gros bras pour que MONSIEUR LOUPIOT récupère SON bateau ? »
« Exactement ! » Son sourire était revenu, lumineux comme un soleil d’été sur une fosse septique. « Tu es désormais mon garde du corps ET mon huissier ! Nous avons une perception de dette à effectuer ! »
« Et je fais déménageur aussi, peut-être ? Porteur de malle ? Cireur de bottes ? »
« Si tu avais les compétences de serrurier, tu pourrais aussi… »
« Non, c’est MOI le serrurier ! » intervint Vanda avec une fierté qui me fit hausser un sourcil.
(Résignation totale : de caporal héroïque au service de la Gravine de Nuln, j’étais devenu l’homme de main d’un armateur en herbe aux scrupules d’un marchand d’esclaves. Ma carrière prenait des tournants que même von Kriegstein n’aurait pas anticipés dans ses manuels.)

Le plan de récupération
Loupiot détailla son plan avec l’enthousiasme d’un général préparant une campagne militaire — sauf que sa campagne visait un seul homme endetté :
« Nous nous rendons au navire. Je présente mes papiers officiels. S’il accepte de reconnaître ma copropriété, parfait ! Nous négocions civilement ! »
« Et s’il refuse ? » demandai-je, connaissant déjà la réponse.
« Eh bien… voilà pourquoi j’ai besoin d’un garde du corps impressionnant avec une épée aussi grande qu’un homme ! »
« Et s’il faut lui péter la gueule ? »
Loupiot eut un geste vague de la main :
« Tu es un ancien mercenaire, non ? Improvise ! Mais essaie de ne pas le tuer. Un capitaine mort ne peut pas manœuvrer un bateau, et je n’ai pas encore les compétences pour naviguer sur une embarcation de cette taille. »
Par le pragmatisme glacial de Sigmar…
Mes Doutes Tactiques — Ou pourquoi deux bateaux ne font pas forcément une flotte quand on a la moitié d’un cerveau
Vanda exprima mes propres réserves avec la précision d’un chirurgien :
« À quoi va nous servir un deuxième bateau pour aller à Bogenhafen ? « La Destinée » nous suffit amplement. Et si ce n’est pas un cuirassé armé de canons qui nous protège des attaques de Pollutio… »
« Ah mais c’est un investissement à long terme ! » protesta Loupiot. « Pensez grand ! Pensez empire commercial ! Pensez… »
« Pensez qu’Ashkaroun nous échappe pendant qu’on joue aux huissiers, » coupai-je sèchement.
Le sourire de Loupiot vacilla.
« Trois nuits maximum ! » promit-il. « On récupère ma moitié de bateau, on règle les détails administratifs, et on repart vers Bogenhafen ! »
« Ashkaroun, on ne le reverra jamais à ce rythme, » marmonnai-je.
(Dernière pensée en me préparant à jouer les collecteurs de dettes : comment j’en étais arrivé là ? De défenseur autoproclamé d’une noble cause, j’étais devenu le bras armé d’un trafiquant de bateaux aux ambitions démesurées. Mais bon… au moins, cette fois, personne ne me demandait de me cacher dans un cercueil.)
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Huissier Malgré Lui et Garde du Corps d’un Fumier Ambitieux, Découvreur des Vraies Ambitions de Loupiot (et elles puent autant qu’Altdorf), Témoin Consentant de la Corruption Morale de nos Compagnons, Village Flottant d’Altdorf, En Route pour une Saisie Maritime, — An 2523 CI —
P.S. : Loupiot a sacrifié une femme battue pour un demi-bateau. Et moi je l’aide. Les héros, c’est vraiment plus ce que c’était.
P.P.S. : Les sept tours magiques font rêver Vanda. Au moins, quelqu’un garde encore des rêves purs dans ce groupe de corrompus.
P.P.P.S. : L’Empire déploie sa puissance vers Bogenhafen. Comme nous. Comme Ashkarûn. Comme tous nos problèmes. Cette cité franche va être le théâtre de quelque chose de grand. Ou de catastrophique.


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