Le cauchemar continue, même à la lumière du jour
Lorsque la barque atteint enfin le ponton, la lumière révèle l’ampleur de l’horreur : une dizaine de corps, flottant, gonflés, figés dans la mort. Ceux-là mêmes dont les noms figuraient, barrés, sur la liste retrouvée plus tôt. Tout coïncide. L’illusion s’effondre : c’est bien un massacre silencieux qui s’est joué sur cette île.
Les hommes de main d’Ezra Hawkins sont là, visiblement ébranlés.
— « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » demande l’un d’eux.
Cléophas répond, le ton ferme mais distant :
— « Nous avons mis fin à trente années de superstition. »
Malgré cette tentative de rationalisation, des cris s’élèvent encore au loin, des hurlements perdus dans les marais.
Une décision de justice ou un geste d’humanité
Otis et Lafayette discutent à voix basse : faut-il rendre les ossements de l’enfant à la crypte de la famille, ou les abandonner ici, comme un écho au chaos ?
Cléophas tranche, laconique :
— « Ne comptez pas sur moi pour me prêter à ce genre de sentimentalisme. »
Otis, fidèle à ses principes, prend les devants. Il fait route vers la plantation, déterminé à enterrer l’enfant dans le caveau familial, à défaut de mieux.

Près du canal des Cyprès, un nouveau choc
Mais le chemin du retour est interrompu par une scène effroyable, à moins d’un kilomètre de la propriété. Une odeur nauséabonde saisit le groupe : chair en décomposition, eau stagnante, et un relent d’injustice.
Dans les roseaux, un carrosse de luxe est à moitié englouti dans l’eau. Les armoiries dorées des Greenvale brillent faiblement sur la portière cabossée. Deux chevaux, les ventres gonflés, flottent comme des outres éventrées, baignant dans une eau rougeâtre.
Sur la berge, les effets personnels de Greenvale sont éparpillés :
- Un costume en soie déchiré
- Des livres de cuir tachés de boue
- Une montre en or toujours étincelante
- Un coffre brisé, identique à celui du bureau de Saint-Aubrey
Et pourtant, rien n’a été volé. Tout semble avoir été abandonné en pleine panique.

Une silhouette dans l’arbre
Otis, silencieux, observe les traces de chevaux dans la boue. Lafayette, quant à lui, se débat avec ses propres pensées, perdu, vacillant, parlant à demi-mots, se giflant, tentant de se raccrocher à la réalité :
— « Vous le voyez ? Le cheval… le sang… C’est pas dans ma tête ? »
Puis, leurs regards sont attirés par un chêne immense, dressé sur l’autre rive.
Suspendu à la branche maîtresse, le cadavre de Joshua Greenvale se balance lentement, porté par une brise invisible. Sa chemise blanche est maculée de sang et d’excréments. Des corbeaux dévorent son visage, l’un tirant des lambeaux de langue, l’autre vidant l’orbite d’un œil.
Cléophas murmure, la gorge sèche :
— « Charles… C’est lui. Il est devenu fou. C’est lui la menace. Constance est en danger. »
Une vérité dite trop fort
Ce constat n’est pas resté discret. Lafayette vient de parler à haute voix, devant tous les contremaîtres d’Ezra Hawkins, les hommes de main, et les chiens qui grognent autour d’eux.
La tension est palpable.
Otis et Cléophas se regardent. Ils savent : ces mots pourraient coûter cher, très cher…

Une vision d’horreur… vivante
Alors que Lafayette s’apprête à détacher le corps de Joshua Grimvale, supposément pendu et sans vie, une vision inattendue le glace. Le cadavre bouge. Lentement. Faiblement. Son bras tressaille. Ses jambes s’agitent dans le vide. Et surtout, son œil unique le fixe, pleine de détresse et d’un appel silencieux.
Grimvale est encore vivant. Suspendu, étranglé, mais pas mort.
Otis se précipite. Sans hésiter, il tranche la corde avec sa canne-épée, et le corps s’effondre brutalement au sol dans un bruit sourd. Un silence inquiet s’installe, entre soulagement et incrédulité. Otis vérifie les signes vitaux : aucun pouls, aucun souffle.
Mais le répit est de courte durée.
Le réveil d’une créature possédée
Le cadavre s’anime d’un coup avec une souplesse cauchemardesque. Ses mains griffues se jettent en avant, cherchant la gorge de Lafayette. Sa bouche béante claque dans le vide, et sa voix brisée hurle dans l’obscurité :
— « Rendez-le-moi ! RENDEZ-LE-MOI ! »
Ce cri, mêlé de haine et de douleur, est un éclat de verre brisé.
Les corbeaux fuient. Les chiens hurlent et prennent la fuite. Même les hommes d’Ezra Hawkins — Gabriel, Alcide, Ezekiel — s’éparpillent comme des pantins désarticulés. La panique est générale.
La terreur s’empare du groupe
Les joueurs doivent effectuer un test de santé mentale, car ce qu’ils voient ne relève plus du monde des vivants. Grimvale ressemble à une goule, moitié homme, moitié bête. Son œil manquant suinte, sa bouche est édentée, sa langue à moitié dévorée. Il n’est plus humain, s’il l’a jamais été.
La description devient grotesque, presque surréaliste :
— « Il a sept doigts ! »
— « On dirait qu’il tient une jambe de bébé ! »
— « Pourquoi il tient son sexe dans sa main ?! »
La confusion est totale. Certains joueurs perdent l’équilibre, d’autres tremblent de terreur. Ceux qui réussissent à garder leur calme savent qu’un combat surnaturel vient de commencer.

Grimvale attaque sans pitié
Dans ce chaos, Lafayette est la cible immédiate. Francis Grimvale, métamorphosé, tente de lui arracher la tête d’un coup de griffes. Le joueur tente une esquive, mais échoue. Résultat : cinq points de vie en moins, arrachés en un seul mouvement.
La blessure est grave, violente, marquante. Les implications, elles, le sont encore plus :
La morsure infecte. Et la morsure tue.
Les comparaisons avec les morts-vivants ne sont plus des métaphores. Elles sont littérales. Grimvale n’est pas revenu à la vie. Il a été rappelé d’entre les morts… par quelque chose d’autre.
Et désormais, il veut prendre quelqu’un avec lui.
L’attaque sauvage de Grimvale
La morsure n’était que le début. Lafayette est maintenant au sol, plaqué par un Grimvale bestial qui tente de lui arracher la gorge avec ses dents, dans une scène d’une violence à peine supportable. La créature n’a plus rien d’humain : sa mâchoire serre, ses mains griffues lacèrent, et la douleur est telle que Lafayette n’arrive presque plus à se défendre.
Otis, qui observe la scène avec une peur mal contenue, tente de secouer les hommes d’Ezra Hawkins, encore figés de terreur. Il hurle :
— « Tuez-moi ça ! Tirez dessus ! »
Un test de persuasion plus tard (et 38 points de chance dépensés), Gabriel reprend ses esprits et ouvre le feu avec son fusil. Le tir atteint sa cible, mais… le résultat est grotesquement insuffisant : la balle ne fait que percer la joue de Grimvale, sans ralentir la créature. Elle rit.
Lafayette, au bord de l’abîme
En mauvaise posture, Lafayette réagit au réflexe : il dégaine son revolver. Malgré la pression et la panique, il parvient à viser sous le menton de son agresseur. Il tire… mais rate. La balle dévie et explose le nez de Grimvale, aspergeant Lafayette de sang et de cartilage. La créature hurle encore :
— « Je vais t’arracher la tête ! RENDEZ-LE-MOI !!! »
La scène est infernale.
Mais Lafayette n’a pas dit son dernier mot. Il tire une seconde fois.
Deux balles, une fin brutale
Cette fois, c’est un tir à bout portant parfaitement exécuté. La mâchoire de Grimvale éclate, ses dents tombent en pluie. Et puis… le coup final.
Une balle logée dans la boîte crânienne, un tir critique, 15 points de dégâts, et le crâne explose comme une pastèque trop mûre. Le cadavre s’effondre sur Lafayette dans une gerbe de chair, de sang… et peut-être de vomi.
La tension se relâche brutalement. Mais ce n’est pas fini.
Une vision impossible : le vide au cœur du monstre
En glissant sur le côté, le corps de Grimvale dévoile l’impensable. Sous sa chemise en lambeaux, il n’a plus de torse. À la place de ses côtes, une ouverture chirurgicale.
Mais ce n’est pas une plaie. Ce n’est pas une blessure.
C’est un vide parfait.
Aucune trace d’organe, aucun tissu, aucun sang. Juste le néant.
Lafayette, Otis, Cléophas, tous sont contraints de jeter un test de santé mentale.
Ce qu’ils voient… n’a aucun sens.
Une frayeur qui ronge la raison
La découverte du torse vide de Grimvale foudroie littéralement les nerfs d’Otis et Cléophas. Les deux hommes, confrontés à l’impossible, effectuent un test de santé mentale, et les résultats sont sans appel :
- Otis perd cinq points et, dans un éclair de lucidité, réussit son test d’intelligence, ce qui signifie qu’il comprend pleinement ce qu’il vient de voir. Un néant pur, chirurgical, parfait.
- Cléophas, plus chanceux, ne perd qu’un point, mais sa réaction est instinctive : il tire en l’air depuis sa monture et ordonne :
— « Mettez le feu à cette horreur. »
Ezra Hawkins, encore sous le choc, obéit. Il vide le contenu enflammé de sa lampe sur le cadavre de Grimvale, et très vite, les flammes consument le corps. Pourtant, Grimvale bouge encore. Une agitation résiduelle, comme s’il refusait de mourir une seconde fois. Puis, enfin, plus rien.
Au-dessus d’eux, les corbeaux tournoient en silence, comme des témoins moqueurs du drame.
Une terreur qui contamine tout
Alors que le feu s’éteint, les doutes deviennent certitudes. Grimvale n’était plus vivant, mais il n’était pas mort non plus.
Et s’il en est ainsi de lui, qu’en est-il de Newton ?
Et surtout… qu’est devenu le Seigneur de Saint-Augrin ?
Cléophas, en proie à une angoisse irrépressible, pique sa monture et galope vers la plantation. Lafayette, encore marqué par le combat, saute sur le premier cheval venu et le suit.
Otis, lui, prend son temps, mais décide finalement de rejoindre les autres. Les hommes d’Ezra, paniqués mais solidaires, se signent, murmurent des prières, et galopent à leur suite.
La panique à la plantation
Alors que le groupe approche des limites de la propriété, des coups de feu résonnent, d’abord espacés, puis en rafales désorganisées.
Ce n’est pas une bataille rangée. C’est une débâcle.
Depuis la crête, le spectacle est glaçant :
- Des silhouettes fuient à travers les champs de coton, dans toutes les directions.
- Des esclaves en haillons courent, portent leurs enfants, soutiennent les plus âgés.
- Mais aussi… des blancs. Des contremaîtres. Des artisans. Des domestiques. Tous fuient ensemble, hagards, pétrifiés de peur.

Une peur sans visage, un battement venu d’ailleurs
Cléophas, arrivé en tête, fait stopper son cheval devant un fuyard. Il l’attrape par le col :
— « Qu’est-ce qui se passe ici ? »
L’homme, les yeux fous, incapable d’articuler, ne fait que désigner la maison principale, toutes lumières allumées.
Et derrière eux, les coups de feu ne visent pas les fuyards.
Ils tentent de rabattre ceux qui courent. Des hommes armés, sortis du manoir, essaient désespérément d’empêcher cette fuite générale.
Mais ce qui glace le sang, c’est le bruit.
Un battement sourd, profond, inhumain, monte des fondations du manoir.
Chaque pulsation fait vibrer la charpente, claquer les volets, trembler les vitres.
Ce n’est plus une illusion auditive.
Ce n’est plus une atmosphère inquiétante.
C’est une présence.
Et elle est réveillée.


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