Cinq jours à patauger dans les excréments de dix mille festivaliers, à transporter des seaux débordants et à respirer des vapeurs de Nurgle. Ulrich, Josef et Loupiot — sans armes, sans rang, sans dignité — découvrent le quotidien des ratiers de Bogenhafen pendant le Schaffenfest. Un caporal de la Gravine, descendant des barons du Stirland, réduit à chasser du rat dans les égouts. L’humiliation est totale. Acte 79 des Chroniques d’Ulrich von Schnitzelbach, campagne Warhammer Fantasy.
« Par les PESTILENCES de Nurgle et les EXCRÉMENTS de dix mille festivaliers ! CINQ JOURS ! Cinq jours à patauger dans la merde, à transporter des seaux débordant d’étrons, à respirer des vapeurs qui brûlent les poumons et les yeux ! Par les bourses putréfiées de Morr, je crois que j’ai VIEILLI de trente ans en une SEMAINE ! »
Bogenhafen, Égouts et Latrines — Schaffenfest — An 2523 CI
Les Sept Jours de l’Enfer — Ou comment vieillir de trente ans en une semaine
Il y a des moments dans la vie d’un homme où RIEN ne semble aller comme cela doit aller.
Cinq longues journées.
Courtes nuits.
Et très longues matinées.
Voilà ce qui nous attendait.
Les missions qui étaient confiées aux ratiers étaient difficilement, poétiquement parlant, TRANSCENDANTES.

JOUR 1 — Les Bacs à Merde
D’abord, nous tentâmes de transporter le plus de bacs à merde des latrines.
Quel DÉFI.
Quel défi PASSIONNANT.
Ce fut l’occasion de constater que nous n’étions pas tous égaux devant le TRANSIT.
Il y avait une grande diversité et variété, prouvant à quel point la nature humaine était fascinante de variété.
Stupéfiant de voir qu’il était très difficile de se décider de ce qu’il y avait de PIRE entre :
- Un bac rempli d’une diarrhée épaisse, liquide et chaude.
- Ou un bac débordant d’étrons fuselés, de bonne taille, encore fumants du parfum de ce qui venait tout juste d’être ingurgité une heure auparavant.
(Je préférais ne pas m’attarder sur ce sujet.)

JOUR 2 — Les Égouts
Le jour suivant, nous arpentâmes enfin la NOIRCEUR des égouts de Bogenhafen au petit matin.
Et nous nous rendîmes compte que ce qui nous paraissait être le paroxysme de l’odeur insupportable n’était RIEN en vérité.
Ici, ce sont des GÉNÉRATIONS d’étrons qui avaient décidé de se liguer contre la nature humaine et de se décomposer dans une odeur suffocante.
Le vomi qui sortit par nos narines et par nos bouches, nous brûlant la gorge, nous brûlant les yeux, nous parut même quelque peu AGRÉABLE en comparaison.
JOUR 3 — La Révélation
La troisième journée, nous comprîmes enfin pourquoi — comme les chiens — les ratiers estimaient qu’un an pour un ratier, c’était comme sept ans pour un chien.
Nous avions le sentiment de faire cette carrière depuis bientôt TRENTE ANS.

Goltri Görningsen — Ou le mentor inattendu
C’est à ce moment qu’arriva celui qui allait devenir, en quelque sorte, notre MENTOR.
Un NAIN.
Au début, je me raidis.
« Celui-ci te connaît, » murmura Loupiot. « C’est un tueur de trolls animé par la rancœur. Il vient pour te TUER. »
Je voyais bien qu’il se foutait de moi le gamin.
Ce papi nain ne me reconnaissait pas.
(Ouf.)
Il s’appelait Goltri GÖRNINGSEN.
Et il fut celui qui, durant les trois nuits suivantes, nous permit d’éviter les pièges les plus SANGLANTS dans les égouts.
C’est lui qui nous expliqua qu’une plaie pouvait s’infecter et qu’on pouvait se faire AMPUTER.
C’est lui qui nous expliqua que tomber dans l’eau et y rester trop longtemps, c’était repartir avec de terribles maladies qui transformaient votre fond anal en une espèce de bourgeonnement attirant les vers — qui ne venaient pas de l’extérieur mais de l’INTÉRIEUR.
C’est lui qui nous parla de celui qu’on appelait le ROI DES RATS — une sorte de créature innommable, mythique, qui serait constituée de centaines de rats s’agglutinant les uns aux autres et formant une sorte d’excroissance TITANESQUE.
C’est lui qui nous parla des fameux BOUCHONS qui faisaient que parfois il faudrait une bonne vingtaine de ratiers égoutiers se relayant pour aller tenter de déboucher des canalisations qui pourtant faisaient un mètre cinquante de diamètre.
C’est avec lui que nous bûmes des gobelets sur des tas de fumier, avec le soleil couchant, les mouches — devenues nos meilleurs compagnons — bourdonnant autour de nous.
Et il nous dit :
« Vous savez, il n’y a pas plus beau métier que celui de ratier égoutier. »
Nous apprîmes en réalité — alors qu’il nous paraissait être âgé de 350 ans — qu’il lui avait suffi d’une SEULE SAISON à la Schaffenfest pour vieillir à ce point.
Et nous nous dîmes qu’il allait falloir faire VITE.
Très VITE.

La Zoocopée du Docteur Malthusius – Ou le repaire des monstres
Notre secteur, c’était la ZOOCOPÉE.
Cette zone, nous avions vite compris qu’elle était malfamée, très peu réputée.
Car les rats qui venaient ici étaient plus GROS que de nature.
Et les mouches qui bourdonnaient étaient aussi beaucoup plus VICIEUSES.
En clair, les rumeurs qui prétendaient que la Zoocopée — qui était cette exposition de monstres ambulants — serait un repaire de mutants déguisés, étaient peut-être FONDÉES.
La vermine qui grouillait par ici était SPECTACULAIRE.
Nous connaissions désormais par cœur le discours d’un autre nain — celui qui était l’assistant du docteur MALTHUSIUS.
Ce nain, c’était GRUNNI.

Régulièrement, il haranguait la foule avec ces mots :
« Venez NOMBREUX ! Dans une heure seulement, vous assisterez à l’exposition de curiosités zoologiques les plus originales, les plus étonnantes, jamais présentées dans toute la longueur et l’étendue de notre glorieux EMPIRE ! »
Et comme toujours, la salle se remplissait de curieux et curieuses.
Il y avait toujours une cage qui — la dernière, près de la sortie — provoquait des cris, des effrois. Les dames en sortaient en pâmoison, les hommes avec les yeux pétillants pour les plus malfaisants d’une curiosité mal placée, et pour les plus fragiles, une véritable PEUR.
Nous ne savions pas quelle créature il pouvait s’agir.
Jusqu’au moment où le destin frappa à notre porte.
L’Évasion du Gobelin — Ou l’opportunité de notre vie
Cela alla très vite.
Mais NOUS, nous le vîmes.
Nous vîmes tout à coup, hurlant, une foule sortir, se piétiner, rouler par-dessus cul.
Et bondissant avec une vélocité incroyable au-dessus de leurs têtes, courant avec une vitesse que nous allions bientôt pouvoir expliquer…
Une CRÉATURE.
À la peau VERTE.
Squelettique.
Au visage HORRIBLE.

Un faciès répugnant, marqué sans l’ombre d’un doute du sceau des dieux dans l’infamie, de la RUINE.
Car sa face était GOBLINOÏDE.
Ses yeux étaient disproportionnés — on les voyait cligner à la lumière du soleil tant il n’était point habitué.
Son nez était épaté.
Ses lèvres lippeuses et rouges.
Et cette peau VERTE s’échappait.
Nous la vîmes se précipiter, prendre refuge, pénétrant par une toute petite grille en partie rouillée qui donnait dans les tréfonds des égouts de Bogenhafen.
Le branle-bas de combat.
La garde.
Le juge.
Les badauds.
Tous vinrent ici.
Et on appela la guilde des RATIERS.
« Place ! PLACE ! Nous allons nous en occuper ! Nous sommes sur place ! »
Je sortis immédiatement de la foule.
Je la fendis.
Et je me présentai à tous, saisissant immédiatement l’OPPORTUNITÉ.
« Nous sommes VOLONTAIRES ! »
Loupiot et Vanda me suivirent.
Mais ce que NOUS avions vu — et que les autres n’avaient pas remarqué — c’était que ce gobelin avait une particularité.
Une TROISIÈME JAMBE.
Ce n’était pas un simple gobelin en vadrouille, évadé, réfugié dans les égouts de Bogenhafen.
C’était un gobelinoïde MUTANOÏDE.

Le Docteur Malthusius — Ou la récompense promise
Le juge Richter — durant une longue minute, sans l’ombre d’un doute préparant sa future élection — salua et loua l’excellence, le sens civique hors du commun des ratiers de Bogenhafen, qui faisaient la légende de la cité et qui étaient réputés dans tout l’Empire.
(Ce qui était totalement FAUX.)
Et il dit :
« Oui ! Ils ne vont pas hésiter à aller braver cette créature ! »
Arrive alors, à cet instant, à nos côtés, applaudissant, bravant la foule — que dis-je, CHAUFFANT la foule — brandissant son haut-de-forme, hurlant qu’il était prêt à nous récompenser…
Le bon docteur MALTHUSIUS.
« CINQ COURONNES si vous capturez cette créature ! »
Puis il se pencha vers mon oreille et murmura :
« Cinq couronnes. Plus CINQ AUTRES si vous me la ramenez VIVANTE. Et non morte. »
« Défi RELEVÉ, » répondis-je.
« Que les dieux se montrent CLÉMENTS. »

La Descente — Ou les héros malgré eux
Voilà la scène.
Nous vîmes nos ombres GIGANTESQUES — car nous n’étions plus DES ratiers, mais LES ratiers — trois ombres entourées par des dizaines de torches, entourées par les lanternes de la garde.
La nuit était tombée.
MORRSLIEB et MANNSLIEB étaient en train de se lever.
Et par le jeu des ombres et des lumières, ce sont trois ombres géantes de nous trois qui se projetaient sur la muraille de Bogenhafen.
Et comme un œil malsain, une toute petite ouverture par laquelle était passé ce gobelin.
La foule nous regardait.
Nous étions au cœur de l’attention.
Braqués sur nous, nous sentions des centaines et des centaines de regards.
Les ratiers, eux, savaient qu’il y avait bien des DANGERS à l’intérieur.
Goltri Görningsen tenta de venir jusqu’à nous.
Il nous supplia de ne point y aller — car il voyait les signes lugubres.
Il montra la brume qui déjà se déversait sur la Bogen.
« Par ces nuits de brume, » dit-il, « la BÊTE des égouts sort. Une tueuse, vicieuse, méchante. Elle a emporté dans son sillage bien des ratiers courageux. »
Mais le docteur Malthusius reprit la parole :
« Mais tais-toi enfin, le nain ! Ne décourage pas nos héros aventuriers ! »
Et le juge lui-même intervint :
« Qu’on embastille ce nain faible ! Qu’il ne vienne point décourager nos aventuriers ! »
Je pris la parole :
« Nous sommes tout à fait disposés à braver ces dangers dans les égouts. Mais si vous le permettez, nous aimerions tout de même avoir un minimum d’ÉQUIPEMENT pour pouvoir nous défendre et capturer cette créature. »
« OUI ! De l’équipement pour les HÉROS ! »

L’Équipement des Héros — Ou la quincaillerie de merde
Nous voilà tels des GLADIATEURS des temps modernes, d’un coup acclamés par la foule.
Et l’on vint déposer à nos pieds des armes… « merveilleuses ».
Un couteau ROUILLÉ de boucher.
Un hachoir ROUILLÉ de boucher.
Un tournevis ROUILLÉ de pas boucher.
Un marteau et un maillet de charpentier.
Des clous.
Des sabots.
Des torches.
Des cordes.
Si c’était un autre monde, on nous aurait décrit des glaives, des tridents, des armures de gladiateurs, des filets.
Mais NON.
Nous étions à WARHAMMER.
Et nous descendîmes dans les égouts avec cette quincaillerie de MERDE.
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Chasseur de Gobelin Mutant (Involontaire), Armé d’un Couteau Rouillé et d’une Lanterne, Descendant dans les Égouts de Bogenhafen, — An 2523 CI —
P.S. : Un gobelin MUTANT avec une TROISIÈME JAMBE. Voilà ce que nous allons traquer dans les égouts de Bogenhafen. Avec un couteau rouillé et une lanterne. Par les ABSURDITÉS de Sigmar, qu’ai-je fait pour mériter CELA ?
P.P.S. : DIX COURONNES. Cinq pour le capturer, cinq de plus s’il est vivant. C’est notre ticket de sortie du régiment des ratiers. C’est notre chemin vers les vingt mille couronnes de l’héritage. C’est notre ESPOIR.
P.P.P.S. : Goltri nous a parlé de la BÊTE des égouts. Une tueuse qui sort les nuits de brume. Et cette nuit… il y a de la BRUME. Par les présages de Morr, qu’avons-nous fait ?
P.P.P.P.S. : Nous descendons. À trois. Dans le NOIR. Avec des torches et des couteaux rouillés. À la poursuite d’un gobelin mutant. Dans des égouts remplis de générations de merde.
Par les EXCRÉMENTS de dix mille festivaliers, c’est le moment de prouver que le caporal Ulrich von Schnitzelbach est capable de TOUT.
Même de patauger dans la merde pour attraper un monstre à trois jambes.
À SUIVRE…


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