« Il est des matins où l’on fuit une ville en abandonnant des enfants nains qui crient notre nom, des après-midi où des pages de quinze ans vous font comprendre que vous êtes un cul-terreux inculte, et des soirées où l’on mange en tremblant de peur de tenir sa fourchette du mauvais côté.
Moi qui avais juré sur l’honneur à un tueur de trolls, j’ai fui comme un lapin devant un loup. Les dieux ont tellement honte qu’ils vont faire de moi un conte pour enfants : « L’histoire du caporal qui n’avait pas de couilles ».
Bienvenue dans ma descente aux enfers de la dignité, acte deux !»
Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach

La fuite du parjure — Ou comment je bats le record de lâcheté de l’Empire
Par le pot de chambre de Sigmar et toute la honte qu’il contient !
Vous souvenez-vous de mon serment ? De ma poignée de main bien virile avec le chef nain ? De mes belles paroles sur l’honneur, la justice, la dignité des peuples opprimés ?
Oubliez tout.
Au petit matin, alors que Grissenwald cuvait encore sa gueule de bois matrimoniale et que les mouettes se disputaient les restes du festin sur les quais, votre serviteur accomplit l’acte le plus lâche de sa carrière — déjà peu glorieuse, convenons-en.
J’ai fui.
Pas glorieusement, l’épée au clair, face à un ennemi supérieur en nombre. Pas stratégiquement, en opérant un « repli tactique » comme disent les manuels militaires. Non.
J’ai fui comme une donzelle devant une araignée. Comme un halfling devant une assiette vide. Comme un Bretonnien devant un bain.
Une couverture sur la tête pour ressembler à une grand-mère arthritique, je rampai vers le port en évitant tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un nain. Un gamin dans la rue ? Je changeais de direction. Un tonneau abandonné ? (Ça pourrait cacher un nain.) Je détallais comme un lapin. Une barbe au loin ? Je plongeais derrière une charrette de choux.

(Note technique : la couverture était celle d’un mendiant. Elle sentait la pisse de chat et le désespoir fermenté. Parfaitement appropriée à ma condition morale.)
Mais le pire — par les bourses gelées de Morr, LE PIRE ! — survint alors que je grimpais sur la barge de la Gravine comme un rat sur une planche de salut.
J’entendis des voix.
Des voix d’enfants.
« ULRICH VA NOUS SAUVER ! »
« ULRICH ! L’HOMME D’HONNEUR ! »
« IL VA PARLER À LA GRAVINE ! »
Les enfants nains. Ces gamins de cinquante printemps dans des corps de dix ans. Ces petits êtres aux yeux trop vieux qui avaient vu leur clan sombrer dans la fange. Ils criaient mon nom avec espoir.
Et moi ?
Moi, Ulrich von Schnitzelbach, « homme d’honneur », « ami du peuple nain » ?
Je me recroquevillais sous ma couverture puante en priant tous les dieux de me rendre invisible. Sigmar, Morr, Shallya, Taal, Ranald — même les dieux du Chaos s’ils pouvaient m’aider à disparaître !
Un crieur public — car il y en avait un, par la malice cruelle du destin — hurlait dans les rues :
« L’ESPOIR RENAÎT DANS LE QUARTIER NAIN ! UN ÉMISSAIRE DE LA GRAVINE A PROMIS JUSTICE ! »
Et moi, je fuyais cet espoir comme la peste bubonique.
(Note de honte éternelle : j’ai tué l’espoir d’un clan entier. Ils attendaient un héros. Ils ont eu un couard. Les scaldes nains préparent déjà le conte moral : « Le petit caporal sans couilles qui fuyait ses promesses. » Dans mille ans, mon nom sera synonyme de parjure. « Ne fais pas ton Ulrich », dira-t-on aux enfants qui fuient leurs responsabilités.)
Je sentis le regard de Shallya elle-même me transpercer depuis les cieux. Un doigt divin, accusateur, qui disait : « Regardez cette merde ambulante. Voilà ce qu’est l’honneur humain. Voilà ce que valent les serments des hommes. »
Quelque part dans le bouge, un tueur de trolls de deux cent vingt-cinq ans aiguisait sa hache en prononçant mon nom.
Par tous les saints, j’aurais préféré que le fils d’Otto m’étripe.
Le retour des héros — Ou comment chacun revient avec ses propres misères
Qu’on me fasse rôtir une cigogne si l’ambiance sur cette barge n’était pas la plus pathétique de l’histoire de la navigation reiklandaise !
Nous étions tous revenus de nos aventures nocturnes. Tous changés. Tous abîmés. Comme des soldats après une bataille perdue, sauf que nos blessures ne saignaient pas — elles suintaient.

Loupiot paradait avec un sourire de chat repu, un parchemin de Morr épinglé sur la poitrine comme une médaille de bravoure, et l’or des Prahmhandler qui gonflait ses poches au point de déformer sa ceinture. Le héros du silence acheté. Le champion de la lâcheté lucrative.
(Note ambiguë : je ne pouvais même pas le juger. Lui au moins avait gagné quelque chose de sa couardise. Moi, je n’avais récolté que la honte.)

Vanda revenait les yeux rouges — de fatigue ou de larmes, difficile à dire — les cheveux défaits, l’allure d’une servante congédiée après avoir cassé la vaisselle. Etelka l’avait réduite à l’état de bonne à tout faire, humiliée devant la Gravine et Ashkarûn, renvoyée aux cuisines comme une apprentie indigne.
Elle ne parlait à personne. Elle fixait l’horizon avec ce regard vide des gens qui viennent de comprendre que le monde n’est pas ce qu’ils croyaient.

Ashkarûn ? Impassible comme toujours, ce serpent de soie. Mais de temps en temps, quand son regard croisait celui de Vanda, un petit sourire cruel étirait ses lèvres et il murmurait — juste assez fort pour qu’elle entende :
« Ignoble et drôle, de me vendre… »
Zandar, son singe, semblait ricaner lui aussi.
(Note admirative malgré moi : cet homme avait été trahi, espionné, utilisé comme cobaye — et il avait pardonné. Officiellement. Mais ce pardon était une arme plus cruelle que la vengeance. Chaque murmure, chaque regard, rappelait à Vanda sa faute. Un bourreau élégant.)

Et Dominique ? La « Canonnière de Nuln » avait suivi Ashkarûn jusqu’à la barge comme un chien battu mais amoureux. Couverte de boue des quais, ignorée par son « prince arabien » qui ne lui accordait pas un regard, mais obstinée. Elle s’était installée à bord sans que personne ne lui donne la permission, et personne n’osa la chasser.
(Tableau pathétique : nous étions tous, à notre manière, des victimes ou des salauds. Parfois les deux à la fois. Une troupe de bras cassés voguant vers un procès dont l’issue déciderait de nos vies.)
La Gravine, elle, souriait.

Elle avait obtenu ce qu’elle voulait : un certificat de non-sorcellerie pour Ashkarûn, une magicienne impériale prête à témoigner, et un armateur qui viendrait défendre Loupiot à Kemperbad. Peu lui importaient nos petites misères individuelles. Nous étions ses pions, et les pions n’ont pas besoin d’être heureux — juste utiles.

L’Arrivée à Achern — Ou comment découvrir qu’il existe des endroits plus prétentieux que Nuln
Par le monocle de Sigmar et tous les lorgnons qui l’accompagnent !
Après des jours de navigation où je me cachais de tous les regards — la honte me rongeait les entrailles comme un cancer du Chaos — nous arrivâmes à Achern.
Ville banale au premier abord. Grise. Pluvieuse. Ennuyeuse comme un sermon de prêtre de Morr un jour de funérailles. Le genre d’endroit où même les mouches s’ennuient et vont voir ailleurs.
Mais la Gravine nous annonça que cette bourgade insignifiante abritait un personnage de la plus haute importance :
Matrella von Achern.
Membre du Conseil Impérial de Karl Franz Ier.
Son titre ? Haute Connétable du Reikland.
(Moi, crétin fini : « Elle commande les armées ? »)
Non.
Pire.
Elle tient les registres généalogiques de TOUTE la noblesse de l’Empire.
Cette femme — car c’était une femme, aussi terrifiante que les précédentes que nous avions croisées — sait qui a couché avec qui sur trois siècles. Qui a engendré des bâtards. Qui a épousé sa cousine germaine. Qui descend de qui. Qui peut marier qui.
Elle a le pouvoir de dire : « Non, ce mariage diluerait trop le sang noble. » Ou : « Cette lignée est entachée d’une mésalliance au quatrième degré. » Ou encore : « Votre arrière-grand-mère était une roturière, vous n’êtes donc pas éligible à ce titre. »
(Note terrifiante : une sorte de comptable des pédigrées humains. Une archiviste de la fornication aristocratique. L’horreur administrative incarnée dans une robe de cour.)
Pourquoi la Gravine voulait-elle la voir ? Pour obtenir son soutien au procès, bien sûr. Un témoignage de la Haute Connétable du Reikland pèserait lourd dans la balance.
Et nous, pauvres idiots, allions devoir supporter cette visite.

Mon humiliation par l’étiquette — Ou comment des pages de quinze ans me font comprendre que je suis une bouse
Par les chaussettes brodées de Sigmar et tous les fils d’or qui s’en échappent !
J’essayai — ô naïveté ! — d’utiliser mes talents pour glaner des informations sur cette Matrella avant la rencontre officielle. Comprendre l’ennemi, disent les manuels militaires. Connaître le terrain.
Échec monumental.
Dès mon entrée dans le château, les serviteurs me regardèrent comme on regarde une bouse de vache sur un tapis d’Arabie. Avec ce mélange de dégoût et de consternation qui dit : « Comment cette chose est-elle arrivée ici, et qui va devoir la nettoyer ? »
Un page de quinze ans — quinze ans, par les crocs d’Ulric ! — me toisa de la tête aux pieds avec une lenteur calculée :
« Le… caporal, c’est cela ? De la… garde ? »
Il prononça « caporal » comme on prononce « étron ». Et « garde » comme on prononce « fosse à purin ».
J’essayai de parler, d’expliquer ma fonction, mon importance —
Il m’interrompit d’un geste de la main, comme on chasse une mouche :
« Les domestiques de second rang attendent dans l’antichambre des écuries. »
« Je suis de la garde personnelle de la Gravine ! » protestai-je.
« Oui. L’antichambre des écuries. Deuxième porte à gauche après les latrines. Vous ne pouvez pas la manquer — elle sent presque aussi fort que… »
Il ne finit pas sa phrase. Il n’en avait pas besoin.
Chaque mot était une gifle. Chaque regard un crachat. Ces gamins en livrée me détruisaient avec leurs mots plus sûrement qu’une hache de guerre naine.
(Révélation douloureuse : il existe une violence pire que la violence physique. La violence de l’étiquette. La violence du mépris poli. Et j’étais sa victime désignée, son punching-ball en armure cabossée.)
Je me retrouvai donc dans l’antichambre des écuries — qui sentait effectivement le crottin et l’humiliation — à attendre qu’on daigne se souvenir de mon existence.
La journée d’enfer protocolaire — Ou trois siècles d’histoire et douze heures de torture
Château d’Achern — La journée entière
Qu’on me fasse bouillir dans une marmite de navet si cette journée ne fut pas la plus longue de ma misérable existence !

MATIN : Trois heures de généalogie
Un érudit à la voix de crécelle — le genre d’homme qui a remplacé son sang par de l’encre et son cœur par un parchemin — nous raconta TROIS SIÈCLES d’histoire familiale.
Qui a épousé qui. Qui a engendré quoi. Qui est mort de la vérole contractée dans un bordel de Marienburg. Qui a succombé à la consanguinité après quatre générations de mariages entre cousins. Qui a eu des bâtards avec qui — et combien.
(J’ai dormi debout. Deux fois. Bruno m’a rattrapé par le col avant que je m’effondre sur le sol ciré. La deuxième fois, j’ai bavé sur mon armure.)

MIDI : Dégustation « raffinée »
Douze plats. Tous minuscules. Tous avec des noms en vieux reikspiel que personne ne parle plus depuis la fondation de l’Empire. Tous servis avec neuf fourchettes différentes.
Neuf. NEUF fourchettes. Pour UN repas.
Fourchette à huîtres. Fourchette à poisson. Fourchette à viande. Fourchette à salade. Fourchette à dessert. Fourchette à fruits. Fourchette à fromage. Fourchette à… je ne sais même plus quoi. Fourchette à désespoir, probablement.
J’utilisai la fourchette à poisson pour la viande.
Scandale silencieux. Les pages échangèrent des regards horrifiés. L’un d’eux — le gamin de quinze ans qui m’avait humilié le matin — prit des notes sur un petit carnet.
(Note : il existe quelque part un registre de mes fautes de table. Dans trois générations, on dira : « Les von Schnitzelbach ? Ah oui, cette famille dont l’ancêtre a utilisé la mauvaise fourchette en 2523. Quelle honte. »)

APRÈS-MIDI : Immobilité forcée
Debout. En armure. Dans le jardin. Pendant que la Gravine et Matrella discutaient dans un kiosque à trente pas de là.
Quatre heures. Immobile. Comme une statue.
Une mouche se posa sur mon nez. Je n’osai pas bouger — les pages m’observaient, guettant la moindre faute. Elle y resta vingt minutes. Je sentis ses petites pattes se promener sur ma peau. Je sentis probablement autre chose aussi, mais je préfère ne pas y penser.

Pendant ce temps, Vanda courait comme une folle entre le château et le kiosque :
« Vanda ! Du thé ! »
« Non, pas celui-là, idiote ! »
« Plus chaud ! »
« Trop chaud maintenant ! »
« Avec du miel de Stirland, pas de l’Averland ! Tu ne sais donc rien faire correctement ? »
Etelka — car la sorcière nous avait rejoints, fidèle à sa promesse de témoigner — savait humilier avec un art consommé. Chaque ordre était une leçon. Chaque réprimande une gifle invisible.
(Note compatissante : pauvre Vanda. De magicienne prometteuse à bonne à tout faire. De celle qui devait maîtriser les vents de la magie à celle qui ne maîtrisait même pas la température du thé.)

Les manigances d’Ashkarûn — Ou comment notre arabien séduit toujours quelqu’un quelque part
Château d’Achern — Pendant nos souffrances
Par le peigne de Sigmar et tous les cheveux qui s’y coincent !
Pendant que nous souffrions — moi avec ma mouche, Vanda avec son thé, Bruno avec son immobilité de statue — Ashkarûn avait trouvé une proie.
Un jeune page. Joli garçon. Cheveux blonds. Yeux naïfs.
Je le vis murmurer à l’oreille du gamin depuis l’autre bout du jardin. Le page rougit. Sourit. Hocha la tête. Rougit encore. Gloussa comme une pucelle au bal.
Puis il disparut à l’intérieur du château.
Quinze minutes plus tard, il revint avec des documents. Des parchemins. Qu’il glissa discrètement dans la manche d’Ashkarûn.
(Note résignée : cet homme pourrait séduire une statue de Sigmar et lui soutirer les plans de défense d’Altdorf. Pendant que nous pataugions dans l’humiliation, lui récoltait des informations. Pendant que nous étions les victimes du protocole, lui en était le maître. Un jour, je lui demanderai son secret. Et il ne me le dira pas, évidemment.)
Zandar, perché sur son épaule, semblait sourire lui aussi.

Le dîner de l’angoisse — Ou comment manger en tremblant de peur
Grande salle du château — Soir
Par le rince-doigts de Sigmar et toute l’eau parfumée qu’il contient !
Le soir venu, nous fûmes TOUS conviés au grand dîner.
Même Loupiot.
« Tu es drôle, » lui dit la Gravine avec un sourire.
(Traduction : « Tu es mon bouffon. Divertis-moi ou disparais. »)
La salle était… Par les chandeliers de Morr, comment décrire cette salle ?
Une table longue comme le Reik. De l’argenterie qui valait plus que ma vie entière — et celle de mes descendants sur douze générations. Des verres en cristal si fin qu’ils chantaient quand on les effleurait. Des nappes si blanches qu’elles semblaient lumineuses. Des candélabres hauts comme des hallebardes. Des fleurs dont j’ignorais jusqu’à l’existence.
Et seize couverts par personne.
SEIZE.
Pour UN repas.
Je m’assis — prudemment, comme on s’assoit sur un trône piégé — et contemplai l’arsenal de métal disposé devant moi.
Fourchettes de toutes tailles. Couteaux de toutes formes. Cuillères grandes, moyennes, petites, minuscules. Une cuillère pour le sel. Une autre pour le poivre. Et des instruments dont j’ignorais jusqu’à la fonction — des pinces, des pics, des trucs avec des dents bizarres.
(Question existentielle : comment mange-t-on avec une pince ? Que pince-t-on exactement ? Et pourquoi y a-t-il un petit trident à côté de ma serviette ?)
Bruno, stoïque comme toujours, avait un goûteur personnel sur ordre de la Gravine. Le pauvre domestique — un homme maigre au teint cireux — tremblait à chaque bouchée, se demandant visiblement si celle-ci serait sa dernière.
L’agitateur Josef marmonnait dans sa barbe sur « l’injustice sociale » et « l’obscénité de ce gaspillage » tout en enfournant du faisan à quarante couronnes d’or la portion. L’hypocrisie incarnée.
Ursula, assise à côté de lui, le fixait comme un faucon fixe un lapin particulièrement grassouillet. Elle ne mangeait presque rien. Elle surveillait.
Et Matrella von Achern ?
Toujours pas apparue.
Nous mangions — ou plutôt, nous tentions de manger sans commettre d’impair — en attendant la VRAIE rencontre. La Haute Connétable nous faisait languir. Comme un chat joue avec une souris avant de la croquer.
(Note sur ma performance culinaire : j’utilisai la mauvaise fourchette trois fois. Le mauvais couteau deux fois. Je bus dans le verre de mon voisin — qui se trouva être un secrétaire de Matrella, lequel me fusilla du regard avec une intensité capable de faire fondre l’acier. Et je renversai du sel, ce qui apparemment porte malheur pour sept générations.)

Le bilan du parjure — Ou comment toucher le fond et continuer à creuser
Château d’Achern — Fin de soirée
Récapitulons ma journée, voulez-vous ?
- J’ai trahi un serment sacré fait à des nains mourants de faim et de honte
- Des enfants ont crié mon nom avec espoir pendant que je fuyais sous une couverture
- Des pages de quinze ans m’ont humilié verbalement avec plus d’efficacité qu’une armée
- J’ai dormi debout pendant un cours de généalogie (deux fois)
- J’ai utilisé la mauvaise fourchette (trois fois) et le mauvais couteau (deux fois)
- Une mouche a élu domicile sur mon nez pendant vingt minutes
- J’ai renversé du sel et condamné ma descendance à sept générations de malchance
- J’ai bu dans le verre d’un secrétaire qui me déteste maintenant cordialement
Et le pire ?
Dans ma tête, la voix du chef nain résonne encore, grave comme le tonnerre des forges de Karaz-a-Karak :
« Tu as une journée pour prouver ton honneur. »
Cette journée est passée. Je n’ai rien fait. Je n’ai même pas essayé. Je suis un parjure. Un menteur. Un lâche.
Quelque part à Grissenwald, dans un bouge puant, un clan entier raconte l’histoire du « Parjure Ulrich ». Le petit humain qui promettait la justice et qui s’est enfui sous une couverture. L’« homme d’honneur » qui n’avait pas plus d’honneur qu’un rat d’égout.
Et quelque part, un tueur de trolls de deux cent vingt-cinq ans aiguise sa hache.
Il prononce mon nom.
Et il sourit.
Car il sait que je reviendrai. Ou que je mourrai de honte avant. Dans les deux cas, mon histoire est déjà écrite dans les annales de l’infamie.
(Note finale : les dieux préparent ma punition. Je le sens dans mes os, comme les vieux sentent l’orage approcher. La roue du destin tourne, et elle va m’écraser comme elle écrase tous les parjures. C’est juste. C’est mérité. Et pourtant, je ne peux m’empêcher de trembler.)
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Parjure Officiel et Lâche Certifié, Humilié par l’Étiquette et Hanté par la Honte, Terrorisé par Seize Couverts et Une Mouche, Château d’Achern — Soir du Déshonneur Total, An 2523 de l’Empire


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