« Par le parapluie percé de Sigmar et toute la flotte qui lui dégouline dans le cou !
Les dieux, dans leur sagesse infinie de sadiques cosmiques, ont décidé d’agrémenter cette journée déjà merdique d’un déluge digne du Déluge. Pendant que Loupiot fouine dans les cuisines, qu’Ashkarûn se fait examiner dans une tour rouge sang éclairée par la lune du Chaos, MOI je suis cerné par cent nains affamés qui me regardent comme un jambon ambulant.
Si ma mère voyait ça, elle dirait : « Je t’avais prévenu, Ulrich. Les ambitions, ça se paie. » Et elle aurait raison, la vieille.
Mais commençons par le début de ce triple désastre…»
Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach

Quand le ciel vous pisse dessus avec enthousiasme
Les dieux — ces enfoirés célestes qui s’amusent de nos misères — décidèrent que cette journée manquait d’eau.
D’abord, quelques gouttes. Ploc. Ploc. Ploc.
Puis la sauce s’épaissit. Les gouttes devinrent grêlons, les grêlons devinrent trombes, et bientôt ce fut comme si quelqu’un vidait l’océan sur Grissenwald avec une pelle.
CRAAAACK !
Un éclair déchira le ciel, illuminant la ville comme le sourire d’un fou dans l’obscurité.
(Quand il pleut le jour d’un mariage, c’est mauvais signe. Quand il pleut des cordes le jour du mariage d’un cocu, c’est carrément une malédiction. Les dieux ont de l’humour.)
Et pendant que cette apocalypse aquatique s’abattait sur nous, trois scènes se jouaient en parallèle. Trois catastrophes en gestation. Trois façons différentes de se faire enfler par le destin.

ACTE I : Loupiot le fouineur culinaire
Sous le chapiteau des Prahmhandler, le mariage battait son plein — non pas dans le temple de Sigmar, comme je l’avais d’abord cru, mais sous un vaste chapiteau de toile dressé pour l’occasion. Le vent faisait claquer les tentures, la pluie tambourinait sur le tissu, et les serviteurs couraient en tous sens comme des poulets décapités.
« Dépêche-toi, commis ! Aide-nous à couper le porc ! »
Et voilà notre Loupiot — ce barde devenu majordome devenu valet de cuisine — en train d’écarrir de grosses pièces de cochon avec l’enthousiasme d’un bourreau un jour de promotion. TCHAC ! TCHAC ! Le couteau s’abattait, la barbaque volaient, le sang giclait.
Mais ce filou ne perdait pas de vue sa mission.
Entre deux coups de couteau, il régalait ses compères — les autres commis, valets et marmitons — de récits extraordinaires.
« À Nuln, j’ai vu la Comtesse manger une huître et vomir sur son conseiller ! »
Éclats de rire.
« La Gravine ? Elle change de robe trois fois par repas ! »
Hilarité générale.
Et pendant qu’ils se biclaient, il posait ses questions innocentes :
« Au fait, qui est là ce soir ? Histoire d’avoir des potins croustillants pour Nuln ! »
La réponse fusa : « LA GRAVINE ! Le vieux l’a suppliée de venir ! C’est LE truc du siècle ! »
Puis, mine de rien, Loupiot glissa :
« J’ai cru comprendre que la mariée avait… comment dire… le feu au cul ? »
Oh, mes amis, les vannes s’ouvrirent !
Une marmiton, en épluchant des navets avec la délicatesse d’un ogre :
« Hanna ? Cette traînée allait se faire fourrer à l’Auberge des Trois Plumes tous les trois jours ! Régulière comme les marées ! »
Un cuisinier, en arrosant un cochon de graisse :
« Son mystérieux Schmidt ? Personne sait qui c’était. Mais le vieux Prahmhandler a dit à son fils : « Ramène la pouliche et DÉBARRASSE-NOUS de l’amant ! » »
Débarrasse-nous.
(Note sinistre rapportée par Loupiot : dans le vocabulaire des armateurs, « se débarrasser » ne signifie généralement pas « offrir un voyage tous frais payés ». Plutôt « offrir un aller simple au fond du Reik avec des chaussures en plomb ».)

ACTE II : Chez Dame Etelka — La Tour de Sang
À trois heures de Grissenwald
La route jusqu’à la demeure de Dame Etelka avait pris trois longues heures sous une pluie battante.
Quand enfin le cortège de la Gravine s’arrêta devant la tour, Vanda — notre apprentie magicienne — sentit quelque chose se figer dans sa rétine.
Une tour. Une grande tour. Faite d’une pierre rouge sang, caractéristique de cette région, qui brillait de mille feux à chaque éclair.
Un majordome — ou plutôt un homme à tout faire, grand, musculeux, une hache de bûcheron à la ceinture — ouvrit la porte avec empressement.
« Les temps sont durs, » grommela-t-il. « Les temps sont durs ! Les rumeurs mortelles ! »
(Accueil chaleureux. Rien d’inquiétant. Tout va bien.)
Et ils entrèrent.
Ce que Vanda découvrit à l’intérieur lui coupa le souffle.
Pas de fenêtres. Pas de torches. Non. Au sommet de la tour, une vaste coupole de cristal ou de verre laissait entrer la lumière des deux lunes. Et cette nuit-là, Morrslieb — la lune verte du Chaos, celle qui rend fous les hommes et réveille les morts — était haute dans le ciel.
Ses rayons, d’une couleur pourpre maladive, se déversaient par la coupole et se réfractaient sur des dizaines de miroirs disposés le long des trois étages de la tour circulaire. L’ensemble baignait dans une lumière rouge étrange, inquiétante, comme si l’on avait plongé dans un cauchemar éveillé.
(Note personnelle d’Ulrich, reconstituant plus tard ce récit d’après Vanda : par les bourses gelées de Morr, cette description me donna des frissons. Une tour baignée de lumière de Morrslieb ? Des miroirs partout ? Si ce n’est pas un repaire de sorcière, alors moi je suis puceau.)
Et Dame Etelka descendit.
Elle glissa le long de l’escalier en spirale avec une grâce serpentine, sa longue traîne rouge — brodée de signes cabalistiques — ondulant derrière elle comme une queue de dragon.

Elle s’inclina devant la Gravine :
« Ma chère Gravine, vous me faites l’honneur de votre présence en ma demeure. Et vous m’amenez ici le… spécimen. »
Par « spécimen », elle regardait Ashkarûn comme un boucher regarde une vache.
Notre Arabien, imperturbable, fit une profonde révérence :
« J’avoue, Madame, que je crains plus vous faire perdre votre précieux temps qu’autre chose. J’ignore à vrai dire pourquoi on m’envoie ici. J’obéis aux ordres de la Gravine, car étant sur ces terres et ayant été le malencontreux témoin d’un crime, je m’y sens obligé. »
Il résuma les faits avec cette élégance qui le caractérise : la soirée à Nuln, la conversation avec Johann Estegan, le serviteur qui l’interrompt, le rideau tiré, le corps…
« Gravine, je pense avoir résumé les faits sans rien avoir oublié, n’est-ce pas ? »
La Gravine acquiesça. Etelka aussi.
« Vous plaidez, » dit la magicienne avec un sourire qui n’atteignait pas ses yeux, « mais je ne suis point un graff, ni une juge, encore moins un Répurgateur. »
Elle expliqua ce que la Gravine avait déjà compris : l’adversaire au procès jouerait sur les origines « exotiques » d’Ashkarûn, sur l’ignorance du peuple, pour l’accuser de sorcellerie.
« Si, comme vous le dites, je ne vois aucun des vents nous entourant — et surtout pas le vent sombre, celui du Dhar — alors personne n’osera remettre en question la parole d’un mage des hauts cercles du Collège Impérial d’Altdorf. »
Ashkarûn haussa un sourcil :
« Pratiquez votre examen, noble dame. Car les seuls tours de magie auxquels je peux prétendre sont ceux-ci… »
Et il fit ce qu’il fait de mieux : de l’illusion.
Une corde sortie de sa manche, qui sembla s’élever toute seule (un filin aimanté, évidemment). Une dague passée sur une flamme qui s’embrasa (poudre de phosphore, le truc le plus vieux du monde).
« Voilà la seule magie dont je suis capable. »
Le regard d’Etelka se durcit.

« Sachez que ce que vous appelez des tours, en ces temps troublés, pourrait suffire à ce qu’un bûcher soit dressé. Les mutants sont désormais choses prohibées à travers tout l’Empire. Les Répurgateurs ont reçu l’ordre et l’autorité absolue de les traquer et de les brûler à vue. »
Elle marqua une pause.
« Ne croyez pas, parce que l’Arabie est une grande civilisation, que vous êtes ici dans le berceau d’une quelconque humanité éclairée. Il n’en est rien. »
(Note glaçante : ainsi donc, même les magiciennes officielles du Collège d’Altdorf considéraient notre époque comme dangereuse. Les temps étaient durs. Les bûchers se multipliaient. Et Ashkarûn, avec ses tours de passe-passe et ses origines lointaines, marchait sur une corde raide au-dessus des flammes.)
« Je vais pratiquer sur vous le protocole, » conclut Etelka. « Celui qui me permettra de voir si les vents de la corruption et de la ruine soufflent sur vous. Même si vous l’ignorez. Suivez-moi dans mon laboratoire. »

ACTE III : Votre serviteur au pays des nains dégénérés
Et moi ?
MOI ?
Par le trou du cul mal essuyé de Ranald, j’étais dans la MERDE ! J’avais pris la décision de laisser les mains libres à Loupiot et de rendre visite aux nains, juste avant de se retrouver au Mariage du Siècle.
La pluie tombait en cataractes. Mes bottes s’enfonçaient dans une boue visqueuse qui glougloutait à chaque pas comme si elle voulait m’avaler tout entier. Et devant moi…
Un bouge.
Il n’y a pas d’autre mot.
Une lourde grille s’était refermée derrière moi, enchaînée par les miliciens qui m’avaient laissé passer — non sans m’avoir prévenu :
« Mon p’tit gars, par tes moustaches, fais-y gaffe. Tu rentres dans un nid de vermine. »
Charmant.
Un éclair illumina la scène, et je vis ce qui m’attendait.
Des toitures défoncées. Des murs de guingois. Des planches pourries. Des étoffes détrempées servant de portes. Et partout — partout — peinte sur les murs sales, la même image : un visage de nain patibulaire, grimaçant, tracé dans ce qui ressemblait à du sang séché.
C’était donc ça, le fameux « campement des nains ». Pas un campement. Un taudis. Un ghetto. Un cloaque où s’entassaient les rebus d’une race autrefois noble.
Je demandai à voir le chef.
Un enfant s’approcha.
Enfin, « enfant »… Il avait les traits juvéniles d’un gamin de dix ans, mais ses yeux — par les crocs d’Ulric, ses yeux ! — avaient cette profondeur que seules les décennies peuvent creuser. Ce « petit » avait probablement quarante ou cinquante ans. Plus vieux que moi. Plus vieux que mon père.
Je fis l’erreur de l’appeler « mon petit ».
Son regard devint meurtrier. Outré. Comme si je venais d’insulter ses ancêtres sur sept générations.
Mais la pièce d’or que je lui tendis — béni soit le Graf et sa bourse bien garnie — calma instantanément sa rage. Il la mordit pour vérifier qu’elle était vraie, et quelque chose changea dans ses yeux.
Une flamme. Une corruption. Une faim que je n’avais jamais vue chez un être civilisé.
Et ce descendant de ceux qui avaient combattu aux côtés de Sigmar, ce rejeton d’une noble et fière race de guerriers… se mit à ramper dans la boue, dévorant un morceau de pain rassis que j’avais dans ma poche, pour me guider comme un chien dressé vers le cœur de ce bouge infâme.
(Note désespérée : par tous les dieux de l’Empire, qu’était-il arrivé à cette race ? Où étaient les forgerons légendaires ? Les guerriers indomptables ? Il ne restait que… ça. Des créatures affamées, corrompues, rampant dans leur propre fange.)
Je suivis l’enfant-vieillard à travers le dédale de ruelles puantes.
Et quand j’arrivai devant ce qui semblait être la « yourte du chef » — une tente de fortune faite de bâches et de planches récupérées — je sentis quelque chose dans mon dos.
Je me retournai.
Nouvel éclair.
Et je les vis.
Ils étaient sortis silencieusement. À chaque pas que j’avais fait, ils avaient émergé de leurs taudis, poussant les planches pourries, écartant les tentures trempées. Et maintenant…
Une centaine de nains m’encerclaient.
Des nains de tous âges — ce qui, dans leur cas, signifiait de cinquante à trois cent cinquante ans. Des nains aux regards torves, aux barbes emmêlées, aux vêtements en lambeaux. Des nains qui tenaient des outils rouillés, des gourdins, des couteaux ébréchés.
Des nains qui me regardaient comme on regarde un intrus.
Ou un repas.

La pluie dégoulinait sur mon visage. Mon cœur battait comme un tambour de guerre. Ma main chercha instinctivement la poignée de ma Zweihander — que j’avais eu la sagesse de garder, malgré ma « tenue légère ».
Et une voix rocailleuse, sortie de la yourte derrière moi, gronda :
« Alors comme ça, un umgi vient nous rendre visite… »
Umgi. Le mot nain pour « humain ». Prononcé avec tout le mépris du monde.
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Cerné par les Nains et Trempé jusqu’aux Os, Regrettant Amèrement ses Choix de Carrière, Le Bouge de Grissenwald — An 2523 de l’Empire


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