Une descente glissante vers l’horreur
Les marches sont étroites, taillées dans la pierre brute, humides, et déjà glissantes de sang.
À chaque pas, le tambour bat plus fort. Il ne résonne plus seulement dans les oreilles, mais dans la poitrine, dans les tempes, jusqu’à synchroniser le cœur.
Les lampes à huile accrochées aux murs jettent des ombres vacillantes qui dansent au rythme du tambour. Tout autour, les parois paraissent vivantes, mouvantes, habitées par des ombres.
Et puis, le sous-sol apparaît.
Immense.
Bien plus vaste que ne l’autoriseraient les fondations de la maison.
C’est une crypte. Et elle n’a pas été creusée au hasard.
Un silence rouge et suffocant
Des dizaines de lampes à huile, suspendues au plafond voûté, éclairent faiblement cet espace inhumain.
L’air est dense, chargé de fumée, de vapeur de sang.
Otis, Lafayette et Cléophas pénètrent dans ce lieu, armes à la main, cœurs au bord de l’éclatement.
Ils ne voient personne au premier abord.
Juste la lumière.
Et la chaleur poisseuse des lieux.
Des brasiers lointains éclairent des couloirs étroits.
Lafayette saisit deux torches, en allume une, tend l’autre.
Cléophas, toujours aussi nerveux, tente de repérer des traces, des marques de pas, des coulées de sang.
Ils avancent, silencieux.
Et derrière eux, Otis referme la marche, sur ses gardes.
La tension monte, et les langues se délient
Alors que la progression continue, les tensions remontent entre Cléophas et Lafayette.
L’un invoque l’honneur, la réputation, la survie sociale de Constance.
L’autre, plus ironique, moque ce langage bourgeois, cette obsession de l’apparence.
— « Croyez-moi, l’avenir d’une jeune femme métisse, désargentée et déshonorée à la Nouvelle-Orléans… ce n’est guère plus reluisant que celui d’un esclave. »
— « Maigre, c’est juste quand il faut tirer. », rétorque Lafayette avec morgue, caressant sa cravache.
Mais ils avancent malgré tout.
Guidés par le bruit.
Par le battement.

L’autel du sacrifice
Et là, dans la pénombre, la vision s’impose.
Constance.
Allongée au centre de la pièce, inconsciente, mais baignée d’une énergie sombre.
Ses cheveux noirs sont étalés autour de sa tête, comme une couronne d’ombres.
Autour d’elle, des symboles gravés à même le sol.
Les mêmes que ceux du bayou.
Et à chaque pulsation du tambour, les symboles s’illuminent en rouge.
Un rouge vivant, pulsant.
Mais ce n’est pas tout.
Au plafond, trois corps pendent, tête en bas, enchaînés.
Deux esclaves – un homme et une femme – et un ouvrier blanc.
Leurs gorges sont tranchées, comme ouvertes dans un rictus sanglant.
Leur sang s’est écoulé dans des bassins disposés au sol.

Et dans chacun de ces bassins :
un cœur.
Battant.
Encore.
Broum. Broum. Broum.
Les tambours viennent d’eux.
Les cœurs battent à l’unisson.
Une onde de terreur pure
Face à cette scène, aucun des trois hommes ne peut rester impassible.
Jet de santé mentale.
Cléophas échoue.
Son esprit réalise trop bien ce qu’il voit.
Il comprend.
Et c’est peut-être ça, le plus terrible.
Le tambour. Ce son tribal, ancestral, mystique… c’est le battement de cœurs humains, encore vivants, séparés de leur chair.
La magie noire est à l’œuvre.
Et Constance… semble être au centre du rituel.


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