(Et comment le caporal découvrit que certains secrets auraient dû rester enterrés)
Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach
« On dit que la confession soulage l’âme. C’est un mensonge. La confession ne fait que transférer le fardeau sur les épaules de celui qui écoute. Et certains fardeaux sont trop lourds pour un simple caporal. »
Par les oreilles souillées de Sigmar et tous les confessionnaux qu’il aurait dû brûler !
Il y a des moments, dans la vie d’un soldat, où l’on regrette d’avoir posé une question. Des moments où l’on donnerait tout l’or du Reikland pour revenir en arrière, fermer sa bouche, et laisser les secrets là où ils auraient dû rester — enfouis dans les tréfonds putrides de l’âme humaine, comme des cadavres au fond d’un puits qu’on n’aurait jamais dû creuser.
Ce moment-là fut l’un d’entre eux.
Gustaf — notre Gustaf, le juriste méticuleux, le greffier aux doigts tachés d’encre, le petit homme qui tremblait devant les juges et bégayait devant les nobles — Gustaf s’accrocha à ma jambe comme un naufragé à une planche pourrie et ouvrit les vannes de sa mémoire.
Et ce qui en sortit…
(Note préventive : ce qui va suivre n’est pas pour les âmes sensibles. Ni pour les estomacs fragiles. Ni pour quiconque souhaite conserver une once de foi en l’humanité. Vous êtes prévenus.)

Gustaf — Ou le flot de vérité qui me submergea
Je me penchai sur Gustaf.
Ce petit homme tremblant, recroquevillé à mes pieds, agrippé à ma jambe comme un naufragé à une planche.
« Mon petit Gustaf, » dis-je d’une voix que je voulais ferme — cette voix de commandant que je n’arrivais pas toujours à trouver. « C’est le moment de te ressaisir. Si tu as quelque chose à dire, c’est maintenant. »
Et quelque chose se passa.
Peut-être était-ce l’horreur de ce qu’il venait de voir. Peut-être était-ce la terreur qui l’habitait depuis trop longtemps. Peut-être était-ce simplement le poids de ses secrets qui était devenu insupportable.
Ou peut-être — par les intimidations de Sigmar — avais-je enfin réussi à être vraiment intimidant.
Gustaf leva les yeux vers moi.
Et il parla.

Dix minutes — Ou ce que la décence m’interdit de détailler
Ce qui suivit…
Je ne sais pas comment l’écrire.
Dix minutes.
Dix minutes de confessions que la décence m’interdit de détailler ici. Dix minutes de vices. Dix minutes d’orgies. Dix minutes qui repoussèrent les limites de ce que mon esprit de soldat pouvait supporter.
Gustaf me raconta tout.
Comment, étudiant brillant en droit à Nuln, il avait été corrompu. Petit à petit. Subtilement. Amené dans les cercles des enfers de Celle-Que-L’On-Ne-Peut-Nommer. Cette divinité du Chaos — car c’est aussi parfois un homme, parfois une femme, toujours une abomination — le dieu de la corruption, du vice, du sexe.
Slaanesh.
Je n’ose même pas écrire ce nom. Car on dit que prononcer le nom des dieux de la Ruine attire leur attention. Et je ne veux pas de cette attention-là.

Gustaf avait été initié. Amené dans les différents cercles du plaisir. Il avait goûté à ce qu’il y a de plus interdit — des choses que je refuse de nommer, des choses que mon esprit refuse même d’imaginer.
Et puis, broyé et dévasté par les vagues de plaisir qu’il avait connues, il avait été jeté dans la rue. Tel un dépravé. Tel un drogué. Dans un manque absolu.
Avec cette certitude : un jour, ils reviendraient. Un jour, il pourrait servir les besoins du Maître. Et en échange, il connaîtrait à nouveau ce plaisir indicible et interdit.
Le temps avait passé.
Gustaf avait reconstruit sa vie. Il était devenu juriste. Greffier. Serviteur loyal de la Gravine.
Mais il n’avait jamais oublié.
Et ils ne l’avaient jamais oublié non plus.

L’Auberge des Trois Plumes — Ou le moment où tout bascula
« À l’Auberge des Trois Plumes, » murmura Gustaf d’une voix brisée, « ils m’ont retrouvé. »
Mon sang se glaça.
L’Auberge des Trois Plumes. Ce lieu maudit où nous avions passé cette nuit de chaos. Ces plumes violettes. Ces symboles obscènes. Ces érudites qui léchaient les fronts et brisaient les genoux.
Tout était lié.
« Ils m’ont dit que je devais tout révéler, » continua Gustaf. « Tous les plans de la Gravine. Tous les secrets de sa défense. Pour que le procès ne puisse être remporté. »
Il était leur agent.
Depuis le début, il était leur agent.
Notre juriste — celui à qui nous faisions confiance pour défendre nos intérêts devant les tribunaux — était un espion. Un traître. Un serviteur de Slaanesh.
Par les trahisons de Sigmar…
« Mais j’ai résisté, » dit Gustaf, et je vis des larmes couler sur ses joues. « J’ai retrouvé espoir. En vous. En Loupiot. J’ai décidé de ne pas succomber. J’ai décidé de me battre contre… contre eux. »
Je ne savais pas si je devais le croire.
Je ne savais pas si je devais lui faire confiance.
Mais il continuait à parler. Et ce qu’il dit ensuite changea tout.

Le sacrifice — Ou la vérité derrière le suicide rituel
« Ce que vous avez vu dans l’église, » dit Gustaf, « ce n’était pas un acte de désespoir. C’était… c’était un acte de soumission absolue. »
Il tremblait violemment maintenant.
« J’ai vu… j’ai entrevu les vérités dans les grimoires interdits. Ces adorateurs… ils ont révélé à Lui le secret ultime. La perversion absolue. L’interdit des interdits. Et en échange… »
Sa voix se brisa.
« En échange, ils sont maintenant pour l’éternité dans les palais des mille désirs. Dans les royaumes de Lui. Ils ne sont pas morts. Ils ont été… récompensés. »
Mon estomac se retourna.
Ces érudits — ces foux, ces adorateurs — s’étaient éventrés, mutilés, détruits… par extase. Par plaisir. Parce qu’ils croyaient — non, parce qu’ils savaient — qu’en offrant leur mort à leur dieu obscène, ils gagneraient une éternité de jouissance.
C’était obscène.
C’était terrifiant.
C’était la vérité.
« Il demande à ses agents de traquer un grand secret, » continua Gustaf. « Un secret dans les terres du Vieil Empire. Et ces trois… l’ont trouvé. Ils ont trouvé ce qu’Il cherchait. C’est pour ça qu’ils se sont offerts avec tant de joie. »
« Nous savons qui tu es. »
Le secret.
Ashkaroun.
Ils avaient découverts le secret d’Ashkaroun.
Et ce secret était si important, si précieux pour leur dieu obscène, qu’ils s’étaient sacrifiés dans l’euphorie pour le lui révéler.
Qui était vraiment Ashkaroun ?
Qu’est-ce que Slaanesh voulait de lui ?
Et pourquoi — par tous les mystères de Sigmar — pourquoi avait-on demandé à Gustaf d’espionner la Gravine ?
Quel était le lien ?

Loupiot — Ou le batelier entre les griffes du serpent
Pendant que Gustaf déversait ses confessions sur moi, Loupiot vivait son propre cauchemar.
Il était toujours là, dans la tente d’Eberhardt, une dague sous la gorge, face à Eltharin Pique d’Argent — cette machine à tuer elfique qui pouvait le transpercer avant même qu’il ne pense à fuir.
Eltharin était… Par les obscénités de Sigmar, je ne sais pas comment le décrire.
Nu. Musculeux. Dans une esthétique que je ne veux pas nommer. Il tenait Loupiot comme on tient un jouet — le soulevant par la mâchoire, respirant son odeur, posant ses lèvres elfiques sensuelles dans le creux de ses paupières…
Et puis, brutalement, il lui tordit le poignet.
« Baron, » appela Eltharin d’une voix amusée, « j’ai trouvé une petite belette. Une petite fouine. Venez voir, elle est amusante. »
Eberhardt von Dammenblatz entra dans la tente.
Il était ivre. Ses yeux étaient vitreux. Mais quand il entendit les mots de Loupiot — quand il comprit que Dominique avait disparu — son regard changea.
Il laissa tomber sa coupe de vin.
Il sortit sa dague.
Une nouvelle perle de sang coula sous le menton de Loupiot.
« Pourquoi tu parles de cette maquerelle ? » siffla Eberhardt. « Qu’est-ce que tu sais ? »
« Parce que vous l’avez enlevée ! » répondit Loupiot avec ce culot suicidaire qui le caractérisait. « Elle a disparu ! La promise d’Ashkaroun ! »
Et là…
Un grand sourire illumina le visage d’Eberhardt.
« Ah… Merci. »
Ce sourire.
Ce sourire de serpent.
Ce sourire qui disait : Je ne savais pas, mais maintenant je sais. Et cette information vaut de l’or.
Loupiot venait de lui offrir un avantage qu’il n’avait pas.
Par les erreurs de Sigmar, ce gamin venait peut-être de nous condamner tous.

Etelka — Ou le retour de la magicienne qu’on n’attendait pas
Vanda fit son rapport à la Gravine.
Tout ce qu’elle avait découvert. Bruno mort depuis des heures. Les serpents. Les paniers de bateliers. Les plumes brunes sur les corps des érudites. Les mèches de cheveux coupées rituellement. Les signes de corruption.
Et tandis qu’elle parlait, une voix s’éleva de l’ombre.
« Elle a bien travaillé, pour une fois. »
Par les apparitions de Sigmar, Etelka était là.
La magicienne du Collège d’Altdorf. La maîtresse de Vanda. Cette femme qui apparaissait toujours quand on ne l’attendait pas, qui semblait tout savoir, qui manipulait les fils de cette histoire depuis le début.
Elle glissait sur le marbre de l’église, évitant de ses petits pas les tripes déversées des trois adoratrices de Slaanesh.
« Le rapport que vient de vous faire mon apprentie est d’une justesse absolue, » dit-elle à la Gravine. « C’est un complot. Voyant que le procès était perdu, il était évident qu’ils vous opposeraient un champion qu’en armes et équipé, votre Bruno pouvait peut-être battre. Ils ont donc mené à bien leur plan et exécuté votre champion. Nous voilà dans la situation où il nous faut improviser. »
La Gravine fit craquer ses jointures.
« Etelka, j’ai besoin de partager avec toi une idée audacieuse qui m’est venue. »
Elles s’écartèrent.
Cinq minutes de conciliabule. Cinq minutes de murmures que personne ne pouvait entendre. Cinq minutes de stratégies ourdies entre ces deux manipulatrices.
Et puis…
Un rire.
Un éclat de rire.
Etelka riait — ce rire rare qu’elle ne laissait échapper que dans les moments de triomphe.
« C’est tout simplement génial, Gravine ! Décidément, ce von Dammenblatz n’aurait pas dû jouer avec vous. Que vous perdiez ou que vous gagniez, vous serez la grande gagnante. C’est brillant ! Votre tante peut être fière de vous. »
Que préparaient-elles ?
Quel plan « génial » venaient-elles de concevoir ?
Et pourquoi — par tous les mystères de Sigmar — pourquoi avais-je le sentiment que nous, pauvres pions, allions encore être sacrifiés sur l’échiquier de leurs ambitions ?
À suivre…
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Confident Involontaire d’un Adorateur Repenti de Slaanesh, Découvreur de Vérités qu’Il Aurait Préféré Ignorer, Pion sur un Échiquier dont Il Ne Comprend Pas les Règles, Soldat qui Se Demande ce que la Gravine Prépare, Église de Shallya, Kemperbad — Jour du Mariage Maudit, An 2523 de l’Empire
(Post-scriptum sur Gustaf : je ne sais pas si je dois le haïr ou le plaindre. Il a été un traître — un espion pour les forces du Chaos. Mais il a résisté. Il a choisi de se battre. Il a choisi… nous. Est-ce suffisant pour le racheter ? Je ne sais pas. Mais je sais que ses informations valent de l’or. Slaanesh cherche un secret. Les érudits l’ont trouvé. Et ce secret est lié à Ashkaroun. D’une manière ou d’une autre, tout est lié.)
(Post-post-scriptum sur Loupiot : ce crétin a révélé à Eberhardt que Dominique avait disparu. L’ennemi ne savait pas — et maintenant il sait. Qu’est-ce que ça change ? Je ne sais pas. Mais le sourire du baron ne présageait rien de bon. Rien de bon du tout.)


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