Plongée dans le nord-est reculé de la Louisiane, cette région naguère isolée par les inondations du Mississippi vient juste de s’ouvrir au chemin de fer. Entre habitations de fortune, vestiges d’esclavage et bosquets sinistres, les investigateurs pénètrent un territoire où l’ordre établi se fait justice expéditive. Au sommet d’une colline, un manoir décrépit se dresse, témoin de la grandeur déchue du Sud.
Une région oubliée du monde
Ils traversent le nord-est de la Louisiane, un endroit extrêmement reculé qui vient de s’ouvrir il y a à peine cette année au chemin de fer. Pour y accéder auparavant, il fallait naviguer dans une zone inondée par le Mississippi, très peu navigable. C’est vraiment la Camargue, mais une Camargue très pauvre.
La plupart des habitations qu’ils distinguent sont loin des maisons de maîtres qu’on peut avoir autour de la Nouvelle-Orléans. Quand ils ont traversé Madison, ils ont pu constater la pauvreté des lieux : des baraques faites de tôle et de bois, des constructions de fortune dans un paysage reculé et abandonné. Quant aux cases d’esclaves, ce ne sont que des taudis misérables.
On est vraiment sur quelque chose de reculé et d’abandonné, un territoire où la civilisation n’a que peu de prise et où les lois semblent différentes.

L’arbre de la mort
Alors qu’ils discutent en chevauchant, le chemin commence à tourner. D’un seul coup, ils les voient : trois silhouettes suspendues aux branches d’un chêne. Des corps noirs, gonflés par la chaleur, lacérés, bouffés par les mouches. Ce sont des esclaves qui ont été pendus.
Les cordes grincent doucement dans le vent chaud et les pieds nus ne touchent plus terre. Un corbeau s’envole avec un cri rauque. Un des chevaux recule d’un pas et cette espèce d’odeur âcre leur prend à la gorge.
Ce n’est pas une mise en garde – c’est un message. Un message clair sur ce qui attend ceux qui défient l’ordre établi dans cette région reculée où la justice expéditive règne en maître.

Le Manoir se dévoile
Après cette découverte macabre, le silence retombe autour des trois voyageurs, encore plus pesant qu’auparavant. Le chemin continue, accompagné du chant incessant des cigales et des cris lointains des oiseaux des marais. Cet environnement qui leur était familier prend désormais une teinte sinistre.
À l’horizon, entre deux cyprès, ils aperçoivent enfin des colonnes blanches – les colonnes d’un manoir qui se dresse devant eux. Le sentier grimpe légèrement et, au sommet de la colline, le manoir apparaît dans son intégralité.
Le bâtiment fait deux étages, avec un porche à colonnes et des volets totalement clos pour se préserver de la chaleur. La toiture est faite d’ardoises noircies. C’est le genre de maison qui a connu la grandeur, puis la pourriture – un témoignage de l’époque glorieuse du Sud qui se délite sous le poids des tensions et de la guerre.


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