Retour in medias res : Cléophas quitte le salon pour regagner sa chambre lorsqu’un cri retentit. Un domestique déboule de l’escalier, terrorisé, et se précipite vers Constance restée au rez-de-chaussée. Le couloir, mal éclairé, dissimule presque ses traits tant la peur les déforme.
Au même moment, des éclats de rire de Mathilde résonnent à l’étage, mêlés à la voix posée de Lafayette. Cléophas, curieux, tente d’écouter mais le brouhaha couvre tout. Il remonte, entre dans le salon et trouve Constance livide.
— « Ma chère amie, est-ce que tout va bien ? »
Constance se ressaisit : le domestique balbutie que « quelque chose d’épouvantable » a été laissé dans l’armoire de Monsieur Delacroix. Sous son regard ferme, il précise : un fétiche vaudou.
Cléophas, rationnel et un brin condescendant, s’esclaffe :
« Allons, tout cela fait partie du charme du Sud. Vous n’allez pas me dire que vous prêtez foi à ce genre de superstition. »
Constance ne cède pas. Le vaudou, dit-elle, coule dans ses veines ; comprendre les croyances locales est la seule façon de comprendre ses gens. Charmé par l’exotisme mais sceptique, Cléophas propose de monter récupérer l’artefact pour le jeter au feu avant que Delacroix ne tombe dessus. Le domestique – encore tremblant – accepte de l’accompagner.
Le duo s’engage dans le couloir faiblement éclairé. Au détour d’une porte entre-ouverte, la silhouette de Lafayette apparaît dans le couloir, tandis qu’Otis se trouve dans sa chambre en compagnie de Mathilde. Tous les protagonistes sont désormais rassemblés à l’étage, prêts à découvrir ce que renferme l’armoire de Delacroix…
Une découverte macabre
Alors que Cléophas pénètre dans la chambre où se trouvait Lafayette, une atmosphère pesante se fait immédiatement sentir. L’air est chargé d’une forte odeur de terre fraîchement retournée. Son attention est attirée vers un placard entrouvert révélant une scène dérangeante. À l’intérieur, une tête ensanglantée de corbeau est clouée contre le fond, entourée d’un amas de plumes noires, d’ossements et de petites perles rouges assemblées pour former une sorte de nid inquiétant. Autour du macabre assemblage, des symboles étranges sont tracés à la craie : des croix déformées, des spirales et des chiffres inversés.

Ce sinistre objet est aussitôt identifié par Lafayette comme un « fétiche guédé », une offrande vaudou destinée aux morts, servant à la fois d’avertissement et de piège destiné à attirer le mauvais œil sur celui qui le découvre.
Une blague sinistre ?
Otis, bouleversé par la découverte, interroge Mathilde, cherchant à comprendre si ce type d’incident est habituel dans la demeure. Mathilde, loin d’être alarmée, réagit avec amusement, soulignant qu’elle avait averti Lafayette de ne pas « ouvrir les portes sans y être autorisé». Lafayette, irrité par la nonchalance de Mathilde, l’interroge durement, mais elle semble prendre l’incident avec légèreté, refusant de dévoiler une quelconque inquiétude réelle.
Lafayette, tentant de percer les motivations de Mathilde, effectue une analyse psychologique de son comportement. Il découvre que sa moquerie, bien que blessante, ne cache aucune malveillance particulière. Mathilde n’est pas surprise par l’incident, ce qui s’explique par sa connaissance approfondie de Lafayette.
Il faut rappeler que Lafayette a grandi dans cette propriété en tant que chasseur d’esclaves, un passé qui explique la familiarité de Mathilde avec son caractère. Voir cet homme habituellement dur et implacable se retrouver décontenancé par un simple fétiche vaudou constitue pour elle une situation particulièrement cocasse et amusante.
Mathilde, visiblement plus détendue que Lafayette, se rhabille et quitte la pièce avec un sourire, traversant le couloir pour se diriger vers le rez-de-chaussée. Elle annonce que l’heure du dîner approche, ramenant ainsi un semblant de normalité dans cette soirée troublée par les événements surnaturels.
Otis se retrouve désormais seul dans la chambre, Mathilde ayant quitté les lieux. Cette solitude lui offre l’opportunité de réfléchir aux événements et de décider de ses prochaines actions face à cette situation qui dépasse manifestement le cadre d’une simple plaisanterie.
Le déménagement forcé
Lafayette, troublé par la découverte et énervé par la situation, décide immédiatement de déménager dans la chambre d’Otis, prenant soin d’inspecter minutieusement le nouvel espace pour éviter toute autre mauvaise surprise. Cléophas, quant à lui, fait preuve d’un détachement teinté de mépris pour ce qu’il considère comme une superstition locale sans réel danger, ordonnant au domestique d’éliminer rapidement toutes les traces du fétiche avant que le maitre des lieux ne s’en rende compte.
Otis accepte volontiers ce changement de chambre, semblant plutôt amusé par la situation (les draps sont chargés de sueur mais cela ne dérange point Lafayette dont la dernière douche semble remonter à une éternité), tout en vérifiant tout de même rapidement son nouvel espace. Lafayette remarque alors, depuis sa fenêtre, l’activité intense dans le village des esclaves à proximité, où des feux et des tambours rythment un moment convivial qui contraste fortement avec l’atmosphère oppressante qui règne dans la demeure.
Inspection et inquiétude
Avant de rejoindre le dîner annoncé par une cloche, Cléophas, méfiant malgré tout, inspecte rapidement sa propre chambre pour s’assurer qu’aucun autre fétiche n’y a été caché.
Seul dans la pénombre de la chambre, il perçoit distinctement un parfum féminin familier flottant dans l’air, évoquant celui de Constance. L’atmosphère de la pièce est particulièrement oppressante, avec de lourds rideaux cramoisis bloquant la lumière extérieure et créant une ambiance feutrée et mystérieuse.

Le mobilier révèle un luxe certain : un imposant lit trône au centre de la pièce, paré de draps grenats en satin. Cléophas procède à un examen méticuleux, soulevant les draps et passant la main sous le matelas à la recherche d’indices ou d’objets dissimulés.
Découvertes sur la coiffeuse
L’attention de Cléophas se porte ensuite sur une coiffeuse située derrière lui, où trois objets attirent immédiatement son regard. Un flacon de parfum à moitié vide explique l’odeur féminine persistante dans la pièce. Plus intriguant, un rasoir droit soigneusement fermé.
Le troisième objet, une broche ouvragée en forme de cœur transpercé, complète cet étrange inventaire. Un grand miroir ancien aux motifs floraux surplombe l’ensemble, ajoutant à l’atmosphère gothique de la pièce.

Cléophas décide de s’approprier discrètement certains objets, glissant la broche et le rasoir dans ses poches tout en laissant le flacon de parfum. Il dissimule également sous son veston une chemise qu’il roule en boule, témoignant de sa nature opportuniste ou de sa recherche d’indices.
Un miroir qui rajeunit
Son attention se fixe sur le grand miroir piqué de taches qui surplombe la coiffeuse. Reflet trop net : Cléophas s’y voit soudain plus jeune, sans rides ni cheveux gris.

Intrigué, il pose la main ; la surface est tiède, presque poisseuse, et la tire comme une ventouse. Il se retire d’un coup, le cœur battant.
L’étrange présence
Au même instant, un vertige l’emporte : la chambre vibre, les draps du lit se froissent comme si un corps venait de s’y allonger. Puis, plus étranges encore : sur l’oreiller, une mèche de cheveux bouclés et un carré de papier jauni reposent comme une offrande.

La signature de Constance
La mèche file dans sa poche sans réflexion. Le billet, déplié, révèle une écriture penchée et nerveuse :
« Tu n’aurais pas dû revenir. Mais je veillerai à ce que tu ne t’éloignes plus jamais. »
Cléophas reconnaît aussitôt la plume de Constance de Saint-Aubrey. Colère et doute l’envahissent : simple mise en scène pour effrayer un invité ? Sortilège réel ? Il remet sommairement les draps en place afin de pouvoir déceler la moindre perturbation future, puis se dirige vers la salle à manger, bien décidé à exiger des explications.
Lafayette sécurise son territoire
De son côté, Lafayette, toujours méfiant, trace devant sa porte un discret piège à traces – un filet de talc – qui trahira toute intrusion pendant le repas. La cloche du rez-de-chaussée sonne de nouveau : l’heure de dîner approche et une faim authentique se fait sentir après cette journée pleine de tension.
Derniers frissons dans le couloir
Alors qu’il quitte la chambre, Cléophas jette un ultime coup d’œil au miroir : son reflet reste figé quand lui s’éloigne, comme indépendant de ses mouvements. Un sursaut de paranoïa le traverse, mais son jet de Santé Mentale tient bon — il attribue l’illusion à la fatigue, à la chaleur et à l’alcool de l’après-midi.
« Cesse de t’inventer des fantômes, vieil homme. »


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