De retour dans sa chambre, Lafayette est brutalement saisi par un malaise fulgurant. La chaleur moite, peut-être l’alcool, ou autre chose… quelque chose d’invisible l’écrase. Il chancelle, perd pied, et s’effondre dans le lit d’Otis, moite et malpropre, autrefois partagé avec Mathilde.
Puis vient le noir.
La nuit se referme, suffocante. Pas un bruit. Pas un souffle. Comme si la terre elle-même retenait sa respiration.
Et soudain, le cauchemar commence.
Le souvenir d’un drame enfoui
Dans cette torpeur, Lafayette se retrouve propulsé douze ans en arrière. Il est plus jeune, plus arrogant. Ses bottes s’enfoncent dans la vase d’un marais, ses mains crispées sur un revolver. Il traque Paul, le fils du planteur, un enfant vif aux cheveux noirs.
Paul court, léger, agile. Il connaît le marais. Il fuit. Il ne veut pas rentrer chez son père.
« Je préfère mourir que de retourner chez mon père ! »
Lafayette tire. Un tir en l’air. Juste pour faire peur.
Mais Paul chute. Le tronc pourri cède. L’enfant tombe. Le silence. Le plouf. Puis le noir. Paul disparaît.
Deux jours plus tard, Lafayette retrouve son corps, piégé sous une racine. Il ment à Charles. Il cache la vérité. Il prend l’argent. Et il part.
Mais les yeux du garçon noyé ne l’ont jamais quitté.
Paul revient. Mais il n’est plus un enfant.
Lafayette se réveille en sueur. Le cœur bat à rompre, comme un tambour de guerre. Et là, soudain, un choc violent le plaque contre le matelas. Il est cloué sur le dos. Un hématome se forme sur sa poitrine, marquant la forme d’un petit corps.
Autour de lui, des plumes noires tourbillonnent.
Puis surgissent deux yeux brillants, d’enfant. Mais plus vraiment.
« Tu m’as tué, Monsieur Lafayette ! Par accident, tu dis ! Mais moi, je suis resté au fond de l’eau ! Et maintenant, c’est toi qui va payer la dette ! »
Le tourbillon s’arrête net. Les plumes suspendues dans le vide. Le silence total.
L’effondrement psychique
Lafayette, paralysé par la peur, rampe hors du lit, suffoque, grogne, parle tout seul. Il trébuche dans l’obscurité, cherche de l’aide, crie. Il évoque le corbeau, le placard, Paul…
Puis la porte s’ouvre.
Une silhouette se dessine à contre-jour, tenant une lanterne. Qui est-ce ? Un domestique ? Otis ? Ou autre chose ?
À cet instant précis, une seule certitude hante Lafayette :
Paul est revenu. Et il a grandi dans l’ombre.
Mathilde parle : prières, secrets et l’enfant maudit
Dans l’obscurité suffocante de la chambre, alors que Lafayette reprend péniblement ses esprits après l’apparition terrifiante de Paul, Mathilde entre avec une lanterne. Sa présence, d’abord rassurante, devient rapidement inquiétante quand elle découvre l’hématome en forme de main d’enfant sur le torse de Lafayette.
Elle ne plaisante plus. Elle baisse les yeux, grave.
« Je vous l’avais dit, Monsieur Lafayette… Il ne fallait pas faire ça. »
Elle explique que ce qu’il a vu — les plumes, la présence, la main — ne lui était pas destiné, mais à “lui”, qu’elle désigne en pointant le plafond : la chambre au-dessus, celle de Paul. L’enfant n’a jamais été correctement enterré. Le rituel n’a pas été accompli. Et maintenant, il rôde.

L’aveu déchirant : “La faute de son père”
Mathilde tend à Lafayette une amulette grossière, faite de dents, de fil noir et de poils.
« Gardez ça sur vous. Et surtout, par pitié, ne retournez pas dans cette chambre. »

Lafayette, encore secoué, l’interroge sur Constance. Que lui arrive-t-il ? Pourquoi son état décline-t-il si vite ? Mathilde, en larmes, murmure :
« La faute de son père… Ce qu’il lui a fait… »
Un instant de silence. Puis une phrase poignante :
« Pauvre enfant… »
Une confrontation qui dérape
À bout de nerfs, Lafayette explose. Il saisit Mathilde par le cou, la plaque violemment contre un meuble et hurle :
« C’est d’où qu’elles viennent, les marques violettes sur le gamin ?! »
Il veut savoir. Il exige. Mais au lieu de flancher, c’est lui qui perd le contrôle. Sa violence effraie Mathilde au point qu’elle s’échappe en courant, laissant tomber sa lanterne au sol.
Les flammes commencent à lécher le plancher. Lafayette, paniqué, étouffe le feu avec une couverture.
Le silence retombe, et un carrosse surgit
La scène bascule. Alors que Mathilde disparaît dans la nuit, alors que Lafayette reste seul avec ses démons, ailleurs, Otis rentre de l’extérieur.
C’est lui qui le voit le premier : un carrosse luxueux remonte lentement l’allée de la plantation. Tiré par quatre chevaux impeccables, noir laqué, portières frappées d’armoiries dorées.
Le véhicule s’arrête à quelques mètres de lui. La portière s’ouvre.
Quelqu’un arrive. Quelqu’un d’important.


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