Pendant qu’Ulrich s’éloigne pour affaires, Alvira et Renate spéculent sans vergogne sur la pilosité du caporal — au grand dam d’une Vanda écarlate qui remet tout le monde à sa place. Puis l’équipe s’enfonce dans Altdorf, guidée par Alvira qui connaît les rues comme ses potions, en direction des Collèges de Magie et d’un quartier où même les adresses sentent le soufre. Acte 67 des Chroniques d’Ulrich von Schnitzelbach, campagne Warhammer Fantasy
« Par les oreilles indiscrètes de Ranald qui entendent ce qu’elles ne devraient pas ! Voilà que je surprends trois femmes en train de débattre de ma pilosité, de mon odeur de musc, et de savoir si je « charge directement » au lit comme sur un champ de bataille ! Et pendant que mon honneur agonise, je découvre que la rue aux Cent Tavernes est un boyau d’ivrogne où CENT tavernes hurlent leur existence à l’unisson ! Par les enfers urbains de Morr, Altdorf est pire que tout ce que j’avais imaginé ! »
Rue aux Cent Tavernes, Altdorf — Où l’Enfer a Élu Domicile entre Deux Rangées de Tavernes — An 2523 CI

La conversation qu’un caporal n’aurait jamais dû entendre — Ou comment découvrir que les femmes parlent de vous comme d’un étalon de foire quand elles vous croient absent
Pendant que nous nous apprêtions à nous séparer — Vanda vers les Collèges, nous vers la taverne — je m’éloignai de quelques pas pour vérifier l’itinéraire.
Ce fut une ERREUR.
Car je n’étais pas assez loin pour ne pas ENTENDRE.
Alvira et Renate échangèrent des regards — ces regards de conspiratrice que les femmes réservent aux moments où elles s’apprêtent à disséquer un homme comme un boucher dissèque un cochon.
« Donc, Vanda, » commença Alvira avec ce sourire malveillant caractéristique des apothicaires qui ont vu trop de corps nus sur leur table d’examen, « on parle du caporal ? »
« Pourquoi en parlerions-nous ? » demanda Vanda prudemment.
« Eh bien — il n’est pas là, donc je peux le dire — il dégage un charme… ATYPIQUE. »
Par les charmes atypiques de Sigmar, où allait-elle avec ça ?
Alvira se tourna vers Renate avec l’enthousiasme d’une commère qui s’apprête à révéler un secret juteux :
« Cette espèce de taille incommensurable, tout en longueur ! On dirait une ASPERGE balayée par les vents du Reikland ! Et puis ce regard de vieux chien battu qui a trop vu de combats ! Et cette ODEUR incroyable — ce musc de soldat ! Et ses yeux globuleux qui vous fixent comme si vous étiez la dernière chope de bière du monde ! »
Elle gloussa.
« Ça rend DINGUES les filles, ce genre de chose ! »
Je me figeai derrière mon pilier, le cœur battant comme un tambour de guerre.
Une asperge ? Un VIEUX CHIEN BATTU ? Des yeux GLOBULEUX ?!
Par les descriptions humiliantes de Shallya, c’était CELA que les femmes voyaient quand elles me regardaient ?!
« Ulrich n’est pas une asperge, » objecta Renate — que Sigmar la bénisse pour cette défense minimaliste.
« Non, mais c’est un GROS MACHIN avec une odeur de musc, » corrigea Alvira. « Je ne l’ai jamais vu autrement qu’en armure. Toujours couvert de plaques et de cuir. Même quand il fait chaud. Même quand on dort. »
« Est-ce qu’il est poilu ? » demanda Renate sans détour.
Par les questions intimes de Morr, POURQUOI voulait-elle savoir ça ?!
« Je ne sais pas, » répondit Alvira avec une moue frustrée. « Il garde son armure TOUT LE TEMPS. Même probablement au lit. Le genre de soldat qui dort avec sa cotte de mailles parce qu’il a peur qu’on l’attaque pendant son sommeil. »
Elle marqua une pause.
Et dit quelque chose qui me fit profondément regretter d’avoir des oreilles :
« Un grand sens du devoir, ce caporal. Je le vois BIEN, tu sais… en bottes et en armure, à peine la culotte baissée, chargeant DIRECTEMENT… »
Elle fit un geste qui ne laissait aucun doute sur ce qu’elle voulait dire.
« …comme je les AIME. »
Renate gloussa.
Je faillis m’étrangler avec ma propre salive.
CHARGEANT DIRECTEMENT ?! À PEINE LA CULOTTE BAISSÉE ?!
Par les fantasmes militaires de Shallya, cette femme avait des visions de moi qui auraient fait rougir un répurgateur !
(Note horrifiée : je ne savais pas si je devais être flatté ou terrorisé. Probablement les deux. Surtout terrorisé. Cette apothicaire avait des appétits qui dépassaient largement le cadre de la pharmacopée.)

La Défense de Vanda — Ou quand une apprentie de dix-huit ans se révèle plus mature que deux femmes adultes réunies
Vanda, elle, devint COMPLÈTEMENT rouge.
De la racine des cheveux jusqu’au col de sa robe améthyste.
« Arrêtez, » dit-elle fermement. « S’il vous plaît. Arrêtez IMMÉDIATEMENT. »
« Pourquoi ? » demanda Alvira avec une innocence si feinte qu’elle aurait fait vomir un acteur de théâtre. « Vous n’aimez pas en parler ? Qu’est-ce que vous aimeriez, vous ? Un assaut BRUTAL ? Ou plutôt passer par la petite porte de derrière ? »
Par les métaphores obscènes de Ranald, cette conversation avait COMPLÈTEMENT déraillé !
Vanda prit une profonde inspiration — le genre d’inspiration qu’on prend avant de dire quelque chose de définitif.
« Écoutez, » dit-elle avec une maturité qui dépassait clairement son âge d’apprentie, « je viens à peine de sortir de l’académie. Ce que j’aimerais VRAIMENT, c’est avant tout mon propre CONSENTEMENT. »
Silence.
« Pour l’instant, je m’occupe bien plus de mes ÉTUDES qu’aux plaisirs charnels. J’ai des examens à passer. Des vents magiques à maîtriser. Des morts à communier. Je n’ai pas le TEMPS pour vos histoires de culottes baissées et de charges directes. »
Elle marqua une pause.
« Merci de vous en soucier. Cependant. »
Alvira et Renate échangèrent des regards légèrement honteux — comme deux gamines prises en faute par leur institutrice.
Par la sagesse précoce de Verena, cette gamine de dix-huit ans venait de donner une leçon de dignité à deux femmes adultes qui parlaient de moi comme d’un étalon de reproduction !
(Note d’admiration : Vanda était décidément la seule personne sensée de notre groupe. Elle avait sauvé Loupiot de la tentacule, nous avait sortis de l’embuscade des voyous, et maintenant elle défendait la notion de consentement face à deux prédatrices en chaleur. Cette enfant méritait mieux que nous. BEAUCOUP mieux.)

La séparation définitive — Ou comment notre groupe se divise en fragments éparpillés dans une ville qui veut nous dévorer
« Tu étudiais à l’académie ? » demanda Alvira, changeant de sujet avec la grâce d’un éléphant qui change de direction.
« Oui, » confirma Vanda. « Au Collège d’Améthyste. Le Collège de la Mort. Et je dois y retourner maintenant. »
Alvira se redressa, reprenant son rôle de guide avec un professionnalisme soudain :
« Je connais bien la cité. J’ai fait mes classes ici, avant de m’établir à… ailleurs. Je vais vous montrer la meilleure route. »
Elle pointa du doigt vers une section de la ville que nous ne pouvions même pas voir clairement à travers le smog.
« Vous voyez ce pont là-bas ? Celui que les gens évitent parce qu’ils pensent qu’il est MAGIQUE ? C’est vrai. Il l’est. Mais c’est aussi le plus SÛR. Il a été créé par l’académie elle-même. À côté, il y a un pont construit par les ingénieurs nains. Ensemble, ce sont les deux ponts les plus ÉLEVÉS de toute la cité. »
« Et ? » demanda Vanda.
« Et de là-haut, vous aurez une vue imprenable sur toute la cité. Vous verrez les hautes tours de magie — toutes sauf celle du vent de la Bête, car l’animal et la sauvagerie ne peuvent pénétrer au sein de la cité. La bête doit rester à l’EXTÉRIEUR. »
Elle marqua une pause significative.
« Particulièrement la tour de VOTRE propre école. Le Collège d’Améthyste. La Tour de la Mort. »
Vanda hocha la tête.
« Alors allons-y. »
Et alors que Vanda et Alvira disparaissaient en direction des ponts élevés, vers ce quartier de magie où les vents soufflaient des secrets que seuls les initiés pouvaient entendre, je comprenais que notre groupe était maintenant COMPLÈTEMENT divisé.
Vanda et Alvira vers les Collèges.
Loupiot, Renate et moi vers la rue aux Cent Tavernes.
Et les problèmes allaient probablement s’accumuler comme les dettes d’un joueur de cartes alcoolique.

La Rue aux Cent Tavernes — Ou comment découvrir que l’Enfer a une adresse précise et qu’elle se trouve à Altdorf
Pendant ce temps, Loupiot, Renate et moi nous approchions de ce qu’on appelait la rue aux Cent Tavernes.
Et c’était l’ENFER INCARNÉ.
Par les damnations urbaines de Morr, c’était PIRE que l’enfer !
Oubliez l’espoir d’avoir du ciel au-dessus de votre tête. Sérieusement. OUBLIEZ COMPLÈTEMENT.
Les toits des masures et des maisons étaient tellement de guingois, tellement en train de se TOUCHER les uns les autres, que c’était quasiment impossible de voir plus de deux étages au-dessus de votre tête avant que le ciel disparaisse COMPLÈTEMENT.
C’était comme marcher dans les ENTRAILLES d’une bête.
Comme si un titan avait avalé une ville entière et que nous nous promenions dans son tube digestif.
Les murs suintaient d’humidité. Le sol était couvert d’une substance que je préférais ne pas identifier. Et l’odeur — par les narines bouchées de Sigmar, l’ODEUR ! — était un mélange de bière renversée, de vomi de la veille, de pisse de la semaine dernière, et de quelque chose de MORT qui pourrissait dans un coin.
Et sur votre droite, puis sur votre gauche, se déployait une succession SANS FIN de tavernes.
Des CENTAINES de tavernes.
Toutes plus étonnantes, toutes plus pittoresques les unes que les autres.
C’était un FABULAIRE FANTASTIQUE de la perdition humaine.

Le Bestiaire des Enseignes — Ou comment les taverniers d’Altdorf ont décidé que les noms terrifiants attiraient les clients
Les noms que ces établissements portaient auraient pu faire peur à un sorcier du Chaos.
D’abord, les ANIMAUX :
« Le Griffon Saoul » — avec une enseigne représentant un griffon qui vomissait dans une fontaine.
« La Taverne du Dragon » — où le dragon en question semblait plus intéressé par le tonneau de bière que par le chevalier qui tentait de le combattre.
« L’Auberge de l’Ogre Joyeux » — et l’ogre en question avait effectivement l’air joyeux, probablement parce qu’il était en train de dévorer un halfling.
« Le Bar des Créatures du Chaos » — qui arborait fièrement des tentacules et des yeux multiples sur son enseigne, comme si c’était une RECOMMANDATION.
« L’Établissement de la Créature Mutante » — dont je préférais ne pas imaginer la clientèle habituelle.
Le bestiaire COMPLET était représenté ici, comme si les propriétaires avaient tenu un concours : « Trouvez le nom le plus terrifiant possible. Les clients viendront par curiosité morbide. »
Et puis il y avait les AUTRES.
Ceux qui portaient les noms des DIEUX de l’Empire, mais avec des adjectifs qui les rendaient absolument RIDICULES :
« Le Sigmar Ivrogne » — par les blasphèmes de l’Empire, qui avait osé ?!
« La Shallya Joyeuse » — ce qui, pour une déesse de la guérison et de la compassion, semblait particulièrement inapproprié.
« La Verena Pompeuse » — la déesse de la sagesse n’aurait PAS apprécié.
« Le Ranald Lubrique » — bon, celui-là était probablement fidèle à l’original.
(Note théologique horrifiée : si les répurgateurs voyaient cette rue, ils brûleraient la moitié d’Altdorf. Ce qui, honnêtement, ne serait peut-être pas une mauvaise idée.)

Le Chaos Sonore — Ou comment cent tavernes décident de hurler leur existence en même temps
Tous ces établissements dégageaient la même impression : des endroits où on venait se rincer le gosier de bière, de vin, et de REGRETS.
Et le BRUIT.
Par les tympans martyrisés de Sigmar, le BRUIT !
C’était un BROUHAHA indescriptible.
Des rires gras émanaient de chaque taverne — le genre de rires qu’on a quand on est trop soûl pour se souvenir de ses problèmes.
Des jeux de cartes se déroulaient dans les recoins sordides — probablement truqués, certainement dangereux.
Des hommes hurlaient des chansons de marins qui n’avaient AUCUN sens — des chansons sur des sirènes, des baleines, et des actes qu’on ne devrait pas faire avec des baleines.
Des femmes criaient des encouragements ou des insultes — parfois les deux en même temps, ce qui demandait un certain talent.
Et PARTOUT — absolument PARTOUT — il y avait du CHAOS.
Des gens éméchés qui titubaient dans la rue en criant des provocations à des murs. D’autres qui s’étranglaient mutuellement dans les coins pour des raisons que seul l’alcool pouvait expliquer. D’autres encore qui se fracassaient la tête à coups de genoux contre les pavés, probablement parce qu’ils avaient perdu un pari.
Et puis il y avait les CHARTIERS.
Des hommes avec des chaises à porteur — les fameux porteurs qui transportaient les bourgeois riches trop soûls pour marcher — qui naviguaient entre les tavernes en ramassant les « trop-pleins ».
C’est-à-dire : les gars qui avaient vomi, pissé sur eux-mêmes, ou qui étaient tout simplement tombés dans le caniveau et qui ne se relèveraient plus avant le lendemain.
Les chartiers les chargeaient comme des sacs de patates, les empilaient dans leurs chaises, et les transportaient vers… quelque part. Probablement chez eux. Probablement pas.
C’était un SERVICE, apparemment.
Un service qui coûtait cher, mais qui évitait aux riches de mourir noyés dans leur propre vomi.
« Seigneur Sigmar, » murmurai-je en contemplant ce spectacle de désolation humaine, « c’est ÇA, la rue aux Cent Tavernes ? »
« Bienvenue à Altdorf, » répondit Loupiot avec une grimace admirative. « La plus grande ville de l’Empire. Et la plus SAUVAGE. Comparé à ça, Nuln est un monastère de Shallya. »

L’Abandon de Renate — Ou quand une Strigani vous plaque au cœur du chaos pour aller voir ses « contacts »
C’est à ce moment que Renate s’arrêta.
COMPLÈTEMENT.
Sans prévenir.
Et nous fit signe de nous plaquer contre les murs — ces murs suintants, visqueux, qui semblaient avoir absorbé des décennies de débauche.
Ce que nous fîmes — parce que Renate CONNAISSAIT cette rue, et nous, NON.
Elle remit sa capuche sur la tête, complètement enveloppée dans ses vêtements sombres de Strigani, et elle se tourna vers moi avec ces yeux de jade qui voyaient des choses que je ne pouvais pas voir.
« Je vais me renseigner auprès d’AMIS que je connais ici, » dit-elle.
« ICI ? » demandai-je, incrédule, en désignant le chaos qui nous entourait. « Dans cette FOSSE DE PERDITION ? Tu as des amis ICI ? »
« Les Strigani ont des contacts PARTOUT, » répondit-elle sans se démonter. « Même dans les endroits que les gens respectables évitent. SURTOUT dans les endroits que les gens respectables évitent. C’est là que se trouvent les meilleures informations. »
Elle marqua une pause.
« Je dois chercher des renseignements sur ce bateau. Sur le Bérébéli. Sur son capitaine. Sur les VRAIS propriétaires. Sur ce que les Poissons et les Crocs savent de lui. »
« Et tu vas faire ça… comment ? »
« En parlant aux bonnes personnes. En posant les bonnes questions. En payant le bon prix. »
Elle me regarda avec une intensité qui me fit frissonner.
« Tu peux me suivre DISCRÈTEMENT. Ou tu peux rester avec Loupiot et chercher la taverne. CHOISIS. »
Je la regardai.
Puis je regardai Loupiot.
Loupiot avait cet air de quelqu’un qui était TOTALEMENT perdu — comme un agneau qu’on aurait lâché dans une boucherie en lui demandant de trouver la sortie.
« Loupiot, » dis-je en prenant ma décision, « tu RESTES. Tu cherches la taverne où se trouve le capitaine du Bérébéli. »
« LAQUELLE ? » demanda-t-il en regardant autour de lui avec désespoir. « Il y a CENT tavernes ici ! Cent ! Je les ai comptées ! Comment je suis censé trouver la bonne ?! »
« Je ne sais pas ! La taverne avec le bateau sur l’enseigne ! Ou celle où le capitaine boit ! Ou celle où quelqu’un parle du Bérébéli ! Tu IMPROVISES ! »
« Très bien, » murmura Loupiot avec résignation. « Comme d’habitude. Improviser. C’est ce que je fais de mieux. C’est aussi ce qui nous attire des ennuis à chaque fois, mais bon. »
Et avant que je puisse répondre, Renate se glissa dans la foule.
Comme une anguille dans l’eau trouble.
Comme un fantôme dans un cimetière.
Elle disparut en quelques secondes, avalée par le chaos de la rue aux Cent Tavernes.
Me laissant avec un choix impossible : la suivre discrètement dans cet enfer, ou rester avec ce barde imbécile à chercher parmi une centaine de tavernes maudites un capitaine dont je ne connaissais même pas le visage.

Où Un Caporal Doit Choisir Entre Deux Cauchemars
Le Choix du Caporal — Ou comment prendre une décision stupide parce que toutes les options sont stupides
Je regardai Loupiot.
Il me regarda.
« Alors ? » demanda-t-il.
« Je… je vais la SUIVRE, » dis-je finalement. « Discrètement. Elle sait ce qu’elle fait. Elle connaît cette rue. Elle a des contacts. Moi, je serais juste un boulet si je restais planté là. »
« Et moi ? »
« TOI, tu vas chercher la taverne. Tu poses des questions. Tu écoutes les conversations. Tu cherches quelqu’un qui parle du Bérébéli ou de son capitaine. »
« Et si je TROUVE la taverne ? »
« Tu ATTENDS dedans. Tu commandes une bière. Et tu ne fais RIEN de stupide. »
Loupiot grimaça.
« C’est difficile pour moi, ça. Ne rien faire de stupide. C’est contre ma nature. »
« Je SAIS, » répondis-je avec lassitude. « Crois-moi, je sais. Mais ESSAIE. Pour une fois. Ne lance pas de pièces à l’eau. Ne raconte pas ta vie de bordel. Ne parle pas de ma prétendue « humidité maladie ». RIEN. Tu bois ta bière, tu écoutes, tu ATTENDS. »
« Compris, » dit-il sans conviction.
Et avant que je puisse ajouter quoi que ce soit d’autre — avant que je puisse lui rappeler toutes les fois où il avait failli nous faire tuer — Renate avait déjà disparu au coin d’une ruelle sombre.
Je m’élançai à sa poursuite, en restant à bonne distance, en essayant de ne pas être remarqué, en naviguant entre les ivrognes qui titubaient, les bagarres qui éclataient au hasard, et les porteurs de chaises qui criaient des avertissements en transportant leurs cargaisons de bourgeois inconscients.
C’était l’une de ces situations où — une fois de PLUS — je me retrouvais à suivre une femme mystérieuse dans un quartier dangereux, sans vraiment savoir ce que je faisais, ni pourquoi je le faisais, ni ce qui allait se passer ensuite.
Par les décisions discutables de Ranald, ma vie était devenue une succession de mauvais choix qui s’enchaînaient comme les perles d’un collier maudit.
(Honnêtement, si quelqu’un m’avait dit, il y a quelques mois, que je finirais par traquer une diseuse de bonne aventure strigani dans les bas-fonds d’Altdorf pendant qu’un barde imbécile cherchait une taverne parmi cent autres et qu’une apprentie magicienne communiait avec les vents de la mort dans une tour mystique… j’aurais demandé ce qu’il y avait dans son verre. Et j’en aurais pris deux.)
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Qui Vient De Découvrir Que La Rue Aus Cent Tavernes Est Pire Que Le Chaos, Qui Suit Maintenant Une Strigani Mystérieuse, Qui A Laissé Un Barde Stupide Chercher Une Taverne Parmi Cent Autres, Qui Réalise Maintenant Qu’Il N’Aurait Probablement Pas Dû Faire Ça, Rue Aux Cent Tavernes, Altdorf, An 2523 CI —
P.S. : La rue aux Cent Tavernes est l’ENFER. C’est une rue, mais c’est l’enfer. Je ne savais pas que l’enfer avait une adresse postale, mais maintenant je sais que c’est une rue à Altdorf avec cent tavernes qui hurlent leur existence en même temps. Si Morr a besoin d’inspiration pour son royaume des morts, qu’il vienne faire un tour ici.
P.P.S. : Alvira a essayé de me décrire en parlant de moi comme d’un soldat qui « charge directement, à peine la culotte baissée ». VANDA l’a arrêtée fermement en disant qu’elle préférait ses études et son CONSENTEMENT. Cette apprentie de dix-huit ans est plus mature que toutes les femmes adultes que j’ai rencontrées. Y compris ma mère.
P.P.P.S. : Une « asperge balayée par les vents ». Un « gros machin avec une odeur de musc ». Des « yeux globuleux ». C’est CELA qu’elles voient quand elles me regardent. Par les descriptions humiliantes de Shallya, je préférais ne pas savoir.
P.P.P.P.S. : Renate connaît cette rue. Elle a des « contacts » ici. Des contacts STRIGANI dans les bas-fonds d’Altdorf. Je commence à me demander si cette femme qui partage mon lit occasionnel cache autant de secrets que Vanda. Probablement plus.
P.P.P.P.P.S. : Loupiot cherche une taverne. Dans une rue avec CENT tavernes. Bonne chance, mon ami. Bon courage. Tu vas probablement entrer dans la mauvaise taverne, provoquer une bagarre accidentelle, insulter le chef d’un gang local, et déclencher une guerre des rues. C’est ce que tu fais de mieux, après tout.
P.P.P.P.P.P.S. : Note pour mes mémoires : si je survis à cette journée, j’écrirai un guide touristique intitulé « Les Endroits à Éviter Absolument dans l’Empire ». La rue au Cents Taverne y occupera le premier chapitre. Et le deuxième. Et probablement le troisième aussi.


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