Par le marteau de Sigmar et les chicots dorés d’un bosco ressuscité ! On me croyait quitte de Bögenhafen, et voilà qu’à Weissbruck on fait de mon petit Lupio un capitaine en titre, signataire d’une croix, propriétaire — par procuration et par dette — d’un bateau qu’on lui rend tout repeint et qui pue déjà la sorcellerie sous le vernis frais. On nous offre un navire, une cargaison, une réputation. (Méfiez-vous, vous qui me lisez, des présents qu’on vous tend trop propres : c’est qu’on a barbouillé quelque chose dessous.)

Weissbruck, ou le mariage de la choucroute et du saké
Vanda avait filé devant, jusqu’à Aldorf, nous laissant deux ou trois consignes et beaucoup de mystère. Achkaroun, lui, traînait quelque part derrière, fidèle à son habitude de ne jamais voyager dans le même tombereau que ses dettes. Restait Lupio, moi, et la ville.
Et quelle ville. Weissbruck, cité champignon poussée du marais en une trentaine d’années, dès qu’on y eut creusé les canaux ; une cité qui éclate à ses coutures, assourdie du matin au soir par le martèlement des forges naines, car ces messieurs de la barbe y dressent en ce moment même un temple à Sigmar. Et par-dessus ce vacarme, une marée d’ouvriers venus de la lointaine Cathay — chapeaux pointus, soupe de nouilles, saké tiède et yeux rieurs. Imaginez la collision : le plus crasseux terroir du Reikland qui rentre dans une louche de bouillon oriental, et de cette rencontre naît un estaminet où l’on sert la bière épaisse à côté du potage magique des gens de l’Est. (J’ai vu, dans ma vie de caporal, des choses qui n’auraient pas dû exister. J’ajoute à la liste un Reiklander qui mange ses nouilles avec un chapeau conique sur la tête.)
C’est là, dans ce carnaval pittoresque, qu’un homme de Dame Etelka nous attendait.

Ernst Heidelmann et son crâne de compagnie
Par les intestins noués de Sigmar !
Pendant que je me demandais ce que nous fichions dans ce port maudit, Ernst Heidelman arrivait avec des documents.
Ernst Heidelman.
Permettez-moi de décrire ce personnage, parce que c’était l’une de ces rencontres où vous comprendrez que les puissances de la Ruine ne dorment jamais.
Ses cheveux ressemblaient à une pieuvre qui avait perdu une guerre contre un peigne.
Son nez — par les pustules suintantes de Khorne — son nez avait été marqué par les dieux cruels comme si l’intention était clairement de le rendre désagréable à regarder.
Ses yeux ? Très gris. Très clairs. Trop clairs. Le type d’yeux qui vous regardent et vous SAVEZ qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez ce gars.
Et sa peau ? Le teint d’un ras de bibliothèque mal entretenu. Pas bon.
Mais ce qui me glaçait vraiment le sang, c’était le crâne. Oui, un crâne. Un vrai crâne humain qu’il serrait dans sa main gauche comme si c’était une relique sainte.
« Je porte ceci, » nous dit Ernst, remarquant notre malaise immédiat, « parce que c’est un symbole de prestige dans ma carrière. »
« Un symbole, » répéta Lupio. « Tu veux dire que tu as volé un mort et tu le promènes autour comme un jouet de bébé. Bravo. Ça inspire vraiment confiance. »
Mais Ernst ne s’offusqua pas. Il remit simplement les documents à Lupio.
« Le beribéli est à vous maintenant, capitaine, » dit-il avec une certaine formalité qui sentait le piège à dix kilomètres.
Lupio pâlit.
« Le beribéli ? » répéta-t-il. « Tu veux dire… le navire ? »
« Oui, le navire. »
« Et ces papiers… »
« Oui, ce sont les contrats de propriété. »
Par les boyaux percés de Morr, nous allions avoir un problème.
(Note sur l’absurdité administrative : Les nains et les humains ont une chose en commun : ils adorent créer du papier pour confirmer des choses que tout le monde savait déjà. C’est comme si l’univers s’arrêterait de tourner si quelque part, quelqu’un n’avait pas écrit que oui, ce bateau appartenait maintenant à ce gamin qui pouvait à peine tenir une épée correctement.)

Le problème de l’illettrisme chronique
« Je vais lire, » annonça Lupio avec un optimisme qui allait rapidement s’écrouler.
Aucune chance au monde.
Lupio ne savait pas lire le Westlander. Il le PARLAIT, oui. Avec un accent qui vous mettait les dents de travers. Mais lire ? Écrire ? C’était comme demander à un gobelin de calculer les taxes impériales.
« Tu sais lire ? » demandai-je.
« Bien sûr que je sais lire », répondit Lupio avec une dignité fragile comme une toile d’araignée mouillée.
« Non, tu ne sais pas. »
« Si, je sais. »
« Lupio. Tu. Ne. Sais. Pas. Lire. »
Le silence qui suivit fut chargé de vérités non dites.
Ernst regarda cette interaction comique avec une certaine compassion teintée de pédanterie.
« Je peux lire à voix haute, » proposa-t-il.
Dix pages.
DIX PAGES de document légal écrit en petits caractères par un bureaucrate qui aurait probablement adoré travailler pour les nains tant il aimait la précision inutile.
Ernst lut chaque mot. Lupio écouta.
Après trois pages, Lupio s’endormit.

Complètement. La tête qui basculait en arrière. Le léger ronflement qui commençait. Le type de sommeil qui dit clairement : « La bureaucratie impériale vient de tuer une partie de mon âme. »
(Note sur le sommeil involontaire comme mécanisme de survie : C’est fascinant, vraiment. L’esprit humain peut juste… abandonner. Face à l’ennui juridique absolu. C’est probablement une forme de protection naturelle. Comme un animal qui joue la mort pour confondre les prédateurs. Sauf qu’ici, le prédateur était la bureaucratie impériale elle-même. Et elle gagnait.)

La croix la plus laborieuse de l’Empire
Quand Lupio se réveilla, Ernst avait fini de lire toutes les dix pages maudites.
« Je dois signer, » dit Lupio en bâillant.
« Oui, » confirma Ernst. « Tu dois signer ici. »
Ernst pointa une ligne.
Lupio regarda la ligne. Les petits caractères. L’encre noire. Tout ce qui criait : « Tu ne peux pas le lire, tu es un imbécile qui ne sait pas où est le nord sur une carte. »
« Je vais faire une croix, » décida Lupio simplement.
Et c’est EXACTEMENT ce qu’il fit.
Pas une croix ordinaire.
UNE CROIX.
Un oeil fermé. La langue qui dépasse — littéralement la langue qui pendait de sa bouche. Appliqué avec la concentration totale d’un enfant de quatre ans essayant de dessiner un chat pendant un tremblement de terre.
Une croix.
Voilà. C’était tout.
C’était le prix d’un navire. Une croix illisible. Une signature qui ressemblait à une tentative ratée de faire un dessin sur le sol.
Par les testicules tremblants de Sigmar !
La bureaucratie de l’Empire n’était pas une force du Chaos. Elle était PIRE. Au moins le Chaos était honnête avec sa malhonnêteté.
(Note personnelle du chroniqueur : Je regardais Lupio faire cette croix et je me demandais si je devais rire ou pleurer. Rire parce que c’était stupide. Pleurer parce que je SAVAIS que cette croix allait créer une cascade infernale de complications. Et j’avais raison.)
Mais attendez. Ça s’est amélioré. Bien pire, mais dans une direction étrangement drôle.
Parce qu’il y avait des ouvriers de Cathay autour. Beaucoup. BEAUCOUP d’ouvriers de Cathay. Cette mixte pittoresque d’une taverne qui mélangeait le terroir impérial avec la soupe de nouilles orientale, les chapeaux pointus ridicules et la musique grinçante.
Et quand Lupio signa sa croix stupide — quand la plume toucha le papier pour créer ce monument à l’imbécillité humaine — tous les ouvriers de Cathay explosèrent de joie.
Du gamin de huit ans qui n’avait aucune idée de ce qui se passait jusqu’au papy ridé qui souriait comme si on venait d’annoncer la fin de la famine.
Pourquoi ?
Parce qu’ils n’avaient RIEN compris. Absolument rien. Zéro. Néant.
Mais parce que nous avions l’air contents — enfin, Lupio avait l’air soulagé, ce qui passe pour content quand tu es un navigateur — ils devaient l’être aussi.
Du saké apparu d’on ne sait où.
Des mains qui claquaient jusqu’à ce que les paumes rougissent.
Des bénédictions en langue orientale que personne ne comprenait mais qui sonnaient vaguement positives.
C’était le chaos. C’était bête. C’était absolument merveilleux dans sa stupidité pure.
(Note sur la joie accidentelle : Parfois, tu rencontres des gens qui sont tellement simples, tellement heureux de TOUTE CHOSE, que tu te demandes si tu n’es pas en train de crier après des enfants. Les ouvriers de Cathay ? Ils auraient célébré si Lupio avait juste grondé à voix haute. Ils auraient célébré une chaussette mouillée. C’était la joie incarnée. C’était presque enviable. Presque. Jusqu’à ce que tu réalises que cette joie ignorante les rendait tous vulnérables à TOUT.)

Joseph et son rêve exaucé — ou comment un dieu accorda un souhait à un clochard
Mais pendant que je regardais Lupio célébrer son nouveau statut de capitaine accidentel, quelque chose d’étrange se produisait sur le navire.
Joseph.
Notre Joseph. Le bosco qui avait navigué avec nous.
Quand Lupio monta finalement à bord du beribéli — après avoir officiellement acquis ce maudit navire par une croix et rien d’autre — Joseph était là.
Et Joseph avait CHANGÉ.
Ses dents ? Elles brillaient. De l’or pur. Pas des dents normales qui s’oxyderaient et se ternirraient. De l’OR PUR qui luisait sous le soleil déclinant comme les phares d’un phare guidant les navires égarés.
Ses bagues ? Énormes. En argent, en or. Trop nombreuses pour une seule main. Trop lourdes pour être normales.
Sa voix ? Complètement transformée. Obséquieuse. Dégoulinante d’une loyauté qui n’était pas naturelle. Qui était artificielle. Qui sentait la MAGIE.
« Messire le capitaine ! » cria-t-il. « Au capitaine ! Mon capitaine bien-aimé ! »
Par les boyaux percés de Morr !
« Joseph, » demanda Lupio, méfiant et avec raison, « qu’est-ce qui s’est passé avec toi ? Tu as l’air… différent. Riche. Anormalement riche. »
Et Joseph raconta.
Etelka était venue le trouver.
Etelka, la magicienne nécromantienne qui semblait jouer ses propres jeux mystérieux dans l’ombre, était venue à Joseph et lui avait dit une chose simple :
« Je peux exaucer ton rêve. »
Et elle l’avait FAIT.
(Note sur la dangerosité des vœux exaucés : Quand une magicienne vous dit qu’elle peut exaucer votre rêve, RUE-VOU. Parce que les magiciennes ne font jamais rien gratuitement. Il y a toujours un prix. Parfois c’est l’argent. Parfois c’est votre liberté. Parfois c’est votre âme. Mais il Y A TOUJOURS UN PRIX.)

Le Rêve du Capitaine Légendaire
« Le rêve, » murmura Joseph, les larmes coulant sur ses joues ridées, « c’était un rêve qui me réveillait humide dans mon lit. »
« Oh non, » grogna Lupio. « Pas cette histoire encore. »
« Un rêve de capitaine légendaire, » continua Joseph, ignorant complètement l’interruption comme si Lupio n’existait pas, « cherchant les secrets perdus de mondes anciens. Découvrant les civilisations cachées de Lustria. Trouvant l’île flottante des hauts-elfes. Naviguant sur des mers inconnues. »
Il sortit une bière.
Une bière ordinaire. La sorte qu’on trouvait partout le long du Reik. Avec un corbeau sur l’étiquette, ailes déployées, serres en avant prêtes à frapper.
« Etelka m’a donné ça, » dit-il. « Ce symbole. Peu importe où j’aille. Peu importe quel port obscur. Peu importe quelle taverne malpropre au fin fond de nulle part. Je peux entrer dans n’importe laquelle, dire mon nom, et cette bière coulera à flot. Gratuite. »
Il regarda Lupio directement, les yeux brillants de larmes sincères.
« Je n’aurai plus jamais soif, capitaine. Jamais. Plus jamais. »
Par les pustules éternelles de Khorne !
C’était sa récompense. Pas de l’or massif. Pas une richesse insondable qui aurait pu le rendre fou. Juste la certitude que partout où il irait, il y aurait de la bière gratuite. C’était simple. C’était beau. C’était PARFAIT pour un homme comme Joseph.
Et c’était horrifiant parce que tu SAVAIS qu’il y avait un prix.
(Note sur les désirs simples : Ici tu vois la différence entre les ambitieux et les hommes qui sont simplement contents. Lupio rêvait de richesse. De pouvoir. De propriété. De respectabilité. Joseph ? Joseph rêvait de ne jamais avoir soif. Et maintenant que ce rêve était exaucé, il pleurait comme un enfant qui venait de perdre sa mère. C’était déprimant et magnifique à la fois. C’était la preuve que tu ne mesures pas la vie à la quantité d’or, mais à la quantité de bière gratuite que tu peux boire à travers les âges.)

Les bandits et la méprise fatale — ou comment un faux Kastor créa mille vrais problèmes
Mais avant que nous ne partions trop loin dans cette célébration quasi religieuse du bonheur de Joseph, ce dernier avait une question qui allait tout compliquer.
« Joseph, » demanda Lupio, en regardant le fleuve comme s’il contenait des réponses, « qui étaient ces bandits qui nous ont attaqués et jetés à l’eau plus tôt ? »
Joseph devint grave. Ses yeux d’or (littéralement, ses yeux avaient une teinte dorée maintenant) regardèrent vers l’horizon.
« Ils vous ont dit quelque chose, capitaine. Quelque chose d’important que vous aviez probablement oublié dans le choc du moment. »
« Qu’est-ce qu’ils ont dit ? »
« Ils ont dit : ‘Vous êtes innocents. Nous vous libérons du joug de cette terrible engeance des puissances de la Ruine.’ »
« Et après ? »
« Après, » continua Joseph, sa voix baissant comme s’il parlait d’un secret qui pourrait faire écrouler l’empire, « ils n’ont cessé de demander où était le VRAI Kastor. »
Par les fesses pourrissantes de Sigmar !
« Le vrai Kastor ? » demanda Lupio, devenant soudainement pâle comme un cadavre.
« Oui, » confirma Joseph. « Pas cette petite chose à la moustache qui se fait maladroitement passer pour lui. Le VRAI Kastor Lieberung. L’authentique. »
Et c’est à cet instant que nous comprenions tous.
Nous n’avions pas juste un problème politique régional. Nous n’avions pas juste un problème commercial local. Nous avions un problème COSMIQUE qui allait s’étendre comme une épidémie de peste noire.
Parce que quelque part, il y avait un vrai Kastor Lieberung.
Et parce que Lupio s’était fait passer pour lui — avec une moustache ridicule et tout — une cascade de complications s’abattait sur nous comme une avalanche de merde cosmique.
(Note sur la stupidité accidentelle : C’est absolument fascinant comment une simple décision — « je vais me faire passer pour ce gars » — déclenche une chaîne de réactions qui s’étend dans les dimensions invisibles de la conspiration. Les bandits pensaient que nous étions avec le mauvais gars. Les plumes pourpres pensaient… honnêtement, je ne savais pas ce que pensaient les plumes pourpres. Mais elles pensaient QUELQUE CHOSE. Et ça ne pouvait être bon.)

Les marchands de cauchemar — ou comment accepter trois sacs de pure damnation
Maintenant, nous avions un navire. C’était réel. C’était là. C’était la propriété de Lupio par la force brute de la bureaucratie impériale et une croix stupide.
Mais un navire, ça coûte de l’argent.
Un navire, ça a besoin de revenus.
Et c’est à ce moment précis que les marchands arrivèrent.
Deux bonhommes. Bourgeois. Du type qui connaît EXACTEMENT comment fonctionne le marché. Du type qui marchandait littéralement — c’était dans leur nature même.
« Capitaine », dirent-ils avec le sourire professionnel de gens qui avaient probablement arnaqué des centaines de navires avant le vôtre, « nous aimerions vous proposer une affaire très intéressante. »
Lupio, qui venait de découvrir qu’il pouvait négocier, écouta.

La proposition suspecte
« Nous sommes marchands », expliqua le plus âgé. « Des marchands respectables. Nous travaillons avec les drapiers de Nuln — les VRAIS drapiers, pas les contrefacteurs. Nous récupérons des pigments de très haute qualité depuis Marienburg. »
« Des pigments ? » demanda Lupio.
« Oui, des pigments. Les plus beaux pigments que vous ayez jamais vus. »
« Et vous voulez que je les transporte ? »
« Exactement. De Marienburg à Aldorf. C’est une belle route. Et nous avons une proposition pour vous. »
« Quelle proposition ? »
« Une réduction. Normalement, le tarif serait 100 couronnes pour ce voyage. Nous vous proposons 30 %. Vous chargez 70 couronnes au lieu de 100. Vous vous faites une marge respectable. Nous aussi. »
À ce moment-là, Lupio — qui avait grandi en jouant aux cartes, en gagnant et en perdant des fortunes — regarda l’homme. Et Lupio SAVAIT une arnaque quand il en voyait une.
Parce qu’aucune arnaque n’a jamais été aussi transparente.
« Attendez », dit-il. « Tu me dis que tu me donnes une réduction de 30%. Ça signifie que tu retiens le reste pour toi, c’est ça ? »
« Exactement. Nous prenons 30 %. Vous prenez 70 %. »
« Non, non, non », continua Lupio, son cerveau s’activant pour la première fois de la journée. « Tu m’offres une ‘réduction’ de 30 %. Ça signifie que tu me demandes de charger 70 au lieu de 100. Ce qui signifie que tu ne me DONNES pas une réduction du tout. Tu me demandes simplement de charger moins. Et tu m’appelles ça une réduction pour me faire croire que j’obtiens une affaire. »
Le marchand regarda son collègue. Le collègue regarda le premier marchand.
« Tu viens d’arriver à Weissbrook, c’est ça ? » demanda le premier marchand.
« Oui », répondit Lupio.
« Et tu es déjà assez intelligent pour comprendre comment on arnaque les nouveaux capitaines. »
« Je joue aux cartes depuis que je suis enfant », dit Lupio simplement. « Je reconnais les arnaqueurs. »
« Bien », dit le marchand. « Au moins, tu es honnête. Oui, nous essayions de t’arnaquer. Tout le monde essaie. C’est comme ça qu’on fait. Mais bon, tu l’as compris. Donc tu vas nous dire : « Améliore l’offre. »
« Améliore l’offre », dit Lupio.
« 25 %. »
« Acceptable », répondit Lupio.
Et ils scellèrent l’accord.
(Note sur la négociation involontaire : 2 %. Lupio avait gagné 2 % de plus. Ce n’était pas un grand triomphe. Mais c’était UN TRIOMPHE. Et c’était comme voir un enfant découvrir qu’il pouvait compter jusqu’à dix. Un petit pas pour l’humanité. Un géant pas pour un bâtelier qui signait des contrats avec une croix ridiculement stupide.)

Les Trois Sacs Maudits — Ou comment la damnation arrive en trois étapes
Les marchands chargèrent trois sacs à bord du beribéli.
« Ce sont vos pigments, » dirent-ils avec la fausse jovialité de gens qui venaient de passer un marché sombre avec quelque chose qui n’était pas complètement humain. « De très haute qualité. Protégez-les de l’humidité. Et… hum… de la lumière directe. Et probablement de tout contact humain, en général. »
Lupio ordonna à Joseph de vérifier les sacs. Joseph, malgré ses dents dorées et sa nouvelle nature étrangement améliorée, restait un bosco responsable.
Joseph souleva le premier sac. « Pigments, oui. Lourd comme du pigment devrait l’être. Ça pue un peu, mais ça pourrait être normal pour ce type de colorant. »
Le deuxième sac. Joseph le souleva.
Son visage changea instantanément.
« Par les boyaux de Morr », souffla-t-il. « Ce sac-là… c’est léger. Trop léger. Ça ne pèse RIEN. Ça pèse peut-être… trois kilos ? »
« Ouvre-le », dis-je.
Joseph l’ouvrit.
Et un nuage de plumes pourpres s’envola tout autour de nous.
Des plumes. Pas du pigment. Des PLUMES. Littéralement des milliers de plumes.
Et elles étaient pourpres. Complètement pourpres. Du pourpre de mauvais présage. Du pourpre qui disait clairement : « Nous avons été ici. Nous venons pour toi. Sigmar ne peut pas t’aider. »
« Nous avons été arnaqués », déclara Lupio simplement.
« Oui, capitaine », confirma Joseph, ses yeux dorés clignant à travers le nuage violet. « Complètement arnaqués. »
Le troisième sac. Plus lourd que les autres. Bien plus lourd.
« Qu’est-ce qu’il y a dedans ? » demanda Lupio, avec une certaine dread qui était justifiée.
« Je ne sais pas », répondis-je. « Mais nous n’allons pas l’ouvrir ici. Pas avec autant de gens qui regardent. »
(Note sur la patience stratégique : Parfois, tu dois savoir quand NE PAS regarder. Quand garder une question fermée jusqu’à ce que tu sois seul. Loin des yeux. Loin des oreilles. Parce que certaines choses ont besoin d’être découvertes dans l’obscurité. Et certaines découvertes pourraient te tuer simplement par le simple fait de les connaître.)

Les Signatures Runiques — Ou Comment l’encre refusa de s’en aller
Mais avant que nous ne partions, quelque chose me frappa comme une épée à travers la poitrine.
Le manifeste.
Le manifeste qui détaillait le chargement.
Le manifeste que les marchands avaient signé.
Ils l’avaient signé avec une encre violette.
Leurs noms ?
Monsieur Pourpeurin. Monsieur Pourperine.
« Ce ne sont pas des noms sigmarites, » murmurai-je en examinant le document.
« Non, » confirma Lupio. « Pas du tout. »
Et il y avait plus.
À la place de vraies signatures — de vraies griffes humaines — il y avait des runes.
Des runes bizarres. Des runes qui bavaient d’une encre violette caractéristique. Des runes qui semblaient VIVANTES. Qui semblaient RESPIRER sur la page.
Des runes que je ne comprenais pas.
Des runes que je ne VOULAIS pas comprendre.
Par les pustules tremblantes de la Ruine !
« Brûle cette page, » ordonna-je à Lupio.
« Brûler le manifeste entier ? »
« Oui. Brûle-le. Si les répurgateurs du Sigmar trouvent ça, nous sommes cuits. Complètement. Jusqu’à la dernière miette. »
Et les marchands ? Ils avaient déjà disparu. Habilement. Comme si cette arnaque était une chorégraphie qu’ils avaient perfectionnée des centaines de fois.
(Note sur la tactique militaire imperceptible : C’est une manœuvre classique. Tu as vu ça à mille reprises. Le centre s’effondre intentionnellement. L’adversaire s’y enfonce. Et c’est à ce moment que les flancs se referment sur lui. Les marchands nous avaient joués. Nous avaient observés. Nous avaient laissés avec trois sacs maudits et des signatures runiques qui sentaient la sorcellerie à dix kilomètres.)

Le voyage de nuit — ou comment une main devint violette éternellement
Plus tard, loin du port, loin de Weissbrook, quelque part sur le fleuve — dans l’obscurité complète où seules les lanternes du navire éclairaient les vagues noires — nous ouvrîmes le troisième sac.
Et à l’intérieur, Lupio découvrit quelque chose qui aurait probablement mieux valu rester découvert.
Un squelette.
Un squelette qui n’avait aucune raison d’être là.
Un squelette qui aurait dû rester dans un cimetière bien ordonnancé.
Par les entrailles pourries de Morr !
Ce n’était pas un squelette normal. La tête s’était TRANSFORMÉE. Elle avait un bec. UN VRAI BEC. Comme un oiseau. Comme une créature ailée des montagnes grises.
Les mains ? Démesurément grandes. Pas proportionnées au corps squelettique. Comme si elles avaient commencé à se transformer en ailes avant que la transformation soit interrompue.
Et la couleur ? Violet. Complètement violet. Du pourpre étincelant qui refusait d’être naturel. Du pourpre qui respirait presque.
C’était un mutant. Qui avait autrefois été humain. Qui avait été transformé en quelque chose de bien pire. Quelque chose qui aurait dû rester dans les ombres de la Ruine.
« Je veux savoir ce que c’est, » dit Lupio, sa voix tremblante.
« Moi aussi, » répondis-je. « Mais pas maintenant. »
Quand Lupio toucha le os pour le jeter par-dessus bord, l’encre du manifeste — qui brûlait maintenant en flammes VIOLETTES, pas orangées, mais violettes comme une plaie festonnée — éclaboussait sa main.
Son gant se trempa de cette encre maudite.
Et quand il ôta le gant pour le nettoyer, sa peau en dessous était violette.
Complètement violette. Du rose/mauve étincelant qui refusait d’être naturel.
« Lupio, » dis-je. « Lave ta main. Tout de suite. Très fort. »
Il lava. Et lava. Et lava encore.
Mais l’encre refusa de partir.
(Note terrifiée du chroniqueur : Tu touches quelque chose de maudit, ça laisse une trace. Pas toujours visible à première vue. Pas toujours sur ta peau. Mais c’est là. Et tu le sais. Et dès l’instant où tu sais, tu sais aussi que ça ne s’en ira jamais complètement. Tu peux laver ta main mille fois. Mais tu porteras toujours cette marque. Et un jour, quelqu’un d’autre la verra. Et il saura. Il SAURA que tu as été marqué par quelque chose que même les prêtres de Sigmar auraient peur de nommer.)

Joseph et ses prières de terreur
Pendant tout le voyage cette nuit-là, Joseph pria.
À Sigmar.
Encore et encore.
Il faisait le signe du marteau. De son poing droit frappant sa paume ouverte. Trois fois. Quatre fois. Dix fois.
« Par Sigmar, » murmura-t-il. « Par Sigmar, protégez-nous. »
Et regardait Morrslieb.
La lune de folie.
Elle brillait. Trop fort. Trop rouge. Ses orbites étaient erratiques — elle bougeait dans des directions qui n’avaient aucun sens astronomique. Elle dansait presque. Comme si quelque chose l’avait transformée en marionnette dansante du Chaos.
« Capitaine, » dit Joseph, sa voix tremblante comme une feuille en automne, « Morrslieb ne devrait pas se comporter de cette manière. »
« Non », confirmai-je. « Elle ne devrait pas. »
Parce que quand la lune de folie commence à faire des choses bizarres — quand elle danse au lieu de tourner — c’est un signe. C’est un GRAND signe que quelque chose de bien plus vaste que ta petite conspiration locale se déroule.
C’est un signe que le monde lui-même se sent malade. Très malade. Hospitalisé malade.
(Note sur les mauvais présages qui ne mentent jamais : Tu apprends à lire les signes. Pas comme un devin ou un apothicaire. Juste comme quelqu’un qui a regardé assez longtemps et assez profondément pour savoir quand les choses ne sont pas droites. Morrslieb était un signe. Les plumes pourpres étaient un signe. La main violette était un signe. Et je commençais à comprendre que tous ces signes pointaient vers la même chose. Quelque chose d’immense. Quelque chose de profondément, cosmiquement mauvais. Quelque chose qui n’avait probablement pas l’intention de nous laisser vivants pour en parler à quelqu’un.)

La main violette de Lupio — Ou comment une couleur refusa obstinément de s’en aller
Plus tard cette nuit-là, je regardais Lupio examiner sa main.
Elle était toujours violette.
Pas gonflée. Pas douloureux. Pas en train de pourrir ou de se transformer. Juste… violette.
Du violet de bande dessinée classique. Comme si quelqu’un avait peint sa main et avait décidé que c’était drôle de laisser la peinture là.
« Ça partira », dit-il avec un optimisme qui était clairement faux.
« Non », lui répondis-je. « Non, ça ne partira pas. »
Et c’était vrai. Parce que ce n’était pas de la peinture. Ce n’était pas de l’encre ordinaire. C’était une MARQUE. Une marque permanente de contact avec quelque chose que même les mages de Nuln auraient peur d’étudier.
Une marque qui disait : « Lupio, tu appartiens à quelque chose de bien plus grand maintenant. Tu es marqué. Tu es taché. Tu es la propriété de la Ruine ou au minimum un jouet intéressant pour elle. »
(Note finale du chroniqueur terrorisé : Quand tu touches quelque chose de maudit, ça laisse une trace PERMANENTE. Pas toujours visible au premier coup d’œil. Pas toujours dangereux immédiatement. Mais c’est là. Éternel. Et tu le sais. Tu sais que tu as été touché. Et tu sais que ça ne s’en ira jamais complètement. Tu peux laver ta main mille fois. Mais tu porteras toujours cette marque. Et un jour, quelqu’un d’autre la verra. Et il saura. Il SAURA que tu as été marqué par quelque chose que même les prêtres de Sigmar auraient peur de nommer.)
ÉPILOGUE : Les questions qui restent et me hantent
Alors que nous remontions le Reik — fuyant les plumes pourpres, fuyant les marchands, fuyant les signatures runiques qui bavaient de Chaos — j’avais trop de questions.
Qui étaient vraiment ces marchands ? Étaient-ce des serviteurs du Chaos ? Des agents d’une loge de sorcellerie ? Des marionnettes d’une puissance bien plus grande ?
Qu’est-ce que les Plumes Pourpres signifiaient ? Elles apparaissaient PARTOUT maintenant. Dans les sacs. Dans les signatures. Dans l’air même du navire. Y avait-il une organisation ? Un culte ? Une force du Chaos qui opérait dans l’ombre ?
Qui était vraiment le squelette mutant ? Un humain transformé. Dégénéré. Corrompu. Mais par QUI ? Par QUOI ? Et pourquoi quelqu’un l’avait-il volontairement mis dans un sac pour nous l’offrir comme une sorte de… don ?
Pourquoi cette main refusait-elle de redevenir normale ? Ce n’était plus qu’une marque. C’était une PROMESSE. Une promesse que tout cela n’était pas fini. Que Lupio était marqué. Que nous étions tous marqués.
Où était le vrai Kastor Lieberung ? Et qu’avait-il fait pour que tant de gens le traquent avec une telle intensité ? Qu’avait-il fait pour que les plumes pourpres s’intéressent à lui ?
Et Morrslieb ? Pourquoi la lune de folie brillait-elle comme ça ? Pourquoi dansait-elle au lieu de tourner simplement ?
(Note finale du chroniqueur qui commence à peine à comprendre : Je suis un simple caporal. Je ne suis pas censé comprendre les grandes conspirations du Chaos. Je ne suis pas censé être le chroniqueur de ces événements. Mais je le suis. Et Lupio — ce bouffon, ce bâtelier, ce gars qui ne sait pas lire — porte maintenant une main violette qui refuse de partir. Et je sais que c’est un signe. Un signe qu’il est entré dans quelque chose de bien plus grand que lui. Et qu’avant la fin, il ne sera probablement pas le seul parmi nous à porter les marques de la Ruine.)
FIN DE LA CHRONIQUE
— Ulrich von Schnitzelbach, Caporal et Chroniqueur
Témoin De La Damnation De Lupio
Observateur De Morrslieb La Folle
Collecteur De Preuves Maudites Et De Très Mauvaises Nouvelles
An 2523 de l’Empire
P.S. : Lupio est maintenant capitaine. Joseph a ses dents en or et la certitude qu’il n’aura jamais soif. Et Lupio ? Lupio porte maintenant une main violette qui refusera probablement de redevenir normal jusqu’à la fin des temps. Sigmar nous protège. Parce que nous en avons besoin. Terriblement besoin.
P.P.S. : Je garde une plume. Et un os. Un jour, quelqu’un va les voir. Et cette personne va SAVOIR. Elle va savoir que nous étions dedans. Dedans profond. Et que nous avons tous eu de la chance de n’être que partiellement damnés.
P.P.P.S. : Morrslieb brille toujours étrangement. Même maintenant. Les astrologues devraient avoir peur. Parce qu’une lune qui se comporte de cette façon ne présage rien de bon. Elle présage l’apocalypse.


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