«Par les récompenses inattendues de Sigmar et tous les mariages forcés de l’Empire !Permettez-moi de vous conter notre retour auprès de la Gravine — ce moment où nous dûmes rendre compte de notre ambassade à Wittgenstein, où certains furent élevés et d’autres humiliés, et où un mariage des plus improbables fut annoncé.»
Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach

Le rapport — Ou l’art de dire sans dire
La Gravine nous attendait sur le pont principal de sa barge.
À ses côtés, Dame Etelka — cette sorcière du Collège d’Altdorf dont le regard pouvait vous transformer en crapaud rien qu’en vous fixant trop longtemps. Les deux dames s’éventaient en regardant le soleil se coucher et les deux lunes se lever.
Un petit salon avait été dressé pour nous.
Et le silence — ce silence qui est parfois un piège tendu — nous invitait à prendre la parole.
Ashkarûn s’avança avec un grand sourire et fit une profonde révérence.
« Votre Seigneurie, » dit-il en faisant apparaître comme dans un tour de passe-passe la lettre signée par Dame Marguerite, « je vous rapporte quelque chose qui, je pense, pèsera dans les débats qui s’annoncent. Voilà la preuve : Eberhardt von Dammenblatt s’est rendu auprès des Wittgenstein pour trouver le champion le plus adéquat pour contrer Bruno. »
La Gravine examina le document.
« C’est effectivement un atout que nous pourrons jouer lors du procès pour charger mon adversaire politique. C’est un fait. C’est un fait également que la Matrella d’Achern compte sur notre maison pour jeter encore plus d’opprobre sur les Wittgenstein. C’était le but premier. »
Elle nous regarda tour à tour.
« Que votre ambassade vous a-t-elle permis de ramener comme témoignage ? »

Le témoignage de Vanda — Ou la sorcière qui parle trop
Vanda s’avança.
« Plusieurs choses, » commença-t-elle. « Déjà, avant même de rentrer dans le château, nous avons eu l’occasion de visiter le village. Tout semble vicié, corrompu, comme si la nature devenait… organique. Des algues qui sont des cheveux. Des habitants à peine humains… »
« Oui, j’ai compris, » coupa Etelka avec impatience. « Tu as vu des traces de mutations. Va droit au but, ma fille. »
« Sur la famille en tant que telle… » continua Vanda, « ils n’ont pas laissé beaucoup de marge de manœuvre. Pour ce qui est de Marguerite, Lupio a eu l’occasion de saisir une lettre pour son médecin, le Docteur Rousseau. Il semblerait qu’elle, loin d’être la cause de ces mutations, soit plutôt disposée à essayer de stopper le mal qui ronge ses terres. »
« Peu importe, » trancha la Gravine. « Peu importe qu’elle tente de masquer la putrescence de son domaine. Vous avez été témoins d’horreurs, vous témoignerez ainsi, et nous pourrons satisfaire la Maîtresse d’Achern. »
Elle se tourna vers moi.
« Mon bon caporal, soyez tel que vous êtes — capable de parler comme cet homme du peuple qui se retrouve confronté à des horreurs. Insistez bien sur ces cheveux, sur cette folie. »
« Ce sera fait, Madame, » répondis-je.

La question dangereuse — Ou Ashkarûn joue avec des allumettes
Et puis la Gravine posa la question.
« Autre chose ? Les Wittgenstein vous ont-ils, ou non, transmis un ordre secret ? Une proposition d’alliance ? »
Le silence tomba comme une herse.
Je sentis le regard d’Ashkarûn dans mon dos — ce regard qui disait « tais-toi et laisse-moi parler ».
« Je vais être clair, » continua la Gravine. « J’ai d’un côté Achern, la Maîtresse d’Achern, qui me tend la main. Cette main-là, ce n’est pas forcément celle que je veux saisir. Y a-t-il une proposition de plan secret que les Wittgenstein aient pu vous faire ? »
Etelka fixa Vanda avec des yeux de rapace.
« Ce n’est pas à toi, petite sotte, de décider s’il est bon ou non de nous révéler des choses. Tu révèles, c’est tout, et nous décidons. »
Vanda se raidit.
« Bien sûr qu’ils l’ont fait, » dit-elle finalement. « Puisque nous ne rapportions rien de compromettant, ils auraient fait tout leur possible pour aider la Gravine. »
« Quel est leur plan ? »
« Ils nous ont demandé de ne rien dire de ce que nous avons vu. En contrepartie… le soutien de Dame Marguerite. Et les astres de Marguerite sont, a priori, plutôt des valeurs sûres. »
La Gravine hocha la tête.
« Cette garce d’astrologue… Elle doit tenir par sa superstition toute une partie des jurés de Kemperbad. »
Et puis Ashkarûn parla.
Par les mots dangereux de Sigmar, ce qu’il dit…
« Elle a un atout de taille, » dit-il. « Un atout mystérieux qui les protège du Grand Théogone, qui les protège des répurgateurs, qui empêche — puisque la corruption de leurs terres est de notoriété publique — une invasion sur-le-champ de leurs seigneuries et leur fondaison en bonne et due forme. »
Il marqua une pause.
« Qui, dans l’Empire, croyez-vous, peut accorder de telles protections ? »
Le silence fut assourdissant.
Etelka le regarda avec un mélange d’admiration et d’horreur.
« Il est vrai, mon ami, que vous êtes un Arabien et que vous avez peut-être cette capacité à déballer à voix haute des pensées fort dangereuses. Ici, dans le Vieil Empire, c’est plutôt dans le secret des alcôves que l’on se livre à de tels calculs. »
Ashkarûn sourit.
« Je vais vous donner un exemple typiquement arabien. Sur les terres du Sultan des Sultans, il n’y a qu’un seul lieu et qu’un seul culte — celui de l’Unique. Pourtant, il dispose d’une armée d’assassins, un corps d’élite qu’il appelle ses janissaires, dont il est de notoriété publique qu’ils adorent autre chose dont ils tirent leur pouvoir. Ces janissaires ne sont absolument pas inquiétés par les imams du Sultan. Pourquoi ? »
La Gravine comprit.
Et je compris aussi.
Par les protecteurs inavouables de Sigmar !
Les Wittgenstein étaient protégés par quelqu’un de si haut placé que même les répurgateurs n’osaient pas agir. Quelqu’un dont le nom ne pouvait être prononcé. Quelqu’un qui…
(Note terrifiante : Ashkarûn n’avait jamais prononcé les mots « Empereur », « Karl Franz », ou quoi que ce soit de direct. Mais tout le monde avait compris.)

Le décret brûlé
Etelka se leva.
Elle prit le fameux décret — celui signé par mon cousin Engelbert von Schnitzelbach — et le jeta dans la flamme d’une chandelle.
Le parchemin se consuma en quelques secondes.
« Pourquoi, diable, tentes-tu désespérément de conclure alors que tout a été dit et que ton geste est inutile ? » dit-elle à Vanda avec mépris. « C’est une honte de voir que l’enseignement d’Altdorf et du Grand Collège a tellement baissé qu’il faut que ce soit — certes, il est beau, mais il est surtout intelligent — que la culture arabienne prouve que l’esprit est ici et non plus là. »
Elle se tourna vers la Gravine.
« Ashkaroun a parfaitement résumé ce que j’avais déjà conseillé. Nuln est une province indépendante, puissante, amie de l’Empereur. Il est évident que la Maîtresse d’Achern veut — certainement contre l’Empereur — nous utiliser. Nous n’avons rien, en l’état, à jouer avec elle. »
La Gravine acquiesça.
« En l’état, je ne vois pas comment je peux à la fois satisfaire la Maîtresse d’Achern et conserver l’alliance Wittgenstein. Laissez-moi la nuit. La nuit porte conseil. »

La punition de Vanda — Ou la Maîtresse des Latrines
Etelka se tourna vers Vanda.
« Toi, petite sotte, viens me gratter le dos. »
Et elle l’emmena à l’écart pour lui infliger une humiliation dont je préfère ne pas rapporter les détails.
Ce que j’entendis, cependant, fut suffisant pour me faire frémir :
« Cette perte de temps, cette perte de face devant la Gravine… Que vais-je faire de toi, pauvre fille ? Un Arabien qui te mouche par l’esprit ! De quoi briller devant la Gravine — tu as raté une belle occasion, sotte que tu es. Tu seras la maîtresse des latrines. Voilà tout ce que tu mérites. Car là est ta place, imbécile. »
(Note compatissante : Vanda avait eu le courage de parler quand nous nous taisions tous. Et voilà sa récompense. L’Académie de Magie d’Altdorf — et Etelka en particulier — n’était pas connue pour sa clémence envers les apprenties qui faisaient preuve d’initiative.)

L’Étalon du Désert piégé
Mais la Gravine n’en avait pas fini avec nous.
Elle fit demander Ashkarûn en audience privée.
« Mon cher Ashkarûn, » dit-elle avec ce sourire qui ne présageait rien de bon, « j’ai une grande faveur à te demander. Il me faut à tout prix séduire le petit peuple de Kemperbad. Il me faut prouver que nous sommes proches du peuple. »
Elle marqua une pause.
« Ce que je vais te demander va être terrible. Je pense que tu ne t’es pas préparé à cette épreuve. Je loue le courage et la noblesse d’âme du peuple du désert. Je pense que tu en auras plus que besoin. »
Et puis…
Par les mariages forcés de Sigmar et toutes les unions contre nature de l’Empire !
On entendit des pas dans l’escalier.
Et elle apparut.
Dominique.
La tenancière de l’Auberge des Trois Plumes.
Boudinée dans une robe de grande dame qui ne lui allait guère. Des rubans dans ses cheveux gras. Couverte de fards et de rouge à lèvres. Le rimmel coulant sur ses joues graisseuses.
Elle se jeta aux pieds d’Ashkarûn.
« Mon bel étalon du désert ! Mon prince arabien ! La dune de mes dunes ! »
Etelka, à côté de moi, murmura :
« Je vous aiderai. Je connais des poisons redoutables qui ne laissent aucune trace. »
La Gravine sourit — ce sourire le plus innocent, le plus fin, le plus machiavélique qu’il soit.
« Sache que la cérémonie de mariage aura lieu. Je vous bénirai au temple de Shallya avant le début du combat, pour m’attirer les bonnes grâces de la déesse et prouver à tous que notre grandeur sait s’abaisser. »
Ashkarûn — cet homme qui avait affronté les tentations de Gotthard sans ciller — accepta son destin avec une grâce qui forçait l’admiration.
« Il ne me tardait de vous revoir, » dit-il à Dominique, « et de contempler une nouvelle fois la beauté si troublante, et si inhabituelle, qui est la vôtre. »
(Note admirative : Ashkarûn était un acteur né. Pas un muscle de son visage ne trahit l’horreur qu’il devait ressentir. Il l’enlaça, lui caressa les cheveux, lui murmura des mots doux — tout cela avec le professionnalisme d’un courtisan rompu aux intrigues de palais.)
(Note amusée : Durant tout le voyage jusqu’à Kemperbad, Dominique dormit presque continuellement. Épuisée, disait-on, par les ardeurs de son fiancé. Ou droguée, murmuraient les mauvaises langues. Mais qui étais-je pour juger ?)
Les récompenses — Ou la Gravine distribue ses faveurs
La Gravine nous convoqua tous — Lupio inclus, qui avait mystérieusement disparu pendant notre rapport.
Une malle fut déposée aux pieds de notre bouffon.
« Ouvre, » dit la Gravine.
Lupio s’exécuta.
Et ses yeux s’écarquillèrent.
À l’intérieur : une tenue magnifique. Pas un costume de bouffon — une véritable tenue de gentilhomme, tissée dans les étoffes les plus nobles du commerce nulnois. Et une longue-vue de facture exceptionnelle.
« Cette punition que la Maîtresse d’Achern a imposée, » dit la Gravine, « je la lèverai devant le peuple tout entier quand nous arriverons à Kemperbad. Je ne tolère plus qu’elle décide sur mes gens la punition qui doit être la leur. »

Lupio s’agenouilla.
« Je vous remercie, ma Gravine. Je reconnais humblement avoir transgressé mes droits lors de ce repas. Mais comme vous le savez, je ne suis qu’un modeste homme du peuple. »
« On m’a dit surtout que tu as sauvé des vies, » répondit la Gravine. « Ce que tu appelles avoir été déplacé a en réalité révélé qu’il y avait un empoisonnement en cours. Si nous gagnons ce procès, tu auras directement le second de mon capitaine qui t’enseignera tous les secrets du Reik. Tu seras un véritable navigateur. »
« Je peux l’épouser lui aussi, si vous le souhaitez ? » demanda Lupio avec un sourire malicieux.
Etelka — pour la première fois depuis que je la connaissais — rit.
Un vrai rire.
Et puis la Gravine se tourna vers moi.
« Il n’est pas de raison que j’oublie celui qui, depuis le début, est mon plus fidèle serviteur. »
Elle claqua des doigts.
Et son capitaine d’honneur s’avança, portant dans ses mains…
Par les armes bénies de Sigmar !
Une Zweihander.
Pas n’importe quelle Zweihander — une arme de maître, forgée avec un art que je reconnus immédiatement. La lame étincelait. La garde était parfaitement équilibrée. Le pommeau portait des gravures que je n’osais pas examiner de trop près.

« Vous serez mon garde personnel quand nous arriverons à Kemperbad, » dit la Gravine. « En récompense de tout ce que vous avez fait depuis que nous sommes partis de Nuln. Vous avez bravé les périples de l’Auberge des Trois Plumes. Vous vous êtes enfoncé au cœur des terres maudites de Wittgenstein pour en ramener la vérité. »
Je pris l’arme entre mes mains.
Elle était parfaite.
« Attention, caporal, » ajouta-t-elle avec un demi-sourire. « Vous n’êtes pas encore capitaine. Néanmoins, si nous réussissons à sortir victorieux de ce procès, je vous ai mis sur la liste des nouvelles recrues. Vous serez entraîné, et vous rentrerez prochainement dans ma propre garde — au grade de capitaine. »
Mon cœur s’arrêta.
« C’est beaucoup d’honneur, ma Gravine, » balbutiai-je. « J’essaierai de ne pas vous décevoir. »
« Je suis sûre que vous ne me décevrez pas. »
L’Inconnue — Ou la Prophétesse aux Plumes de Paon
Mais la Gravine n’en avait pas fini.
« Nous allons faire halte, » dit-elle. « Nous descendrons, nous et nous seuls. Il faut que vous rencontriez quelqu’un. »
Et c’est ainsi que nous nous retrouvâmes — Ashkarûn, Vanda, Lupio et moi — dans une barque propulsée par notre bouffon, glissant dans la brume du soir vers une silhouette étrange qui se dessinait sur les eaux du Reik.
Une gondole.
Capitonnée, avec un petit toit et des lumières tamisées à l’intérieur.
Nous accostâmes. Nous écartâmes un rideau.
Et nous vîmes…
Une femme.
Du moins, ce qui semblait être une femme — car son visage était masqué par un voile d’argent et de perles, retenu par une coiffure d’une grande sophistication. Ses cheveux étaient d’un rouge flamboyant, avec des reflets de cuivre et de violet. Elle portait une grande cape de plumes de paon.
Et sa voix…
Par les voix mystérieuses de Sigmar !
C’était la voix d’une adolescente.

« J’ai trouvé la Gravine, » dit-elle, « en lui indiquant que les puissances de la ruine jouaient contre elle et sa maison. Je lui ai prédit, avant que cela n’arrive, qu’allait venir en une nuit bien étrange, lors d’une de ses cérémonies, la rencontre incongrue, impossible, d’un Arabien, d’un fils de porcher devenu caporal, d’un jeune gredin des rues de Nuln, et d’une apprentie sorcière qui rêve de percer les secrets des arcanes. »
Elle nous désigna tour à tour.
« Je lui ai expliqué que vous quatre étiez le carré qui devait s’opposer à l’octogone du Chaos. La figure géométrique capable d’être la forteresse contre les assauts d’un pion des puissances de la ruine vêtu de jade. »
L’homme de jade.
Le fils d’Otto.
« Le Chaos continuera à se manifester à Kemperbad, soyez-en sûrs, » continua-t-elle. « Car votre adversaire ne compte pas vous permettre de gagner. Vous avez déjà par une fois déjoué ses plans à l’Auberge des Trois Plumes. Désormais, il vous connaît. Et il tentera de s’en prendre à vous très directement. »
Elle se pencha vers nous.
« Car voyez-vous, il sait désormais que le carré que vous représentez doit être brisé pour que les puissances de l’octogone qu’il souhaite réveiller puissent enfin opérer. »
Le choix — Ou les chevaux dans la nuit
« Il n’est point question que vous soyez les pions du destin, » dit l’Inconnue. « C’est la raison pour laquelle j’ai dit à la Gravine que, le moment venu, je tenais à vous informer de ce qui se tramait. J’ai aussi dit que la Gravine devait accepter la décision qui va être la vôtre ce soir. »
Elle désigna la berge.
« Vous êtes au cœur d’un pentacle chaotique. Il est encore temps pour vous de refuser de participer plus longtemps à cette lutte. La Gravine a fait venir des chevaux frais. Ils sont de l’autre côté, avec des vivres et de l’équipement. Si vous souhaitez partir, maintenant que vous savez de quoi il retourne, vous êtes libres. »
Elle se leva.
« Je vous demande de vous recueillir tous les quatre. Partez sur la berge et discutez-en entre vous. Le bruit de leurs cavalcades dans la nuit nous indiquera votre choix. Ou alors… revenez. »
Et de manière très théâtrale, la gondole repartit dans la brume.
La décision — Ou le carré reste uni
Nous restâmes un moment silencieux sur la berge.
Les chevaux étaient là — frais, sellés, prêts à nous emporter loin de tout cela.
« Depuis le début, » dit Lupio, « nous avons compris qu’il y avait quelque chose de plus grand que nous. »
« Si nous avons réussi à survivre jusqu’ici, » dit Ashkarûn, « c’est parce que nous étions ensemble. Quatre. Un carré. »
Vanda hocha la tête.
« Je ne renoncerai pas à la magie. Et je ne renoncerai pas à comprendre ce qui se trame. »
Je regardai mes compagnons.
Ce fils de porcher. Cette apprentie humiliée. Cet Arabien qui allait épouser un boudin. Ce batelier devenu bouffon devenu gentilhomme.
Et moi.
Le caporal qui rêvait d’être capitaine.
« La Gravine vient de nous octroyer des avantages considérables, » dis-je. « Une nouvelle carrière. Une possibilité de nous élever. Tourner le dos à ces nouvelles chances serait une insulte. Et une grosse erreur. »
Je posai ma main sur la garde de ma nouvelle Zweihander.
« Je reste. »
« Je reste, » dit Ashkarûn.
« Je reste, » dit Vanda.
« Je reste, » dit Lupio.
Les chevaux hennissaient doucement dans la nuit.
Mais personne ne les monta.
Et nous retournâmes vers la barque de la Gravine.
À suivre…
(Car Kemperbad nous attendait. Le procès nous attendait. Et l’homme de jade — ce pion des puissances de la ruine — nous attendait aussi. Mais cette fois, nous savions. Nous n’étions plus des pions aveugles. Nous étions un carré. Une forteresse. Et nous allions combattre.)
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach, Bientôt Capitaine (Si Sigmar le Veut), Membre du Carré Magique de la Gravine, Porteur d’une Zweihander de Maître, En Route vers Kemperbad et son Destin, An 2523 de l’Empire
Post-scriptum sur l’Inconnue : Qui était-elle ? Une prophétesse ? Une sorcière ? Un agent secret de la Gravine ? Je ne sais pas. Mais sa voix d’adolescente, ses cheveux de cuivre, sa cape de plumes de paon… tout cela me hantera longtemps. Elle savait des choses qu’elle n’aurait pas dû savoir. Elle voyait des choses que nous ne voyions pas. Et elle nous avait donné le choix — ce qui, dans ce monde de servitude et d’obéissance, était peut-être le plus grand cadeau qu’on pouvait nous faire.
Post-post-scriptum sur le mariage d’Ashkarûn : Dominique ronfle. Je l’entends depuis ma cabine. Ashkarûn prétend qu’il l’aime. Personne ne le croit. Mais personne n’ose le dire. Car dans cette farce grotesque, nous avons tous un rôle à jouer. Et le sien est celui de l’époux dévoué d’une aubergiste volumineuse.
Post-post-post-scriptum sur ma promotion : Capitaine. Elle a dit capitaine. Si nous gagnons ce procès, je serai capitaine. Après toutes ces années. Après tous ces rêves. Après toutes ces moqueries. Je serai enfin ce que j’ai toujours prétendu être.
Que Sigmar me donne la force de ne pas tout gâcher.


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