Un visiteur inattendu frappe à la porte du manoir : Segundo Benavides, ami intime d’Isidoro, révèle une relation amoureuse cachée et une mère tyrannique obsédée par le péché. Tandis que les bombes franquistes ébranlent Madrid, Blanca découvre une photo tendre, une lettre secrète et un disque de Lorca qui éclairent la vie tourmentée du fils de la marquise. Septième chapitre de notre campagne L’Appel de Cthulhu dans le Madrid assiégé.
Madrid sous les bombes
Alors que Madrid subit les assauts de l’aviation franquiste et que les rues grondent de l’agitation révolutionnaire, Blanca, conservatrice du musée du Prado, et Urbano, militaire madrilène, trouvent refuge dans le manoir décrépit de la comtesse Genoveva Alcala Prieto. Mais ce lieu, censé être une cachette temporaire, se révèle bien plus inquiétant que prévu. Les murs du manoir murmurent encore les échos d’un passé occulté, tissé de secrets familiaux, d’histoires interdites et de rites oubliés.
D’indices en révélations
Dans le bureau de la comtesse, Blanca et Urbano mettent la main sur un étrange ouvrage intitulé L’Abysse de la raison, évoquant des tunnels oubliés sous Madrid et des pratiques ésotériques. En croisant cette découverte avec de mystérieuses cartes annotées de croix, ils comprennent que la demeure n’est pas qu’un sanctuaire aristocratique, mais peut-être le seuil d’un autre monde, souterrain et interdit.
Deux lettres les confirment dans cette intuition : l’une d’un prêtre mettant en garde la comtesse contre l’influence d’un certain Richard Upton Pickman et de ses œuvres dérangeantes ; l’autre, signée par une religieuse, évoque sans détour des orgies dans des grottes, une grossesse hors mariage et un enfant né d’un rituel blasphématoire. Cet enfant, serait-ce Isidoro, le fils connu de la comtesse, ou un autre, dissimulé ?
Les couloirs du passé
Le manoir regorge de pièces figées dans le temps. Dans un atelier de couture, Blanca découvre des vêtements cousus à la main pour un jeune homme mince, brodés des initiales E.O.A.P., qui ne correspondent pas à Isidoro. L’uniforme colonial, exposé sur un mannequin de cire dans la salle d’apparat, appartenait vraisemblablement au défunt mari – un culte morbide rendu à une figure paternelle autoritaire.
Urbano, quant à lui, explore méthodiquement les lieux, s’assure que chaque issue peut être empruntée en cas d’évacuation urgente, et découvre au passage des armes anciennes et des boîtes de munitions soigneusement conservées. L’ordre militaire des objets contraste violemment avec la confusion ambiante, comme si la guerre extérieure faisait écho à une autre guerre, plus intime, entre les murs.
Une silhouette, une tension
Alors que le duo s’apprête à explorer l’étage supérieur, quelqu’un frappe à la porte. Blanca, postée derrière un rideau, aperçoit un jeune homme brun, élégant et nerveux. Urbano descend immédiatement pour l’intercepter. Le visiteur, surpris, brandit un sauf-conduit et dit chercher Isidoro, dont il est sans nouvelles. Il est perturbé, ébranlé par la présence militaire et semble sincèrement inquiet.

Alors qu’Urbano descendait vérifier qui frappait à la porte du manoir, il se retrouve face à un jeune homme nerveux : Segundo Benavides. Ce dernier, se disant ami intime d’Isidoro, explique être sans nouvelles de lui depuis plusieurs jours. Grâce à son uniforme et à son calme autoritaire, Urbano parvient à apaiser le jeune homme, qui finit par avouer son inquiétude. Il parle d’une relation fusionnelle, voire amoureuse, avec Isidoro, et évoque une mère oppressante, obsédée par la notion de péché et de faute morale.
Avant de repartir, Segundo supplie Urbano : s’ils apprennent quoi que ce soit, qu’on lui transmette des nouvelles. Mais l’armée franquiste approche, des bombardements se font de plus en plus proches, et le quartier devient dangereux.
Les fragments d’une vie oubliée
Pendant ce temps, Blanca explore une chambre austère et bien ordonnée. Sur la table de nuit, une photo attire son attention : Isidoro et un autre jeune homme, bras dessus, bras dessous, souriant au parc du Retiro. Un cliché doux et tendre, en total décalage avec l’atmosphère rigide du manoir. Blanca glisse discrètement la photo dans son sac.

Sur le bureau, elle trouve des ouvrages de droit confirmant la profession d’Isidoro, mais aussi une lettre soigneusement dissimulée. Il s’agit d’un courrier intime dans lequel Isidoro évoque l’inquiétude croissante liée à sa mère, ses doutes, et ses désirs contrariés. Le ton est affectueux, personnel, et laisse peu de doute sur la nature profonde de la relation entre les deux hommes.
Le phonographe continue de grésiller. Blanca l’arrête. C’était un disque de Federico García Lorca, grand poète espagnol et figure tragique de la guerre, dont les textes évoquent passion, liberté et oppression. Un choix révélateur du monde intérieur d’Isidoro.
Une maison éventrée
La pièce voisine a été détruite par un bombardement. Le plafond éventré laisse entrer une lumière froide et le courant d’air fait vibrer les cintres tordus de penderies vides. Tout semble à l’abandon. Blanca fouille brièvement, mais comprend vite que rien de précieux ne subsiste ici.

C’est à ce moment-là qu’Urbano la rejoint. Il lui transmet ce qu’il a appris de Segundo. Ensemble, ils reprennent leur exploration. Blanca s’attarde dans la bibliothèque, pièce solennelle et poussiéreuse, pleine de livres anciens. Deux chaises en vis-à-vis, une table recouverte de poussière, un silence lourd. Tout semble figé.
Elle demande à Urbano d’avancer plus loin, seul, pour gagner du temps. Il accepte, et part en direction des pièces de service.
Chacun dans son rôle
Blanca fouille les rayonnages de la bibliothèque, à la recherche de volumes ou de documents qui auraient pu être laissés en évidence. Urbano, en bon militaire, avance avec prudence vers l’arrière du manoir. Chacun suit une piste. Chacun à sa place. Ils savent que le temps leur est compté.

L’extérieur gronde. Les fondations de la maison tremblent parfois sous les échos des explosions lointaines. Et pourtant, dans ce lieu hanté par la mémoire, les deux enquêteurs s’enfoncent un peu plus dans les non-dits de la famille Alcala Prieto.


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