« Par les embrouilles maritimes de Manann qui se noie dans son propre crachat ! Voilà que je me pavane avec deux femmes aux bras comme un prince de carnaval, et que six goinfres aux phalanges caleuses décident que ma gueule de sudiste mérite une correction ! Si c’est ça l’hospitalité d’Altdorf, je comprends pourquoi cette ville pue autant — même ses habitants sont pourris jusqu’à l’os ! »
Village flottant d’Altdorf, entre deux planches vermoulues et six paires de poings — An 2523 CI

La Séparation Stratégique — Ou comment Vanda nous ment aussi mal qu’un Halfling au régime
Vanda, notre apprentie magicienne aux secrets qui s’accumulent comme de la moisissure sur une chaussette mouillée, nous annonça sa propre mission :
« Il faut que j’aille à l’académie de magie. Pour… des raisons administratives. »
« Des raisons administratives ? » demanda Loupiot avec ce regard de fouine soupçonneuse qu’il réservait d’ordinaire aux douaniers et aux maris qui se plaignaient de trouver des poils de cul sur leur oreiller.
« OUI ! » s’écria Vanda en devenant rouge comme une betterave. « Mon dossier n’est pas complet ! Il me manque des certificats ! Des attestations ! Des sceaux ! BEAUCOUP DE SCEAUX ! Des… des trucs administratifs ! »
(Par les trois lunes de Sigmar, cette gamine mentait aussi mal que Dominique prétendant être vierge.)
Mais nous n’avions pas le temps d’insister. Nous décidâmes donc de nous séparer : Vanda vers les sept tours majestueuses de l’académie — où elle était probablement censée rencontrer quelqu’un ou récupérer quelque chose de VRAIMENT compromettant — nous vers le navire mystérieux de Loupiot.
Rendez-vous dans trois ou quatre heures sur « La Destinée ». Un nom qui donnait l’impression qu’on allait quand même finir en morceau au fond du fleuve.
(Note personnelle sur Vanda : cette gamine cachait quelque chose de GROS. Du genre « secrets gouvernementaux » ou « liaison interdite » ou « pacte avec des démons ». Probablement les trois. Mais honnêtement, dans ce groupe de menteurs, de roublards, de lâches et d’incompétents — dont je faisais partie, bien sûr — qui étais-je pour jeter la première pierre ? Celui qui vivait dans un verre de mensonges ne doit pas lancer de pierres.

Le Dilemme embarrassant — Ou comment un caporal au cœur brisé découvre qu’il est devenu un trophée de chasse
Sitôt que nous évoquâmes notre séparation, un spectacle magnifique et terrifiante se déroula.
Alvira et Renate échangèrent un regard.
Ce n’était pas un regard amical. Ce n’était pas non plus un regard hostile. Non. C’était le regard de deux lionnes qui repèrent la même antilope et qui calculent laquelle bondira en premier sans se casser les crocs sur l’autre.
Et l’antilope, par les comparaisons humiliantes de Sigmar, c’était MOI.
Renate — la Strigani aux yeux de jade qui prédisait l’avenir avec la précision d’une boule de cristal légèrement alcoolisée — glissa son bras sous le mien avec la fluidité d’une couleuvre qui s’enroule autour d’une proie endormie.
« Je vais accompagner le caporal, » déclara Renate en glissant son bras sous le mien avec la fluidité d’une couleuvre. « Pour… le protéger. Avec mes visions. »
(Ses visions. Oui. C’est ça. Elle voulait probablement voir comment je me ferais tabasser par des voyous. Très utile.)

Alvira — l’apothicaire aux dents de lapin qui n’avait cessé de me complimenter sur mes « pectoraux virils » depuis Diesdorf — s’empara de mon autre bras comme une sangsue affamée s’emparerait d’une artère bien juteuse.
« QUE COÏNCIDENCE ! » s’exclama-t-elle d’une voix qui n’avait rien de coïncidentel. « Moi aussi j’allais proposer ! Pour soigner ses blessures ! S’il y en a ! Ce qui est CERTAIN qu’il y en aura !
Elle me regarda avec un sourire qui était sensé être séduisant mais qui ressemblait surtout à celui d’un prédateur qui avait repéré un repas facile.
Elles se toisèrent par-dessus ma poitrine — cette poitrine « puissante et musclée » qu’Alvira n’avait cessé de complimenter depuis Diesdorf.
Ni l’une ni l’autre ne voulait céder sa place.
Ni l’une ni l’autre ne voulait laisser l’autre seule avec moi.
Par les rivalités féminines de Shallya, j’étais devenu un os entre deux chiennes ! Un trophée de chasse ! Un prix de loterie ! Une affiche vivante avec marqué « À PRENDRE EN PREMIER » !
« Par les couilles diplomatiques de Sigmar coincées entre deux meules de moulin ! » m’exclamai-je, sentant que cette situation allait dégénérer si je n’intervenais pas. « Mes dames ! Mes chères dames ! Point n’est besoin de vous disputer ! Je suis un homme honorable ! Et un homme honorable prend TOUTES LES FEMMES QU’ON LUI DONNE ! Une de chaque côté ! Exactement comme un vrai gentilhomme de cour !
Et je partis donc, bras dessus bras dessous avec mes deux beautés — l’une strigani aux yeux mystérieux de jade qui voyait l’avenir mais oubliait le présent, l’autre apothicaire aux incisives légèrement proéminentes qui regardait mon entrejambe comme si elle y cherchait un secret médical — sous le regard jaloux, envieux, franchement incrédule de tout le village flottant d’Altdorf.
(Note de fierté masculine : pour la première fois de ma misérable existence de caporal, j’étais l’objet d’une rivalité féminine ! MOI ! Ulrich von Schnitzelbach ! Le fils d’un baron de cochons ruiné ! Quel changement depuis les humiliations de la Gravine qui m’avait traité comme un valet de chambre ! Si mon père me voyait du haut du paradis de Morr, il en tomberait de son nuage de surprise. Ou de honte. Probablement les deux.)
Les pêcheurs s’arrêtaient de vider leurs poissons pour nous montrer du doigt. Les femmes de marins grinçaient des dents en me voyant passer. Les enfants criaient « REGARDEZ LE MONSIEUR AVEC LES DEUX DEMOISELLES ! »
(Note de fierté masculine absolument disproportionnée : pour la première fois de ma misérable existence de caporal sans le sou, j’étais l’objet d’une rivalité féminine RÉELLE ! MOI ! Ulrich von Schnitzelbach ! Le fils d’un baron de cochons ruiné ! Un type qui s’était fait humilier par une apprentie magicienne naine ! Un gars qui avait fui comme une femmelette devant un simple noble agacé !
Quel changement depuis les humiliations de la Gravine qui m’avait traité comme un valet de chambre incompétent !
Si mon père me voyait du haut du paradis de Morr, il en tomberait de son nuage de surprise. Ou de honte. Probablement les deux. Après un moment de silence horrifié.
Mais honnêtement ? J’adorais ça.)

Notre progression dans le Labyrinthe Flottant Maudit— Ou Comment Naviguer Entre Des Embarcations Sans Se Noyer, Se Casser La Gueule, Ou Les Deux À La Fois
Le village flottant d’Altdorf était un véritable cauchemar architectural.
Imaginez : des centaines de frêles embarcations reliées entre elles par de simples planches de bois — des planches vermoulues, glissantes, visiblement rongées par des termites qui avaient probablement leurs propres termites.
Certaines planches craquaient sous le poids d’une mouche grassouille. D’autres se cassaient juste en les REGARDANT.
Nous avancions en nous excusant constamment, en saluant les gens qu’on bousculait, en enjambant des cordages comme si nous étions des funambules olympiques, en évitant les flaques d’eau croupie qui dégageaient une odeur qui aurait pu tuer un ogre à dix pas.
Partout, des tas de poissons en décomposition.
Partout, l’odeur de mort marin.
« Pardon ! » criait-je à chaque personne que nous dérangions. « Excusez-moi ! Passage ! Un caporal et ses dames ! »
Au loin, sur les vrais quais — les quais EN PIERRE, les quais SOLIDES qui ne menaçaient pas de vous engloutir à chaque pas — nous apercevions la vraie richesse d’Altdorf :
De grand galions aux voiles blanches immaculées. Nefs majestueuses aux figures de proue dorées. Marins musclés grimpant aux mâts gigantesques comme des araignées sur leur toile. Des gens qui avaient probablement MANGÉ PLUS CETTE SEMAINE que nous en un mois.
LÀ-BAS, c’était la puissance. La gloire. L’Empire dans toute sa splendeur maritime.
ICI ? ICI nous pataugions dans la zone des pauvres, des exclus, des « moindre importance ». Des gens qui vivaient sur des bateaux qui faisaient à peine flotter un halfling en surpoids.
Notre place naturelle, finalement.
(Au moins, pensai-je morbidement, l’eau était assez noire pour ne pas voir ce qu’on vomissait dedans.)

L’embuscade des gros bras locaux — Ou Comment Un Vieux Soldat Remarque Qu’On L’Observe Juste Avant de Se Faire Tabasser
C’est alors que mon œil de vieux mercenaire blasé remarqua quelque chose.
Quelque chose qui fit redresser chaque poil de ma nuque.
NOUS ÉTIONS OBSERVÉS.
Premièrement : un sifflement. Aigu. Bref. Le genre de sifflement qui dit « CIBLE REPÉRÉE » dans n’importe quelle langue connue de l’homme.
Puis : un miroir qui accrochait la lumière — un signal entre complices. Le genre de signal qu’on voit dans les rues de Nuln quand une bande de voleurs coordonne ses attaques.
Enfin : des gestes. Des doigts pointés dans notre direction. Des hochements de tête. Des sourires qui ne présageaient rien de bon.
« Mon petit Loupiot, » murmurai-je sans tourner la tête — un réflexe de survie acquis après des années de combats de rue — « je crois qu’on a de la compagnie. Et pas le genre qu’on invite à dîner. Plutôt le genre qu’on invite à la morgue. »
Mon instinct de mercenaire avait immédiatement analysé la situation avec la précision d’un horloger nain en crise existentielle :
NOUS ÉTIONS ENCERCLÉS.
Une demi-douzaine d’individus convergeaient vers nous depuis différentes directions. Comme des piranhas sentant une goutte de sang à trois kilomètres. Le poil velu comme des sangliers mal rasés. Les muscles saillants sous des chemises qui n’avaient pas vu de savon depuis le couronnement de Karl Franz.
La sueur épaisse formant des auréoles sous leurs aisselles comme des cartes de territoire conquis. Des cartes qui disaient : « BIENVENUE DANS MON DOMAINE, PAUVRE CONNARD ».
Et leurs visages…
Par les gueules cassées de Sigmar, quels visages !
Des nez cassés — certains plusieurs fois, à en juger par les angles qui n’existaient nulle part dans la géométrie euclidienne. Des nez qui ressemblaient à des radis maltraités.
Des arcades sourcilières boursouflées, couvertes de cicatrices qui auraient pu raconter des histoires de combats. Probablement des histoires où LE VISAGE PERDAIT.
Des pommettes fracassées qui donnaient à leurs faces des airs de pommes de terre mal épluchées. Des pommes de terre agressives.
Des dents pourries, manquantes, ou les deux à la fois. Certains bougres avaient des trous dans la gueule si grands qu’on aurait pu y lancer un pièce à cinq pieds de distance.
Et surtout : des phalanges caleuses. Mais pas le genre de cal qu’on gagne à force de manier des cordages ou de porter des fardeaux.
Non.
Le genre de cal qu’on gagne à force D’ÉCRASER SES POINGS SUR LA GUEULE DES NOUVEAUX VENUS.

Le piège des planches — Ou Comment Les Dockers d’Altdorf Protègent Leur Territoire Avec La Subtilité D’Un Troll Des Cavernes En Rut
Nous arrivâmes sur un bateau où des bateliers paisibles — enfin, « paisibles » jusqu’à notre arrivée — buvaient leur schnapps et jouaient aux cartes en se racontant des histoires de poissons gros comme ça.
(Ils exagéraient toujours, évidemment. Les poissons ne sont JAMAIS aussi gros qu’ils le racontent. C’est une loi universelle de la navigation.)
Dès qu’ils nous virent approcher avec notre nouvelle « escorte » de gros bras qui dégageaient l’hostilité comme une cuisinière dégage la vapeur, leur attitude changea du TOUT AU TOUT.
Le saucisson fut rangé à la vitesse de l’éclair. Les cartes disparurent dans les poches comme par magie — une magie bien plus efficace que celle de Vanda, d’ailleurs. Et les joueurs eux-mêmes se volatilisèrent vers la cale de leur embarcation avec la discrétion d’un troupeau d’éléphants paniqués qui auraient vu une souris.
En moins de dix secondes, le pont était COMPLÈTEMENT VIDE.
Et sur chacune des planches menant aux autres bateaux : UN GROS BRAS.
Chacun avait posé son pied à l’extrémité de « sa » planche, nous bloquant le passage avec l’air satisfait du chat qui vient de coincer une souris dans un coin.
Un chat qui pèserait cent kilos.
« Ça promet, » murmura Loupiot d’une voix qui avait perdu toute superbe d’« armateur ambitieux » et qui ressemblait maintenant à celle d’un lapin à deux secondes du goupil.
« Un caporal de l’Empire libère TOUJOURS le passage, » répondis-je en avançant comme si de rien n’était, comme si je n’étais pas sur le point d’avoir mon visage entièrement remodelé par des poings comme des jambons de troll.
(Note tactique personnelle : c’était du pur bluff, évidemment. Du bluff magnifiquement débile. Mais le bluff, c’est quatre-vingts pour cent de la guerre réelle. Les vingt pour cent restants, c’est la chance. Et si les deux échouent, il reste toujours la fuite. J’étais devenu un EXPERT en fuite, ces derniers temps. Je pourrais probablement donner des cours.)

La confrontation avec les voyous locaux — Ou Comment Apprendre Les Règles Non Écrites Du Port À Coups De Menaces Et De Postillons
Je posai le pied sur la première planche vermoulue.
Elle grinça. C’était bon signe. Tant qu’elle grinçait, elle ne s’effondrait pas.
« EH ! LE FOUTREUX ! »
Le voyou qui bloquait le passage se dressa de toute sa hauteur — ce qui n’était pas négligeable, le bougre devait mesurer deux têtes de plus que moi et peser le DOUBLE de mon poids. Probablement aussi le double de mon poids ET de celui de Loupiot réunis.
« TU MARCHES SUR MA PLANCHE DE BOIS ! » beugla-t-il, postillonnant une pluie de salive et de miettes de pain rassis qui devaient dater de Sigmar sait quand.
« C’EST MA PLANCHE ! T’AS PAS PAYÉ ! T’AS PAS DEMANDÉ LA PERMISSION ! TU NE CONNAIS PAS LES RÈGLES DE LA MAISON ! »
Il fit craquer ses phalanges avec un bruit qui ressemblait exactement à celui d’une branche qui se brise. Ou d’ossements qui se fracassent. Les deux, probablement.
« ON VA TE L’APPRENDRE, LES GARS ! » cria-t-il à ses complices. « ON VA LUI APPRENDRE LES BONNES MANIÈRES ! ON AIME BIEN LES ÉTRANGERS, NOUS… »
Il sourit. C’était une erreur. Son sourire révéla une dentition qui ressemblait à un cimetière après un tremblement de terre. Après un très violent tremblement de terre. Peut-être même après une éruption volcanique.
« …POUR LEUR FAIRE LE COMITÉ D’ACCUEIL ! »
Je regardai le nom du bateau au bout de la planche, peint en lettres écaillées sur la proue usée : « L’Absinthe ».
« Beaucoup de bateaux dans ce village, » fis-je remarquer à Loupiot sur le ton de la conversation paisible, comme si nous n’étions pas sur le point de nous faire tabasser. « Si on se fait accoster par ce genre de gougnafier à chaque croisement de planches, on n’est pas rendus avant la Saint-Sigmar de l’année prochaine. »
« On traverse une centaine de bateaux par jour, minimum, » confirma le chef des voyous avec un orgueil palpable. « C’est BEAUCOUP de planches. BEAUCOUP de péages. Tu comprends le principe, le sudiste ? »

L’analyse méprisante des voyous — Ou comment être catalogué comme touriste parfumé du sud qui pue le savon
Les gros bras nous jaugèrent avec le mépris qu’un ogre réserverait à un plat de légumes vegans.
« REGARDEZ-MOI ÇA, LES GARS ! » ricana l’un d’eux en nous reniflant comme un chien renifle un os suspect.
« ILS ARRIVENT AVEC DES FEMMES ! DU SUD ! REGARDEZ COMME ILS BRILLENT ! ILS ONT MÊME PAS LA SUEUR DE L’HONNÊTE DOCKER ! »
« Du Nuln, à vue de nez ! » confirma un autre.
« KEMPERBAD ! » cria un troisième. « Là où les bourgeois se font torcher le cul par des servantes en livrée ! Là où les gens SENTENT BON ! »
« SENTENT BON ! » répétèrent-ils en chœur, comme si c’était la pire insulte connue de l’humanité.
(Pour eux, c’était peut-être vrai. Après tout, ces gars-là sentaient comme un mélange de poisson pourri, de sueur non traitée, et probablement aussi de mauvaises décisions.)
« Attention, mon ami ! » intervint le chef de file avec une voix qui se voulait menaçante mais qui ressemblait surtout au grognement d’un porc constipé qui aurait mangé trop de choucroute.
« TU PARLES À UN MAÎTRE BATELIER ! À ta place, je me tiendrais à carreau ! » annonça Loupiot.
« Un maître batelier ! » ricana un autre, moqueur.
« MAÎTRE ! » Les voyous éclatèrent d’un rire gras et tonitruant qui fit trembler les planches comme pendant un tremblement de terre.
« MAÎTRE ! Comme si c’était un titre qui voulait dire quelque chose ! »

La présentation catastrophique de Loupiot — Ou comment se ridiculiser devant des voyous en trois mots et un bombement de torse
Loupiot — ce crétin magnifiquement stupide — décida que c’était le moment idéal pour jouer les importants.
Il bomba le torse. Redressa le menton comme s’il était sur le point d’annoncer la fin du monde. Prit sa voix la plus grave — qui n’était pas très grave, il faut bien l’avouer. Plutôt la voix d’une fillette au cœur courageux.
« LE GRAND LOUPIOT ! » annonça-t-il comme s’il présentait l’Empereur Karl Franz Ier lui-même.
Silence absolu.
Le genre de silence qui précède habituellement une EXPLOSION DE RIRE.
Et elle arriva, cette explosion.
Tous les voyous éclatèrent d’un rire si tonitruant que je crus honnêtement que les planches allaient s’effondrer sous les vibrations.
« LE GRAND LOUPIOT ?! » hoqueta le chef en se tenant les côtes. « C’EST QUOI CE NOM ?! LE GRAND LOUPIOT ?! »
« C’EST UNE BLAGUE ?! » hurla un autre.
« ON L’A CRU D’ABORD ÊTRE UNE EXCROISSANCE DE CHAIR COLLÉE À SON AMI ! » postillonna un troisième. « MAIS QUI SE RÉVÈLE ÊTRE DOTÉE D’UNE CERVELLE DE MOINEAU ALCOOLIQUE ! »
« LE GRAND LOUPIOT ! » répétèrent-ils, chacun riant comme si c’était la meilleure blague jamais entendue depuis la création de l’univers. « LE PLUS GRAND LOUPIOT D’ALTDORF ! »
« ET EN PLUS, » ajouta l’un d’eux entre deux gloussements hystériques, « LE GARS S’IMAGINE QU’ON VA LUI SERVIR DE GUIDE GRATUIT ! QU’ON VA LUI MONTRER LES MEILLEURES AUBERGES ! LES MEILLEURS RESTAURANTS ! »
« OÙ DORMIR DANS LES DRAPS FRAIS ! » ricana un autre.
« ET TOUT ÇA POUR LE PLAISIR ! POUR SES BEAUX YEUX DE FOUINE ! »
« C’EST KARL FRANZ IER LUI-MÊME QUI NOUS A ENVOYÉ CES TOURISTES ! » ironisa le chef en se faisant une révérence moqueuse aussi profonde qu’elle était insultante.
« MONSIEUR L’EMPEREUR, EXCUSEZ-NOUS ! ON NE SAVAIT PAS QUE VOUS NOUS RENDIEZ VISITE SOUS CES DÉGUISEMENTS ! »

La révélation sur « L’Absinthe » — Ou comment découvrir que le hasard a parfois le sens de l’humour d’un dieu farceur
Et puis — soudainement, comme une épiphanie divine — une idée me frappa.
Une idée lumineuse. Une idée qui changeait TOUT.
« Dis-moi, Loupiot, » murmurai-je en désignant le bateau derrière les voyous d’un mouvement de tête aussi discret que possible. « Ce bateau, « L’Absinthe »… est-ce que ce nom te dit quelque chose ? Est-ce que c’était dans le registre des Prahmhandler ? »
Loupiot ferma les yeux.
Puis les rouvrit LENTEMENT.
Son expression changea instantanément. Du mépris ironique au BLANC COMPLET.
« Oh non… » souffla-t-il. « OH NON ! »
« Oui, » dis-je en souriant sadiquement.
« Je crois qu’il était COMPLÈTEMENT sur la liste. Je crois même qu’il doit BEAUCOUP d’argent. Des sommes CONSÉQUENTES. Et je crois que… »
Je laissai ma phrase trainer.
Parce que nous venions de comprendre, tous les deux, au même instant, avec la synchronisation parfaite de deux hommes qui viennent de réaliser une catastrophe épique :
Ces voyous qui nous bloquaient le passage n’étaient PAS de simples racketteurs locaux.
C’était l’équipage du bateau que nous venions saisir.
Par le sens de l’humour TORDU de Ranald le Filou, nous étions tombés DIRECTEMENT sur notre cible !
AU MILIEU D’UNE EMBUSCADE !
PAR LE PLUS GRAND DES HASARDS !
« Oh Sigmar, » murmura Loupiot.
« Ranald, plus précisément, » corrigeai-je. « Ce salopard de dieu des voleurs vient de nous POSER une sacrée blague. »

Ma préparation au combat — Ou comment un ancien mercenaire évalue ses chances et décide de bluffer quand même
Je fis un rapide calcul tactique. Le genre de calcul qu’on fait quand on sait déjà qu’il va déprimant.
D’un côté :
- Six gros bras
- Chacun pesant au moins le double de mon poids
- Tous habitués aux bagarres de port depuis l’enfance
- Tous armés de poings comme des jambons de troll
- Probablement équipés de couteaux cachés dans leurs bottes
- Tous pleins de confiance en eux
De l’autre côté :
- Nous trois
- Dont Loupiot comptait pour une demi-unité de combat — et c’était généreux
- Deux civiles femmes à protéger
- Sur un terrain constitué de planches instables
- Au-dessus d’une eau glaciale
- Qui empestait le poisson mort
Mes chances ?
Aussi minces que les cheveux sur le crâne d’un nain chauve. Ou sur le crâne d’un nain tout court.
MAIS — et c’était un gros MAIS — j’avais deux atouts dans ma manche :
Premier atout : Familienehre à ma ceinture. Mon zweihander était totalement inutilisable sur ces planches étroites, mais le pommeau pouvait toujours servir à assommer quelqu’un sensiblement. Et il était lourd. TRÈS lourd.
Deuxième atout : l’effet de surprise. Ces idiots nous prenaient pour des touristes efféminés du sud. Peut-être parce que nous SENTIONS BON. Peut-être parce que nos habits n’étaient pas couverts de trois couches de crasse.
Ils ne s’attendaient ABSOLUMENT PAS à ce qu’un « pomponné qui sent bon » sache se battre comme un mercenaire de Tilée en rage.
« Mes dames, » murmurai-je à Renate et Alvira sans quitter les voyous des yeux — en utilisant ma voix de « homme qui prépare une bataille inévitable » — « préparez-vous à courir. Et si ça tourne VRAIMENT mal, sautez à l’eau. »

« Dans CETTE eau ? » gémit Alvira en regardant l’eau croupie avec l’horreur de quelqu’un qui venait de réaliser que la mort venait sous deux formes : tabassée ou noyée dans une boue visqueuse.
« Je préfère encore me faire tabasser ! »
Elle n’avait PAS tort. L’eau d’Altdorf avait l’air plus mortelle que les poings des voyous. Elle avait l’air d’une soupe d’ordures. Elle avait l’air capable de tuer une créature de Chaos rien qu’en la regardant.
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Garde du Corps Improvisé, Huissier Malgré Lui, et Cible de Moqueries Portuaires, Protecteur de Deux Femmes en Détresse (dont une qui préfère la bastonnade à la baignade), Face à Six Voyous sur des Planches Pourries, Sur le Point de Découvrir que « L’Absinthe » est Notre Objectif (et que ses occupants ne vont pas se laisser faire), Village Flottant d’Altdorf, Juste Avant la Bagarre Inévitable, — An 2523 CI —
P.S. : Pour une fois que j’avais deux femmes à mes bras comme un vrai gentilhomme, il faut que ça finisse en baston contre six goinfres aux poings comme des enclumes. Ma vie est décidément maudite par tous les dieux, y compris ceux que je ne connais pas.
P.P.S. : Si « L’Absinthe » est bien le bateau que Loupiot doit saisir, ces voyous sont en train de nous bloquer l’accès à NOTRE propriété — enfin, à SA moitié de propriété. Techniquement, légalement, avec tous les sceaux et signatures, c’est EUX les squatteurs. Mais j’ai comme l’impression que la subtilité juridique ne va pas les convaincre.
P.P.P.S. : Vanda est partie à l’académie de magie « compléter son dossier ». Je donnerais ma solde d’un mois pour savoir ce qu’elle nous cache vraiment. Cette gamine a plus de secrets qu’un archiviste du Cabinet Noir.
P.P.P.P.S. : Six contre deux et demi. Terrain instable. Deux civiles à protéger. Eau mortelle en dessous. Si je m’en sors vivant, j’exige une promotion. De caporal à sergent. Non, à lieutenant. Non, à CAPITAINE ! Après tout, c’est le titre que je mérite depuis le début !


Leave a Comment