Au fond des tunnels, Blanca et Urbano retrouvent Isidoro, terrorisé et couvert de griffures, qui révèle le nom d’Arsenio García Knauss. Derrière une porte, une synagogue séfarade souillée de symboles occultes abrite enfin le tableau de Pickman — « Le Triomphe de la Barbarie ». Urbano le contemple et sombre dans une surdité psychosomatique. Treizième chapitre de notre campagne L’Appel de Cthulhu dans les entrailles de Madrid.
Le réseau s’étrangle, puis révèle son fardeau
Le couloir souterrain se resserre. Blanca et Urbano doivent parfois baisser la tête pour passer. Les murs de pierre portent des marques étranges : traces de mains griffant la roche, comme si des personnes avaient tenté de s’accrocher ou de fuir. L’air devient plus lourd, presque irrespirable.
Dans cette atmosphère étouffante, leurs torches révèlent une silhouette recroquevillée au sol. C’est un homme en haillons, couvert de poussière, de sang séché et de terre. Il sanglote, replié sur lui-même, brisé.
Blanca le reconnaît : c’est Isidoro.
Urbano l’appelle doucement par son prénom. Isidoro sursaute, terrorisé, murmurant : « Ils sont sous la pierre… même eux ne veulent pas de moi… » Il rampe jusqu’à eux, suppliant, agrippé aux jambes du soldat. Il est blessé, le corps couvert de griffures. Le sang sur ses vêtements est bien le sien.
L’œil, la mère, et la peur
Lorsqu’ils évoquent Segundo, Isidoro semble s’apaiser. Il supplie qu’on l’aide à fuir ce lieu. Interrogé sur ce qui se passe, il parle du tableau : le fameux « œil ». Il l’a montré à sa mère. Il n’aurait jamais dû. Elle est partie avec le tableau. Et avec Ava.
Isidoro désigne une direction. « C’est là-bas. L’œil. Et elle aussi. »
Blanca presse ses questions : qui est le père d’Ava ? Isidoro prononce un nom : Arsenio García Knauss. Le nom résonne. Blanca le connaît : un grand aristocrate, un donateur du musée, un nom lié à la Comtesse. La boucle semble se refermer.
Ils n’ont plus le choix : la maison est détruite, la seule sortie est de l’autre côté de cette porte.
Une synagogue souillée
Urbano ouvre prudemment la porte. Il découvre une ancienne synagogue, oubliée sous terre. L’architecture séfarade est reconnaissable : colonnes carrées, versets hébreux, étoiles de David. Mais tout est profané : des symboles occultes, griffes, spirales, cercles, souillent les murs. Une odeur insupportable de corruption et d’humidité emplit l’air.

Dans un coin, jeté comme un objet sans valeur : le tableau de Richard Upton Pickman, « Le Triomphe de la Barbarie ».

Urbano l’aperçoit et comprend immédiatement. Il reconnaît les formes monstrueuses qui se mêlent aux humains. Il comprend. Et c’est là que son esprit vacille.
Le prix de la vérité : la surdité
Le choc est si violent qu’il perd l’ouïe. Une surdité psychosomatique brutale. Le silence est total. Urbano ne perçoit plus rien, ni la respiration de ses compagnons, ni les pas dans l’eau, ni le monde.
Il a vu le tableau. Et désormais, il est coupé du reste du monde.
Et pourtant, il doit avancer.


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