« Par le cor de chasse fêlé de Sigmar et toutes les fausses notes qu’il contient !
Il est des moments où un son de trompe vous révèle que le destin s’amuse à vous rassembler comme des moutons avant l’abattoir, où un vieux marchand plus riche que la moitié de la noblesse invite une Gravine à un mariage de cocus, et où vous découvrez que votre nouvelle mission consiste à espionner des cuisines.
De garde du corps (certes nul), me voilà promu collecteur de ragots. De protecteur (inefficace), me voilà transformé en fouineur de potins. Ma carrière militaire suit une trajectoire aussi droite qu’un ver de terre bourré.
Et le pire ? Je vais devoir infiltrer un mariage avec Loupiot le Menteur comme partenaire. Si ça, ce n’est pas une punition divine, je ne sais pas ce que c’est !»
Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach

Le son du cor et la convergence cosmique (ou comment tout le monde se retrouve au même endroit par pure « coïncidence »)
Par le cor de chasse de Sigmar et toutes les fausses notes qu’il contient !
C’est alors que retentit un son qui nous figea tous.
Un cor. Grave. Solennel. Le genre de son qui annonce soit une guerre, soit une cérémonie, soit les deux à la fois.
Le petit chat — ce foutu félin qui nous suivait depuis le matin comme un espion à quatre pattes — dressa les oreilles et détala comme si Morr en personne soufflait dans l’instrument.
Et là, par quelque miracle de synchronisation ou malédiction divine, nous nous retrouvâmes TOUS témoins de la même scène :
Moi, les mains encore collantes de mouches écrasées, depuis les halles où je venais de terroriser d’innocents marchands.
Vanda, depuis son herboristerie louche où l’on vend des potions pour « régler les problèmes », qui découvrait que la boutique donnait pile sur la place.
Loupiot, depuis l’extrémité des quais où il préparait ses mensonges, qui avait vue sur toute la scène.
Ashkarûn, depuis la taverne où la Canonnière lui pétrissait le bras comme de la pâte à pain, qui voyait tout par la fenêtre.
Nous vîmes tous le même spectacle : l’armateur venait de s’agenouiller devant la Gravine. Nous vîmes tous le vieux patriarche — austère comme un croque-mort, le collier d’or brillant sur sa poitrine — présenter ses hommages avec cette obséquiosité calculée des marchands qui flairent une opportunité.
Et nous comprîmes tous, dans cet instant suspendu, que quelque chose se tramait.

L’invitation — Ou quand l’or courtise le sang bleu
L’armateur — le vieux Prahmhandler père, avec son collier d’or gros comme mon poing — s’agenouillait devant la Gravine avec cette obséquiosité calculée des riches qui veulent devenir plus riches.
« Votre Grâce ! Quel HONNEUR pour notre humble cité ! Le mariage de mon fils serait TRANSCENDÉ par votre présence ! On en parlerait pendant des GÉNÉRATIONS ! »
(Traduction : « Venez décorer ma fête de votre sang bleu, que je puisse me vanter d’avoir eu une vraie noble à la table d’honneur. »)
La Gravine, avec cette grâce diplomatique qui la caractérise, ne refusa point. Mais je vis dans ses yeux — ces yeux que j’ai appris à lire au fil des semaines — qu’elle calculait déjà les avantages de cette invitation.
Car voyez-vous, la Gravine n’est pas femme à perdre son temps en mondanités stériles. Derrière ce sourire, son cerveau calculait déjà :
- Des avantages politiques : montrer qu’elle se mêle au peuple
- Des opportunités d’espionnage : un mariage, c’est plein de langues déliées par l’alcool
- Une image publique : contrer les rumeurs que répand cet enfoiré de Josef l’agitateur
(La Gravine ne fait JAMAIS rien sans trois arrière-pensées et un plan de secours. C’est pour ça qu’elle est noble et que moi je suis caporal.)
Le conseil de guerre
Nous nous regroupâmes dans un coin, pendant que la Gravine prolongeait les salamalecs avec l’armateur.
Loupiot, ce petit serpent, avait déjà tout manigancé :
« J’ai réussi à me faire embaucher comme serveur pour le mariage ! Je vais pouvoir fouiner partout ! »
(Le salaud. Il avait prévu son coup depuis le début.)
Vanda, avec son mépris habituel pour tout ce qui n’est pas magique :
« Moi, je vais voir Etelka. Point. Vos histoires de cornes et de dots ne m’intéressent pas. »
Ashkarûn, toujours collé à sa Canonnière (ou plutôt l’inverse) :
« Les marchands de barges ne sont pas… mon domaine de prédilection. »
C’est alors que le Graffe Gustav Rechtshandler — ce fouineur juridique qui voit des complots partout — murmura quelque chose à l’oreille de la Gravine.
Elle sourit. Ce sourire qui annonce toujours que quelqu’un va morfler.
Devinez qui ?

Les ordres — Ou pourquoi je me retrouve toujours dans la merde
« Ulrich, » me dit-elle avec ce sourire qui annonce toujours les complications, « vous accompagnerez Lupio au mariage. »
Mon cœur fit un bond. Le mariage ? Moi ? Avec le bâtelier menteur ?
« Votre mission sera de récolter les rumeurs locales. Ce qui se dit dans les cuisines, dans les couloirs, parmi le petit personnel. Les ragots sur les factions, les rivalités, les agitations politiques… Tout ce qui pourrait avoir de la valeur. »
(Glorieuse mission : de garde du corps à espion de cuisine. Ma mère serait si fière.)
« Quant à vous, Ashkarûn, » continua-t-elle, « vous m’accompagnerez chez Dame Etelka. Avec Vanda. »
L’Arabien s’inclina avec grâce. La Canonnière gémit de désespoir.
Et là, le Graf révéla la vraie raison de cette visite :
« L’adversaire de Sa Grâce au procès tentera certainement de présenter notre ami arabien comme un… sorcier. Un homme venu de contrées lointaines, entouré de mystère, présent lors d’événements étranges… »
Ashkarûn haussa un sourcil. Zandar, sur son épaule, fit de même.
« Dame Etelka, en tant que magicienne accréditée du Collège d’Altdorf, peut fournir un certificat de conformité. Un témoignage officiel attestant que notre ambassadeur n’est point un pratiquant des arts sombres. »
(Note juridique : ainsi donc, il existe des papiers officiels pour prouver qu’on n’est pas sorcier. Le Vieux Monde ne cessera jamais de me surprendre par sa bureaucratie.)
La Gravine conclut :
« Nous nous retrouverons après. Ulrich, je compte sur votre… zèle… pour cette mission. »
Elle sourit en disant « zèle ». Par les bourses gelées de Morr, elle se moquait de moi. Gentiment, certes. Mais elle se moquait.

Comment on se sépare pour mieux se planter
Ainsi donc, les groupes se formèrent.
D’un côté : la Gravine, Ashkarûn, Vanda, et la garde prétorienne. Direction la demeure de Dame Etelka pour ce fameux certificat de non-sorcellerie.
De l’autre : votre humble serviteur et Lupio le Menteur. Direction le mariage Prahmhandler-Lastkahn pour jouer les espions de cuisine.
(Et quelque part dans cette ville, il y avait aussi ce campement de nains dont j’avais aperçu les représentants — ces racailles barbues qui montraient leur cul aux servantes. Mais ceci est une autre histoire.)
Lupio me regarda avec son sourire de fouine :
« Alors, caporal, prêt à jouer les larbins ? »
« Je ne joue pas les larbins, » grognai-je. « Je mène une opération de renseignement pour le compte de Sa Grâce. »
« Bien sûr, bien sûr. Et moi je suis majordome de la cour de Nuln. On va écouter aux portes comme des bonniches curieuses, avoue.»

(Le pire, c’est qu’il avait raison de se moquer. Nous allions nous infiltrer dans un mariage de marchands pour écouter aux portes comme des valets curieux. Quel honneur. Quelle gloire. Quelle chute.)
Mais les ordres sont les ordres. Et si la Gravine pensait que récolter des ragots de cuisine pouvait servir sa cause, alors par Sigmar, j’allais récolter des ragots de cuisine.
Pour la Gravine.
Pour l’Empire.
Pour ma future promotion au grade de capitaine.
À suivre…
Quelque chose me dit que ce mariage ne sera pas une simple fête.
Un cocu qui pardonne pour l’argent + Une infidèle couverte de bleus + Des invités bourrés + Nous deux en infiltration = CATASTROPHE GARANTIE
Je sens déjà venir les emmerdes. Elles ont cette odeur caractéristique, comme du lait tourné mélangé à de la poudre à canon.
Et ce foutu chat qui nous regarde tous partir, assis sur son cul, avec l’air de celui qui sait quelque chose qu’on ignore.
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Espion de Cuisine Malgré Lui, Futur Infiltrateur de Noces Improbables, Grissenwald — An 2523 de l’Empire


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