Trois semaines après la destruction de l’Œuf de Yig et la chute du Luthier, Roy, Cordelia et Sylvanus se retrouvent à New York — Babylone électrique où les Giants écrasent les Yankees, où Eliot publie La Terre Vaine et où Mussolini marche sur Rome. Mais les cicatrices du dirigeable sont encore vives, et la ville cache un Site d’Accès fonctionnel quelque part dans ses entrailles. Le Dieu de Mitnal commence. Premier acte du nouveau chapitre des Masques de Nyarlathotep, campagne L’Appel de Cthulhu.
New York, 11 octobre 1922
La scène s’ouvre sur une ville en ébullition.
Nous sommes le mercredi 11 octobre 1922. New York gronde comme une chaudière lancée à pleine pression — une Babylone électrique où les artères d’acier charrient tout ensemble le triomphe, le vice, la musique et de sombres pressentiments. La saison de baseball vient de s’achever et les Giants ont écrasé les Yankees quatre matchs à zéro. Victoire si nette, si chirurgicale qu’elle en paraît presque insultante pour la moitié de la cité. Les camelots hurlent encore les gros titres sous les halos des réverbères, mais dans les rues de Manhattan, la tension populaire glisse déjà vers autre chose — vive et changeante, comme un reflet d’enseigne sur le pavé mouillé.

Dans les clubs littéraires, dans les rédactions enfumées, dans les bars de Broadway, on parle d’un poème venu de Londres, signé d’un certain T.S. Eliot. On l’appelle La Terre Vaine. Le titre seul a quelque chose d’inquiétant — non pas le nom d’une œuvre, mais le verdict murmuré au chevet d’un monde fiévreux. À Genève, la Société des Nations débat doctement de frontières qu’aucune nation sérieuse ne songe à respecter.

En Italie, un agitateur au crâne de bélier — Benito Mussolini — marche sur Rome à la tête de milliers de chemises noires. Les journaux américains relèguent cet événement en page intérieure, avec la désinvolture propre aux empires jeunes qui s’imaginent encore que l’océan les protège des vieilles folies du continent.

Mais ce soir, à New York, rien de cela ne compte vraiment. Ce qui compte, c’est la prohibition — cette noble expérience morale devenue en moins de deux ans la plus fertile fabrique de mensonges, de fortunes rapides et de portes dérobées qu’ait jamais connue la ville. C’est la radio, nouveau prodige entré dans les salons comme un esprit dans une maison mal fermée : depuis le mois d’août, la station WEAF lance dans l’air des concerts, des bulletins, des voix sans corps. Les familles aisées se disputent des postes à galène avec cette avidité de gens qui croient acheter un jouet et introduisent sans le savoir une présence dans leur futur foyer. Et c’est le jazz, qui descend de Harlem vers Midtown par vagues chaudes, syncopées, irrésistibles — il roule dans les caves, s’échappe des salles de danse, vibre dans les taxis, contamine jusqu’aux restaurants les plus respectables.

Le Saint-Régis, et l’ombre d’un génie
C’est dans ce décor que nous nous transportons — non pas dans les rues, mais dans les étages feutrés du Saint-Régis, l’un des hôtels les plus luxueux de Manhattan, au coin de la Cinquième avenue et de la Cinquante-cinquième rue.
Là-haut, dans une suite dont les rideaux restent souvent tirés avant même la tombée du jour, réside Nikola Tesla. Soixante-dix ans, silhouette déjà presque légendaire — un spectre de génie qui erre parmi les dorures d’un palace moderne. Depuis des mois qu’il s’est installé à demeure, il sort de moins en moins. Il a hanté le New Yorker, le Waldorf Astoria, le Marquette, laissant dans chaque hôtel la même traînée de perplexité, d’agacement et de dettes. Des plumes sur les tapis, des fientes sur les appuis de fenêtres, des voisins exaspérés : Tesla nourrit les pigeons de Central Park depuis des années avec une constance presque religieuse. Il leur parle, dit-on. Il les reconnaît de loin. Il ramène parfois les blessés, les boiteux, les mourants jusque dans sa chambre, comme un ermite recueillant des messagers tombés du ciel.

Le Saint-Régis a choisi l’acceptation — cette forme de politesse suprême qui confine parfois à la complicité. Le personnel a appris ses habitudes comme on apprend les règles tacites d’un culte discret. Frapper deux fois avant d’entrer. Ne rien consigner sur l’état des fenêtres du septième étage. Ne poser aucune question sur les graines, les cages, les bassines d’eau, ni les allées et venues ailées au crépuscule.
Mais ce soir, à sept heures, quelque chose veille dans l’ombre des rideaux tirés — quelque chose de plus étrange que l’excentricité d’un savant déchu. Quelque chose qui a peut-être commencé par des signaux, des fréquences, des expériences conduites trop loin dans l’invisible. Dans les rues, on rit, on trinque, on danse. Mais au-dessus de la ville, dans cette chambre d’hôtel où un vieil homme parle aux oiseaux, une autre conversation se poursuit peut-être — muette, patiente, intolérable à l’esprit humain.

Roy Morello au bar
Il est 20h30. La nuit va mieux au Saint-Régis que le jour.
Le grand salon du deuxième étage a changé de peau depuis la fin des dîners. Les portiers sont plus raides, plus majestueux. Les femmes de chambre se sont évaporées dans les couloirs. L’orchestre de douze musiciens fait son ouvrage avec la précision d’une machine de luxe — Irving Berlin en début de soirée, puis le foxtrot plus tard, plus hardi, assez osé pour scandaliser légèrement les vieilles dames de Park Avenue, mais pas au point de les faire quitter la salle. Au Saint-Régis, on sait jusqu’où aller trop loin. Les tables brillent sous les lampes avec une perfection presque militaire. Le linge empesé, l’argenterie lourde, les cristaux impeccables, des fleurs fraîches renouvelées deux fois par jour. Rien n’est laissé au hasard, et surtout pas ce qui doit avoir l’air naturel.

La société réunie compose ce mélange exact de richesse, de naissance et d’ambition qui fait battre les cœurs mondains de Manhattan. Des héritières sous l’œil pesant de leur mère. Des industriels aux moustaches sévères. Quelques acteurs de Broadway, assez célèbres pour être invités, pas assez pour troubler l’ordre des préséances. Dans un coin, trois hommes d’affaires japonais sanglés dans des costumes d’une correction irréprochable, voix basse, verres intacts, visages impénétrables. Près d’une fenêtre, une femme en Chanel fume avec une superbe indifférence — sa robe coupée selon la nouvelle ligne, arrêtée aux genoux avec une insolence qui fait murmurer les mères et rêver les fils. Elle tient sa cigarette comme une déclaration de guerre.

Et là, à moitié dans l’ombre d’un pilier, Roy Morello attend.
Il a commandé un Manhattan. Le barman du Saint-Régis sait faire apparaître de bonnes bouteilles dans un pays qui prétend ne plus en vendre. Personne ne demande d’où elles viennent, personne n’écrit rien. Le verre est là, il est parfait, il est sombre, avec sa cerise au fond comme un œil noyé. Roy n’y a presque pas touché. Il veut avoir la tête claire ce soir.
Il s’est placé au centre du bar — pour être vu et voir – dans un costume sobre mais travaillé dans les détails, boutons originaux, petites dorures, cette façon de dénoter juste assez du lot pour qu’on comprenne que c’est voulu. Le majordome l’a accueilli par son nom. Les regards des femmes se sont tournés. Les trois hommes d’affaires japonais ont semblé murmurer le sien. La jeune femme à la robe provocante l’a dévisagé depuis sa fenêtre avec une légère insistance. La scène est familière, appréciable. Mais elle ne correspond pas tout à fait à son état d’esprit ce soir.
Depuis son arrivée à New York six jours plus tôt, Roy a pris une nouvelle habitude : il compte les sorties avant de regarder les visages. Il a demandé une table dos au mur, vue sur l’entrée principale et sur la porte de service à droite. Pas d’angle mort, pas de surprise facile. Autrefois, il appelait ça contrôler la scène – le sens de l’angle, le métier. Aujourd’hui, il appelle ça rester vivant.

Six jours à tenter de redevenir un homme normal
Ces six jours new-yorkais, Roy les a passés à chercher quelque chose qui ressemble à un équilibre. Chaque matin, une heure au temple bouddhiste de Chinatown, avec un moine qui lui parle de respiration, d’attention, de calme — un homme qui a la patience de ceux qui n’attendent aucun miracle. Ça aide un peu. Pas à oublier. Juste à mettre de l’air entre soi et certaines choses.
Ensuite, le psychanalyste de la 72ème rue — un freudien maigre avec des lunettes rondes et le goût des carnets bien remplis. Il a pris des notes, parlé d’archétypes, de symboles, de Jung, avec le ton satisfait de quelqu’un qui croit avoir trouvé la clé. Mais Roy le sait : l’homme n’a rien compris à ce qu’il lui a raconté. Puis les bouquins poussiéreux de la 46ème, les occultistes de salon, l’Ordre hermétique et ses pièces étouffantes, les amulettes des arrière-boutiques de Chinatown entre l’encens, les herbes sèches et une odeur plus lourde, plus sale, qui ne tient d’aucune épice et qu’il n’a jamais réussi à identifier.
Tout ça ne sert pas à rien — Roy le sait. Tout ça lui apprend à reconnaître le signal.
Et ce soir, au Saint-Régis, le signal revient. Il se sent observé. Pas par quelqu’un dans la salle — ça, il saurait gérer. Un homme qui le regarde par-dessus son cigare, une femme qui écoute sans en avoir l’air, un maître d’hôtel trop attentif : c’est encore le monde normal, le monde des combines, des jalousies, des dettes et des armes. Non. Ce qu’il sent, c’est autre chose. Quelque chose de plus loin, de plus froid. Quelque chose qui n’a pas besoin d’être là pour regarder.
Il pose deux doigts sur son verre, il ne boit pas. L’orchestre joue dans le fond, les cuivres tiennent la salle, le piano lisse les angles. Et il sent la torsion — une petite déviation, presque rien. Comme quand un tour est bien fait et qu’un détail, un seul, dit que le mécanisme a bougé. Il baisse les yeux vers le Manhattan. Son reflet tremble à la surface, et pendant une seconde, ce n’est pas tout à fait son visage qu’il aperçoit. Il cligne des yeux. C’est parti.

Le Luthier, Pilar, et ce qui ne part pas
Il y a quelque chose dont Roy ne peut pas se débarrasser : le Luthier.
Il n’y pense jamais de travers — tout est net, trop net. La salle des machines, la chaleur, l’huile, le métal, l’air chargé. Et Pilar. C’est toujours Pilar qui revient. Pas l’Œuf, pas le vacarme, pas même ce qui a suivi. Pilar.
Il essaie parfois de ranger ça dans un mot simple — une femme, un piège, une complice. Aucun ne tient. Ce qu’il revoit, c’est un visage trop calme, une bouche qui semble retenir un sourire dont lui seul n’est pas la clé. Un corps précis, presque insolent — beau comme certaines lames, comme certains animaux, comme certaines choses qu’il vaut mieux ne pas toucher quand elles restent immobiles.
Ce qui le ronge, ce n’est pas d’avoir couché avec Pilar. C’est la sensation qu’au moment même où il croyait prendre, il était déjà pris. Qu’il n’avait fait que passer là, qu’il avait été amené, qu’il s’était ouvert. Pilar n’est pas de la famille des gens dangereux qu’il connaît — les voleurs de secrets, les assassins polis, les escrocs. Pilar lui donne l’impression d’être ancienne. Pas vieille. Ancienne. Comme si les catégories ordinaires glissaient sur elle sans la toucher.
Et le pire : sous le dégoût, une braise intacte. Il ne peut pas s’en débarrasser. Il ne peut pas non plus se réfugier dans l’idée qu’il a été dupé de bout en bout, parce que Pilar l’attirait vraiment — pas malgré l’ambiguïté, à cause d’elle.
Le carnet cyrillique du Comte est resté un temps dans sa chambre, sous le lit. Il a trouvé un traducteur — un professeur émigré du Lower East Side, le genre d’homme qui traduit des documents commerciaux sans poser de questions tant qu’on paie comptant. Il en a parlé à Sylvanus, qui a promis de s’en charger. Et il reste cette section en vieux castillan dans le journal de Pilar : l’idée insupportable que quelque part dans ces pages, elle a peut-être écrit sur lui avec la même froideur qu’en le regardant.
Dragomir, quelque part en Europe, est informé maintenant de ce qui est arrivé sur son dirigeable. Ce genre d’homme ne pardonne pas. Ce genre d’homme réorganise.

Le télégramme de Cordélia
Roy sort de sa poche intérieure un télégramme froissé — une habitude qu’il a prise. Celui de Cordélia, reçu deux jours plus tôt depuis Campeche.
Arrivée hier soir. Stop. Traversée épouvantable, mer déchaînée, trois jours. Stop. Me remets de mes émotions au bar de l’hôtel San Miguel qui est fort bien achalandé. Stop. Chambre retenue à mon nom. Stop. Elias introuvable pour l’instant, mais enquête en cours. Stop. Yucatan extraordinaire, même logique que Minnesota — partout où je regarde. Stop. Guillermo à la gare semble digne de confiance. Stop. Ne donner rien aux autres. Stop. Venez vite et apportez du gin décent. Le leur est infect. Stop. Cordélia.
La dernière ligne le fait presque sourire. Une femme qui râle est une femme en bonne santé. Mais c’est la phrase du milieu qui reste — même logique que Minnesota, partout où je regarde. Minnesota, où l’oncle de Cordélia avait découvert les premières traces des hommes-serpents avant d’y laisser la vie. Les mêmes vecteurs d’activation, les mêmes allusions que dans le carnet du Comte, que dans le journal de Pilar.
Roy le sait : l’Œuf est détruit, le rituel ne peut pas avoir lieu — ça, c’est solide. Mais les sites, eux, sont toujours là. Sous les rues de New York. Sous les gorges de Cappadoce. Sous les jungles du Yucatan. Fonctionnels, patients, en attente de quelque chose comme l’Œuf pour les activer. Des serrures sans clé — pour l’instant.
Il pense à Jackson Elias, le télégramme qu’il leur avait envoyé : « Apportez des armes, renseignez-vous sur Walter F. Kimble auprès des Texas Rangers, rencontrez des amis à Campeche, demandez Guillermo à la gare, n’en dites rien à personne, Jonah Prospero Press couvre les frais » ; et se dit qu’après dix jours à New York, il serait peut-être temps d’aller voir cet éditeur.

L’entrée de Sylvanus
L’orchestre ralentit. Les lumières descendent d’un cran.
C’est alors que Roy entend des pas. Pas n’importe quels pas — des pas qu’il reconnaît. Sylvanus entre par la porte principale. Il traverse le grand salon avec sa démarche à lui, très mesurée, un peu penché en avant. Il a meilleure mine qu’à Friedrichshafen — un peu de couleur revenue, il tient debout. Mais il marche avec une certaine gravité, et il s’aide d’une canne.
Roy remarque autre chose en l’observant entrer : avant de regarder les visages, Sylvanus a vérifié les angles. Le même réflexe. Exactement le même réflexe que lui depuis six jours.
Sylvanus s’assied en face de lui. Il porte un smoking — manches longues, col fermé très serré. La tenue d’un homme du monde qui cherche à sauver les apparences. Et aussi à en dissimuler d’autres : sous le tissu, les glyphes gravés dans sa chair par ce qu’il a traversé à bord du Luthier. Il avait espéré qu’ils guériraient. Ils n’ont pas guéri. C’est un nouveau réflexe maintenant : couvrir, dissimuler, ne plus attirer le regard.
Ça ira, Roy. Je vais mieux. La phrase distille quand même quelque chose d’indéfini entre eux.
La conversation qui s’engage est celle de deux hommes qui ont survécu à quelque chose qu’ils ne savent pas tout à fait nommer. Roy évoque ses pensées en boucle, ce casse-tête dont la solution lui échappe, les conséquences sur sa vision du monde. Sylvanus confesse son embarras face au journal de Pilar — rédigé en vieux castillan, une langue qui nécessite l’érudition d’un de ses contacts universitaires new-yorkais, qu’il compte bien rappeler à sa bonne mémoire. La partie cyrillique du journal du Comte a été partiellement traduite. Mais le castillan de Pilar, lui, reste fermé.
Je ne pense pas que ce soit Pilar qui m’ait peinte, dit Roy. J’aimerais savoir quel est mon rôle dans tout ça. Après tout, elle m’a avoué — en prêchant le faux — que mon rôle était essentiel dans cette folie.
Sylvanus le regarde avec insistance, légèrement gêné. Nous sommes tous les deux marqués dans notre chair par ce que nous avons vécu. Et Roy lui répond d’un regard que certains marquages vont au-delà de la chair.
L’ombre des hommes-serpents et la paranoïa du grand salon
La conversation entre Roy et Sylvanus prend un tour plus grave lorsque les glyphes entrent en jeu. Sylvanus les dissimule sous ses manches et son col fermé, mais Roy voit. Sylvanus avait espéré que ces marques gravées dans sa chair finiraient par s’effacer — comme des tatouages que le corps finirait par rejeter. Trois médecins consultés depuis l’arrivée à New York : les deux premiers ont parlé de tatouages exotiques, avec une condescendance à peine voilée. Le troisième a posé la main sur l’un d’eux. Et l’a retirée aussitôt. Sans rien dire.
Le whisky arrive. Sylvanus en a besoin.
Je leur demande à tous deux un jet d’objets cachés — premier jet de la soirée, premier rappel que le Saint-Régis n’est pas un endroit neutre. Et la salle leur confirme ce qu’ils ressentent : ils sont plongés dans une atmosphère paranoïaque, cette obsession d’être observés, de ne pas être seuls. L’orchestre, les couples, les serveurs en veste blanche, les vieilles fortunes de Park Avenue — tout ça donne une mauvaise sensation. On fait attention à chaque mot échangé.
C’est Sylvanus qui l’articule le premier, à voix basse : depuis le Luthier, deux hommes leur ont filé entre les doigts. Kelly et Shaw – l’un mort, l’autre disparu, mais capable de prendre n’importe quelle apparence. Ces trois hommes d’affaires japonais dans leur coin, silencieux, verres intacts – et s’ils n’étaient pas japonais du tout ?

Walter F. Kimble, antiquaire douteux
Sylvanus n’a pas attendu d’être remis sur pied pour mener quelques recherches discrètes. Il a cherché à en savoir davantage sur le personnage dont Elias avait glissé le nom dans son télégramme : Walter F. Kimble.
Ce qu’il a trouvé n’est pas rassurant. Kimble est un antiquaire traficant texan, basé à Houston. Il s’intéresse tout particulièrement aux antiquités méso-américaines. Son réseau new-yorkais ne lui inspire pas un bon pressentiment – les connexions sont troubles, pas simplement grises. Il aurait des liens avec des locaux au Mexique pour des fouilles non déclarées, des pillages archéologiques à peine camouflés. Un homme connu de la police locale, probablement en mauvais termes avec elle. Sylvanus, qui sait lui-même que le marché des antiquités comporte ses zones d’ombre, reconnaît ici quelque chose de nettement plus sombre que les eaux dans lesquelles il lui arrive de naviguer.
Le télégramme d’Elias demandait explicitement de contacter les Texas Rangers à son sujet. Ce détail intrigue : les Rangers ne sont pas à New York, et Kimble non plus — ce qui donne à l’enquête une dimension géographique qui pointe résolument vers le sud et l’ouest.

La disparition des Japonais — et M. Sakamoto
Absorbés dans leur conversation, les deux investigateurs n’ont pas vu les trois hommes d’affaires japonais quitter la salle. Roy appelle un serveur — jeune homme fin de moustache, cheveux gominés, l’air d’un acteur de cinéma — et lui demande avec l’air détaché d’un mondain qui aurait raté une transaction s’il sait quelque chose sur ces clients.
Le jet de chance est excellent. Le serveur se montre bavard. Les trois hommes sont des résidents réguliers du Saint-Régis, présents depuis plusieurs mois. Leur nom : M. Sakamoto. Amateur d’art, résidant à l’hôtel pour des raisons liées aux ventes et aux galeries. Et ils avaient été vus murmurer le nom de Roy en l’apercevant — ce n’est pas tous les jours qu’on voit une célébrité comme vous. Une dernière information, glissée avec la discrétion d’un homme bien formé : dans la délégation figurait une femme. Pas une épouse, selon toute vraisemblance. Première présence féminine de ce genre dans la suite de Sakamoto. Elle n’avait pas parlé. Elle décorait les lieux, résume le serveur avec les préjugés de son époque.
Roy laisse un billet au serveur et lui demande de laisser un mot au comptoir si Sakamoto revenait. Puis Sylvanus fait un jet de crédit — et le nom de Sakamoto lui évoque quelque chose. Un riche collectionneur, en effet, mais davantage spéculateur que passionné : un homme qui achète ce qui prendra de la valeur dans quelques années, toutes périodes et régions confondues, du moment que l’investissement est solide. Pas un fanatique des antiquités méso-américaines ou égyptiennes — un financier de l’art, opportuniste et féroce sur le marché.
Coïncidence ? L’homme est là à New York au même moment qu’eux, les regarde, murmure leur nom. Dans ce salon, rien ne semble anodin.

Le plan de la soirée
Les deux investigateurs dressent rapidement leur liste de priorités. Plusieurs fils à tirer : rendre visite à Jonah Kensington, l’éditeur de Jackson Elias chez Prospero Press, qui finance ses expéditions et attend des nouvelles depuis trois semaines. Activer le contact universitaire de Sylvanus — un érudit capable de traduire le vieux castillan du journal de Pilar, peut-être dès ce soir puisque Columbia ne ferme pas tôt. Trouver des armes, mais Sylvanus fait valoir avec pragmatisme que New York est le pire endroit pour ça — la prohibition complique le transport, et il serait bien plus simple de se fournir au Texas ou à la frontière mexicaine, le moment venu. Quant au gin réclamé par Cordélia, il sera peut-être temps d’y réfléchir, mais ce n’est pas la priorité du soir.
Une mention discrète de Bolland et de son avion — Sylvanus se souvient que ce représentant commercial de Latécoère avait déjà mis son appareil à leur disposition en Égypte, lors de l’affaire de la Dague de Thoth. Si l’homme peut être contacté, traverser les États-Unis jusqu’au Mexique en avion de démonstration changerait considérablement la logistique — armes et alcool compris.
Mais pour ce soir : Prospero Press d’abord.
Roy règle les verres. Sylvanus envoie un télégramme depuis la réception. Ils traversent le grand salon, désormais transformé en piste de danse — le Charleston bat son plein, les silhouettes tourbillonnent, excellente diversion. Ils se faufilent entre les danseurs et sortent dans la nuit de la Cinquième Avenue.

Dans le taxi, sous la pluie
Dehors, une pluie fine. Les vitrines sont éteintes, les trottoirs luisent. Un yellow cab les attend. Cuir mouillé, tabac froid, chauffeur qui ne parle pas — le genre d’homme qui conduit avec la précision chirurgicale de quelqu’un qui a appris à ne pas poser de questions.
La ville défile. Park Avenue cède peu à peu la place aux brownstones de Morningside Est, ces façades de brique sombre qui donnent aux rues étroites un caractère presque claustrophobe. Le taxi bifurque dans une ruelle mal éclairée et s’arrête devant une façade qui luit faiblement. Coin de la 35ème rue et Lexington Avenue. Le quartier n’est pas assez au sud pour être chic, pas assez au nord pour être universitaire. Bureaux d’import-export, tailleur grec, dentiste au premier étage dont l’enseigne clignote encore à cette heure, blanchisserie chinoise, cabinet d’assurance. Et sur une porte vitrée, des lettres dorées à moitié écaillées : Prospero House, éditeur — fondé en 1909.

Prospero House
Ils montent un escalier étroit qui sent le bois ciré et l’encre d’imprimerie. La porte du bureau est entrouverte — des voix, une machine à écrire qui mitraille, et une odeur d’eau de Cologne qui les atteint avant même d’entrer. Agréable les deux premières secondes. Puis sucrée, tenace, le genre d’odeur qui s’installe et refuse de négocier.
L’endroit ressemble moins à une maison d’édition qu’à une librairie qui aurait perdu une bagarre avec un bureau de poste. Trois pièces en enfilade, chacune plus encombrée que la précédente. Des piles de manuscrits sur chaque surface horizontale. Des couvertures de livres en attente posées sur des planches. Un crâne en papier mâché servant de presse-papier. Une statuette aztèque — ou une copie, impossible à dire. Des posters aux caractères criards : Les Rites oubliés de la Basse-Égypte, Histoire complète du cannibalisme. De l’occultisme grand public, sensationnel, accessible — le genre de catalogue qui ne surprend plus personne ici.
Deux employés dans la première pièce : une femme brune qui tape à la machine avec la régularité d’un métronome, un jeune homme au haut nœud papillon qui trie du courrier en sifflotant. Ni l’un ni l’autre ne lève les yeux.
Du fond, une voix forte et rapide ponctuée de coups sur un bureau : Non, non, non ! Le chapitre 6, c’est un désastre. Un désastre illustré, c’est ce qui est pire. Dites à Morrison que ces gravures ressemblent à des cartes postales pour touristes. Je veux du sinistre, pas du pittoresque. Qu’il recommence tout !
Et l’homme apparaît dans l’encadrement de la porte du fond — court, trapu, le genre de silhouette que les tailleurs flattent avec courage et que la nature a conçue pour occuper plus d’espace que sa taille ne le justifie. Crâne dégarni encadré de boucles rousses virant au gris. Pince-nez qu’il ajuste toutes les trente secondes avec une grimace d’inconfort. Costume trois pièces gris anthracite, gilet crème. L’eau de Cologne, bien sûr, arrive avec lui — ou plutôt avant lui.
Il les regarde une seconde. Son doigt se lève. Vous, vous êtes les amis de Jackson.
Pas une question. Une déduction. La tenue, la posture, le regard — il a conclu en deux secondes. Le doigt se baisse, le pince-nez s’ajuste. Jonah Kensington, directeur de Prospero House.

Jonah Kensington et le dossier Kimble
Kensington les fait entrer, ferme la porte, reconnaît Roy King et devine Sylvanus Morley. La question qu’il pose en premier est celle qu’ils s’apprêtaient à lui poser : Dites-moi que vous avez eu de ses nouvelles. Moi, j’en ai plus depuis trois semaines.
Il n’en a pas. Ils non plus. Cordélia est au Yucatan et ne l’a pas trouvé. Kensington hausse les épaules avec l’agacement résigné de quelqu’un qui a l’habitude : Jackson, il disparaît comme d’autres respirent. La dernière fois, c’était en Afrique de l’Est. Deux mois sans nouvelles. Et puis un télégramme : je suis vivant, envoyez l’argent. Il finance les lubies d’Elias depuis des années — un diamant brut, dit-il, et un diamant qui rapporte. Il croit en son potentiel, même s’il feint de s’en agacer.
Elias lui avait soumis le pitch de son prochain ouvrage : une histoire se déroulant au Pérou, cannibalisme, créatures dissimulées parmi les vivants. Kensington y voit de quoi faire peur à la ménagère. Roy et Sylvanus, eux, savent que ce n’est pas de la fiction.
Elias lui avait aussi envoyé un télégramme laconique : Trouve tout ce que tu peux sur ce type. Kimble. Kensington a fait le nécessaire, en ronchonnant. Il sort d’un tiroir un dossier cartonné épais, tenu par un élastique. Kimble, Walter Francis Kimble. Tout est là-dedans. Je n’ai pas eu le temps de tout vérifier — c’est un point de départ. Et franchement, je serais ravi de refiler cette tâche à quelqu’un qui a le temps de s’en occuper.
Roy ouvre le dossier. La première chose qu’il voit : un mugshot. Le visage de Kimble.

Le dossier Kimble
Walter Francis Kimble. Né en 1893 à Brownsville, Texas, de mère Annabelle Marie Kimble, père inconnu. Aucun frère ou sœur connu. Enrôlé dans l’armée américaine le 3 février 1915. Parents décédés. Le mugshot est là, net, judiciaire — Kensington a des contacts qui ne posent pas de questions.
Le dossier est mince sur l’état civil, mais ce que Kensington a rassemblé suffit à dessiner un profil inquiétant. Ce qui alarme davantage, c’est ce que l’éditeur révèle ensuite : il a fait le nécessaire pour contacter les Texas Rangers, comme Elias le demandait. La réponse a été immédiate — Kimble est un gros dossier pour eux, et l’armée s’y intéresse également. Un rendez-vous a été pris, au siège des Rangers à Houston, avec un certain Big Bob Anderson. Le rendez-vous est pour demain. Kensington pose sur le bureau deux billets de train : départ le lendemain soir, 19h.
Ce n’est pas tout. Pour aller au Yucatan depuis Houston, Kensington a également affrété un cargo — le Santiago — qui fait la liaison depuis le Golfe. Deux jours de traversée. Il part le soir même de leur arrivée à Houston, s’ils ne traînent pas. Ce n’est pas un paquebot, précise-t-il avec son pragmatisme habituel.
Les deux investigateurs échangent quelques mots en aparté, évoquant la possibilité de faire appel à Bolland et son avion de démonstration Latécoère. Plus commode pour les armes et l’alcool. Mais Bolland est introuvable pour l’instant, et le temps manque. Le train fera l’affaire. Kensington, pour sa part, a déjà réfléchi à tout — y compris au fait que la traversée vers Campeche en avion leur permettrait peut-être de s’arrêter à Houston sans perdre de temps. Mais le cargo est réservé. La logistique est en place.
Ce qui reste à faire avant 19h le lendemain : récupérer des armes, trouver de l’alcool pour Cordélia, et faire traduire le journal de Pilar. Roy et Sylvanus décident de se séparer pour la nuit.

La planque du frère
Roy se souvient d’une conversation avec son frère — Odio, homme de la pègre new-yorkaise, habitué des docks. Il y avait une usine de conserves de poissons, quelque part sur le port, qui servait de planque. Le jet de chance est mauvais : l’usine a été détruite, un parking se construit à la place. Mais ce n’était de toute façon pas vraiment son plan d’aller fouiller là-bas lui-même. Il voulait voir son frère.
La scène se dessine d’elle-même : un petit appartement miteux dans les bas-fonds proches du port, un repas de famille, deux frères qui ne se sont pas vus depuis longtemps. Odio est content — simplement, franchement content. Il a toujours admiré Roy d’une façon un peu naïve, le voyant moins fort que lui physiquement, et pourtant toujours revenant de quelque chose d’impossible. Il dévore les récits d’aventures comme d’autres lisent des romans.
Roy lui raconte. L’Égypte, le Pérou, le Luthier. Il lui dit aussi qu’il a tué — pas des gens ordinaires, mais qu’il a tué. Odio, homme du mauvais côté de la loi, relativise avec une philosophie de gangster : les vies, les prendre, c’est que des choix. C’est lui qui réconforte son frère ce soir. Puis Roy va droit au but : il part très vite, il a besoin d’équipement. Des armes de poing, des fusils. Du poison, si possible. Et six bouteilles de gin pour honorer la demande de Cordélia.
Odio charge un petit camion. Des fusils emballés dans des sacs. Une caisse de gin. Des malles à double fond pour tout dissimuler — Roy sait les manier depuis longtemps. Le camion le raccompagne jusqu’à chez lui — pas au Saint-Régis, mais à son propre appartement new-yorkais. Il préfère passer la nuit là, à préparer les bagages avec la minutie maniaque qui lui permet d’oublier le reste. Vérifier les cadenas, les passe-partout, ranger le matériel sans faire de bruit. Une façon à lui de tenir à distance ce qui ne se range pas.

Kerensky et le journal de Pilar
Pendant ce temps, Sylvanus prend un taxi vers Morningside Heights, au nord de Manhattan. L’université Columbia se dresse dans l’obscurité, ses façades de pierre fermées pour la nuit. Il s’arrête au 34 de Claremont Avenue, troisième étage. Il est presque onze heures du soir.
La cage d’escalier sent la cire et le papier en grande quantité – une odeur qu’il reconnaît pour avoir fréquenté les bibliothèques et les arrière-boutiques d’antiquaires. Il frappe. Un long silence, puis des pas prudents, le genre d’un homme qui a appris à ne pas ouvrir trop vite dans un pays qui n’est pas le sien. Un judas s’obscurcit. Une chaîne se tire.
Le professeur Vassily Kerensky a une soixantaine d’années. Grand, voûté, cheveux blancs coupés courts – blonds autrefois. Visage étroit, pommettes saillantes, yeux d’un gris très pâle, presque transparent. Le genre de regard qui a vu des choses tomber. Un empire, une langue, un monde entier. Il porte un gilet de laine, une chemise élimée, un pantalon de velours aux genoux usés. Ses doigts sont tachés d’encre.
Il reconnaît Sylvanus. Son expression passe de la méfiance à l’agacement poli. Monsieur Morley. Il est onze heures passées. Il les fait entrer quand même.
L’appartement est un naufrage organisé – deux pièces et demie transformées en bibliothèques habitables, les murs disparus derrière les livres, des revues académiques en russe, en allemand, en français, en espagnol, des manuscrits sous verre, des cartes anciennes punaisées au-dessus d’un bureau encombré. Un samovar en cuivre trône sur une table basse à côté d’une tasse encore tiède et d’un cendrier plein de papier d’Arménie. L’air est chaud, sec, saturé de fumée et d’odeur de papier ancien.
Sylvanus pose le journal de Pilar sur le bureau. Il rappelle à Kerensky qu’il avait déjà traduit le carnet cyrillique du Comte Volkonsky – un document hors du commun, dérangeant, sur lequel le professeur n’avait pas posé de questions. Il demande le même service pour ce vieux castillan, avec la même discrétion. La valeur historique du document, la prudence qu’il convient d’observer, l’inutilité de s’y attarder trop longtemps.
Kerensky met ses lunettes — petits cercles d’acier — et commence à lire.

Ce que Pilar a écrit sur Roy
Les doigts de Kerensky s’immobilisent sur la page. Il ne traduit plus en continu. Il lit une phrase, s’arrête, la relit, continue. Son front luit sous la lampe.
Ce qu’il lit, et traduit à voix basse, est vertigineux.
L’auteur — Pilar — écrit que survivre à une certaine entité n’est pas un hasard. Que cette entité laisse vivre ce qui l’amuse, ce qu’elle a décidé d’utiliser. Le mot employé est annotation : l’entité a lu quelque chose dans cet homme et a décidé de le garder disponible.
Puis Kerensky continue : il est question de deux puissances dont les intérêts divergent. La présence d’un homme marqué par l’une dans un rituel dédié à l’autre constitue une complication. La première nuit, l’auteur a tenté un transfert. Quelque chose a résisté. Pas l’homme — la marque. Ce qui a été déposé en lui repousse activement l’intervention de l’autre.
Et enfin, la dernière phrase traduite, incomplète : L’homme ne peut pas être laissé hors du tableau. Si on n’en fait pas un allié, il faut l’éliminer avant New York et trouver un moyen de le faire sans déclencher…
La phrase n’est pas terminée.
Sylvanus reste calme en surface. Il informe Kerensky que l’homme en question est arrivé à New York sans encombre et que la rédactrice de ce carnet n’a pas survécu à un grave accident. Donc nul et non avenu. Kerensky ferme le carnet. Il dit qu’il ne sait pas ce que c’est, qu’il ne veut pas le savoir. Mais il ajoute, avec la précision d’un philologue : la personne qui a écrit ça est éduquée, méthodique, profondément convaincue, et ce n’est pas une fiction.
Puis, sur le palier, avant que Sylvanus ne parte : Si l’homme décrit dans ces pages est encore en vie, faites bien attention à lui. Parfois, la chose qui vous protège et la chose qui vous menace ont le même visage.
Il ouvre la porte.

Ce que Roy porte en lui
La signification de tout cela s’articule clairement pour Sylvanus pendant qu’il descend l’escalier dans le silence. Ce que le journal de Pilar confirme, c’est ce que le MJ avait posé comme fondation mythologique de la campagne : Roy est le dépositaire d’une marque invisible laissée par Nyarlathotep lors du Pérou. Yig et ses serviteurs, quand ils ont tenté de se servir de lui comme Hôte de Transfert pour le rituel de l’Œuf, se sont heurtés à cette marque — qui les a repoussés activement. Deux entités aux intérêts divergents, et Roy coincé entre les deux, à la fois protégé et ciblé.
Sylvanus lui-même porte ses glyphes. Ils sont marqués tous les deux, chacun à leur façon.
Avant de s’éloigner, il reste un instant sur le palier et glisse un œil par le trou de la serrure. Il voit la silhouette de Kerensky s’agenouiller, joindre les mains et les tendre vers le ciel. Une prière orthodoxe. L’homme a été ébranlé. Mais ce qu’il a vu dans le texte de Pilar l’a renvoyé vers son Dieu, pas vers le Mythe. C’est une frontière que Sylvanus respecte en silence.
Dehors, la pluie est toujours là, collée à la ville comme une membrane.
La session s’arrête ici. Le train part demain soir à 19h. Houston les attend, et avec elle les Texas Rangers, un cargo nommé le Santiago, et quelque part au bout de la route, Jackson Elias — ou ce qu’il en reste.


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