Repêchés par les frères de Morr et déjà prêts pour la fosse commune, Ulrich, Josef et Loupiot se réveillent en même temps sur la table de la dernière toilette — un miracle du dieu Bogenauer. Sans armes, sans honneur, sans un sou, le caporal de la Gravine n’a plus qu’une option pour survivre au Schaffenfest : devenir chasseur de rats dans les égouts de Bogenhafen, pataugeant dans la merde de dix mille festivaliers. Acte 78 des Chroniques d’Ulrich von Schnitzelbach, campagne Warhammer Fantasy.
« Par les RÉSURRECTIONS de Morr et les HUMILIATIONS de Ranald ! Moi, Ulrich von Schnitzelbach, caporal de la garde de la Gravine, descendant des barons du Stirland, me voici RATIER dans les égouts de Bogenhafen, pataugeant jusqu’au cou dans la MERDE de dix mille festivaliers ! Par les flatulences de Nurgle, comment en suis-je arrivé LÀ ? »
Temple de Morr, puis Bogenhafen — Schaffenfest — An 2523 CI

Le Miracle de la Rivière — Ou quand les dieux refusent de nous laisser mourir
Trois corps meurtris.
Trois corps broyés.
Trois corps bastonnés, noyés, abandonnés aux courants de la Bogen.
Et pourtant…
Comme seul le dieu BOGENAUER peut le faire — ce dieu de la rivière auquel Joseph avait adressé ses prières la veille de notre massacre — miracle il y eut.
Car les sœurs et frères de MORR, qui régulièrement vont sur les indications des bateliers ou des simples paysans récupérer les corps des noyés et des suicidés, nous avaient repêchés. Ils nous avaient amenés au temple pour nous faire la dernière toilette, avant de nous jeter dans la fosse commune réservée aux inconnus.
C’est LÀ, alors que nous étions en train d’être lavés, que tous les trois, au même instant, au même moment, nous nous sommes REDRESSÉS.
(Les prêtres de Morr ne crièrent point. Dans leur longue carrière, ils sont susceptibles d’assister à ce type de miracle. Ils trouvèrent tous les mots apaisants en nous expliquant que Morr n’avait point voulu de nous en notre rendez-vous.)
Au loin, nous entendîmes quelqu’un en train de s’étouffer.
Lui, pour le coup, était en train de MOURIR.
Mais pas nous.
Pas ENCORE.

La Nouvelle Condition — Ou comment trois héros deviennent des moins que rien
Une fois rappelés à la vie, une fois nourris, vêtus d’une simple robe de lin de couleur noire par les prêtres et prêtresses de Morr, il fallut bien se rendre à l’évidence.
Nous étions certes VIVANTS.
Mais DÉPOUILLÉS.
Sans le sou.
Sans quoi que ce soit pouvant indiquer à quiconque le rang qui était le nôtre.
Et comme le veut la coutume, vinrent alors au temple de Morr celles et ceux qui, animés par de « bonnes intentions », recueillent et nourrissent — contre leur travail — ce qu’on appelle les « noyés ressuscités ».
C’est-à-dire NOUS.
Mais les dieux sont malins, au sens parfois capable de ROUBLARDISE.
Le miracle qui avait été le nôtre n’était pas arrivé n’importe quand.
Et n’était pas arrivé n’importe OÙ.
Car nous avions longuement dérivé depuis Weissbruck. Et c’est non loin de BOGENHAFEN que nos corps avaient été ressortis de la rivière.
En pleine SCHAFFENFEST.
La grande foire.
Notre destination ORIGINELLE.
(Par les ironies de Ranald, nous y étions arrivés. Mais pas de la manière que nous avions PRÉVUE.)

Le Régiment des Ratiers — Ou la face cachée de la Schaffenfest
Ceux qui vinrent à nous, ce furent les autorités de la cité, tenues par les princes marchands de Bogenhafen.
Car qui dit Schaffenfest dit population de la ville qui DÉCUPLE.
Qui dit population qui décuple dit acheminement des quatre coins du Reik de différents mets, épices, vins, et autres curiosités culinaires.
Qui dit mets et vins dit gosiers et estomacs et intestins.
Et qui dit intestins dit — de manière EXPONENTIELLE — un débordement au sens premier et DIRECT des capacités d’accueil des fosses septiques de la ville.
D’où le besoin de grossir les rangs du régiment secret.
Du régiment de l’OMBRE.
Du régiment des vaillants héros.
J’ai nommé : les RATIERS.
Car c’est ce que nous étions devenus.
Des chasseurs de rats.
Des nettoyeurs de MERDE.
Des moins que RIEN.
Contre ce travail « honorable », on nous offrirait le gîte et le couvert, et une PISTOLE par jour.
Pas plus.

La Face Cachée de la Foire — Ou ce que les festivaliers ne voient jamais
La face VISIBLE de la Schaffenfest — celle que nous aurions pu découvrir en débarquant fièrement du Bérébéli — c’était une description faite de bruits, de cris, d’échalants aux accents exotiques appelant les visiteurs à venir découvrir qui des vins épicés, qui des bières au miel, qui de l’hydromel des dieux, qui des pièces rares venant de la lointaine Cathay, qui des parfums enivrants et autres épices secrètes.
La face CACHÉE — celle que nous découvrions désormais — c’était les hectolitres et les hectolitres de seaux de merde qui étaient déversés un peu partout dans les murailles et qui s’écoulaient tant bien que mal dans les égouts.
Et qu’il fallait donc gaiement — les manches retroussées — récurer.
Car en réalité, nous avions compris que « chasseurs de rats » en cette période signifiait effectivement chasser les rats qui PULLULAIENT.
Mais c’était aussi chasser la MERDE qui les attirait.

Le Testament Miraculeusement Préservé — Ou notre seul espoir
La première chose que je fis fut de fouiller dans mes poches.
Il me semblait quand même que j’avais conservé QUELQUE CHOSE.
Et c’était le cas.
Le TESTAMENT.
La lettre de Castor Liebierong.
Elle était DÉTREMPÉE.
Elle était couverte de MERDE.
Mais elle était encore LISIBLE.
C’était la seule chose que les voleurs et pilleurs de noyés cadavérisés n’avaient point dérobée. Ce bout de papier, collé contre ma fesse nue dans les eaux de la Bogen, avait survécu avec moi.
J’essayai de décoller la crasse qui le recouvrait.
Je montrai le document à mes compagnons avec mes doigts tout crottés et parfumés.
« Voici peut-être notre sauf-conduit, » leur dis-je. « Qui nous permettra un avenir meilleur. On aura peut-être de la merde jusqu’au cou, mais on va s’en sortir. Vous pouvez me CROIRE. »
Loupiot me regarda avec des yeux qui auraient tué un troll.
« Et bien il y a INTÉRÊT. Parce que si on est ici, c’est bien par TA faute. »
« Comment ça ? »
« Si tu avais RÉPONDU quand je vous ai appelé trois fois en faisant le signal d’alarme parce que j’étais attaqué sur le pont, eh bien on n’en serait pas LÀ ! »
« C’est un peu facile comme accusation ! »
« On était censé savoir qu’on allait être attaqué ! Moi j’étais sur le pont en train de veiller ! Je devais taper trois fois à l’aide ! J’ai tapé NEUF FOIS jusqu’à ce que quelqu’un arrive ! Sauf que voilà, j’étais déjà MORT ! »
Vanda intervint :
« Moi, dès que j’ai sorti la tête, je me suis fait défoncer. C’est pas là qu’on voit aussi Vanda la magicienne de mes deux… »
La dispute dura un moment.
Puis nous nous calmâmes.
Car nous avions perdu quelqu’un de bien plus IMPORTANT.
« On a perdu la trace d’ALVIRA, » dis-je. « C’est ça le vrai problème. À un moment, il va quand même falloir faire quelque chose pour la retrouver. »

Les Règles du Régiment — Ou la prison dorée à la merde
On nous expliqua rapidement les RÈGLES.
Nous étions logés, nourris, blanchis par la ville.
En contrepartie, nous étions corvéables à MERCI.
Et nous n’avions POINT le droit de nous extraire de notre propre chef et volonté du régiment des ratiers.
C’était IMPOSSIBLE.
Nous avions SIGNÉ.
Et d’ailleurs, nous avions entendu parler — car le sergent recruteur ratier nous l’avait dit — que lorsqu’il y avait la Schaffenfest, on mettait en place au cœur de la foire un tribunal pour y exercer immédiatement et manu militari la justice EXPÉDITIVE.
Pour régler qui les tirages, les vols à la tire, qui les bagarres d’ivrogne, ou qui les ratiers qui — peu courageux — voulaient échapper à leur devoir civique.
Et l’on disait que c’était Heinz RICHTER lui-même — le redoutable, le très cruel, le très très MÉCHANT juge — qui officiait.

Les premières rumeurs que nous entendîmes quand on nous dispatcha partout dans la foire furent claires : attention, ne faisons pas les malins, ne faisons pas les marioles, sans quoi la garde aura tôt fait de nous retrouver et nous aurons encore pire — triple corvée.
L’Échec Impressionnant du Caporal — Ou quand Ulrich se fait rembarrer par tout le monde
Malgré ces avertissements, mon intention était claire.
Je voulais profiter d’une pause pour me promener dans la foire.
Mon objectif : récolter des informations pour retrouver la trace d’ALVIRA — si elle était encore parmi nous — et surtout d’ASHKAROUN.
J’essayai de faire jouer mes relations.
J’interrogeai les commerçants.
J’essayai de rentrer dans des tavernes.
Je discutai avec des gardes.
Je ratissai LARGE.
Mais…
Ce n’était pas un autre jeu.
C’était WARHAMMER.
Le jeu où les niveaux, la stratification sociale est ESSENTIELLE.
Au premier bourgeois qui me vit, je me fis méchamment RABROUER.
Les gardes du corps s’interposèrent : « DÉGAGE, le ratier ! »
Je ne perdis pas patience. Je m’approchai de la garde.
Et là aussi, je me fis accueillir par une volée de BOIS VERT.
Je continuai vaillamment en me disant que peut-être les marchands pourraient m’aider.
Et je dus arriver à la conclusion : soit c’était l’ODEUR, soit éventuellement les quelques rats que j’avais déjà chassés qui étaient morts et qui commençaient à schlinguer et que je portais à ma ceinture, soit peut-être un mélange de la merde et des rats…
Mais il était vrai qu’a priori, je provoquais immédiatement le DÉGOÛT de celles et ceux qui me voyaient.
Et puis arriva le moment où la garde vint vers moi.
Je me retrouvai dans une file indienne.
Une file indienne composée d’ivrognes, de voleurs à la tire, d’individus à l’aspect patibulaire, de mauvais payeurs.
Et je me retrouvai tout à coup encadré par la soldatesque, mené au pied du juge dont j’avais entendu la farouche réputation.
Heinz RICHTER.

Il me dit très calmement :
« Il n’est point question de pouvoir aller et vaquer ainsi à tes occupations. Car la mission civique qui est la tienne est d’une telle importance que je considérerais aussi grave ta désertion que celle d’un fusilier du régiment de l’Empereur personnellement. Si je te retrouve ainsi à importuner celles et ceux qui viennent soit pour vendre, soit pour acheter à la Schaffenfest, il t’en CUIRA. »
Et je me retrouvai manu militari ramené à la ZOOCOPÉE — notre secteur — avec l’ordre strict de ne POINT bouger.
(Toutefois, les rumeurs qui étaient parvenues jusqu’à moi faisaient état du BOSQUET — le haut lieu des apothicaires et autres alchimistes au cœur de la Schaffenfest. Si Alvira, dont la renommée était célèbre, devait être quelque part, c’était bien LÀ.)
Les Nouvelles Identités — Ou quand Loupiot devient Karl Flutio
Nous nous retrouvâmes regroupés pendant l’une de nos pauses.
L’endroit où se regroupaient les ratiers, c’était là où il y avait les petites cabanes en bois où allaient chier tous les résidents de la Schaffenfest.
Mais nous, nous étions DERRIÈRE, bien sûr.
Nous ramassions.
Nous étions donc au milieu de centaines de seaux débordant de merde et de pisse.
Entourés par des milliers de mouches.
Au début, nous pensions qu’elles étaient des MILLIONS. Mais nous nous rendîmes compte que finalement, après quelques heures, elles n’étaient peut-être plus que des milliers. Et nous nous disions qu’avec un peu d’habitude, peut-être que demain, ce seraient des AMIS.
Parce que nous voyions quelques vieux ratiers qui avaient un peu de mal à progresser dans l’échelle sociale de la guilde, qui finalement commençaient à leur parler, à discuter avec elles, certains même à JOUER, d’autres parfois à les GOBER.
(Je parle des mouches à merde qui tournaient autour de nous désormais.)
C’est là, au milieu de ces centaines de mouches qui venaient, avec Vanda qui nous regardait avec des mouches qui se posaient dans ses cheveux, avec moi le caporal qui n’en rendais même plus compte mais qui les éclatais à grands coups de claque sur mon visage, que nous eûmes une discussion philosophique.
« On est censés être MORTS, » dit Loupiot. « C’est peut-être pas mal de réémerger sous un nom différent. »
« C’est une très bonne idée, » approuvai-je. « Allez-y, dites-moi vos noms. »
« Moi, ça s’appelle Karl FLUTIO, » annonça Loupiot.
« Karl Flutio ? » répétai-je, incrédule. « Mais quelle HORREUR. »
« Et toi, Vanda, il va falloir que tu changes de nom. »
« Il est HORS DE QUESTION que je change de nom, » répondit-elle froidement. « Je m’appelle Vanda, la seule, la vraie, l’unique, et qui vous EMMERDE. Vous pouvez m’appeler comme vous voulez, moi je ne m’appelle pas autrement. »
« Et toi, Ulrich ? Tu es mort DEUX fois, tu peux changer de nom. »
« Non. Mon nom est PERSONNE. »
(En vérité, il était hors de question que je renonce au nom de von Schnitzelbach. Mais je comprenais l’intérêt d’une identité SECRÈTE.)

Le Plan de l’Héritage — Ou comment voler 20 000 couronnes d’or
Je relus attentivement le testament de Castor — ce bout de papier couvert de merde que j’avais fait sécher contre ma poitrine.
« Cher R. Liebierong, nous avons le regret de vous informer du décès de votre oncle, le baronnet Liebierong, survenu le mois dernier, dans des circonstances que nous ne détaillerons pas ici. Vous êtes désigné comme le seul bénéficiaire des dernières volontés du feu baronnet. Par les présentes, vous gagnez le titre ainsi que toutes les terres. Nous vous demandons humblement de faire le chemin avec toute la vitesse possible jusqu’à nos bureaux, à l’adresse mentionnée ci-dessous, à Bogenhafen. Sur production d’un avis signé confirmant votre identité, avec deux témoins, comme étant Castor Alésius Liebierong, nous aurons le plaisir de vous remettre dans vos mains le titre, les propriétés de toutes les terres, et la somme de 20 000 couronnes d’or impérial. »
Je m’arrêtai tout à coup.
« Il est LÀ, notre salut, les amis. Il faut deux témoins. Si quelqu’un peut prendre l’identité de Castor, on se retrouverait avec 20 000 couronnes d’or dans les poches. Un TITRE et des TERRES. »
Loupiot me regarda avec un sourire de renard.
« Il était temps à ce que tu laisses ce papier collé sur ta fesse nue de noyé, caporal. Tu vois pas là un signe des dieux ? Une opportunité de devenir riche comme Crésus ? »
« Tu es le roi des IMITATEURS, » lui dis-je. « Tu pourrais très bien endosser le rôle de Castor. Et moi et Vanda, on pourrait être tes témoins fiables. Qu’en penses-tu ? »
« Je veux bien, mais comment est-ce qu’on se sort de ce merdier dans lequel nous sommes ? C’est la PREMIÈRE étape. »
« On pourrait commencer par se laver, et ensuite dire qu’on est dans la ville incognito, que nous avons des bandits à nos trousses, que tu es venu avec tes gardes du corps, et que tu étais là pour réclamer ton titre. Tu as le papier, donc tout est OFFICIEL. Qu’en penses-tu, ma petite Vanda ? »
« Ce n’est pas pire qu’autre chose, ma foi. Mais comme dit Loupiot, il faut d’abord sortir de LÀ. Et moi je vais tout faire pour remonter VITE. Être tout en bas, c’est mon quotidien, je connais bien. Et quand on est tout en bas, on ne peut que remonter. Donc magouillez ce que vous voulez, moi je tiens nos arrières en faisant le boulot du mieux que je peux. »
Et elle retourna chasser le rat.
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Ratier de la Guilde de Bogenhafen (Temporairement), Anciennement Caporal de la Garde de la Gravine, Actuellement Couvert de Merde et Entouré de Mouches, Bogenhafen, Schaffenfest — An 2523 CI —
P.S. : Vingt mille couronnes d’or. Un TITRE. Des TERRES. Et tout ce qu’il nous faut, c’est que Loupiot se fasse passer pour Castor Liebierong avec nous deux comme témoins. Par les arnaques de Ranald, c’est presque trop FACILE. (Presque.)
P.P.S. : Alvira serait au BOSQUET — le quartier des apothicaires. Dès que nous serons libres de nos mouvements, c’est là que nous irons la chercher.
P.P.P.S. : Le juge Heinz Richter m’a MENACÉ. Si je quitte encore mon poste, il m’en cuira. Par les intimidations de Sigmar, cet homme me fait PEUR.


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