Blanca et Urbano traquent Gustavo Rodríguez dans les ruelles surpeuplées de Vallecas, quartier populaire de Madrid pilonné par les bombes. Entre course-poursuite dans un escalier, interrogatoire musclé et aveux arrachés à l’eau-de-vie, la piste du tableau volé de Pickman les mène vers un mystérieux commanditaire au 38 rue de Luchana. Deuxième chapitre de notre campagne L’Appel de Cthulhu en pleine guerre civile espagnole.

Note du Gardien
Voici le récit d’une session marquante pour notre table, jouée autour de « Sonreír con plomo en las entrañas« , un scénario publié par Shadowlands. Si vous êtes Gardien ou simplement curieux de voir ce que devient L’Appel de Cthulhu plongé dans la guerre civile espagnole, ce compte-rendu est pour vous.
Ce texte contient évidemment des spoilers. Mais ici, sur Cosmic Fear, c’est un hommage assumé : aux histoires qu’on joue, aux moments qui marquent, aux horreurs qu’on invoque, et aux joueurs qui les affrontent.

Note du Gardien
Blanca & Urbano : un clin d’œil à « En 5 Minutos Rol »
Si vous avez apprécié suivre les péripéties de Blanca, Urbano et leurs compagnons à travers cette histoire teintée d’horreur et de mystère, sachez que ces personnages sont un hommage direct à la formidable table de jeu en liveplay animée par nos amis espagnols de la chaîne En 5 Minutos Rol.
Cette chaîne YouTube est une mine d’or pour les passionnés de jeu de rôle. Vous y trouverez :
- des actual plays passionnants,
- des critiques de jeux éclairées,
- des entretiens et des points sur l’actualité JdR,
- des tutoriels clairs (notamment sur Foundry VTT),
- ainsi que des vidéos « open the box » pour découvrir du matériel de jeu en avant-première.
Tout est en espagnol, bien sûr — une excellente occasion de rafraîchir votre pratique de la langue ! Et si vous n’êtes pas hispanophone : pas de panique. Grâce à la traduction automatique de YouTube, vous pouvez suivre les épisodes avec des sous-titres traduits dans votre langue en un simple clic. C’est fluide, clair, et vraiment magique.
Alors si cette histoire vous a accroché, n’hésitez pas à plonger dans l’univers unique de En 5 Minutos Rol. C’est une communauté généreuse, passionnée et toujours très inspirante.

Direction Vallecas : dans les ruelles oubliées de Madrid
Il pleut sur Madrid. Les rafales d’armes automatiques résonnent à distance. Blanca et Urbano quittent le musée pour le quartier de Vallecas, un dédale de ruelles étroites, surpeuplées, bordées de vieilles pierres. Ici, pas de métro, peu d’abris. Le ciel est régulièrement noirci par les avions nationalistes. Le quotidien des habitants est suspendu aux bombardements.
Arrivés devant le 54 de la calle Arroyo de Oliva, ils découvrent une porte cochère, des cris d’enfants, du linge sale pendu aux balcons. Urbano choisit la discrétion. Plutôt que passer par l’entrée principale, il contourne l’immeuble vers une cour intérieure, espérant intercepter Rodríguez s’il tentait de fuir.
Dans la cour, des enfants jouent à côté d’une loge de gardienne. Une femme corpulente, la tête couverte d’un foulard, les observe. Urbano s’informe. L’appartement de Rodríguez est au premier étage, juste au-dessus de la porte cochère. Le linge aperçu plus tôt le confirme.
La gardienne ne l’a pas vu récemment. Blanca et Urbano montent. La tension monte aussi.
Une confrontation sous la pluie
À peine le palier atteint, la porte s’ouvre brusquement. Une femme leur fait face. Maigre, le regard dur, le visage tiré par l’usure. C’est l’épouse de Gustavo. Urbano l’interroge, calmement. Mais elle est amère. Gustavo ne vit plus vraiment ici. Il traîne dans les bars, disparaît souvent. Elle l’accuse sans détour : « Il a tout ce qu’il mérite. »

Quand elle tente de refermer la porte, Urbano bloque avec son pied. Il aperçoit une silhouette fuyante dans le couloir, derrière elle. Immédiatement, il réagit. Il quitte le palier et descend vers le balcon de la façade, espérant intercepter le fuyard. Quelqu’un essaie manifestement d’échapper à la rencontre.
Le mystère s’épaissit.
Rencontre avec Gustavo Rodríguez : alcool, mensonges et aveux
Alors que Blanca passe par la porte de service pour prendre position, Urbano tente d’intercepter le suspect par l’escalier principal. Dans une ruelle d’immeuble typique de Madrid, les deux personnages se préparent à coincer Gustavo Rodríguez, le suspect principal du vol de l’œuvre de Pickman. Blanca récupère un manche à balai en guise d’arme improvisée. Au moment même où une porte claque, un homme titube dans l’escalier : c’est lui.

Grand, le visage bouffi, la main droite entourée d’un chiffon sale et ensanglanté, il pue l’eau-de-vie. Blanca tente de le faire trébucher mais rate son coup. Gustavo descend à toute allure, criant frénétiquement. Urbano tente une intervention plus directe : un coup bien placé dans la nuque avec le manche à balai le fait chuter brutalement dans les escaliers. Rodriguez hurle, sa bouteille se brise, l’alcool coule au sol.
Urbano le maîtrise au sol sans ménagement. L’homme est hébété, désespéré, et clame qu’on veut le tuer. Clé de bras, regard d’autorité : il cède. Oui, il s’appelle Gustavo Rodríguez. Et il a des choses à dire.
Un marché occulte, un nom inconnu
Le dialogue s’installe, rude mais clair. Une œuvre précieuse a disparu. Elle a été volée, et Rodriguez, malgré lui, est impliqué. La main blessée ? Il admet s’être coupé, mais il n’agissait pas seul. Il a été payé pour livrer la toile à un inconnu. Un jeune homme, bien habillé, bien renseigné sur le musée, les horaires, les accès.
Blanca joue la carte de l’intimidation avec brio. Un regard, une menace subtile, une pression bien placée : Rodriguez craque. Il révèle que la livraison a eu lieu au 38, rue de Luchana. Une maison élégante, presque un palais. C’était la veille, pendant un bombardement.
L’inconnu ne lui a donné qu’une instruction : laisser le tableau à l’entrée. Pas de noms, pas de questions. En échange, il a reçu plus de 800 pesos – une somme énorme pour un ouvrier pauvre, ivrogne et joueur. Trop énorme pour ne pas soulever des soupçons.
Un complice silencieux ?
Rodriguez affirme que l’homme était seul. Mais face aux regards inquisiteurs et à l’odeur d’alcool persistante, les enquêteurs doutent. Son hésitation est visible. Quand il affirme avoir simplement pris l’argent et laissé le tableau, son récit commence à se fissurer.
L’interrogatoire s’intensifie. Blanca renverse la bouteille d’eau-de-vie sur sa main blessée. Rodriguez gémit, supplie, panique. Un homme qui ment, ou un pion dans une opération plus vaste ?
Le mystère autour du tableau de Pickman prend une tournure inquiétante. Quelqu’un l’a voulu à tout prix. Quelqu’un capable de payer cher, de profiter du chaos des bombardements, et de garder son identité secrète. Le 38, rue de Luchana, sera leur prochaine destination.
Des révélations ambiguës et une piste plus sombre encore
Alors que l’interrogatoire de Gustavo Rodríguez touche à sa fin, un nouvel élément vient perturber l’échange : la voix de sa femme, Dolores, hurle depuis l’étage. Elle l’accuse. Elle accuse aussi les enquêteurs de mensonge. Puis elle claque la porte avec fracas. La scène est tendue. L’ivrogne, blessé, humilié, finit par céder complètement.
Il avoue : il n’était pas seul lors de la livraison du tableau. Une femme l’accompagnait. Il ne l’a pas bien vue, mais se souvient de son parfum. Un parfum de dame. L’homme à qui il a remis la toile ? Élégant, sans doute noble, très bien parlé. Un Espagnol raffiné, d’âge mûr, légèrement dégarni, au regard perçant. Cheveux châtains, peut-être roux.
Blanca reste calme mais ferme : il devra rester disponible. Rodriguez, penaud et chancelant, accepte. Elle lui verse le reste d’alcool sur la plaie en guise d’avertissement. Il crie, jure, puis s’éloigne, boitant, remontant difficilement l’escalier.


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