« Par les papiers froissés de Sigmar qui valent plus que l’or quand on sait les agiter ! Voilà que je sauve nos misérables vies avec un document officiel brandi comme un étendard de guerre, et que ce CRÉTIN de Loupiot décide de tout foutre en l’air en lançant des pièces à l’eau puis en racontant à six voyous que je souffre d’une « humidité maladie » ! JE VAIS LE NOYER ! »
– Village flottant d’Altdorf, entre le bluff diplomatique et la catastrophe sociale — An 2523 CI

L’Art de Bluffer avec des Documents Officiels — Ou comment transformer une lettre de mission en sauf-conduit impérial grâce au pouvoir mystique des sceaux de cire
Face aux six gros bras qui nous encerclaient comme des loups autour d’un agneau particulièrement gras, je sortis ma dernière carte.
Non pas Familienehre — sur ces planches étroites, ma Zweihander m’aurait fait basculer dans le Reik avant même que j’aie pu la dégainer.
Non.
Je sortis quelque chose de bien plus puissant.
L’AUTORITÉ IMPÉRIALE.
« Bien ! » tonnai-je d’une voix qui aurait fait frémir un sergent instructeur. « Je pense que nous allons devoir procéder à un CONTRÔLE OFFICIEL de ce navire dénommé « L’Absinthe » ! Nous allons devoir examiner le registre des marchandises ! Les manifestes de cargaison ! Les autorisations de navigation ! »
Et, d’un geste théâtral que mon vieux sergent aurait applaudi, je brandis ma lettre de mission de la Gravine.
Je l’agitai suffisamment loin pour qu’ils ne puissent pas lire le contenu — qui n’avait strictement RIEN à voir avec des contrôles portuaires — mais suffisamment proche pour qu’ils voient les sceaux officiels. Ces magnifiques sceaux de cire rouge frappés aux armes de la maison von Liebwitz d’Ambosstein. Ces sceaux qui disaient « autorité », « pouvoir », « ne-cherchez-pas-les-ennuis-avec-nous ».
L’effet fut instantané.
Les six mastodons se figèrent comme des statues de sel.
« Excusez-nous, excusez-nous ! » bafouilla soudain le chef, son arrogance fondue comme neige au soleil. « On n’avait pas vu que vous étiez… euh… le chambélan ! Un officiel ! Un monsieur important ! »
Par les bluffs bénis de Ranald, ça marchait !
(Note de satisfaction intense : rien ne vaut l’autorité impériale — même factice — pour calmer les ardeurs des petites frappes locales. Ces idiots ne savaient probablement pas lire, mais ils reconnaissaient un sceau officiel quand ils en voyaient un. Et la peur de l’administration impériale était apparemment plus forte que leur envie de nous tabasser.)

La Surenchère de Loupiot — Ou comment notre batelier révèle qu’il possède lui aussi des papiers officiels et qu’il n’est pas QUE un crétin
« Attendez ! Moi aussi j’en ai une ! »
Loupiot, ce roublard magnifique, sortit à son tour un document de sa veste.
Il l’agita comme un étendard de victoire, le brandissant vers les voyous avec la fierté d’un enfant qui montre son dessin à sa mère :
« Pareil ! Comme lui ! Moi aussi j’ai des papiers ! Des VRAIS papiers ! Avec des sceaux et tout ! »
Je regardai le document avec des yeux ronds.
Par les surprises administratives de Sigmar…
Les Prahmhandler lui avaient vraiment fourni de vrais documents de créancier ! Des papiers officiels, tamponnés, signés, légalisés ! Notre batelier des bas-fonds possédait des documents juridiques qui auraient fait pâlir d’envie un notaire de Nuln !
(Révélation stupéfiante : Loupiot n’était pas qu’un menteur, un manipulateur et un sacrifieur de femmes battues. Il était aussi un homme de loi. Du moins, sur le papier. Ce qui, dans l’Empire, revenait au même.)

Le Changement d’Attitude des Voyous — Ou comment six brutes épaisses se transforment soudain en agneaux bêlants face au pouvoir des tampons officiels
L’effet combiné de nos deux documents fut miraculeux.
Les six mastodons, qui quelques instants plus tôt nous regardaient comme des côtelettes sur pattes, se métamorphosèrent en commerçants obséquieux :
« Bon, les marioles, on va se calmer ! » déclara le chef en levant les mains en signe de paix. « Aujourd’hui, c’est jour de fête ! Nous, on est paix, on est amour ! Du bon Reiklandais qu’on est ! Des braves gens ! Des citoyens modèles ! »
Il sourit — ou du moins, il essaya, ce qui avec sa dentition de cimetière ressemblait plutôt à une grimace de goule constipée.
« En revanche… » ajouta-t-il, et je sentis le « mais » arriver gros comme une péniche, « ça va quand même vous coûter quelques pistoles. Parce que, voyez-vous, messires les officiels, il y a des gars dans le coin qui ne sont pas comme nous… Des belliqueux ! Des méchants ! Méchants comme des boucs en rut ! »

La Légende des « Crochets » — Ou comment découvrir qu’il existe pire que nos racketeurs actuels, ce qui n’est pas rassurant du tout
« D’ailleurs, on les appelle les CROCHETS ! » continua le chef avec un frisson théâtral qui aurait fait honneur à un acteur de foire.
« Rapport au fait qu’ils aiment bien traîner sur les quais avec des crochets de docker. Sauf que souvent, ce qu’ils attrapent avec ces crochets, c’est pas des caisses de marchandises… C’est LA GUEULE ! La gueule des petits gars imprudents qui déboulent dans la grande ville en pensant que c’est une promenade de santé ! »
Il mima un crochet s’enfonçant dans une mâchoire avec un réalisme dérangeant.
« Mais NOUS, on aime bien les étrangers ! On les AIDE ! On les PROTÈGE ! Quelques petites pistoles, et vous avez notre amitié éternelle ! Notre protection contre les Crochets ! Notre reconnaissance ! »
Par les rackets déguisés de Ranald…
La traduction était limpide : « Nous sommes des anges comparés aux vrais psychopathes du port, alors payez-nous pour votre protection contre des dangers que nous venons d’inventer — ou pas. »
C’était du racket classique, mais présenté avec une élégance rhétorique qui forçait presque l’admiration.
(Note cynique : au moins, ces voyous avaient le mérite de l’honnêteté dans leur malhonnêteté. Ils ne prétendaient pas être autre chose que des extorqueurs — ils prétendaient simplement être de MEILLEURS extorqueurs que leurs concurrents.)

La Provocation Stupide de Loupiot — Ou comment notre batelier sabote ma diplomatie avec la subtilité d’un ogre dans un magasin de porcelaine
« Allez, mon petit Loupiot, » soupirai-je, sentant que nous avions gagné cette manche et qu’il suffisait de payer pour s’en sortir. « Va falloir sortir la mitraille. Quelques pistoles et on est quittes. »
Loupiot sourit.
Ce sourire aurait dû me mettre en alerte. Ce sourire de renard qui a trouvé non pas un poulailler, mais un moyen de mettre le feu au poulailler tout en accusant les poules.
Il plongea la main dans sa poche. En sortit plusieurs pièces. Les fit tinter avec ostentation.
Puis — par tous les sabotages de Ranald — CE CRÉTIN les lança EN L’AIR vers le chef des voyous !
« Attrape, mon gars ! C’est pour toi ! Tu m’as bien convaincu ! »
Le chef tendit les mains.
Rata les pièces.
Et nous regardâmes tous, pétrifiés, les pistoles tomber à l’eau avec un « PLOUF » moqueur qui résonna comme un glas.
Les pièces coulèrent lentement, brillant une dernière fois dans l’eau trouble du Reik, avant de disparaître dans les profondeurs.
Le silence qui suivit fut plus assourdissant qu’un tir de canon.

La Réaction Prévisible — Ou comment Loupiot transforme une négociation réussie en humiliation mortelle
Le chef des voyous regarda l’endroit où les pièces avaient disparu.
Puis il leva les yeux vers Loupiot.
Son expression était celle d’un homme qui vient de comprendre qu’on s’est foutu de sa gueule. Une expression que je connaissais bien — c’était généralement la dernière chose que voyaient les gens avant de se faire massacrer.
« C’était les seules que j’avais, les gars ! » lança Loupiot avec un aplomb qui défiait l’entendement. « Il fallait les attraper ! C’est pas ma faute si vous avez des mains de beurre ! »
Par les provocations suicidaires de Sigmar…
« Eh bien, » gronda le chef, dont les poings se serraient avec un craquement sinistre, « on va l’aider à en trouver d’autres. Il sait nager, le « Grand Loupiot » ? »
« Non mais LOUPIOT ! » intervins-je désespérément. « IL NE FAUT PAS FAIRE LE CON ! Il faut écouter le caporal ! Le gars avec la grande épée ! Le gars qui essaie de nous garder en vie ! »
Ma Tentative de Récupération Diplomatique — Ou comment essayer de sauver une situation compromise avec du bluff, des menaces et beaucoup de désespoir
« Le gars avec la grande épée, » déclarai-je en me tournant vers les voyous avec mon air le plus menaçant, « il sait qu’il faut se faire des ALLIÉS dans une nouvelle ville ! Il comprend les règles ! Il RESPECTE les règles ! »
Je posai la main sur le pommeau de Familienehre. Loupiot renchéri comme une rombière :
« Le gars avec la grande épée, vous devriez vous en MÉFIER ! C’est un spécialiste de la grande épée sur poutres ! Un maître du combat en équilibre ! Vous n’avez jamais entendu parler de ces techniques développées dans les montagnes du Stirland ? »
Les voyous échangèrent des regards incertains.
« Non, jamais, » avoua le chef, soudain moins sûr de lui.
« Évidemment ! C’est un art secret ! Transmis de génération en génération ! Et avec la Schaffenfeste qui arrive, des gars comme vous qu’on doit « aider », il y en aura BEAUCOUP dans ce port ! Alors on va faire vite, on va oublier ce malentendu, et chacun retourne à ses affaires ! »
(Note sur le bluff : je n’avais aucune idée de ce qu’était la « technique de la grande épée sur poutres ». Je venais de l’inventer. Mais j’avais appris une chose dans ma carrière de mercenaire : plus le mensonge est spécifique, plus il paraît crédible.)

L’Escalade Inévitable — Ou comment la cupidité et l’humiliation mènent inexorablement à la violence
Mais c’était trop tard.
L’humiliation des pièces à l’eau avait brisé le fragile équilibre que mes documents avaient établi. Le chef des voyous avait été ridiculisé devant ses hommes. Et un homme ridiculisé devant ses hommes ne pardonne jamais.
« En plus de payer le passage, » gronda-t-il, « on va AUSSI me payer le gosier que je vais me rincer pour oublier cette insulte ! Donc on va prendre PLUSIEURS pistoles ! Sa grandeur, le « Grand Loupiot », va me les mettre DANS LA MAIN cette fois ! Pas en l’air ! DANS LA MAIN ! »
« Je vais demander à un de mes lieutenants de venir jusqu’à toi, » ajouta-t-il avec un sourire carnassier, « pour que tu lui donnes, dans sa petite pogne, les pièces qu’il faut. Et si les pièces tombent encore à l’eau… c’est TOI qui plonges les chercher. »
« Non ! » répliqua-t-il fermement, voyant qu’il n’y avait plus d’issue diplomatique. « J’ai bien peur que tu sois obligé de tâter de la Zweihander de mon garde du corps ! »
Attendez.
Son garde du corps ?
J’étais censé être le garde du corps de LOUPIOT ?

Ma Résignation face à l’Inévitable — Ou comment accepter qu’il faut parfois se battre quand on voyage avec un imbécile
« Putain ! » soupirai-je en regardant le ciel, comme si Sigmar lui-même pouvait m’envoyer une solution. « Franchement, j’ai les FILLES avec moi ! Deux femmes à protéger ! Sur des planches pourries ! Face à six gorilles ! »
Je me tournai vers Loupiot avec toute la rage contenue d’un homme qui voit sa journée partir en fumée :
« Allez, Loupiot, on arrête les bêtises ! Tu donnes des pièces à ces messieurs ! DE VRAIES pièces ! DANS LEURS MAINS ! »
Mais notre batelier secoua la tête avec une obstination qui défiait la logique :
« Je n’ai plus de sous ! Cet argent que j’ai jeté, c’était tout ce que j’avais ! Et le reste, j’en ai BESOIN pour mes affaires ! »
« JE NE TE CROIS PAS ! »
« Et puis ce n’est pas le moment de me poser ces questions ! » répliqua-t-il avec un aplomb qui me donna envie de l’étrangler.
Par les contradictions de Ranald, comment ce crétin pouvait-il GASPILLER de l’argent en le jetant à l’eau ET refuser de payer en même temps ?! Quelle était la LOGIQUE derrière cette folie ?!
(Dernière pensée cohérente : si nous survivions à cette journée, je jure devant Sigmar et tous les dieux que je laisserais Loupiot se débrouiller seul la prochaine fois qu’une créature tentaculaire l’attraperait.)

L’Humiliation Suprême de Loupiot — Ou comment notre batelier révèle ses pires secrets en public et décide de m’emporter dans sa chute
Mais le pire — par les humiliations de Morr, le PIRE — restait à venir.
Ce fumier de Loupiot, pris de je ne sais quelle folie autodestructrice, décida soudain que c’était le moment idéal pour RACONTER SA VIE à six voyous qui voulaient nous massacrer :
« Dites-moi, messieurs, » commença-t-il avec un sourire de dément, « il est dans le coin, Joseph Cardgine ? Parce que, voyez-vous, depuis ma petite enfance dans le bordel où j’ai grandi, j’ai vu ÉNORMÉMENT de choses… »
Non.
Non non non non non.
« …et il y a un grand mystère qui me hante depuis l’enfance : comment on fait les bébés, exactement ? Par la bouche ? Par quel trou ? Parce que dans le bordel, j’ai vu beaucoup de choses entrer et sortir, mais jamais de bébé, et… »
« NE ME MÊLE PAS À ÇA ! » hurlai-je, sentant mon honneur se désintégrer comme une feuille dans un brasier.
Mais Loupiot, ce TRAÎTRE, ce JUDAS des bas-fonds, n’en avait pas fini :
« Justement ! Mon garde du corps Ulrich, qui est TRÈS BIEN ACCOMPAGNÉ comme vous pouvez le voir, » — il désigna Renate et Alvira qui me tenaient toujours les bras — « a une certaine forme d’HUMIDITÉ MALADIE qui l’empêche de… enfin, vous comprenez… »
Ma mâchoire se décrocha.
« JE VAIS TE FOUTRE À L’EAU ! » rugi-je en me tournant vers lui, oubliant complètement les six voyous. « POURQUOI VANDA T’A SAUVÉ DE L’HOMME-TENTACULE À WITTGENSTEIN ?! ELLE AURAIT DÛ LE LAISSER T’EMPORTER ! »
« C’est pour ton bien ! » protesta Loupiot. « Je crée une diversion ! »
« UNE DIVERSION ?! TU RACONTES À TOUT LE PORT QUE J’AI UNE MALADIE VÉNÉRIENNE ! »
« Humidité maladie, c’est pas pareil ! »
« C’EST PIRE ! »
Je me tournai brièvement vers le ciel, implorant une Vanda absente :
« VANDA ! SI TU M’ENTENDS ! LA PROCHAINE FOIS QU’UNE HORREUR ATTRAPE CE CRÉTIN, TU LA LAISSES FAIRE ! PROMETS-LE MOI ! »
Les voyous nous regardaient, bouche bée, ayant apparemment oublié qu’ils voulaient nous tabasser. Même la violence cède parfois devant le spectacle de l’absurde.
Renate et Alvira, à mes côtés, s’étaient éloignées de quelques pas, comme si mon « humidité maladie » était contagieuse.
Par les calomnies de Ranald, ma réputation venait de mourir noyée dans le Reik, aux côtés des pièces de Loupiot.
L’Arrivée Mystérieuse — Ou comment le destin intervient au moment précis où je m’apprête à commettre un meurtre
C’est alors, au moment exact où je m’apprêtais à jeter Loupiot par-dessus bord et à affronter les six voyous seul — ce qui aurait au moins eu le mérite de restaurer un semblant d’honneur — que je levai les yeux au ciel.
Je priai.
Pas une prière élaborée. Pas une litanie complexe aux douze dieux de l’Empire.
Juste un cri silencieux : « SIGMAR, MORR, RANALD, N’IMPORTE QUI, SORTEZ-MOI DE LÀ ! »
Et soudain…
UNE SILHOUETTE APPARUT.
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Victime de l’Humiliation Publique par son Propre Protégé, Accusé d’« Humidité Maladie » devant Témoins, Témoin des Confessions de Bordel les Plus Inappropriées de l’Histoire du Reikland, Prêt à Noyer Loupiot dans le Reik et à Plaider la Légitime Défense, Village Flottant d’Altdorf, Au Bord du Meurtre Justifié, — An 2523 CI —
P.S. : La prochaine fois qu’une créature tentaculaire, un vampire, un démon ou n’importe quelle horreur du Chaos attrape Loupiot, JE LA LAISSE FAIRE. Je l’encourage même. Je lui offre un verre après.
P.P.S. : Comment peut-on être assez stupide pour provoquer six voyous APRÈS avoir obtenu leur respect grâce à des documents officiels ? Le talent de Loupiot pour saboter ses propres succès défie non seulement l’entendement, mais aussi les lois de la probabilité.
P.P.P.S. : « Humidité maladie ». Il a dit « humidité maladie » devant Renate. Devant ALVIRA. Devant SIX INCONNUS. Ma vie amoureuse — qui n’existait déjà pas — vient d’être officiellement enterrée.
P.P.P.P.S. : Si cette silhouette mystérieuse n’est pas notre salut, je jure que mes derniers mots seront pour maudire Loupiot jusqu’à la septième génération. Et la silhouette aura intérêt à avoir un sens de l’humour, parce que sinon, elle va nous trouver en pleine crise de nerfs.
P.P.P.P.P.S. : Note pour mes mémoires officielles : cet épisode sera ENTIÈREMENT supprimé. INTÉGRALEMENT. Il n’a JAMAIS eu lieu. Ulrich von Schnitzelbach n’a AUCUNE « humidité ou maladie ». C’est une CALOMNIE. Une DIFFAMATION. Et si quelqu’un prétend le contraire, je le défie en duel.


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