Infiltration silencieuse et exploration discrète
Le plan est lancé. Tandis que Blanca s’apprête à frapper à la porte principale, Urbano, après avoir forcé un soupirail, s’introduit discrètement dans le manoir de la marquise de la Alameda. Le soupirail cède sans grande résistance, et il atterrit dans une cave à charbon, obscure, poussiéreuse. Le seul éclairage provient de l’ouverture qu’il vient de franchir. Autour de lui, des morceaux de charbon glissent sous ses pas. Un petit escalier mène à une porte basse, probablement l’accès aux cuisines.
Urbano écoute. Aucun bruit suspect ne filtre de l’autre côté. Il reste prudent, en embuscade.
Pendant ce temps, Blanca tente la voie frontale. Elle frappe à la porte d’entrée, une première fois. Rien. Une deuxième fois, plus fort. Toujours aucun signe de vie. Seul le vent répond, soulevant un volet grinçant. Un corbeau s’envole. La porte est verrouillée. Blanca tente de crocheter la serrure, en vain. L’épingle à cheveux n’est pas suffisante.
Une entrée plus audacieuse
Déterminée, Blanca repère un balcon accessible. Elle escalade avec difficulté, réussit à atteindre la balustrade et découvre une fenêtre fatiguée, protégée par des rideaux épais. Elle tente d’observer à l’intérieur, mais ne distingue rien de clair. Aucun bruit, aucun signe d’activité.
Elle utilise alors son gilet pour casser la vitre sans se blesser, au prix d’un peu de discrétion. Le verre tombe à l’intérieur. Elle ouvre la fenêtre et entre.
Blanca découvre un grand salon. L’endroit est plongé dans une semi-obscurité. Les rideaux, lourds et tirés, étouffent la lumière. Les meubles, autrefois luxueux, sont aujourd’hui usés, râpés, ternis. Les fauteuils sont affaissés, les accoudoirs écaillés, les vernis craquelés. Mais ce qui frappe surtout Blanca, ce sont deux aquarelles encadrées, de part et d’autre d’une cheminée en marbre.
Elle les reconnaît immédiatement : ce sont les fameuses pièces attribuées à Goya, les Caprices inédits dont la marquise avait tant parlé. Les scènes représentées sont étranges, troublantes, presque grotesques. L’esthétique de Goya y est poussée à l’extrême, entre satire et cauchemar. Et elles sont bien là, intactes.
Tension croissante dans le silence
Blanca reste en alerte. Son entrée n’a pas été discrète. Le verre brisé a dû résonner dans les étages. Elle tend l’oreille, écoute attentivement. Pas un bruit. Pas de pas, pas de porte, pas de voix. Le silence est total. Mais ce calme est inquiétant. Urbano est quelque part dans les cuisines. La marquise et son fils pourraient être dans la maison. Ou pire : l’œuvre de Pickman aussi.
Les deux personnages sont désormais dans le manoir. L’un infiltré par les caves, l’autre par le salon. Le mystère est là, dans ces murs abîmés, derrière ces toiles envoûtantes. Et ce qui les attend pourrait dépasser l’entendement.
Retrouvailles discrètes et découverte des aquarelles interdites
Dans le manoir silencieux, Blanca, à peine entrée par effraction, est rejointe par Urbano qui a discrètement traversé les pièces du rez-de-chaussée depuis la cave. Leur rencontre, tendue d’abord, cède vite à l’efficacité. Tous deux identifient immédiatement les deux aquarelles de Goya accrochées de part et d’autre de la cheminée. Des œuvres troublantes, dérangeantes même.

La première représente une scène empreinte d’une violence sexuelle à peine voilée. Une note en espagnol, “Si quieres el cántaro” – “Si tu aimes chanter” – semble presque absurde face à l’image. Urbano, pragmatique, décroche l’œuvre pendant que Blanca examine la seconde aquarelle.

La deuxième est bien plus sombre. Elle montre une femme coiffée du chapeau de l’autodafé, entourée de symboles religieux et de ruines. Le titre : “No hubo remedio” – “Il n’y avait pas de remède”. Blanca identifie une figure de sorcière, typique de l’univers cauchemardesque des Caprices de Goya. Elle est persuadée de l’authenticité des œuvres, même si elle ne parvient pas à les estimer formellement.
Une lettre biblique et un message caché
Lors du décrochage, Urbano fait tomber une feuille glissée dans le cadre de l’un des tableaux. Ce n’est pas une lettre mais une page de Bible. Le verset est souligné : Isaïe 49:15 – « Une femme peut-elle oublier l’enfant qu’elle allaite, cesser d’aimer le fils sorti de ses entrailles ? »
Blanca fronce les sourcils. La référence semble personnelle, peut-être liée à Isidoro, le fils de la marquise. Elle conserve la page précieusement.
Les deux œuvres sont soigneusement enveloppées dans un rideau de velours. Avant de quitter la pièce, Blanca explore la cheminée. Dans les cendres, elle découvre une Bible ancienne, brûlée, mais encore partiellement lisible. Ce qui la frappe, c’est que plusieurs pages ont été méticuleusement découpées, non arrachées.
Une correspondance interdite
Au milieu des pages calcinées, Blanca trouve une enveloppe. À l’intérieur : une lettre datée du 26 décembre 1913. Écrite depuis Alcubia, elle est adressée à « Genoveva ». Le ton est intime. Le rédacteur, vraisemblablement un homme d’Église, évoque ses conseils donnés en confession et tente de dissuader la destinataire de poursuivre un projet qui semble dangereux ou interdit.
« J’espère que ma lettre vous parviendra à temps et suffira à vous dissuader de vos projets. J’ai le sentiment réconfortant que mes conseils et mon amitié dans le cadre du sacrement de confession ont eu un effet. »
Cette lettre, cachée dans une Bible brûlée, semble lourde de sens. Que voulait empêcher ce prêtre ? Quels projets poursuivait la marquise ? Et surtout : pourquoi conserver une telle lettre dans le foyer même de la maison, pour ensuite tenter de la brûler ?


Leave a Comment