« Par les chaussettes trouées de Sigmar et tous les orteils qui dépassent !
Il est des jours où l’on découvre que les cocus ont des moustaches d’écureuil, que les herboristes ne vendant pas que du thym pour la toux, et que les bardes mentent mieux que des politiciens en campagne.
Thomas Prahmhandler a une gueule à faire fuir les chevaux mais des chantiers navals à faire bander un banquier. Hanna Lastkahn a plus de bleus qu’un ciel d’orage mais une dot qui fait oublier les cornes. Et pendant ce temps, mes compagnons tissent leurs toiles comme des araignées bourrées.
Bienvenue dans la suite de mes aventures à Grissenwald, où même les chats semblent faire partie d’un complot cosmique !»
Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach
Le portrait du cocu triomphant (ou comment un homme peut ressembler à un tonneau avec une moustache)
Les commères de Grissenwald répétaient les noms des futurs époux avec la délectation d’un gourmet devant un festin :
Hanna Lastkahn — la belle, la plantureuse, la repentante.
Quoique « belle » soit désormais discutable. La donzelle arborait des yeux au beurre noir qui n’avaient rien à voir avec le maquillage à la mode de Nuln. Non, ces magnifiques nuances violacées, ces touches artistiques de bleu-vert sur les pommettes… c’étaient les souvenirs tendres laissés par son retour forcé au bercail.
(Note esthétique : quand on ramène sa promise par les cheveux à travers trois lieues de campagne, elle arrive avec une palette de couleurs impressionnante. Du violet passion au jaune regret, en passant par le bleu repentir.)
Et le futur époux ? Thomas Prahmhandler.
Par les bourses congelées de Morr, quelle vision !
J’ai enfin pu contempler le portrait du bonhomme, et mes amis, permettez-moi de vous le dépeindre :

Une bonne vingtaine de printemps de plus que sa promise — ce qui la plaçait dans la catégorie « je pourrais être ton père mais appelons ça de l’expérience ». Une trogne qui racontait l’histoire d’amour d’un homme avec tous les tonneaux du Reikland. Rouge. Bouffie. Veinée comme une carte routière de l’Empire.
Mais le CLOU du spectacle, c’était sa moustache !
Par le prépuce de Ranald, cette moustache ! On aurait dit qu’un écureuil particulièrement touffu avait décidé de faire sa sieste sous son nez et n’était jamais reparti ! Elle partait dans tous les sens, rebelle, sauvage, comme si elle avait sa propre volonté !
Seuls ses yeux — d’un bleu très pur, ce bleu innocent des Reiklandais qui n’ont jamais vu la mer — rachetaient un peu l’ensemble.
Un peu. Vraiment peu. Comme une perle dans un tas de fumier.
Voilà donc l’heureux élu. L’homme qui pardonnait l’adultère pour des chantiers navals. Le cocu commercial qui transformait ses cornes en couronne dorée.
(Que mon cochon siffle ! Si c’est ça l’amour chez les marchands, je préfère encore les romances de garnison où au moins on sait que les sentiments durent exactement le temps de la solde.)

Comment notre magicienne découvre que certaines plantes font plus que soigner les rhumes
Pendant que la ville entière bavait sur le mariage du siècle, notre Vanda — cette apprentie magicienne qui voit des choses que mes « gros yeux » ne peuvent percevoir — s’ennuyait ferme.
« Leurs histoires de cul et de contrats ne m’intéressent pas, » grognait-elle en sirotant un vin qui avait le goût de vinaigre ambitieux.
Elle n’avait qu’une obsession : rencontrer Dame Etelka. Mais en attendant le bon vouloir de la Gravine, elle errait comme une âme en peine.
Cependant, Vanda n’était pas femme à baisser la garde. Notre dernière mésaventure à l’Auberge des Trois Plumes lui avait appris la prudence. Alors même qu’elle grignotait distraitement, ses yeux balayaient les environs avec la vigilance d’une sentinelle.
Et les vents de la magie — ces souffles capricieux qui guident les initiés vers ce que le commun des mortels ne saurait percevoir — la menèrent vers un lieu ambigu.
Une herboristerie.
Pas le genre où Tante Gertrude vient chercher sa tisane pour les hémorroïdes, non. Le genre discret. Retiré. Le genre où l’on entre par la porte de derrière si on sait ce qu’on cherche.
(Note pour les naïfs : quand une boutique a plus de clients qui entrent par l’arrière que par l’avant, c’est qu’on n’y vend pas que du persil.)

Vanda, avec son insigne du Collège d’Altdorf bien visible, pouvait y entrer sans craindre les Répurgateurs. Privilège de magicienne officielle : acheter des trucs louches légalement.
Mais ce qu’elle entendit la fit dresser l’oreille :
Deux valets en livrée chuchotaient avec l’herboriste. Ils demandaient des plantes aux noms que je ne peux pas écrire — Vanda m’a interdit, disant que ça pourrait me valoir des ennuis avec les autorités.
(Tout ce que j’ai compris, c’est que ces plantes servent aux « faiseurs d’anges« . Pour ceux qui, comme moi il y a trois jours, ne savent pas : ça fait partir les bébés non désirés. Voilà. C’est dit. Que Shallya me pardonne d’écrire ces horreurs.)
Mais l’herboriste — un homme prudent, apparemment — refusa tout net.
« De cela, je ne donne pas ! » trancha-t-il. « La seule ici qui est autorisée, c’est Dame Etelka. Elle est accréditée. Elle a les lettres du Collège d’Altdorf. Dites à votre maître que tout coquin ne pourra pas avoir ce passe-droit ! »
Les deux valets repartirent bredouilles, la mine renfrognée.
Et Vanda… Vanda se caressa le menton pensivement.
(Ou autre chose. Je ne sais pas ce que se caressent les magiciennes quand elles réfléchissent. Et je préfère ne pas le savoir.)
Dame Etelka n’était pas qu’une simple magicienne de province. Elle avait des PRIVILÈGES. Des autorisations spéciales. Le genre qui fait qu’on peut jouer avec la vie et la mort sans que les Répurgateurs viennent frapper à ta porte
Intéressant.
Le petit chat qui s’était frotté contre mes bottes choisit cet instant pour filer entre les jambes de Vanda et disparaître en direction des quais.
Vers Lupio.
Comme si le destin — ou Ranald le Fourbe — tissait sa toile.

Lupio le Majordome Imaginaire (ou comment un barde crasseux devient un serviteur de la Haute)
Pendant que Vanda découvrait les joies de l’herboristerie clandestine, notre Lupio — ce petit renard en forme humaine — déployait ses talents de menteur professionnel.
Il arpentait les quais avec l’air innocent de celui qui prépare un coup tordu. Bavardait avec les dockers. Riait avec les poissonnières. Buvait avec les ivrognes.
Et puis, avec ce culot qui ferait rougir un politicien, il lâcha sa bombe :
« Je viens d’arriver, » susurra-t-il à une commère dont la langue battait plus vite qu’un tambour de guerre. « J’ai entendu parler de ce fameux mariage… »
La commère mordit immédiatement :
« Oh ! Le mariage Prahmhandler-Lastkahn ! Tout le monde en parle ! »
« Figurez-vous, » continua Lupio avec l’aplomb d’un menteur né, « que j’ai eu l’HONNEUR de servir comme… majordome… lors des festivités de la Gravine de Nuln elle-même ! »
MAJORDOME !
Par le cul de Sigmar, le petit bâtelier qui sent le poisson et la bière éventée se faisait passer pour un MAJORDOME de la haute société !
Et le pire ? IL ÉTAIT CRÉDIBLE !
Il décrivit les plats sophistiqués (qu’il avait servis, certes, mais comme larbin). Les protocoles complexes (qu’il avait observés en portant les plats). L’étiquette raffinée (qu’il avait vue de loin en se faisant engueuler).
Les mots magiques — Nuln, Gravine, Comtesse Emmanuelle — transformèrent notre bateleur miteux en personnage fascinant.
La commère, éblouie comme une pie devant un bijou, courut le présenter à sa cousine, qui connaissait la belle-sœur du poissonnier, dont le beau-frère travaillait pour l’organisateur du mariage…
De fil en aiguille, de mensonge en exagération, voilà notre Lupio sur le point d’être EMBAUCHÉ pour le mariage !
(Note admirative malgré moi : ce gamin a les vents de la persuasion dans la bouche. S’il avait étudié la magie au lieu de la batelerie, il aurait fait un sorcier redoutable. Ou un escroc de haute volée. Quoique, la frontière entre les deux soit parfois bien mince.)

Le Chat du Destin (ou comment un félin semble orchestrer nos vies)
Et ce petit chat — vous savez, celui qui s’était frotté à mes bottes — réapparaissait partout.
D’abord près de moi quand j’observais les nains escrocs. Puis filant entre les jambes de Vanda à l’herboristerie. Maintenant se frottant aux mollets de Lupio au moment précis où il décrochait son « emploi ».
Comme si ce foutu matou était le messager de Ranald, tissant les fils du destin entre nous tous.
Je commençais à me demander si ce n’était pas LUI qui dirigeait toute l’opération.
(Note paranoïaque : si un chat peut orchestrer nos vies, alors vraiment, mon incompétence n’est plus le plus gros problème de cette mission.)
Les fils se nouent (ou comment je sens venir la catastrophe)
Récapitulons :
- Un mariage entre un cocu moustachu et une héritière tabassée
- Une herboristerie qui vend des potions pour « régler les problèmes »
- Une magicienne mystérieuse avec des privilèges spéciaux
- Un barde qui s’infiltre dans l’organisation du mariage
- Un chat qui semble être partout
Mon instinct de soldat me hurlait que tous ces éléments allaient se percuter comme des chariots lancés à pleine vitesse.
Et quand ça arrivera, devinez qui sera au milieu pour ramasser les morceaux ?
Votre serviteur. L’incompétent officiel. Le boulet certifié.
Par les tripes de Morr, je sens que ce mariage va être plus explosif qu’un tonneau de poudre noire dans une forge.
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Chroniqueur Involontaire des Manigances d’Autrui, Observateur de Bateliers Menteurs et de Magiciennes Songeuses, Grissenwald — An 2523 de l’Empire


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