“Les stars brillent plus fort juste avant d’exploser.” — Freddy Otash
Fini les marécages et les rituels vaudous. On remonte vers l’ouest.
Vers Hollywood, 1917. Un soleil de plomb, des champs d’agrumes, et des studios naissants.
Une ville qui n’est pas encore une ville.
Une promesse. Un piège.
Sous la surface : les premiers frémissements du Mythe.
Les étoiles ne mentent pas, même dans le ciel californien.

Naissance d’un monstre urbain
À cette époque, Hollywood est encore un quartier en transition : une ancienne bourgade paisible avec ses jardins, ses pelouses et ses tramways, en train de se faire dévorer par l’ogre de la modernité. Les pellicules tournent, les studios poussent comme des champignons après la pluie, et la population explose. C’est la ruée vers l’image.
Mais derrière les dorures des plateaux, les collines cachent déjà autre chose. Un bouillonnement. Un grondement. Quelque chose de mauvais, d’ancestral, tapi sous les fondations des plateaux de tournage ou dans les tunnels du métro en construction. La ville s’étend trop vite. Elle enfle. Elle mutile ce qu’elle touche.

Inspiration noire : entre Ellroy et Chazelle
Ce Los Angeles, je l’imagine comme un décor noir, moite et abrasif. À la James Ellroy, avec des flics pourris, des producteurs prédateurs et des agents véreux. Un monde où l’information est une arme et le sexe une monnaie.
Mais aussi avec la frénésie de Babylon (le film de Damien Chazelle). Cette énergie extatique et désabusée qui engloutit tout sur son passage. Des fêtes démentielles dans des ranchs, des overdoses sur fond de jazz, des orgies sous le ciel de velours et les cris étouffés d’un monde en train de perdre la tête.

Pourquoi ce cadre fonctionne pour Cthulhu ?
Parce que les investigateurs ne sont pas des héros, mais des charognards qui risquent de mordre une proie qu’ils ne peuvent pas digérer.
Parce qu’il y a une tension permanente entre le rêve et le cauchemar.
Parce que l’image, le faux-semblant et la manipulation sont au cœur du mythe.
Parce que l’ambition débridée mène tout droit à la folie.
Parce que la ville est jeune, mais déjà gangrenée par quelque chose d’indicible.
Freddy Otash : le mythe infectieux
Dans ce monde, Freddy Otash est plus qu’un personnage de James Ellroy : c’est un modèle. Le fil conducteur. Mon groupe d’investigateurs incarne ce qu’il représente : le vice, l’ambition, la surveillance et la compromission. Flics déchus devenus détectives privés. Manipulateurs. Chasseurs de scandales pour Confidential ou d’autres torchons avides de sang et de stupre.

Ils ont des micros, des caméras, des hommes de main. Ils exploitent la chute des stars, organisent des baisodromes, écoutent les conversations des puissants. Ils savent que derrière le glamour, il y a toujours une pourriture plus profonde – et parfois, quelque chose d’inhumain.

Ils fouillent les déchets d’Hollywood, mais ce qu’ils trouvent dépasse l’entendement. Des noms qu’il ne faut pas prononcer. Des rites anciens dans les collines. Des starlettes qui ne dorment jamais parce qu’elles savent ce qui les observe dans l’obscurité.
Un cadre en mutation, comme les esprits des personnages
1917, c’est aussi le moment où la ville devient un personnage à part entière. Elle est encore belle, presque naïve par endroits. Mais le ver est déjà dans le fruit. La nature cède lentement à l’artifice. Les vergers deviennent des plateaux. Les rues sont tracées à la hâte. Les lotissements grignotent la campagne, comme un cancer qui avance.

C’est un décor vivant, instable, où la frontière entre le réel et l’illusion est aussi fine qu’un rideau de théâtre. Le cadre idéal pour une campagne de l’Appel de Cthulhu : entre enquête, paranoïa, et déchéance psychique. Parce qu’ici, la corruption ne vient pas seulement des hommes – mais de ce qui les inspire, ou les contrôle.

A l’origine, « El Nido Vacio » de Shadowlands
Une fois de plus, je me tourne vers nos amis ibériques de Shadowlands.
Leur module El Nido Vacío ? Un bijou.
Court, tranchant, évocateur.
Deux à trois séances suffisent pour en faire le prologue d’une campagne bien plus vaste.
La mienne s’appellera : L’Usine à Rêve.
Oui, les connaisseurs auront deviné : je lorgne du côté de The Dream Factory de Pagan Publishing (les géniteurs de Delta Green),
inspiré du chef-d’œuvre injustement ignoré : Mortal Coils (1998).
Hollywood devient ici une passerelle instable entre deux mondes.
Le réel ? Pour les naïfs.
Le rêve ? Pour les damnés.
Ici, les portes de la perception ne sont pas ouvertes à coups de LSD, mais de pellicule, de sexe et de scandale.
Les investigateurs ne combattent pas le Mythe.
Ils y plongent tête la première, en espérant en tirer un scoop, un rôle, ou un chèque.
Ce n’est pas juste une enquête.
C’est une descente.
Un cauchemar sous contrat, tourné en plan-séquence, sous des projecteurs brûlants et des dialogues dictés par des choses venues d’ailleurs.


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