Otis se retrouve seul dans un petit salon à l’étage. Le fauteuil dans lequel il est assis craque à peine. Une cigarette fume doucement entre ses doigts. En face, Constance, entre dans la pièce, poussée par la silencieuse Mathilde. Une lumière vacillante éclaire la scène. Un plateau est déposé : deux verres, un peu de brandy. Malgré la fatigue visible, Constance garde ce même sourire tendre qu’Otis semble bien connaître.
Constance entame une conversation empreinte de nostalgie, évoquant une soirée passée où Otis avait chanté dans le grand salon. Cette anecdote révèle la personnalité charismatique d’Otis, capable de transformer l’atmosphère d’une pièce par sa seule présence et de faire rire aussi bien les domestiques que les maîtres de maison.
Le contraste entre ces souvenirs heureux et la situation actuelle est saisissant. Constance souligne comment Otis possède ce don rare de redonner vie aux lieux et aux gens.

Le ton de la conversation devient progressivement plus grave. Constance révèle la véritable raison de la présence d’Otis : elle a besoin de son aide pour comprendre ce qui se passe dans la plantation. Son état de santé se détériore d’année en année, et elle soupçonne que quelque chose de plus sinistre qu’une simple maladie est à l’œuvre.
Elle confie ses soupçons à Otis : quelqu’un lui fait du mal, utilisant peut-être des méthodes surnaturelles. Elle évoque un « poison qui remonte de la terre », un sort, quelque chose d’ancien qui semble s’être abattu sur la propriété.
Constance révèle l’existence de signes troublants qui se multiplient depuis quelques jours. Des gravures apparaissent autour de la maison. Ces symboles, qu’elle décrit comme « affreux », semblent liés à des pratiques vaudous.
Malgré ses tentatives pour obtenir des explications de la part des esclaves, tous refusent de lui révéler la signification de ces gravures, alimentant davantage ses craintes et son sentiment d’isolement.
La mission confiée à Otis
CONSTANCE
Tu n’as pas changé, Otis.
Peut-être un peu plus de rides. Un peu moins de promesses dans le regard.
Mais ce sourire… toujours le même.(Elle s’approche lentement, son fauteuil grinçant à peine sur le parquet.)
CONSTANCE
Tu te souviens de cette soirée ?
Celle où tu as chanté dans le grand salon, à la plantation Greenvale ?
Tu n’étais même pas invité, pas vraiment.
Mais en dix minutes, tu avais tous les domestiques qui riaient, mon père qui hochait la tête…
Et moi… moi, je riais comme une idiote, la bouche pleine de fraises.(Elle rit doucement, presque mélancolique.)
CONSTANCE
Les gens ici… ils ne vivent pas.
Ils survivent.
Et toi, tu entres dans une pièce, et soudain tout le monde respire.(Elle marque une pause, plus grave maintenant.)
CONSTANCE
Ils t’aiment, Otis.
Les serviteurs, les esclaves, même ceux qui ne t’ont vu qu’une fois.
Tu es comme une chanson qu’on a oubliée mais qu’on connaît encore par cœur.(Son regard se fait plus intense. Elle baisse un peu la voix.)
CONSTANCE
Et c’est pour ça que je t’ai fait venir.
Toi, tu peux parler à ceux qui se taisent.
Ceux qui se méfient de moi. Qui ont peur de mon nom.
Tu peux voir les choses qu’on ne dit pas, et les faire sortir avec un rire, un regard.(Elle penche légèrement la tête. La voix devient plus fragile.)
CONSTANCE
Je vais mal, Otis. Pire chaque année.
On me parle d’humeurs, de nerfs, de faiblesse…
Mais moi, je sens autre chose.
Un poison qui remonte de la terre. Un sort.
Quelque chose d’ancien.(Elle serre les accoudoirs de son fauteuil.)
CONSTANCE
Je suis bonne avec nos gens, tu le sais.
Je les protège, autant que je le peux.
Mais mon père… lui… il ne protège rien.
Il punit. Il frappe. Il règne.(Un souffle. Le silence s’installe un instant.)
CONSTANCE
Quelqu’un me veut du mal.
Et je crois que ce n’est pas seulement dans ma tête.
Je crois qu’ils savent.
Et qu’ils ont trop peur pour parler.(Elle relève les yeux vers Otis. Directement.)
CONSTANCE
Alors je compte sur toi.
Pas comme un ami.
Pas comme un escroc.
Comme… comme ce que tu es vraiment, sous tout ça.(Un sourire en coin, presque complice.)
CONSTANCE
Un charmeur désarmant. Et un fouineur infernal.
Une promesse solennelle
Otis accepte la mission avec la gravité qu’elle mérite, reconnaissant que les craintes de Constance ne relèvent pas de la paranoïa. Il confirme avoir observé des signes troublants depuis son arrivée, notamment les objets mystérieux cachés dans les placards et le comportement étrange de Mathilde.
Découverte d’un nouveau symbole
Après le départ de Constance, Otis décide de suivre discrètement Mathilde et Constance. Cette initiative le mène à découvrir un nouveau symbole gravé près de l’entrée, à côté de la porte principale et face à l’escalier.

L’examen à la lueur d’une allumette révèle que ce symbole a été gravé au couteau, de manière assez grossière. Bien qu’Otis ne parvienne pas à en déchiffrer complètement la signification lors de son test d’occultisme, il identifie partiellement que le symbole est lié aux « Veves », plus précisément à Erzulie, une Loa de la fertilité et de la richesse. Quelqu’un cherche à protéger cette maison… ou à l’emprisonner.

L’exploration nocturne de Lafayette
Une maison qui respire et murmure
L’action se déplace ensuite vers Lafayette, qui entame sa propre exploration de la demeure à une heure tardive. Le dîner terminé, il consulte son gousset et constate qu’il est presque minuit. La maison révèle alors sa véritable nature nocturne : loin d’être silencieuse, elle semble animée d’une vie propre.
L’atmosphère devient oppressante : les boiseries craquent comme si elles se tordaient sous un poids invisible, un vent humide s’insinue sous les portes fermées, charriant des odeurs mélangées de bois verni, de cire et de quelque chose de plus animal. Chaque pas sur les lattes du parquet provoque non pas un simple craquement, mais ce qui ressemble à une véritable plainte, comme si la maison elle-même souffrait.
Rencontre furtive dans les couloirs
Alors que Lafayette se dirige vers les appartements privés des maîtres de maison, il aperçoit une silhouette à l’extrémité du couloir. Cette vision fugace d’une domestique qui l’a vu sans pour autant le saluer éveille immédiatement sa méfiance. La question se pose naturellement : que fait une servante dans ces couloirs à minuit ?
Lafayette tente de pister cette mystérieuse silhouette mais se perd rapidement dans ce qui s’avère être un véritable labyrinthe. La maison semble s’étendre à l’infini, faiblement éclairée par quelques lampes, créant une atmosphère labyrinthique propice à la désorientation.

Une stratégie d’approche subtile
Faisant preuve d’ingéniosité, Lafayette décide d’interpeller la domestique en feignant naïvement d’être perdu et de chercher ses appartements. Cette stratégie se révèle payante : la silhouette réapparaît, révélant une jeune fille métisse d’environ dix-sept ou dix-huit ans, vêtue d’une robe de chambre et tenant une bougie à la main.
L’échange qui s’ensuit révèle qu’elle préparait les chambres à cette heure tardive. Lafayette teste ses connaissances en désignant ce qu’il pense être la chambre de Constance, supposition qui se révèle exacte. La jeune femme le redirige vers ses propres quartiers, et Lafayette préfère s’éclipser discrètement pour éviter d’éveiller davantage les soupçons.
La galerie des portraits : Un corridor hanté par le passé
Continuant son exploration nocturne, Lafayette découvre qu’il se trouve dans une galerie de portraits qu’il n’avait pas remarquée lors de son passage précédent. À la lueur de sa bougie, des toiles à huile dans des cadres de laiton brossé révèlent des visages impérieux et glacés qui semblent fixer l’intrus.
L’atmosphère devient particulièrement oppressante : Lafayette ressent physiquement que ces regards du passé sont posés sur lui, créant une sensation de surveillance constante et de jugement silencieux.
Le portrait de la femme au couteau
Parmi tous ces tableaux, un portrait se détache particulièrement. Il représente une femme d’une beauté farouche, vêtue d’un corset bleu nuit, dont la plaque ne porte aucun nom. Le détail le plus troublant réside dans sa main, qui repose sur le manche d’un couteau à peine visible dans l’obscurité de la toile.
Cette femme dégage une aura particulière : son regard ne se contente pas de suivre Lafayette comme les autres portraits, mais semble l’observer avec une forme d’anticipation plutôt que de simple jugement. L’analyse stylistique suggère que ce tableau date d’une trentaine d’années, et l’encadrement somptueux indique l’importance du personnage représenté dans la hiérarchie familiale.

Une toile qui respire : Un passage secret
Alors qu’il tente d’en savoir plus, s’approchant à la recherche d’une éventuelle signature, un frisson lui traverse l’échine. Un souffle glacé lui effleure le cou, l’air semble changer autour de lui. La sensation est indéniable : quelque chose l’observe… depuis l’intérieur du tableau.
La toile a été discrètement percée. Et derrière, un œil — un œil humain ? — semble avoir suivi chacun de ses mouvements. Il se fige, scrute les alentours. Le couloir est désert. Pourtant, il est convaincu : il y a quelque chose, un passage secret peut-être, un espace creux derrière la peinture.
Un murmure intérieur l’alerte, un doute gronde : « Lafayette, tu deviens fou. » Mais le chasseur en lui reprend le dessus. Il lève sa lampe, inspecte la toile avec prudence. Tout en lui hurle que ce lieu cache bien plus que des souvenirs familiaux.
Alors que Lafayette continue de fixer ce tableau inquiétant, la tension monte d’un cran. L’air change subtilement. La maison semble suspendre son souffle. Il sent un frémissement derrière lui — un mouvement dans le cadre du tableau, comme un reflet inattendu. Il se retourne brusquement.
Face à lui, Mathilde.
Son apparition est brutale, silencieuse. Drapée dans une robe sombre, elle se tient là, droite, imposante. Il ne l’a pas entendue arriver. Elle ne montre ni colère, ni chaleur. Elle lui adresse une phrase énigmatique : « Il y a des choses qu’on regarde. Il y a des choses qu’on touche pas.«
Interrogée sur la femme du tableau, Mathilde se fige. Elle fait un signe de croix, refuse de prononcer son nom. « La maison n’oublie rien. » Un avertissement clair.
Mais Lafayette ne se laisse pas intimider. Il se rapproche d’elle, la pousse dans ses retranchements, physiquement et verbalement. Il menace, s’impose. Et il réussit.
Mathilde cède, terrifiée. Elle révèle enfin ce qu’elle ne voulait dire : la femme du tableau s’appelle Léonie. Elle est morte bien avant la naissance de Constance. Et ce couteau sur le tableau ? Elle prétend ne jamais l’avoir remarqué.
Ce détail, pourtant central, déstabilise. Il sort des codes. Un couteau dans le portrait d’une « Lady » ? Ce n’est ni décoratif, ni anodin. Mais sa signification échappe tant à Mathilde qu’à Lafayette.
Avant de se retirer, il scelle un pacte de silence avec elle : cette conversation n’aura jamais eu lieu. Puis, il part rejoindre sa chambre, laissant derrière lui une domestique en état de choc.


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