(Et les horreurs que Loupiot découvrit dans la tente de l’ennemi)
« Méfie-toi de tes rêves, soldat. Car les dieux ont le sens de l’humour, et quand ils les exaucent, c’est généralement de la pire manière possible. »— Sagesse de caserne, attribuée à un sergent mort au combat le lendemain de sa promotion
Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach
Par les promotions empoisonnées de Sigmar et tous les rêves qu’il n’aurait jamais dû exaucer !
Toute ma vie, j’avais attendu ce moment.
Toute ma vie — depuis les porcheries du Stirland jusqu’aux casernes de Nuln, depuis les compagnies de mercenaires jusqu’à la garde de la Gravine — j’avais rêvé d’être reconnu. D’être choisi. D’être celui vers qui les grands de ce monde se tournent quand tout semble perdu, celui dont on scande le nom dans les moments de crise, celui qui…
Bon.
Soyons honnêtes.
J’avais rêvé que la Gravine tombe dans mes bras en me suppliant de la sauver.
Et par les ironies cruelles de tous les dieux de l’Empire réunis, c’est exactement ce qui venait de se produire.
(Note sur les rêves qui se réalisent : quand votre rêve le plus cher se concrétise au milieu d’une église couverte de sang, après que trois fous se sont éventrés devant vous, pendant que votre champion gît empoisonné dans une chambre… c’est généralement le signe que les dieux se foutent de votre gueule. Mais sur le moment, je m’en fichais. La Gravine était dans mes bras. Dans mes bras. Le reste pouvait bien attendre.)

L’appel — Ou quand la Gravine tomba dans mes bras
Vanda me trouva dans l’église, Gustave toujours accroché à ma jambe comme une sangsue terrifiée.
« La Gravine te demande, » dit-elle simplement.
Je me dégageai de l’emprise du juriste — non sans difficulté — et suivis Vanda jusqu’à l’endroit où la Gravine et Etelka attendaient.
La Gravine me tournait le dos.
Et quand elle se retourna…
Par les émotions de Sigmar, je ne l’avais jamais vue ainsi.
Elle était blême. Des larmes brillaient dans ses yeux — des vraies larmes, pas ces larmes de crocodile que les nobles versent pour manipuler. Ses mains tremblaient.
Elle prit ma main.
« Par tous les dieux… Par Sigmar lui-même… » murmura-t-elle d’une voix brisée. « J’ai besoin de vous, caporal. »
Mon cœur s’arrêta.
« Votre courage… Votre bravoure… qui parfois vous conduisent aux excès, jusqu’à l’insouciance… »
Du coin de l’œil, je vis Vanda porter un doigt à ses lèvres. Tais-toi. Ne dis rien. Joue le jeu.
« J’ai besoin de vous. Vous êtes un miracle, caporal. »
Je rougis.
Par les rougissements de Sigmar, je rougis comme une pucelle.
Et puis…
Elle s’évanouit.
Elle tomba.
Dans mes bras.
La Gravine Maria Ulrike von Liebwitz d’Ambosstein — nièce de la Comtesse Emmanuelle de Nuln, l’une des femmes les plus puissantes de l’Empire — était dans mes bras.
(Note lucide malgré l’émotion : je savais. Au fond de moi, je savais que c’était une comédie. Que la Gravine ne s’évanouissait pas vraiment. Que tout cela faisait partie d’un plan. Mais par les illusions de Sigmar, comme j’aurais voulu y croire. Comme j’aurais voulu que ce soit vrai.)
« Madame, » dis-je d’une voix que j’espérais noble, « ne soyez point triste. Je ferai mon possible pour défendre votre honneur. »

Le plan — Ou la propagande de génie
Et c’est ainsi que tout s’éclaira.
Le plan génial de la Gravine.
Bruno avait tenté de violenter Dominique. Elle s’était défendue. Par le marteau de Sigmar, elle s’était débarrassée de cet « infâme violeur ».
C’était un mensonge, bien sûr.
Bruno n’avait violenté personne. Il avait été empoisonné par des serpents. Dominique était une traîtresse qui avait disparu.
Mais la vérité n’avait aucune importance.
Ce qui comptait, c’était le récit.
Et le récit était celui-ci : la Gravine choisissait enfin un vrai champion. Pas un mercenaire étranger. Pas un gladiateur des arènes. Non. Un soldat de l’Empire. Un homme du peuple. Un caporal qui avait été trempé dans le sang des escarmouches et des batailles sur tous les fronts.
Moi.
Moi.
Par les promotions de Sigmar, j’allais être le champion de la Gravine.
J’entendais déjà les cris de la populace au-dehors. Ces mêmes agitateurs qui, hier encore, criaient « Nuln, catin de l’Empire ! » — ils criaient maintenant « Gravine, tu es dans notre camp ! Gravine, tu es de notre sang ! »
La Gravine avait retourné l’opinion publique.
En me choisissant — moi, le caporal de rien du tout, le fils de baron déchu, le soldat qui rêvait de grandeur — elle avait gagné le cœur du peuple.
C’était brillant.
C’était cynique.
C’était exactement ce à quoi je m’attendais de sa part.
« Et si vous perdez le duel judiciaire ? » demanda quelqu’un.
Je me redressai.
« Je vais le gagner. »
Silence.
« T’inquiètes. Je vais le gagner. »
Personne ne semblait convaincu.
Mais moi, je l’étais.
Parce que j’étais Ulrich von Schnitzelbach. Futur capitaine. Champion de la Gravine.
Et demain, je tuerais un demi-elfe.
(Note réaliste : j’allais probablement mourir. Eltharin Pique d’Argent était un danseur de lames formé pendant des décennies sur l’île interdite des bretteurs elfes. J’étais un caporal qui se prenait des poutres dans la figure. Les chances n’étaient pas en ma faveur. Mais par les miracles de Sigmar, j’allais essayer.)

Loupiot — Ou les révélations dans la tente du serpent
Pendant que je découvrais mon destin glorieux, Loupiot vivait un cauchemar bien différent.
Il était toujours prisonnier dans la tente d’Eberhardt. Le baron le regardait avec ce sourire de serpent qui ne présageait rien de bon. Et derrière lui, Eltharin Pique d’Argent — cette créature demi-elfe — respirait dans sa nuque.
« Elle a enfin compris, la pauvre fille, » dit Eberhardt en parlant de Dominique. « L’Arabien ne voulait l’épouser que parce qu’il était l’étalon dressé par cette chienne de Gravine. Elle a déjoué le plan de cette catin qui tente de s’attirer les bonnes grâces du peuple. »
Il but une gorgée de vin.
« Mais elle n’y arrivera pas. Mon champion va transpercer le malheureux qui sera choisi à la place de cette créature sans cervelle qu’était Bruno. C’est ce qui était prévu. »
Loupiot — ce gamin avec plus de culot que de bon sens — décida de bluffer.
« Vous êtes tombés dans notre piège, » dit-il. « Bruno n’était qu’une façade. Un pion. Un appât. »
Par les mensonges de Sigmar, il n’avait aucune idée de ce qu’il disait. Il ne savait même pas que j’avais été choisi comme champion. Mais il bluffait avec l’assurance d’un joueur de cartes professionnel.
« Quel est ce plan ? » siffla Eberhardt. « Parle vite. »
« Si vous m’assassinez, ce duel n’aura plus lieu d’être. Et je serai retrouvé mort, égorgé. Tous les regards se tourneront vers vous — y compris le peuple. N’oubliez pas que je suis le héros du peuple maintenant. Vous allez vous mettre toute la population à dos s’il m’arrive quelque chose avant le duel. »
Le baron le fixa longuement.
« Et quel champion ? »
Et c’est là qu’Eberhardt révéla la vérité sur son propre champion.

Eltharin — Ou le monstre derrière le masque
« Tu sais combien coûte un danseur de lames elfique ? » demanda Eberhardt.
Loupiot ne répondit pas.
« Peut-être que Karl Franz peut s’en payer un. À l’extrême, cette… Comtesse de Nuln, en y consacrant deux ans de recettes de son Grand Festival des Poudres, pourrait peut-être s’en offrir un pour une saison. »
Il sourit.
« Mais moi ? Je n’ai pas cette fortune. Sauf… »
Il fit une pause.
« Sauf quand c’est un renégat. Chassé de ses propres terres. Marqué du sceau de l’infamie. »
Un souffle chaud caressa la nuque de Loupiot. Eltharin.
« Vous payez donc cher pour venger la mort de votre père, » dit Loupiot en essayant de garder son calme. « Mais j’ose espérer que vous savez que ni Ashkaroun ni moi-même ne sommes son meurtrier. »
Eberhardt ricana.
« Si j’avais dû choisir un assassin, je l’aurais sans l’ombre d’un doute désigné. Le seul problème… »
Il regarda Eltharin avec un mélange de dégoût et de fascination.
« Il a fâcheuse tendance à ne pas simplement se contenter d’assassiner. »
Ce qui suivit…
Par les horreurs de Sigmar, ce qui suivit glaça le sang de Loupiot.
Eberhardt décrivit — avec une précision clinique, presque admirative — les goûts de son champion. Des goûts qui impliquaient la violence. La corruption. Des actes que je refuse de coucher sur ce parchemin, car même l’encre semble se révolter contre de telles abominations.
« Dois-je comprendre que vous servez les dieux de la Ruine ? » demanda Loupiot.
« Non, non, non, » répondit Eberhardt. « Il est au-delà des dieux de la Ruine. Il n’oublie pas la nature à moitié qui est la sienne. »
Une langue elfique fouilla l’oreille de Loupiot.
« J’aurai des choses à te raconter, » susurra Eltharin. « Si tu t’en sors. »

Le marché du diable — Ou ce qu’Eberhardt proposa à Loupiot
Eberhardt se pencha vers Loupiot avec ce sourire de reptile qui était le sien.
« Tu vas publiquement, demain, cracher à la gueule du champion de la Gravine. Devant le peuple de Kemperbad. Et ensuite… tu rejoindras ma compagnie. Mon escorte. »
Loupiot — ce gamin des rues qui avait survécu à tant de choses — sentit son sang se glacer.
« Moi ? Dans votre compagnie ? Mais qu’est-ce que vous avez à y gagner ? »
« Le peuple, mon ami. Tu l’as dit toi-même il y a cinq minutes. Le peuple. »
« Et vous pensez que le peuple sera dupe à ce point-là ? »
Eberhardt éclata de rire.
« Le peuple est stupide. »
Il se leva, faisant les cent pas dans sa tente comme un prédateur qui savoure sa victoire.
« Il verra ta jolie petite gueule. Il te verra brandir l’étendard des Dammenblatz. Il te verra mettre les couleurs autour du biceps saillant de mon champion — car il sera presque à moitié nu. Les femmes raffoleront de cela. Et la Gravine se verra voler la vedette. »
Il s’arrêta devant Loupiot.
« Je te laisse cinq minutes pour réfléchir. Sinon… tu ne mourras pas, je te le garantis. Tu seras même demain aux côtés de la Gravine. Tu marcheras simplement… moins droit. »
Par les ultimatums de Sigmar, c’était un choix impossible.
Trahir la Gravine publiquement — cracher au visage de son champion, c’est-à-dire mon visage — ou…
Ou subir des horreurs aux mains d’Eltharin.
Des horreurs que je refuse de décrire ici. Des horreurs que même l’encre semble refuser de coucher sur le parchemin.

Le bluff de Loupiot — Ou comment gagner du temps
Loupiot réfléchit.
Cinq minutes.
Cinq minutes pour trouver une échappatoire. Cinq minutes pour sauver sa peau et son honneur. Cinq minutes pour être plus malin qu’un baron vengeur et son champion demi-elfe dégénéré.
« Tout est négociable, » dit-il finalement. « Je n’ai qu’une fidélité mesurée envers la Gravine. Elle n’est liée qu’à mes propres intérêts personnels. »
C’était un mensonge, bien sûr.
Loupiot était beaucoup de choses — un batelier, un acteur, un arnaqueur à l’occasion — mais il n’était pas un traître. Pas vraiment. Pas au fond de lui.
Mais il savait bluffer.
Et en cet instant, bluffer était sa seule arme.
« Soit, » dit Eberhardt avec un sourire satisfait. « Comme tu as été tout à fait digne, je ferai en ellipse la longue description très pénible qui sera ton après-midi si tu refuses. Demain, tu auras conservé ta dignité et tu rejoindras les Dammenblatz. »
Loupiot hocha la tête.
Mais dans ses yeux — ces yeux de gamin des rues qui avaient appris à survivre — je vis plus tard qu’il n’avait jamais eu l’intention de tenir parole.
Il allait trouver un moyen.
Il trouvait toujours un moyen.
(Note sur Loupiot : ce gamin m’avait sauvé du viol — ou de quelque chose de similaire — lors de notre nuit à l’Auberge des Trois Plumes. J’aurais voulu pouvoir lui rendre la pareille. J’aurais voulu défoncer la tente d’Eberhardt, brandir Familienehre, et découper ce baron de malheur et son champion pervers en petits morceaux. Mais je ne savais même pas ce qui se tramait. J’étais dans l’église, en train de soutenir une Gravine évanouie, complètement ignorant du cauchemar que vivait mon ami.)

Le retour d’Ashkaroun — Ou le serpent qui annonce son départ
Et c’est à ce moment qu’Ashkaroun réapparut.
Il entra dans l’église comme s’il ne s’était rien passé. Comme si trois fous ne s’étaient pas éventrés en hurlant son secret. Comme si le répurgateur ne l’avait pas suivi dans les rues de Kemperbad. Comme si tout allait parfaitement bien.
Ce sang-froid…
Par les impassibilités de Sigmar, cet homme était fait de glace.
Il nous jeta à peine un regard — à moi, toujours en train de soutenir la Gravine « évanouie », à Vanda qui l’observait avec méfiance, à Etelka qui calculait probablement déjà ses prochains coups.
Et puis il se tourna vers Vanda.
« N’oublie pas, Vanda, que dès demain, nous partons. »
Un silence.
« En tout cas, moi, je m’en vais. »
Vanda jeta un regard vers Etelka — cherchant son approbation, sa permission, une indication quelconque de ce qu’elle devait faire.
Mais Etelka était trop occupée à me regarder. À regarder la Gravine dans mes bras. À regarder cette scène de comédie romantique qui se jouait sous ses yeux.
Et elle avait l’air… amusée ?
Satisfaite ?
Je ne savais pas comment interpréter son expression.
Mais je savais une chose : Ashkaroun allait partir. Demain. Après tout ce qui s’était passé — après le mariage raté, après le sacrifice des érudites, après les accusations publiques — il allait simplement… partir.
Et emporter ses secrets avec lui.
Qui était-il vraiment ?
Et pourquoi Slaanesh — cette divinité obscène du Chaos — le voulait-il si désespérément ?

La Gravine — Ou la comédie qui continuait
Pendant ce temps, je tenais toujours la Gravine dans mes bras.
Elle avait les yeux fermés. Son visage était paisible. Presque… heureux ?
Et moi, crétin que j’étais, je la regardais avec des yeux pleins d’amour.
Oui. D’amour.
Par les ridicules de Sigmar, j’étais amoureux d’une femme qui me manipulait comme une marionnette. J’étais amoureux d’une femme qui venait de me désigner comme champion dans un duel que j’allais probablement perdre. J’étais amoureux d’une femme qui ne me voyait que comme un pion sur son échiquier.
Et je le savais.
Au fond de moi, je le savais parfaitement.
Mais mon cœur — ce stupide organe qui refusait d’écouter la raison — mon cœur continuait à battre plus fort chaque fois que je la regardais.
Etelka nous observait avec ce petit sourire en coin qu’elle avait. Ce sourire qui disait : Je sais tout. Je vois tout. Et je trouve ça pathétique et amusant en même temps.
« Le caporal semble très dévoué, » dit-elle à mi-voix.
« N’est-ce pas ? » murmura la Gravine — qui, apparemment, n’était plus si évanouie que ça.
Je sentis mes joues s’empourprer.
Elles se moquaient de moi.
Elles se moquaient ouvertement de moi.
Et le pire, c’est que je m’en fichais.
Parce que la Gravine était dans mes bras.
Parce que demain, je serais son champion.
Parce que — par tous les rêves de Sigmar et toutes les illusions qu’il n’a jamais dissipées — j’allais enfin avoir ma chance de prouver ma valeur.
(Note pathétique sur moi-même : je suis un crétin. Un crétin complet. Un crétin fini. Mais un crétin heureux. Et demain, je serai peut-être un crétin mort. Mais au moins, je mourrai en champion de la femme que j’aime. C’est plus que ce que la plupart des caporaux peuvent espérer.)
La nuit qui approchait — Ou les préparatifs avant la tempête
La journée touchait à sa fin.
Une journée qui avait commencé par un mariage et s’était transformée en cauchemar. Une journée de sang, de sacrifices, de révélations et de trahisons.
Et demain…
Demain, le duel.
Demain, moi contre Eltharin Pique d’Argent — cette machine à tuer elfique, ce renégat marqué du sceau de l’infamie, ce monstre qui…
Non.
Je ne devais pas penser à ça.
Je devais me préparer.
Je devais affûter Familienehre. Vérifier mon armure. Prier Sigmar — même si je n’étais pas sûr qu’il m’écoutait encore après toutes les bêtises que j’avais faites.
Je devais être prêt.
Car demain, l’Empire tout entier — ou du moins Kemperbad, ce qui revenait au même pour l’instant — aurait les yeux fixés sur moi.
Le caporal Ulrich von Schnitzelbach.
Champion de la Gravine.
Défenseur de l’honneur de Nuln.
Futur capitaine.
Ou futur cadavre.
L’avenir le dirait.

L’offre que je ne pouvais refuser
C’est alors qu’il apparut.
Au milieu de la foule, profitant d’un moment où j’étais seul, un jeune homme s’approcha de moi.
Dagmarit Wittgenstein.
Le fils de cette famille maudite que nous avions croisée lors de nos aventures. Un jeune noble aux yeux brillants, au port altier malgré sa jeunesse, et qui portait sur lui cette aura de tragédie qui semblait suivre tous les Wittgenstein.
Il me prit à part.
Et il parla.
« Caporal, je vous en supplie… »
Des larmes coulaient sur ses joues. Des vraies larmes — pas comme celles de la Gravine.
« Cédez-moi votre place. Laissez-moi combattre demain à votre place. »
Je le regardai, stupéfait.
« Vous ? Mais pourquoi ? »
« Je suis un grand champion, » dit-il avec cette fierté des jeunes qui n’ont pas encore appris l’humilité. « J’ai appris auprès des plus grands maîtres d’escrime. Je peux battre cet elfe. Je sais que je peux le battre. »
« Et qu’est-ce que vous y gagnez ? »
Il hésita.
« Je ne dirai rien à quiconque. La victoire sera vôtre aux yeux de tous. Mais en échange… en échange, je vous supplie de plaider ma cause auprès de la Gravine. De lui dire : ‘Laissez-moi vous présenter un ami qui a besoin de votre aide.’ C’est tout ce que je demande. Une audience. Une chance. »
Je réfléchis.
C’était de la folie.
C’était de la tricherie.
C’était exactement le genre de plan tordu que je n’aurais jamais dû accepter.
Et pourtant…
« Si vous perdez ? » demandai-je.
« Vous serez vivant. »
« Et si vous gagnez ? »
« Nous gardons le secret, vous et moi. Et vous me présentez à la Gravine. C’est tout. »
Par les opportunités de Sigmar, c’était une porte de sortie.
Une porte de sortie que je n’aurais jamais espérée.
Le jeune Wittgenstein combattrait à ma place, masqué, portant mon armure. Personne ne saurait. Et si — par miracle — il gagnait, la victoire serait mienne aux yeux du monde.
Et si il perdait… au moins, je serais vivant.
C’était lâche.
C’était déshonorant.
C’était exactement le genre de chose qu’un caporal pragmatique ferait pour survivre.
« Marché conclu, » dis-je.
Dagmarit Wittgenstein sourit à travers ses larmes.
Et nous scellâmes notre pacte d’une poignée de main.
(Note sur mon honneur — ou son absence : je sais ce que vous pensez. Vous pensez que j’aurais dû refuser. Que j’aurais dû affronter mon destin comme un vrai soldat. Que j’aurais dû mourir avec honneur plutôt que vivre dans le mensonge. Et vous avez peut-être raison. Mais vous savez quoi ? Je suis un caporal. Pas un héros. Les héros meurent jeunes et glorieux. Les caporaux survivent et racontent l’histoire. Et c’est exactement ce que je compte faire.)
À suivre…
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Champion Désigné qui Commence à Réaliser ce que Cela Implique, Homme Amoureux d’une Femme qui— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Champion en Titre mais Pas en Acte, Homme qui a Vendu son Honneur pour Sa Survie, Soldat qui Espère que Personne ne Découvrira Jamais la Vérité, Trahi par un Arabien et Sauvé par un Wittgenstein, Auberge du Tonneau Percé, Kemperbad — Nuit avant le Duel, An 2523 de l’Empire
(Post-scriptum sur Ashkaroun : ce serpent nous a vendus. Après tout ce que nous avons fait pour lui. Après le procès. Après le mariage raté. Après tout. Il est allé voir le répurgateur et lui a raconté Dieu sait quoi sur nous. Quand je le reverrai — si je le revois — je ne sais pas si je lui serrerai la main ou si je lui planterai Familienehre dans le ventre. Probablement les deux, dans cet ordre.)
(Post-post-scriptum sur Dagmarit : qui est ce jeune homme ? Pourquoi veut-il tant une audience avec la Gravine ? Que cache la famille Wittgenstein ? Je ne sais pas. Mais demain, ma vie sera entre ses mains. J’espère simplement qu’il sait ce qu’il fait.)
(Post-post-post-scriptum sur mon honneur : oui, j’ai accepté de laisser quelqu’un d’autre combattre à ma place. Oui, c’est déshonorant. Oui, mon grand-père se retournerait dans sa tombe. Mais mon grand-père est mort, et moi je compte bien rester vivant. C’est ça, la différence entre les héros et les survivants. Les héros finissent dans les chansons. Les survivants finissent par écrire les chansons.)


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