Pendant ce temps, Otis sort dans la nuit moite. L’humidité étouffante des marais, il la connaît. Il marche d’un pas familier vers les habitations des esclaves, où malgré l’heure tardive, la vie bat encore son plein. Des feux sont allumés, des silhouettes rassemblées chuchotent, veillent.
Mais à son approche, le silence tombe. Les regards se détournent, les corps s’écartent.
Otis, pourtant des leurs, est perçu différemment. Peut-être à cause de son passage dans le manoir. Peut-être parce que Constance lui a confié une mission. Peut-être aussi parce que les esclaves savent quelque chose, et qu’ils ne veulent pas être mêlés à ce qui approche.
Otis avance dans une tension palpable, entre loyauté et méfiance. Il sait qu’il devra parler à ceux qui n’osent plus le faire, briser les silences de ceux que la peur a réduits au mutisme.
Alors qu’Otis s’approche des feux des esclaves, le silence se fait brutalement. Leurs visages sont figés, leurs yeux brillent dans l’obscurité comme ceux d’animaux traqués. À distance, dans les marais, résonne un tambour sourd, lent et régulier, comme un battement de cœur.
Otis, d’un ton faussement léger, tente de désamorcer l’atmosphère :
« Ah ! Un bon feu dans le bayou ! Ça, ça me ressemble ! Alors, messieurs, que se passe-t-il dans cette soirée ? »
Mais sa tenue élégante, son accent, sa posture le rendent suspect. On le regarde comme un intrus. Il rappelle malgré lui la maison, le pouvoir, la punition.

Un vieil homme lui demande :
« C’est le maître qui t’envoie ? »
Otis répond fermement :
« Jamais je ne ferai quoi que ce soit pour ce fou qui nous bat. Bien au contraire. »
Le vieillard murmure alors :
« C’est la terre qui rend comme ça. La terre qui remue. »
« La terre remue » : entre mythe et mise en garde
Cette phrase, aussi étrange que glaçante, marque un tournant. Les esclaves ne parlent pas d’un simple dérèglement du maître ou de la folie de Charles. Ils parlent de la terre elle-même. Quelque chose d’ancien, de profond, qui s’agite, qui influence, qui détruit.
Les tambours dans les marais ? Ils sont anciens, constants. Mais cette fois, quelque chose a changé.
Un des anciens ajoute :
« Ce n’est pas une place pour nous ici. Il faudrait partir… partir avant que le soleil sèche. »
Les autres acquiescent. Ils se rapprochent d’Otis. Ils ne l’agressent pas, mais l’avertissent, presque comme un condamné tente de prévenir un frère d’infortune.
« Tu n’as pas ta place ici. Si tu tiens à ta vie, tu devrais partir. »
Otis comprend. Il n’obtiendra rien de plus ce soir. La peur les tient tous. Il se retire, retourne vers la maison.
Lafayette : soupçons, secrets et quête de vérité
Revenons à Lafayette. Il avait découvert une anomalie dans un tableau — une ouverture à peine perceptible, une sensation de courant d’air derrière la toile. Mais interrompu par Mathilde, il avait dû rebrousser chemin. Il revient maintenant sur ses pas, poussé par la mission que lui a confiée Constance, même s’il doute d’Otis et de son rôle.
S’il cherche Otis, ce n’est pas par confiance, mais parce que Constance le lui a demandé. Et cela suffit, pour l’instant, à briser ses réticences.


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