« Par les pantoufles moisies de Sigmar et tous les champignons qui y poussent !
Permettez-moi de reconstituer — d’après les récits croisés de mes compagnons — ce qui se passa simultanément en ces trois lieux, tandis que moi-même je pataugeais dans la fange des nains. Car si ma situation était périlleuse, celle de mes amis n’était guère plus enviable…»
Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach
Chez Etelka : La leçon d’humilité
Notre chère Vanda, avec cet enthousiasme qui caractérise les jeunes apprentis convaincus que le monde les attend avec impatience, commit l’erreur de s’adresser à Dame Etelka comme à une copine de taverne.
« Je vous remercie pour votre invitation ! Je suis ravie d’être enfin là ! Comme j’effectue mon voyage initiatique de magicienne, et que je sais que vous êtes experte en la matière, je serais ravie d’entendre les conseils que vous pourriez me prodiguer… »
Le silence qui suivit aurait pu congeler les couilles d’un troll des montagnes.
Etelka leva UN sourcil — Un seul. Avec la précision d’un chirurgien qui découpe un cadavre.

« Déjà. Le fait que vous fassiez RÉVERBÉRER votre voix dans MA bibliothèque me surprend. »
(Note explicative : apparemment, Vanda avait — sans le vouloir, j’imagine — fait quelque chose d’arcanique avec sa voix. Un tour de débutante. Le genre de petit effet qui impressionne les paysans mais qui, devant une vraie magicienne, équivaut à roter à la table d’un prince.)
« Au même titre que j’ai mis en garde l’Arabien, » continua Etelka, « je vous inviterais à ne point recommencer ce genre de tour en ma présence. Même si ce sont des tours arcaniques de petit niveau. »
BANG ! Premier uppercut.
Vanda ouvrit la bouche. La referma. Ressemblait à un poisson hors de l’eau.
« D’autre part, » poursuivit la magicienne sans lui laisser le temps de respirer, « je me sens quelque peu étonnée. Quel maître donc a été le vôtre pour vous former ainsi ? Et pour considérer que la longue route d’initiation qui est la vôtre — qui doit par vent et par vau, sur les chemins du Reik, vous apprendre la dure et noble puissance arcanique — peut en quelque sorte être qualifiée de… joyeuse ? D’enthousiasmante ? »
Elle cracha ces mots comme on crache un cafard.
« C’est un TRÈS MAUVAIS que vous avez eu là. »
(Note compatissante : pauvre Vanda. Elle venait de se faire écorcher vive par une langue plus acérée qu’une lame elfique. Et le pire, c’est qu’Etelka n’avait pas encore fini.)
BANG ! Deuxième crochet.
« Vous savez comme moi que tout ce que je puis ainsi faire, c’est vous juger sévèrement, durement, et estimer si — ce qui est loin d’être le cas pour le moment — vous avez une quelconque once d’intelligence me permettant peut-être de partager avec vous de lourds, très lourds travaux qui m’ont pris de longues, très longues années d’érudition. »
Pause.
« Pour l’instant, vous ne m’avez pas convaincue. »
K.O. !
Vanda au tapis !

Puis, Etelka tourna son regard vers Ashkarûn, et quelque chose qui ressemblait presque à de l’approbation passa dans ses yeux.
« L’Arabien, lui, ne peut point m’en vouloir. Ce n’est point un homme de l’art — c’est un émissaire. Il a au moins le mérite d’avoir le verbe agile et de choisir avec à-propos les adjectifs qu’il emploie. »
Puis, revenant à Vanda :
« Bannissez donc de votre langage ces vulgaires formules de politesse dignes des guildes de marchands de la plus basse extraction. Suis-je claire ? »
On ne pouvait être plus claire.
« Vanda, dans les deux minutes qui viennent, je vous prie de faire silence et de bien réfléchir. Je pense que deux minutes, pour une magicienne débutante comme vous, c’est une éternité. Vous aurez bientôt l’occasion de prendre la parole et de me dire des choses sensées. Si vous en êtes capable.»
Par le prépuce rétracté de Ranald, quelle DESTRUCTION ! Vanda venait de se faire atomiser verbalement !
(Réflexion admirative : cette Etelka, c’est le genre de femme qui pourrait te faire pleurer juste en te regardant. J’ai connu des sergents moins terrifiants.)

Sous le chapiteau : Le spectacle de l’horreur conjugale
Pendant ce temps, Loupiot s’était faufilé dans la salle principale du mariage.
Et ce qu’il vit lui glaça le sang.
Le père Prahmhandler d’abord.
Une lame de couteau plantée dans le gâteau de la mariée — c’est l’image qui vint à l’esprit de Loupiot. Au milieu de toutes ces fleurs, de toutes ces couleurs chatoyantes, de toute cette blancheur de circonstance, le vieux patriarche était un éclat de noirceur. Un charbon. Une pierre d’obsidienne.
D’une austérité absolue. D’une froideur incroyable, rehaussée par cette fraise empesée qu’il portait autour du cou comme un carcan. Il plongeait son regard gris — gris comme l’acier, gris comme la mort — dans celui de son fils avec un mépris si épais qu’on aurait pu le tartiner sur du pain.

Le fils Thomas baissait les yeux, comme un chien qui a chié sur le tapis.. Évidemment. Ce cocu magnifique, ce héros des contrats commerciaux, n’était en réalité qu’un chien battu devant son géniteur.
Et la mariée…
Par les larmes de Shallya, la mariée.
Malgré toutes les tentatives des dames d’honneur, malgré la poudre, malgré le fard, malgré les voiles stratégiquement disposés… Hanna Lastkahn portait sur son visage les traces évidentes de ce qui s’était passé.
Des yeux pochés. Une lèvre fendue. Un nez qui avait visiblement été brisé et mal remis en place.

Quand son futur époux avait décidé de lui faire comprendre qu’elle n’avait « point été méritueuse », Shallya — la déesse du foyer, la déesse de l’amour et de la miséricorde — avait détourné le regard. Pieusement. Lâchement.
(Note amère : ainsi donc, le « retour triomphal » de la promise n’avait pas été qu’une simple promenade. Thomas et ses sbires l’avaient corrigée. Comme on corrige une jument rétive. Comme on dresse un chien désobéissant. Et maintenant, cette pauvre fille allait épouser son bourreau sous les applaudissements d’une foule qui faisait semblant de ne rien voir.)
Les trois brutes étaient là aussi — reléguées à une table du fond, certes, mais présentes. Ces mêmes salopards qui avaient accompagné Thomas à l’Auberge des Trois Plumes. Ces chiens fous dressés depuis l’enfance à exécuter les basses œuvres du fils prodigue. Ils portaient encore les traces de leur « mission de récupération » : des jointures écorchées, des sourires satisfaits.
Mais ce n’est pas cela qui retint l’attention de Loupiot.
Non.
Ce fut la silhouette.
Un éclair zébra le ciel, illuminant le temple de Sigmar voisin. Les invités poussèrent des petits cris d’excitation — l’alcool avait coulé à flots et transformé l’orage en spectacle. Et dans cette lumière fugace, Loupiot vit…
Une silhouette à l’extérieur du chapiteau.
Un homme grand. Un lourd chapeau. Un long manteau de pluie. Une rapière au côté.
Il observait. Depuis l’extérieur. À travers les tentures détrempées.
Puis l’éclair disparut, et la silhouette avec.
Qui était-ce ? Un espion ? Un assassin ? Le mystérieux « Schmidt » revenu se venger ? Dans tous les cas, ça sentait la merde à plein nez.

Loupiot, ce petit furet, ne pouvait résister à ce genre de mystère. Il contourna la salle, se faufila entre les invités, et entreprit de s’approcher discrètement de l’endroit où il avait aperçu l’inconnu.
(Note inquiète : un observateur mystérieux au mariage d’une héritière compromise et d’un cocu vengeur… Voilà qui ne sentait pas bon. Pas bon du tout.)

Chez Etelka : Les lettres de créance ou comment Ashkarûn danse avec les mots
Pendant que Vanda ruminait son humiliation en silence, Ashkarûn — imperturbable comme toujours — se soumettait à l’interrogatoire de Dame Etelka.
« Pratiquez donc votre rituel, noble dame, noble magicienne — je ne sais comment on vous appelle dans ce vieil Empire. »
Etelka pencha la tête, comme un chat qui étudie une souris particulièrement intéressante.
« Je vais le pratiquer. Mais j’aime bien savoir quels sont les cobayes et spécimens sur qui je pratique. D’Arabie, vous venez donc, mon ami. Et par courtoisie — car vous êtes courtois — vous m’avez brillamment exposé les faits qui vous ont conduit jusqu’à moi. Mais d’Arabie plus précisément. Quels sont les lieux qui sont les vôtres ? La terre qui fut natale ? »
Ashkarûn s’inclina légèrement.
« Je suis issu de Marek, la merveille des déserts, la perle des capitales, la ville aux dix mille palais, dit-on. »
Et de sa manche — car cet homme a plus de choses dans ses manches qu’un prestidigitateur de foire — il sortit un document.
« Voilà la lettre de mon souverain. Elle m’accompagne partout où je vais. Je la tiens non seulement comme un gage de sécurité, mais aussi comme un gage d’écoute pour ceux qui me reçoivent chez eux. »
Il marqua une pause, puis ajouta avec cette pointe d’acidité diplomatique qui le caractérise :
« Il faut bien vous dire qu’à Marek, nombre d’érudits, de marchands, d’ambassadeurs venus du Vieil Empire sont reçus avec tous les honneurs dus à leur rang. Aussi ne puis-je m’empêcher de m’étonner — et je m’en suis étonné auprès de Sa Seigneurie la Gravine — qu’un tel sort me soit réservé ici. D’autant que nous avons croisé des individus bien issus du Vieil Empire avec un comportement ô combien plus suspect que le mien. »
Etelka examina le document avec l’œil d’une experte.
« Les lettres sont des écrits. Et les écrits peuvent être… falsifiés »
« Vous remarquerez sans doute, » répondit Ashkarûn sans se démonter, « la complexité des sceaux et des signatures qui accompagnent ce courrier. Regardez ici : le sceau du Grand Vizir. Le sceau du Grand Scribe. Le sceau du secrétaire personnel du Sultan des Sultans. L’ensemble entremêlé dans une arabesque qu’aucun faussaire ne pourrait imiter. »
« Volé, peut-être ? » suggéra Etelka. « Il y a bien des grimoires, bien des parchemins, bien des sorts authentiques que les mages se voient dérober. »
Ashkarûn sourit (ce sourire de serpent charmeur) :
« Si on voulait voler quelque chose à Marek, on prendrait des documents bien plus précieux qu’une simple lettre qui demande qu’on me laisse passer sans payer trop de péages. »
« Émissaire, donc, vous êtes ? »
« Collecteur d’histoires, » corrigea Ashkarûn. « La cour du Grand Sultan est très friande de nouveautés, et Sa Magnificence s’inquiète que parfois ses courtisans puissent s’ennuyer. Aussi a-t-il envoyé aux quatre coins du monde connu des collecteurs de contes. Je vais de ville en ville, de château en château, pour faire la chronique de ce qui se passe en vos terres. Et l’on envoie régulièrement la quintessence — magnifique, je l’espère — de mon talent lyrique à la cour du Grand Sultan, pour que les conteurs puissent ensuite divertir Sa Majesté et son entourage. »
« Collecteur, » répéta Etelka, comme si elle goûtait le mot.
(Note impressionnée : cet enfoiré transformait l’espionnage en mission culturelle. « Je ne suis pas un espion, je suis un CONTEUR ! » Brillant.)
À suivre…
(Car pendant que mes compagnons jonglaient avec les mots et les silhouettes mystérieuses, moi — pauvre caporal cerné par une centaine de nains affamés — j’allais devoir trouver mes propres arguments. Et quelque chose me disait que l’éloquence arabienne ne serait pas d’un grand secours face aux haches rouillées des fils déchus de Grungni.)
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Reconstituteur de Scènes Auxquelles Il N’a Pas Assisté, Toujours Cerné par les Nains en Attendant la Suite, Grissenwald — An 2523 de l’Empire


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