An 2523 CI – Sur les berges poisseuses du Reik
« Par tous les tonneaux percés du Reikland et les furoncles de saint Taal !
Il est des villes qui vous accueillent avec des fleurs, d’autres avec des fanfares, et puis il y a Grissenwald qui vous souhaite la bienvenue avec une puanteur si épaisse qu’on pourrait la couper au couteau et la servir sur du pain noir.
Une odeur tellement immonde que même mes chaussettes après trois semaines de campagne auraient honte. Le genre de pestilence qui vous fait comprendre que Sigmar a vraiment un sens de l’humour de merde quand il distribue les destinations.
Et le pire ? Le PIRE ? C’est que cette infection olfactive venait des NAINS. Oui, les nains. Ces soi-disant maîtres-forgerons, ces architectes légendaires, ces guerriers nobles des montagnes.
À Grissenwald, ils vivaient dans leur propre merde comme des rats dans une fosse d’aisance.
Bienvenue dans la ville où même respirer est un acte de courage. »
P.S. : Si quelqu’un m’avait dit qu’un jour, moi, Ulrich von Schnitzelbach – caporal de la Garde Personnelle de Sa Grâce la Gravine (futur capitaine, cela va de soi, dès que ces imbéciles d’en haut s’en rendront compte) – je viendrais planter mes bottes dans cette pestilence ambulante qu’ils osent nommer Grissenwald, j’aurais ri comme Dominique qui flaire un gland pourri.
Mais voilà. Le destin, ce fumier, a ses caprices.
Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach
« Mais, ça sent la chatte à mémé ! » – Ou comment nos narines ont vécu leur pire cauchemar
Alors que notre barge glissait mollement sur les eaux grasses du Reik, la première chose qui nous a sauté aux narines – et je choisis mes mots avec soin – ce fut cette puanteur.
Par le caleçon troué de Sigmar, je ne parle pas d’une petite odeur désagréable, du genre pet de lansquenet après une soirée haricots. Non. Je parle d’une PUANTEUR. Une pestilence qui vous grimpe dans les trous de nez comme un escadron de cafards en déroute, qui vous viole les sinus avec la délicatesse d’un ogre bourré, qui vous fait pleurer des larmes plus acides que le vinaigre de Stirland.
Bruno, notre colosse, eut un haut-le-cœur. BRUNO ! L’homme qui avait survécu aux pires tavernes de Nuln !
Vanda se couvrit le nez avec sa manche en gémissant : « Par les vents d’Azyr, qu’est-ce que c’est que ÇA ? »

Loupiot, toujours théâtral, déclama : « C’est l’odeur de la mort qui a mangé de la merde et qui a vomi ! »
(Étrangement précis, mais pas faux.)
Seul Ashkarûn resta impassible, se contentant de sortir un foulard parfumé qu’il plaça délicatement sur son nez. L’enfoiré était PRÉPARÉ.
La source ? Une enclave. Ou plutôt, soyons honnêtes : un TROU À MERDE barricadé de murs bas, peints de symboles rouges grossiers représentant des nains. Des nains ! Ces êtres dont on nous rebat les oreilles avec leurs forteresses imprenables, leurs runes magiques, leur bière légendaire !
Eh bien, mes amis, permettez-moi de vous décrire la réalité des nains de Grissenwald : un bouge infâme où grouillent hommes, femmes, vieillards et marmots dans une promiscuité qui ferait rougir les porcs de mon défunt père. Des guenilles. Des détritus. Une misère tellement épaisse qu’on pourrait la trancher à la baïonnette.

L’assaut des morveux – Ou comment des enfants nains peuvent être pires que des gobelins
À peine notre barge fut-elle visible que la horde déferla.
Des nains. Des ENFANTS nains. En haillons. Crasseux comme des ramoneurs après un incendie de suie. Ils se précipitèrent vers nous avec l’enthousiasme de mouches sur une bouse fraîche.
« S’IL VOUS PLAÎT ! MAMAN EST MALADE ! »
« PAPA EST MORT ! »
« J’AI FAIM ! »
« DONNEZ-MOI UNE PIÈCE ! »
Le spectacle tourne au vinaigre
Puis, voyant qu’on ne leur jetait pas immédiatement des pièces, ces charmantes créatures passèrent à l’insulte pure et simple. Et quelles insultes ! Du khazalid guttural qui vous râpe les oreilles comme une lime rouillée. Un gamin nain, pas plus haut que mon genou cassé, simula un acte tellement obscène avec ses petits doigts boudinés que même Ursula rougit !
« Par les tétons de Shallya ! » s’exclama Vanda. « Mais qu’est-ce qu’il mime ?! »
« Je crois qu’il suggère quelque chose d’anatomiquement impossible avec une chèvre, madame, » répondis-je, admiratif malgré moi.
La Gravine, discrètement, s’éloigna vers l’avant du navire. Sage décision.

Mais le meilleur – ah, le meilleur ! – ce fut quand ils aperçurent notre cher ambassadeur Achkaroun, le noble envoyé d’Arabie. Là, mes amis, la haine se fit pure. Les insultes redoublèrent avec une créativité que j’aurais presque pu admirer si elle n’avait été dirigée contre un membre de notre délégation.
(Un représentant du « noble peuple d’Arabie » selon les termes diplomatiques. Moi, je dis juste qu’Achkaroun a une dégaine qui ne passe pas inaperçue, et que ces nains de caniveau n’avaient manifestement jamais vu un type de cette trempe débarquer dans leur trou à rats.)
Ashkarûn, imperturbable, esquiva un étron volant avec la grâce d’un danseur :
« Charmant comité d’accueil, » commenta-t-il sèchement. « Rappelle-moi pourquoi on s’arrête ici ? »
« Ordre de la Gravine, » grommelai-je en parant une tomate pourrie avec mon bouclier improvisé (le couvercle d’une malle).

Grissenwald ou comment une ville peut être à la fois sainte et pourrie
Mais revenons à la ville elle-même, avant que je ne m’égare dans mes considérations sur la populace locale.
Grissenwald.
Une cité de guildes, nous avait-on dit. Une halte pieuse sur la route de Kemperbad. En effet, on ne pouvait manquer le Temple de Sigmar qui trônait sur la gauche, son dôme étincelant sous le soleil couchant comme une promesse de sainteté au milieu de toute cette crasse. Architecture typique de la région – vous savez, ce style qui dit « nous sommes pieux ET riches, observez notre dôme coûteux ».
Les quais grouillaient de barges, de marchands, de marins qui allaient et venaient avec cette agitation perpétuelle des villes fluviales. Au loin, revenant des champs et des moulins, la classe ouvrière traînait ses savates après une journée de labeur honnête – ou du moins, aussi honnête que peut l’être le labeur quand on n’a pas le choix.
Tout semblait paisible.
(Ce qui, dans mon expérience de soldat méfiant, signifie généralement que quelque chose pue sous le tapis. Mais je m’égare encore.)

Le Grand Débarquement
Heureusement pour nous – et surtout pour Achkaroun qui commençait à recevoir des projectiles d’origine douteuse – les miliciens locaux avaient dressé une barricade entre l’accès au quai et le bidonville nain. Une ligne de défense qui tenait plus du symbole que de la fortification réelle, mais suffisante pour maintenir ces gueux à distance respectable.
Notre débarquement fut, comme il se doit pour une délégation de la Gravine, un SPECTACLE.
Caisses ! Malles ! Coffres ! Bagages ! Tout le tralala aristocratique nécessaire pour rappeler aux gueux locaux que nous étions IMPORTANTS !
(Et moi qui croyais qu’on voyageait léger. Ha !)
Les commis du cuisinier se précipitèrent vers le marché, bourse en main, avec pour mission de trouver quelque chose de comestible dans ce trou à rats. Parce que Madame la Gravine ne mange pas n’importe quoi. Oh non. Même au milieu de nulle part, il faut que ce soit RAFFINÉ.
Bruno supervisait le déchargement en grognant des ordres. Vanda essayait de paraître digne malgré son teint verdâtre. Loupiot composait déjà mentalement une chanson sur « L’Odeur de Grissenwald ». Et Ashkarûn…
Ashkarûn se tenait là, droit comme la justice, ignorant superbement les derniers projectiles qui sifflaient autour de lui.
« Mes amis, » dit-il avec son calme exaspérant, « je sens que notre séjour ici sera… mémorable. »
Pourquoi mon instinct me hurle de fuir
Alors que nous nous installions sur le quai, attendant que la Gravine daigne descendre de sa barge, je sentais ce truc.
Ce TRUC dans mes tripes de vieux soldat. Cette sensation qui vous dit : « Ulrich, mon con, tu es dans la merde jusqu’au cou et tu ne le sais pas encore. »
La ville était trop calme malgré l’agitation. Les gardes trop nerveux. Les marchands trop empressés. Même l’odeur — cette puanteur abominable — semblait cacher quelque chose de pire.
« Tu sens ça, Loupiot ? » murmurai-je.
« L’odeur de merde ? Difficile de la rater. »
« Non, crétin. L’autre truc. Le danger. »
Il fronça les sourcils, puis hocha lentement la tête :
« Ouais. Comme à l’Auberge des Trois Plumes, mais en plus… sournois. »
Par le fondement fendu de Sigmar, même le barde le sentait.
Grissenwald nous attendait. Avec ses mystères, ses pièges, et probablement une nouvelle série d’emmerdes cosmiques.
Mais d’abord, il fallait survivre à l’odeur.
— Journal du Caporal Ulrich von Schnitzelbach,
Survivant de l’Arrivée Olfactive à Grissenwald,
Cible Secondaire des Projectiles Nains,
Toujours Officiellement Incompétent (Mais au Nez Désormais Mort),
Quai Puant de Grissenwald,
Premier Jour dans la Ville qui Pue,
An 2523 CI –
P.S. : Si je survis à Grissenwald, je demanderai une prime de risque. Pas pour le danger. Pour l’assault olfactif. Mes narines ne s’en remettront jamais.
P.P.S. : Les nains des légendes forgent des armes magiques et construisent des forteresses imprenables. Les nains de Grissenwald lancent leurs excréments sur les étrangers. Quelle déchéance.
P.P.P.S. : Ashkarûn a esquivé un étron volant avec grâce. Moi, j’ai pris une tomate pourrie en pleine gueule.
P.P.P.P.S. : L’odeur. Par Sigmar, l’odeur. C’est comme si quelqu’un avait pris tout ce qu’il y a de pourri dans l’Empire, l’avait mélangé avec du vomi d’ivrogne, et avait laissé fermenter le tout sous un soleil de plomb. Je crois que je vais vomir.


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