Le brouillard se déchire enfin sur la capitale de l’Empire, révélant à nos héros la magnificence terrifiante d’Altdorf : le Dôme du Grand Temple de Sigmar, le griffon doré de la garde impériale, et un mystérieux crâne peint sur les murs dont personne ne semble vouloir expliquer la signification.
Tandis que Vanda, appelée par les vents magiques, s’éclipse vers les Collèges de la Haute Magie en promettant des explications « pour plus tard », Ulrich découvre qu’il est désormais coincé entre deux femmes jalouses — Renate la Strigani et Alvira l’apothicaire — qui ont décidé de faire de lui un champ de bataille romantique.
Mais les complications amoureuses sont le cadet de ses soucis : Renate lui révèle que les « Crocs » — le gang rival des Poissons — sont bien réels, bien violents, et que la rue au Centaverne où ils se rendent n’est autre que la frontière entre les deux territoires ennemis.
Trois heures pour récupérer un bateau, survivre à une taverne mal famée, et ne pas se faire éventrer par des psychopathes aux crochets de docker. Que pourrait-il arriver de pire ?
« Par les révélations brumeuses de Sigmar qui déchire les voiles de l’ignorance ! Voilà que le brouillard s’ouvre comme les cuisses d’une catin devant un client fortuné, et que la capitale de l’Empire se dévoile dans toute sa magnificence nauséabonde ! Et moi, pauvre caporal coincé entre deux femmes jalouses et un batelier qui fredonne comme si de rien n’était, je découvre que nous venons de nous allier avec un gang de « Poissons » et que leurs rivaux s’appellent les « Crochets » ! Par les bestiaires criminels de Ranald, dans quel aquarium de fous sommes-nous tombés ?! »
– Altdorf, entre la révélation et la complication — An 2523 CI

Le Rideau qui se Déchire — Ou quand les dieux eux-mêmes décident qu’on a assez souffert dans le brouillard et nous offrent un spectacle
Pendant que Breem disparaissait dans le brouillard avec ses dents de piranha et son crâne d’écailles, quelque chose de MAGNIFIQUE se produisit.
Un vent frais souffla.
Littéralement. Comme si les dieux eux-mêmes — Sigmar, Taal, Manann, peut-être même ce filou de Ranald — avaient tenu conseil dans leur panthéon divin et avaient unanimement décrété : « Assez de brouillard. Laissez ces pauvres mortels VOIR. »
Et d’un seul coup, le brouillard se déchira.
Comme si quelqu’un avait tiré un rideau de théâtre.
Comme si une main géante avait balayé la purée de pois pestilentielle qui nous aveuglait depuis notre arrivée.
Et nous vîmes ALTDORF.
Pas la petite zone flottante d’où nous venions. Pas le village de miséreux où les voyous rackettaient les touristes parfumés du sud. Pas le labyrinthe de planches pourries où nous avions failli nous faire massacrer.
Non.
ALTDORF.
La VRAIE ville.
La CAPITALE de l’EMPIRE.
Le CŒUR du VIEUX MONDE.

La Splendeur Impériale — Ou comment un caporal du Stirland découvre qu’il n’est qu’une fourmi dans un monde de géants
Au loin, se dressaient des ponts qui franchissaient le Reik comme des arches de pierre. Des ponts qui auraient pu supporter une armée de géants. Des ponts que seule l’ingénierie impériale pouvait créer.
Et partout — PARTOUT — des navires. Pas des petites embarcations pourries. Des galions majestiques. Des nefs aux voiles blanches. Des bateaux qui dégageaient la puissance de l’Empire.
Et au centre de tout cela : le Dôme du Grand Temple de Sigmar.
C’était… c’était difficile à décrire.
Énorme. Imposant. Dominateur. Comme si Sigmar lui-même avait descendu du ciel et avait dit : « Voilà. C’est MON temple. Et il sera ÉNORME. »
Le dôme brillait dans les derniers rayons du soleil qui perçaient le smog — ce même smog puant qui nous avait fait vomir quelques heures plus tôt — comme une promesse divine. Une promesse qui disait : « L’Empire est grand. L’Empire est fort. Et toi, petit caporal du Stirland, tu n’es rien. »
(Note d’humilité forcée : face à cette splendeur, mes rêves de capitanat semblaient soudain bien ridicules. Qu’était un capitaine de la garde de Nuln comparé à CELA ? Une fourmi. Une fourmi avec une épée trop grande et des ambitions trop modestes.)

Le Griffon Doré — Ou comment un symbole de pierre vous rappelle votre place dans l’ordre des choses
Et sur notre droite — brillant dans ce qui restait du soleil comme s’il était fait d’or pur — se dressait quelque chose d’encore PLUS impressionnant.
Un griffon.
Pas un simple griffon de pacotille comme on en voit sur les enseignes de taverne. Pas une sculpture de bois peint comme celle qui ornait l’entrée des Trois Plumes.
Non.
Un griffon de la GARDE IMPÉRIALE.
L’emblème du pouvoir suprême.
L’incarnation de la puissance de l’Empereur Karl Franz Ier lui-même.
Il était MONUMENTAL. Il était DORÉ. Il était posé là, sur son piédestal de granit, ses ailes déployées, son bec ouvert dans un cri silencieux de domination.
Et il était là pour vous dire une chose, une seule chose :
« Bienvenue dans la capitale, petit homme. Et rappelle-toi : tu es PETIT. Tu es INSIGNIFIANT. Et moi, je suis l’EMPIRE. »
Je déglutis.
Loupiot siffla d’admiration.
Renate serra mon bras un peu plus fort.
Et quelque part, dans un recoin de mon âme de soldat, une petite voix murmura : « Tu es loin de Schnitzelbach, Ulrich. Très, très loin. »

Les Vents Magiques — Ou quand notre apprentie sent quelque chose que nous, pauvres mortels ordinaires, ne pouvons même pas imaginer
Mais ce qui fascina VANDA n’était pas l’architecture.
Ce n’était pas le temple. Ce n’était pas le griffon. Ce n’étaient pas les ponts ni les navires.
C’était quelque chose d’INVISIBLE.
Elle se tourna soudainement vers nous, ses yeux brillant d’une lumière qui n’était définitivement PAS naturelle — une lueur améthyste, la couleur de la mort et de la magie qui la manipule.
« Vous le sentez ? » demanda-t-elle d’une voix qui semblait venir de très loin.
« Quoi ? » répondis-je, reniflant l’air et ne sentant que la puanteur habituelle d’Altdorf mélangée à l’odeur de poisson pourri du port.
« Les vents magiques, » murmura-t-elle, comme en transe. « Là. De l’autre côté du fleuve. La Rive-Nord. »
Elle pointa du doigt vers un quartier entièrement séparé de la ville — un quartier où les bâtiments semblaient… différents. Plus anciens. Plus étranges. Plus impossibles.
« C’est réservé aux Collèges de la Haute Magie. Je peux les sentir. Les vents magiques. Ils sont… ils sont PUISSANTS. Plus puissants que tout ce que j’ai jamais ressenti. Et ils m’APPELLENT. »
Par les appels mystiques de Sigmar, notre apprentie était en train de communier avec des forces invisibles pendant que nous, pauvres mortels ordinaires, nous contentions de respirer de l’air vicié.
Loupiot me regarda. Je regardai Vanda. Renate regardait tout le monde avec l’expression d’une femme qui ne comprend pas la moitié de ce qui se passe mais qui sait que c’est important.
« Vanda, » dis-je lentement, choisissant mes mots avec la prudence d’un homme qui marche sur des œufs de dragon, « vous ne faisiez pas QUE « compléter votre dossier » à l’académie, n’est-ce pas ? »
Un silence.
Long.
Pesant.
Puis elle soupira.
« Non, » admit-elle enfin. « Mais… je vous le dirai plus tard. Pour l’instant, je DOIS aller là-bas. Je dois voir ce qui m’appelle. »
(Note sur les secrets : Vanda nous cachait quelque chose. Quelque chose de GROS. Mais après tout ce qu’elle avait fait pour nous — payer les voyous, nous sauver de situations impossibles, arracher Loupiot à la tentacule de Wittgenstein — qui étais-je pour exiger des explications ? Elle nous les donnerait. Quand elle serait prête. En attendant, je lui faisais confiance. Ce qui, venant de moi, était presque un miracle.)

La Galanterie du Caporal — Ou quand un homme découvre qu’il a de l’honneur même quand il est fauché
Avant de nous séparer, je réalisai quelque chose.
Vanda avait payé les voyous. VANDA avait utilisé son argent pour nous sauver. Son argent personnel.
Et nous n’avions rien donné.
« Vanda, » dis-je en sortant ce qui me restait de pièces d’or — une somme maigre, très maigre — « je dois te rembourser. Tu as payé pour nous tous. C’est injuste. »
Vanda regarda l’or.
Puis elle me regarda, moi.
« Vous l’aviez aussi ? » demanda-t-elle avec surprise.
« Un peu, » admis-je. « Assez pour partager. »
Je lui remis l’or.
Elle l’accepta avec un air étonné. Comme si elle ne s’attendait vraiment pas à ce qu’un caporal la rembourse.
« Merci, » dit-elle simplement.
Et c’était sincère.
L’Émergence sur les Vrais Quais — Ou comment découvrir que le chaos organisé est la norme dans une capitale
Nous émergeâmes enfin sur les vrais quais d’Altdorf.
Et l’agitation fut TOTALE.
Si le village flottant était une mare stagnante de misère, les quais principaux étaient un TORRENT de vie frénétique.
Partout : des gens. Des dockers qui chargeaient et déchargeaient des caisses avec la synchronisation d’une armée bien entraînée. Des marchands qui hurlaient des prix comme si leur vie en dépendait — ce qui était probablement le cas. Des gardes qui patrouillaient avec l’air blasé de ceux qui ont vu trop de choses pour s’étonner de quoi que ce soit. Des gens qui couraient d’un côté et de l’autre comme si le monde était en feu et qu’ils étaient les seuls à connaître la sortie.
C’était le CHAOS.
Mais un chaos ORGANISÉ.
Le genre de chaos qui fait tourner un empire.
Et devant nous, sur le mur d’une sorte de tour massive qui protégeait le grand fleuve — une tour de garde, probablement, ou un poste de douane — se déployaient les héraldiques de la cité impériale d’Altdorf sur un fond qui passait du bleu au rouge sombre :
Le marteau de Sigmar — le symbole du divin. L’outil qui avait fondé l’Empire il y a plus de deux millénaires.
Le griffon — l’emblème de l’Empereur Karl Franz Ier. La lignée. Le pouvoir suprême.
Et puis…
Il y avait quelque chose d’AUTRE.
Un crâne.
Simplement un crâne. Pas d’explications. Pas de contexte. Pas de légende explicative. Juste un crâne peint sur la pierre, entre le marteau et le griffon, comme s’il avait toute sa place dans cette trinité de symboles.
Le genre de symbole qui vous fait demander : « Pourquoi un crâne ? Qu’est-ce que ça signifie ? Et surtout, devrais-je avoir PEUR ? »
Je l’avais vu avant, ce crâne. Sur cette étrange tour près du fleuve, là où les nains nous avaient agressés. Était-ce un symbole de mort ? De pouvoir ? De danger ? Un avertissement ? Une promesse ?
Je n’avais AUCUNE idée.
Et quelque chose me disait que je n’aimerais pas la réponse quand je la découvrirais.
« Bienvenue à Altdorf, » murmura Loupiot en regardant le crâne comme s’il était hypnotisé.

La Séparation Stratégique — Ou comment diviser nos forces dans une ville où tout le monde veut nous tuer
« Bien, » dis-je en prenant mon ton de caporal organisateur — ce ton que j’utilisais quand je voulais avoir l’air compétent même si je n’avais aucune idée de ce que je faisais. « Maintenant qu’on a posé pied sur la terre ferme, on va devoir expédier les affaires rapidement. »
« Le bateau, » demanda Loupiot. « La rue au Centaverne, c’est par où ? »
« C’est ce que Lucas a dit, » confirma Vanda. « La rue au Centaverne. C’est là que vous trouverez le Bérébéli. Et son capitaine. »
« Probablement en train de s’alcooliser dans une taverne, » supposai-je. « Comme tout capitaine de navire qui se respecte quand il n’est pas en mer. »
Je regardai notre groupe.
Vanda, qui devait aller au Collège de Magie pour répondre à l’appel des vents mystiques.
Loupiot, qui devait récupérer son bateau.
Moi, qui devais jouer les huissiers.
Renate et Alvira, qui…
Qui quoi, exactement ?
« Vanda, » dis-je, « tu vas au Collège. Seule ? »
« Je connais le chemin, » répondit-elle. « Et les magiciens n’aiment pas les… visiteurs non invités. »
« D’accord. Mais on ne peut pas aller à la rue au Centaverne comme ça, à l’aveugle. Tu nous as dit que ce n’était pas « super bien famé ». »
Renate se rapprocha, glissant son bras sous le mien avec la fluidité d’une anguille.
« Je peux vous accompagner, » dit-elle. « Je connais ce genre d’endroits. Les quartiers mal famés, c’est mon territoire naturel. »
« Parfait, » répondis-je. « Mais une règle, Renate : tu ne PROVOQUES personne. Peu importe ce qu’ils disent, peu importe comment ils se comportent, tu ne les provoques PAS. On a déjà failli mourir une fois aujourd’hui à cause de provocations stupides. »
Je lançai un regard appuyé à Loupiot.
Qui eut la décence de baisser les yeux.
« Entendu, » accepta Renate.
Puis je me tournai vers Alvira.
« Et vous, Alvira ? »
L’apothicaire aux dents de lapin me regarda avec ces yeux qui semblaient toujours calculer quelque chose — probablement la distance entre elle et mon lit.
« Moi, » dit-elle lentement, « je VAIS accompagner… »
Elle regarda Vanda.
Puis elle regarda Renate.
Puis elle me regarda, moi.
Et je vis les rouages tourner dans sa tête.
Si elle accompagnait Vanda, Renate serait SEULE avec moi pendant des heures.
Si elle restait avec nous, elle pourrait surveiller la Strigani.
Le choix fut fait en un éclair.
« Je vais vous accompagner à la taverne, » décida Alvira avec un sourire qui ne trompait personne. « Les herbes du Collège peuvent attendre. Et puis, un apothicaire est toujours utile quand les choses tournent mal. Pour soigner les blessures. Ou les empoisonnements. Ou… d’autres choses. »
Par les triangles amoureux de Shallya, nous étions beaux.
Vanda haussa un sourcil mais ne dit rien.
Le Rendez-vous — Ou comment fixer un délai quand on ne sait pas si on sera encore vivant pour le respecter
« D’accord, » dis-je en essayant de garder une apparence de contrôle sur cette situation qui m’échappait complètement. « Nous nous retrouvons… »
« Dans trois heures ? » suggéra Vanda.
« Trois heures, » confirmai-je. « Sur les quais. À cet endroit précis. Devant le crâne. Si on n’est pas là, ça veut dire qu’on a eu de GROS problèmes. »
« Ou que vous êtes morts, » ajouta Vanda avec le pragmatisme glaçant d’une apprentie du Collège d’Améthyste.
« Merci pour l’optimisme. »
« J’espère que tu n’auras pas de gros problèmes, » murmura-t-elle avec quelque chose qui ressemblait presque à de l’affection.
« Moi aussi, » admis-je honnêtement. « Moi aussi. »
Puis Vanda disparut en direction de la Rive-Nord, vers ce quartier mystérieux où les vents magiques l’appelaient. Sa silhouette se fondit rapidement dans la foule, et je me demandai ce qu’elle allait découvrir là-bas. Et ce qu’elle nous cachait vraiment.
Et nous — Loupiot, Renate, Alvira et moi — nous nous dirigeâmes vers la rue au Centaverne.
Vers le Bérébéli.
Vers le capitaine alcoolique.
Vers les ennuis.

La Compétition Féminine — Ou quand deux femmes décident que vous êtes un territoire à conquérir et que vous n’avez pas votre mot à dire
En chemin vers la taverne, je me retrouvai dans une situation que je n’avais jamais connue auparavant.
J’avais Renate à mon bras gauche.
J’avais Alvira qui marchait à ma droite, suffisamment proche pour que nos épaules se frôlent « accidentellement » à chaque pas.
Et j’avais Loupiot qui marchait devant, fredonnant une chanson de marin comme si de rien n’était, comme s’il n’avait pas failli nous faire tuer une heure plus tôt, comme s’il n’avait pas raconté à tout le port que je souffrais d’« humidité maladie ».
Ce fumier.
Renate me regarda soudain.
Directement.
Avec cette intensité que seule une femme strigani peut avoir — cette intensité qui dit « je vois à travers toi, et je n’aime pas ce que je vois ».
« Caporal, » dit-elle lentement, « la petite Vanda… ne me dites pas que vous en pincez pour cette apprentie ? »
Je faillis m’étrangler avec ma propre salive.
« Quoi ? »
« Vanda. La magicienne. Celle qui vient de partir vers le Collège. Celle que vous regardiez avec des yeux de merlan frit pendant qu’elle parlait de « vents magiques ». »
« Je ne la regardais pas avec des yeux de— »
« Si, vous la regardiez, » coupa Alvira de l’autre côté, avec un sourire qui ressemblait à celui d’un chat qui vient de trouver une souris blessée. « Je l’ai vu aussi. Très attendrissant. Très… révélateur. »
Par les interrogatoires de Sigmar, j’étais cerné.
« Je ne— C’est-à-dire que— Vanda est notre compagne d’armes, et— »
« Bien sûr qu’il en pince pour elle, » déclara Alvira avec assurance. « Notre cher caporal, c’est un cœur d’artichaud. Il en pince un peu pour TOUT LE MONDE. C’est son charme. Et sa malédiction. »
« Probablement, » admis-je avec la grâce d’un homme qui accepte son sort de condamné. Nier était inutile. Ces deux femmes voyaient à travers moi comme à travers du verre de Marienburg.
« Mais pour mon plus grand bonheur, » ajouta Alvira avec ce sourire carnassier qui faisait ressortir ses dents de lapin, « je n’ai jamais EXPÉRIMENTÉ ce charme. Pas encore. »
Le « pas encore » flotta dans l’air comme une promesse. Ou une menace.
Renate serra mon bras un peu plus fort. Possessivement.
« Vous avez BUTINÉ avec lui ? » demanda-t-elle à Alvira avec une douceur qui cachait une menace de mort imminente.
« Non, non, non, vraiment pas, » répondit Alvira.
« Je vous laisse l’honneur avec grand plaisir, » conclut l’apothicaire avec une fausse générosité. « J’ai bien compris vos intentions sur le caporal. Il est tout à vous. Pour l’instant. »
Le « pour l’instant » aussi flotta dans l’air.
Par les complications amoureuses de Shallya, ma vie était devenue un champ de bataille où je n’avais aucune arme et où tout le monde voulait me conquérir.
(Note sur ma situation romantique : il y a quelques semaines, j’étais un caporal solitaire qui rêvait de gloire et de promotion. Aujourd’hui, j’étais coincé entre une diseuse de bonne aventure strigani, une apothicaire aux dents de lapin et aux appétits voraces, et apparemment une apprentie magicienne que je regardais « avec des yeux de merlan frit ». Comment en étais-je arrivé là ? Et surtout, comment allais-je m’en sortir VIVANT ?)

L’Avertissement de Renate — Ou quand une femme qui connaît la rue vous rappelle que vous êtes très stupide
Alors que nous traversions les rues de plus en plus sombres, de plus en plus étroites, de plus en plus malodorantes — ce qui était un exploit vu l’odeur de base d’Altdorf — Renate se rapprocha de moi.
« Le caporal, » dit-elle à voix basse, « je dois vous avertir de quelque chose. »
« Je t’écoute. »
« Vous avez très bien fait de vous acquitter du prix auprès des Poissons. Ils contrôlent une grande partie du fleuve. Et du commerce qui le traverse. De Bogenhafen à Marienburg. De tout ce qui est traficable et trafiqué. Armes. Esclaves. Marchandises interdites. Tout. »
Elle marqua une pause.
« La femme aux écailles — elle est importante. Très importante. Vous avez fait une bonne alliance. Ou du moins, vous n’avez pas fait une mauvaise alliance. Ce qui, à Altdorf, revient au même. »
« Mais ? » demandai-je, sentant le « mais » arriver comme un chariot de fumier un jour de grand vent.
« Mais vous avez aussi un PROBLÈME. »
« Lequel ? »
« Les CROCHETS. »
Je m’arrêtai net.
« Les Crochets ? Je croyais que c’était juste une histoire inventée par les voyous pour nous faire payer plus cher. Les types avec les crochets qui attrapent les visages… »
« Ce n’est PAS une invention, » dit Renate avec une gravité qui me glaça le sang. « Les Crochets sont RÉELS. Aussi puissants que les Poissons. Mais beaucoup plus VIOLENTS. Et beaucoup moins… compréhensifs. »
Elle continua à marcher, m’entraînant avec elle.
« Les Poissons sont des commerçants. Des trafiquants. Des racketteurs, certes, mais des racketteurs qui comprennent la valeur de la négociation. Ils préfèrent l’argent au sang. »
« Et les Crochets ? »
« Les Crochets préfèrent le sang à l’argent. Ils tuent d’abord, ils pillent ensuite. Et ils aiment faire souffrir. Les histoires de noyades au Pont du Diable ? Vraies. Les femmes et les enfants massacrés ? Vrai. Le Diable qui regarde le spectacle ? Probablement une métaphore, mais la terreur est bien réelle. »
Elle serra mon bras.
« Et vous, en parlant du Bérébéli aux Poissons, vous avez peut-être dit quelque chose que les Crochets n’auraient pas dû entendre. »
« Pourquoi ? » demandai-je, sentant mon estomac se nouer.
« Parce que le Bérébéli est un BATEAU. Un bateau qui a de la valeur. Un bateau que quelqu’un d’autre pourrait vouloir. Et si les Crochets apprennent que des touristes du sud sont venus réclamer un navire dans LEUR territoire… »
Elle ne termina pas sa phrase.
Elle n’en avait pas besoin.
« Les Poissons nous ont reconnus comme des alliés potentiels, » dit-elle. « Mais les Crochets, eux, nous verront comme des PROIES. Des poissons à attraper. Des victimes à crocher. »
Elle me regarda droit dans les yeux.
« Soyez PRUDENT, caporal. Très prudent. La rue au Centaverne n’est pas qu’une rue. C’est une FRONTIÈRE. Entre le territoire des Poissons et celui des Crochets. Et les frontières, c’est là où les guerres se font. »
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Qui a Vu Altdorf Pour La Première Fois dans Toute sa Splendeur Terrifiante, Qui a Compris qu’il Était Coincé Entre Deux Gangs aux Noms Aquatiques, Qui est Maintenant En Route Vers une Taverne Dangereuse avec Deux Femmes en Compétition pour ses Affections, Et Un Barde qui Fredonne Comme Si Tout Allait Bien Alors Que Rien Ne Va, En Direction de la Rue au Centaverne, Frontière de Tous les Dangers, — An 2523 CI —
P.S. : Les Poissons. Les Crochets. Deux gangs aux noms d’animaux marins qui se disputent le contrôle d’Altdorf. Et nous, pauvres idiots du sud, nous venons de nous jeter dans cette guerre de territoires comme des agneaux dans une boucherie. Brillant. Vraiment brillant.
P.P.S. : Vanda sent les vents magiques et cache des secrets. Alvira se demande si je couche avec Renate. Renate me tient le bras comme si j’allais m’enfuir. Et Loupiot marche devant en fredonnant comme si rien ne pouvait l’affecter. Ma vie est un cauchemar de complications romantiques et politiques. Et je n’ai même pas encore bu un verre.
P.P.P.S. : Le Bérébéli. Ce bateau qui semble intéresser tout le monde. Loupiot dit qu’il en a la moitié. Qui a l’autre moitié ? Et pourquoi ai-je l’impression que cette moitié de bateau va nous coûter bien plus cher que prévu ?
P.P.P.P.S. : Trois heures. Je dois survivre trois heures avant de retrouver Vanda. Trois heures dans une taverne « mal famée » située sur une « frontière » entre deux gangs rivaux. Trois heures avec Loupiot qui provoque tout le monde, Renate qui me surveille, et Alvira qui attend son moment. Par les survies improbables de Sigmar, je vais avoir besoin de beaucoup d’alcool.
P.P.P.P.P.S. : Note pour mes mémoires : si je survis à Altdorf, ce sera un MIRACLE. Et si je survis avec mon cœur intact — sans qu’aucune de ces femmes ne me l’arrache — ce sera un miracle ENCORE PLUS GRAND.


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