Le compte à rebours est lancé
Le ciel de Floride s’étend dans un bleu parfait, sans un seul nuage à l’horizon. Sur la rampe de lancement, la navette spatiale se dresse, majestueuse et menaçante à la fois. Des vapeurs cryogéniques s’échappent continuellement du réservoir externe, créant une atmosphère presque irréelle autour de l’imposante structure.
L’horloge du compte à rebours poursuit son décompte implacable : T-20 minutes. Les astronautes avancent dans leurs combinaisons, leurs pas résonnant dans le large couloir qui mène à leur destination finale. À l’intérieur des casques de scaphandre, les radios crépitent. C’est Houston. Toute l’équipe au sol discute, effectue les ultimes vérifications pendant que l’équipage progresse vers la navette.

À l’intérieur de la navette
L’intérieur de la navette constitue un univers à part entière. C’est un monde totalement confiné, fait de métal et d’électronique, où la tension est palpable. L’air porte une odeur caractéristique : le métal froid, l’électricité, et surtout l’anxiété humaine.
Dans le cockpit exigu, le lieutenant-colonel Spay et le major MacMillan sont allongés sur le dos, l’un à côté de l’autre, les yeux fixés sur le tableau de commande au-dessus d’eux. Leurs combinaisons orange vif – les Advanced Crew Escape Suit, que tout le monde surnomme affectueusement les « combinaisons citrouille » – crissent à chacun de leurs mouvements. Ces enveloppes gonflables, oranges et brillantes, constituent leur seule protection en cas d’évacuation d’urgence.

Configuration de l’équipage
La disposition de l’équipage suit une organisation précise. Dirk MacMillan est positionné aux côtés de Michael Spay dans le cockpit. Juste derrière eux se trouvent Dan Hamlet et Luc Belton. Sur le pont inférieur, Deirdre Turner est installée avec Pierce O’Neill et Bruce Weintraub, se trouvant ainsi relativement isolée du reste de l’équipage avec les civils.
Au fond du pont intermédiaire, deux personnes sont entassées dans un espace conçu davantage pour être fonctionnel que confortable. Hamlet occupe le siège avant gauche, la position cruciale du Jump Master. Si l’inimaginable devait se produire et qu’une évacuation en plein vol s’avérait nécessaire, c’est lui qui devrait faire sauter l’écoutille et déployer la perche d’évacuation télescopique. À ses côtés, Belton reste silencieux et extrêmement concentré.

Tension sur le pont inférieur
Sur le pont inférieur, la situation est plus tendue. Weintraub, assis dans sa combinaison citrouille, tremble visiblement. Des larmes coulent le long de son visage pendant que le compte à rebours se poursuit inexorablement. Ses sanglots, étouffés par son casque, résonnent parfaitement dans les communications internes, audibles pour tous à travers la radio.
Turner, assise à l’arrière derrière Weintraub et O’Neill, observe attentivement les signaux vitaux du mathématicien sur son moniteur portable. Elle garde à portée de main les sédatifs qu’elle avait prévus. À côté d’elle, O’Neill affiche un calme étrange et murmure quelque chose à Weintraub – des paroles inaudibles pour Turner.
L’architecture de la navette
La navette comporte plusieurs sections distinctes. Juste derrière Turner se trouve le pont intermédiaire, qui sert d’espace de vie et de stockage du matériel. La plus grosse partie de la navette consiste en une sorte de hub qui s’ouvre normalement avec un bras automatique pour manipuler des objets à l’extérieur. Cependant, pour cette mission spécifique de récupération de satellite, l’utilisation de ce bras est strictement interdite.
Sous cet espace se trouve le pont arrière, où sont stockées toutes les ressources et les vivres. Des sorties sont disposées sur les côtés au niveau du cockpit et du pont inférieur, ainsi qu’à l’arrière, là où se trouvent les combinaisons d’EVA (activités extravéhiculaires). Une salle de décompression permet les sorties dans l’espace en toute sécurité.
T-15 Minutes : La séquence finale
Le compte à rebours continue son avancée : T-15 minutes. La voix désincarnée du Capcom résonne clairement à travers les haut-parleurs. Spay tourne légèrement la tête vers MacMillan et lui rappelle l’essentiel : « Rappelle-toi, on n’a quasiment rien à faire durant le décollage. Tout est automatisé jusqu’à ce que quelque chose tourne mal. Notre travail est principalement d’observer et d’être prêt à réagir. »
En cas d’abandon de mission, c’est à Spay que revient la décision de la manœuvre à suivre. Quatre options s’offrent alors : un retour au site de lancement, un atterrissage d’abandon transoceanique, un abandon après un tour d’orbite, ou une tentative d’atteindre l’orbite malgré tout.
L’intensification
T-10 minutes. L’atmosphère à l’intérieur de la navette devient électrique. Des vibrations subtiles commencent à se faire sentir dans toute la structure alors que les systèmes s’activent progressivement. Tous les compteurs s’allument un à un sur les consoles.
Belton vérifie une dernière fois les procédures d’évacuation d’urgence. Hamlet observe son collègue exécuter ses gestes avec un professionnalisme et une précision remarquables. Pourtant, une pensée sombre traverse son esprit : si une évacuation d’urgence devait être déclenchée, les civils n’auraient aucune chance. Ils n’ont subi aucun entraînement pour faire face à une telle situation.
« Début de la séquence de vérification finale des systèmes », annonce le Capcom. Les lumières clignotent sur les innombrables consoles environnantes. Progressivement, la carcasse métallique se transforme en un véritable organisme vivant qui pulse d’énergie. Bien que le revêtement des moteurs n’ait pas encore commencé, la tension est déjà assourdissante. Les instruments de bord scintillent tandis que le compte à rebours poursuit sa marche implacable.
Les dernières minutes
T-2 minutes. Dans un mouvement synchronisé, fruit de centaines d’heures d’entraînement, l’équipage ferme et verrouille les visières des scaphandres. Le monde extérieur devient soudain plus distant, filtré à travers le polycarbonate transparent et le système audio.
Les sanglots de Weintraub s’intensifient, résonnant dans les communications. « Je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas faire ça. Mon Dieu, je ne peux pas faire ça », répète-t-il, la voix brisée par la panique.
C’est alors qu’intervient la voix calme d’O’Neill : « Respire Bruce, concentre-toi sur ta respiration. Nous sommes concentrés sur la mission. »
Dans ce système de communication interne, impossible d’avoir une conversation privée. Chaque membre de l’équipage peut s’adresser à une personne en particulier ou à tout le monde, mais tous entendent tout. Pour communiquer avec Houston, il faut utiliser le micro dédié – un protocole complètement différent de l’usage habituel.
Turner écoute attentivement ces échanges, gardant un œil vigilant sur les constantes vitales qui défilent sur son écran. C’est alors qu’elle entend la voix de Spay résonner dans son casque : « J’espère, Turner, que toutes les précautions ont été prises pour qu’il tienne physiquement et moralement jusqu’à la mise en orbite. »
« Ne vous en faites pas, commandant. Je vais faire ce qu’il faut », répond-elle avec assurance.

Une tentative désespérée
Turner dispose de sédatifs sous forme de seringues, dont de la coqueline. Cependant, sa position dans la navette pose un problème majeur : elle est très éloignée de Weintraub, une allée entière les séparant. Elle tente néanmoins de le rassurer par quelques phrases, en communication privée avec lui et O’Neill pour ne pas stresser davantage l’ensemble de l’équipage.
« Ne vous en faites pas, ça fait comme ça à tout le monde. C’est le premier », dit-elle d’une voix apaisante.
Mais Weintraub est au bord de la crise de panique totale. « Je ne peux pas y arriver, docteur. Je ne peux pas y aller. Je ne peux pas y aller ! » hurle-t-il.
« C’est déjà fait, Weintraub. On est dedans, on n’a plus rien à faire », tente de le raisonner O’Neill.
« Non ! Faites quelque chose ! Sortez-moi d’ici ! »
Turner prend une décision rapide. « Je peux faire quelque chose pour vous calmer, est-ce que vous accepteriez ? »
Mais le compte à rebours continue inexorablement : T-31 secondes.
Le problème devient critique : Weintraub est trop éloigné. Turner devrait se détacher pour pouvoir l’approcher et lui administrer le tranquillisant. Elle prend son micro pour communiquer avec le cockpit.
« Commandant, autorisation de se détacher quelques secondes pour administration de tranquillisant. »
T-10 secondes.
« Autorisation accordée », répond Spay.
Turner n’a que dix secondes. Elle se détache rapidement, se lève, et tente de rejoindre Weintraub pour lui planter la seringue. Mais la tension du moment joue contre elle. Nerveuse, elle voit tous les voyants s’allumer au rouge autour d’elle. La voix de Houston explose dans son casque : « Turner, vous faites quoi ? »
Elle trébuche, perd l’équilibre, incapable de se déplacer correctement dans l’urgence.
Le décollage
T-6 secondes. Un grondement sourd commence à faire vibrer toute la structure de la navette. Turner réalise avec effroi que si elle ne rattache pas sa ceinture immédiatement, elle sera écrasée contre le plafond lors du décollage. Le moteur principal démarre.
Dans la configuration de la navette, tous les membres d’équipage ont les pieds en l’air, ce qui rend tout mouvement extrêmement difficile. Les dix secondes accordées étaient en réalité un délai impossible à tenir. Turner se rattache tant bien que mal à son siège.
« Commandant, mission échouée », annonce-t-elle, la voix tendue. « La consigne avait pourtant été donnée hier. C’était des doses extras que j’avais données. Il a eu ce qu’il faut. Mais vous voyez comme moi, il est ingérable. »
Le grondement sourd s’intensifie, faisant vibrer chaque centimètre de la navette. Le moteur principal atteint sa pleine puissance. Soudain, toute la structure – la navette, le module de propergol et les boosters – décolle dans un phénomène appelé le « twang », qui fait battre les cœurs à leur maximum.
T-0. Le temps s’arrête.
Et l’enfer se déchaîne.
L’enfer du décollage
Le rugissement est indescriptible. Aucun membre de l’équipage n’a jamais entendu un moteur de ce genre. La navette accélère à plus de 100 km/h en quelques secondes seulement.
T+12 secondes. La voix du Capcom hurle dans les communicateurs pour se faire entendre par-dessus le vacarme assourdissant. Pour l’instant, tout se passe bien. Mais la vibration est incroyable, se propageant jusque dans les os de chaque astronaute. Le moindre mouvement devient une épreuve titanesque.
La navette commence à tanguer, à rouler, exactement comme prévu. Elle se couche sur le dos, face vers le haut. Les occupants ont maintenant la tête vers le bas. L’horizon visible par les hublots bascule d’un seul coup. Alors qu’ils étaient auparavant allongés sur le dos face au ciel, ils sont maintenant inclinés, les genoux au-dessus de la tête.
La puissance des forces G
Les forces G atteignent 1,7. Chaque mouvement se transforme en épreuve colossale. Pour illustrer l’intensité de ces forces : un astronaute de 70 kg ressent soudainement un poids de 120 kg qui s’écrase sur sa poitrine.
Un brouillard gris moucheté commence à tacher la vision de l’équipage. Ce sont leurs nerfs optiques qui sont impactés par les forces G. Weintraub, complètement dépassé par la situation, commence à hurler. Ses constantes vitales s’affichent de manière alarmante sur l’écran de Turner. Sa fréquence cardiaque augmente de façon exponentielle.
Turner répète inlassablement ses consignes, tentant de le guider à travers cette épreuve. « Avalez votre salive, rappelez-vous. Avalez votre salive, respirez, ça va passer. »
Mais Weintraub émet un son totalement étranglé par le micro, une sorte de gargouillement humide, pas tout à fait humain. « Mes yeux, mes yeux, ça brûle ! Ça brûle ! » hurle-t-il.
Tous les membres de l’équipage ressentent cette brûlure oculaire causée par les forces G, mais les astronautes entraînés y sont préparés. Weintraub, lui, est totalement surpris et terrifié par ces sensations inconnues. Deirdre continue son monologue d’explication et de rationalisation, tentant désespérément de le calmer.
Mais sa voix est couverte par les hurlements de Weintraub. Le communicateur grésille, totalement saturé.
Coupure des communications
T+19 secondes. « Roulis complet », annonce le Capcom.
L’appareil effectue un roulis à 360 degrés. Le cri de Weintraub s’intensifie encore, devenant un hurlement primal qui transperce les tympans de tout l’équipage.
Et soudain, plus rien. La radio se coupe brutalement.
Turner vérifie immédiatement tous les commutateurs à sa disposition. Elle ne comprend pas. Ce n’est pas un problème technique de leur côté. La coupure vient directement de Houston. Le centre de contrôle a coupé les communications avec eux.
Les hurlements de Weintraub ont été si intenses que Houston a pris la décision de couper le son.
Dans le cockpit, la tension monte d’un cran. Le commandant Spay, sans prendre de précautions, s’adresse à l’ensemble de l’équipage sur le canal interne. « Turner, occupez-vous de ce sac à merde. »
Puis, s’adressant au copilote MacMillan : « Est-ce que la direction orbitale est optimale ? »
Pour le moment, MacMillan sait qu’il n’y a rien à faire tant que la navette n’a pas franchi l’atmosphère. Il doit simplement surveiller les indicateurs. Et pour l’instant, tous les indicateurs sont au vert.
Le pire est à venir
Cependant, la situation reste extrêmement dangereuse. L’équipage prend tellement de force G dans le corps que chaque membre tremble de façon incontrôlable. Impossible de bouger ne serait-ce qu’un petit doigt. Ils encaissent toute la pression. Et le pire est encore à venir.
Seulement vingt secondes se sont écoulées depuis le décollage. Turner tente de se pencher légèrement, essayant d’apercevoir le visage de Weintraub. Ce qu’elle découvre la glace d’horreur.
Weintraub est en train de se contorsionner. Son visage n’exprime que de la douleur pure. Des filaments rougeâtres commencent à apparaître dans le blanc de ses yeux. Il a tourné son casque vers elle et continue de hurler en la fixant du regard. Ses constantes vitales affichées sur le moniteur de Turner sont catastrophiques : fréquence cardiaque à 210, pression artérielle à 220 sur 210. Turner le sait immédiatement : il risque une crise cardiaque imminente. À ces niveaux, les vaisseaux sanguins commencent à éclater.
Médicalement, elle n’a aucune option à sa disposition. Impossible de se déplacer, impossible de bouger. Elle doit attendre.
Désespérée, Turner s’adresse à O’Neill par communication privée. « O’Neill, écoutez-moi bien. Weintraub est sur le point de craquer. Physiquement. Son cœur va lâcher. Je sais que vous avez une connexion avec lui. Faites quelque chose. Apaisez-le. »
Le max Q
Malheureusement, la voix de Turner est complètement couverte par le rugissement du moteur. La navette atteint ce qu’on appelle le « max Q » – la vitesse aérodynamique maximale. L’accélération est telle que l’appareil est en train de franchir le mur du son.
Une explosion supersonique déchire l’atmosphère, une déflagration qui perce les tympans de tout l’équipage. O’Neill tente de répondre à Turner, mais toute la conversation est rendue totalement inaudible par ce bruit assourdissant.
Turner se demande soudain pourquoi elle n’entend plus Bruce. Elle regarde le casque de Weintraub et l’horreur se déploie devant ses yeux.
Le corps du mathématicien est saisi de convulsions violentes. Ses mains gantées s’agitent frénétiquement. Il essaie désespérément d’atteindre les verrous de son casque, tentant de le retirer en plein vol.
« O’Neill, calmez-le ! Calmez-le ! » hurle Turner dans son communicateur.
La réponse d’O’Neill est paniquée : « Mais bon sang, il va me claquer ! Il va claquer ! »

L’hémorragie
Soudain, des filets écarlates commencent à s’échapper des oreilles et des yeux de Weintraub. Sa bouche s’ouvre dans un cri silencieux, totalement couvert par le bruit assourdissant des moteurs. Une écume rosâtre déborde de sa bouche.
Turner fait face à un choix impossible. Elle sait que si elle se lève maintenant, elle risque de mourir. Mais si elle ne fait rien, Weintraub va certainement mourir.
La situation est critique. La navette a effectué un roulis complet et l’équipage se trouve maintenant la tête en bas, les jambes retombant sur la poitrine sous l’effet des forces G maximales. Se détacher à ce moment précis serait une folie pure.
Un dilemme mortel
Turner connaît parfaitement le calendrier du décollage grâce à son entraînement. La position tête en bas durera plus de 48 secondes au total. À 38 secondes, ils atteignent la vitesse maximale. À 48 secondes, ils seront à 5,6 kilomètres d’altitude. À une minute, ils seront encore dans une vitesse stratosphérique. Ce n’est qu’au bout de 2 minutes et 13 secondes qu’ils atteindront l’orbite et l’apesanteur.
Le chemin est encore long. Terriblement long pour quelqu’un en train de faire une crise cardiaque.
Turner se rappelle amèrement les ordres de la veille. Spay lui avait clairement dit de doper Weintraub avant le décollage, de faire tout le nécessaire. Mais elle n’avait pas réussi à le sédater à temps, et maintenant il est trop tard. Weintraub est physiquement incapable de s’administrer quoi que ce soit lui-même.
Une idée traverse l’esprit de Turner : pourrait-elle lancer une seringue à O’Neill pour qu’il l’administre à Weintraub ? C’est extrêmement audacieux et les chances de réussite sont minces, mais c’est peut-être la seule option qui ne la condamne pas à une mort certaine.
Turner effectue rapidement un calcul mental, évaluant les chances de réussite de lancer la seringue versus se lever pour l’administrer elle-même. Après analyse, les deux options semblent aussi risquées l’une que l’autre.
Thérapie de choc
C’est alors que la voix de Spay résonne de nouveau dans les communicateurs, utilisant une approche pour le moins inhabituelle. Sachant que Turner a peu d’estime pour lui et conscient de sa fierté professionnelle, il lance une provocation calculée : « Ah, on aurait dû prendre un homme. Lui, au moins, il aurait réussi à se lever. »
La thérapie brève par adoption paradoxale. Une tentative de l’énerver suffisamment pour lui donner l’énergie nécessaire d’agir.
Et cela fonctionne. Turner, piquée au vif par cette remarque sexiste, est prise d’une rage qui lui donne l’énergie nécessaire. « Ah ouais, ok, on va voir ça », lance-t-elle avec détermination.
Elle commence à se détacher. Le danger est immense : seules ses cuisses restent attachées au harnais, le reste de son corps se retrouve libre dans le vide. Ses bras flottent dans l’air. La seule manœuvre possible consiste à effectuer un mouvement de balancier pour se projeter contre le siège d’O’Neill et lui tendre la seringue.
Contre toute attente, elle réussit. Poussée par la vitesse de la navette, elle atterrit sur le siège d’O’Neill. Ce dernier saisit immédiatement la seringue et la plante dans le bras de Weintraub. Turner se remet rapidement en position, effectuant un mouvement extrêmement rapide pour retourner à son siège.

Trop tard
Mais en regardant Weintraub, elle comprend immédiatement que c’est trop tard. Ses mains sont totalement congestionnées. Il est dans une frénésie, une panique absolue. Malgré l’injection, Turner sait que le temps d’action du médicament se compte en fractions de secondes. La visière de Weintraub commence à s’embuer.
Non, ce n’est pas de la buée. C’est un liquide épais. Un mélange de vomi et de sang qui submerge l’intérieur de son casque. Ses ongles raclent désespérément le casque dans une tentative frénétique de l’arracher, juste pour pouvoir respirer.
T+57 secondes. Les moteurs rugissent à une nouvelle intensité. La poussée augmente encore. Et l’équipage n’a toujours aucune nouvelle de Houston.
Dans le cockpit, Spay garde son calme. Il demande à MacMillan de le prévenir dès qu’ils seront en mise en situation orbitale. Puis il s’adresse à Turner d’une voix étonnamment calme : « Vous avez maîtrisé la situation, Turner. »
« Oui, commandant », répond-elle en hésitant, haletante, alors qu’elle est encore en train de se rattacher. « C’est réglé, je pense. »
Ce « je pense » est lourd d’incertitude.

Tentative désespérée d’O’Neill
Pendant ce temps, O’Neill fait tout son possible pour essayer de déverrouiller le casque de Weintraub. Il tente de forcer les verrous, essayant désespérément de lui donner de l’oxygène.
« Surtout pas, O’Neill ! Surtout pas ! Vous allez le tuer ! » hurle Turner dans le communicateur.
Mais dans le chaos ambiant, seul MacMillan – grâce à sa vigilance exceptionnelle – capte quelque chose d’important au milieu du vacarme des hurlements et du rugissement des moteurs.

L’agonie
Le casque de Weintraub est maintenant totalement opacifié. Il est en train de suffoquer. Son corps est pris de spasmes violents, ses jambes battent contre son siège comme un pantin désarticulé. L’intérieur de sa visière est désormais complètement recouvert d’une substance brunâtre qui cache totalement son visage.
Les impacts de sa tête contre la paroi arrière du casque deviennent répétés et frénétiques. Il se fracasse le crâne contre la paroi dans ses derniers efforts pour respirer.
Turner observe la scène, pétrifiée. Les convulsions de Weintraub s’intensifient. Son corps entier se cabre contre le harnais de sécurité. Puis, même à travers le vacarme assourdissant des moteurs, un craquement sec et sinistre se fait entendre. Une côte vient de céder sous la pression.
Puis une autre.
Puis encore une autre.
Les convulsions continuent pendant quelques secondes encore. Puis, soudainement, son corps devient totalement immobile.
Le vol se poursuit. Seconde après seconde. Deirdre reste pétrifiée, incapable de détacher son regard. Elle observe la substance nauséabonde qui commence à se solidifier dans le casque de Weintraub.
Elle vérifie ses constantes vitales sur son moniteur. Le pouls est plat. Complètement plat.
La mission avant tout
1 minute 47 secondes après le décollage. Le silence radio est total. La navette poursuit son ascension fulgurante, atteignant maintenant 35 kilomètres d’altitude et filant à 4 160 km/h.
MacMillan et Spay sont tous deux conscients que les communications sont interrompues. MacMillan, tout en restant attentif aux éventuelles instructions du commandant, se focalise sur le bon déroulement de la mission.
Spay s’adresse à lui d’une voix détachée, presque mécanique : « Assure-toi qu’elle gère les deux civils. Elle a pour mission que les deux arrivent vivants jusqu’à la mise en orbite. S’il n’y en a qu’un, nous ferons avec. J’espère qu’il va survivre. »
Deux minutes trente
La navette atteint maintenant presque deux minutes et trente secondes de vol. Une violente secousse traverse toute la structure.
Dans l’esprit de Turner, médecin jusqu’au bout, une question se pose : elle dispose probablement d’une seringue d’adrénaline dans son matériel. Peut-elle tenter une réanimation cardiaque ? À partir de quelle altitude pourra-t-elle administrer l’adrénaline pour relancer le cœur ?
Elle est à deux minutes trente de vol. Cela signifie que Weintraub est maintenant sans oxygène depuis environ deux à trois minutes. Le compte à rebours neurologique a commencé.
Une image d’horreur
Lorsque Turner se penche pour examiner le corps de Weintraub, ce qu’elle découvre la marque à jamais. Le visage n’est plus reconnaissable. Les yeux sont devenus des orbes écarlates, chaque vaisseau sanguin ayant éclaté sous la pression des forces G. Sa bouche est figée dans un rictus d’agonie absolue. Le sang coagulé a pris possession de sa cavité buccale, et Turner distingue des fragments de dents brisées à l’intérieur du casque.
La peau a pris une teinte bleuâtre marbrée, parsemée de taches pourpres là où les capillaires ont explosé. Malgré ce spectacle d’horreur, Turner, médecin jusqu’au bout, décide d’administrer quand même une injection d’adrénaline. Elle sait qu’il est mort, mais elle le fait pour la beauté du geste, par respect pour son serment professionnel.
O’Neill observe la scène avec un calme dérangeant, presque clinique. À un moment, le regard de Turner croise le sien, et elle croit percevoir un éclair de satisfaction dans ses yeux. Mais elle ne peut être certaine – est-ce réel ou simplement un effet de la lumière ?
Constat de décès
L’injection d’adrénaline ne produit aucune réaction. Aucune. En tant que médecin, Turner a tout tenté. Il n’y a plus rien à faire. Le tracé cardiaque reste désespérément plat.
Dans le silence oppressant de l’espace où elle se trouve, Turner n’entend plus que sa respiration haletante et les bips réguliers des équipements. Une réalité s’impose à elle : ils ont tous survécu au lancement, mais à quel prix ? Et si Weintraub était si terrifié à l’idée de ce qui les attend là-haut, qu’est-ce qui pourrait bien lui inspirer une telle peur ?
Turner passe en communication directe avec le commandant. « Commandant, le professeur Weintraub est décédé. Il n’a pas survécu. »
Un silence de quelques secondes s’installe. Puis la voix froide de Spay résonne dans son casque : « Les ordres que je vous avais donnés hier au soir ont-ils été appliqués, docteur ? »
« Nous analyserons tout quand vous le voudrez, commandant. »
« Je vous rappelle une réponse positive ou négative. »
Turner refuse de se laisser intimider. « Nous analyserons ensemble, mais j’ai fait ce qui était le mieux pour lui. Une injection trop forte aurait été dangereuse. »
« Vous n’avez donc pas appliqué les ordres que je vous ai donnés hier ? »
« Vos ordres étaient de le sédater, c’est bien ça ? »
« Non. Mes ordres étaient de faire ce qu’il fallait faire, de le doper, de lui injecter ce que vous voulez. »
Turner maintient sa position avec fermeté. « Eh bien, commandant, j’estime avoir fait ce qu’il fallait faire et que ça n’a pas suffi. J’imagine que nous ferons une autopsie. »
La voix de Spay se durcit encore. « Assurez-vous que O’Neill soit en état de poursuivre la mission. Une fois que vous vous êtes assurée qu’O’Neill est en état, rejoignez-moi dans l’espace de briefing. »
Il donne les mêmes instructions à tous les autres militaires.

Le protocole
Turner connaît le protocole. Un corps à bord d’un vaisseau spatial ne peut pas être éjecté dans l’espace – ce serait un objet dangereux qui pourrait, avec la vitesse et l’accélération, détruire des satellites et créer des problèmes majeurs. Le seul geste à effectuer consiste à placer le corps de Weintraub dans une combinaison spatiale blanche complète et à l’arrimer contre un mur, de manière à ce qu’il ne flotte pas dans le vaisseau à cause de l’apesanteur.
C’est un geste mécanique que Turner connaît très bien. Elle décide de le réaliser avant le briefing et demande l’aide de la personne la plus appropriée : Belton, chargé des situations d’évacuation d’urgence et de crise à bord du vaisseau.
Lorsqu’il s’approche, Belton demande : « Tout va bien, docteur ? »
« Non, tout ne va pas bien, Belton. Ça ira mieux quand la mission sera accomplie. Mais là, pour l’instant, aidez-moi. Aidez-moi, c’est tout. »
En apesanteur
Belton soulève le corps. En apesanteur, ils se déplacent facilement dans l’air, ce qui facilite le déplacement du cadavre. Mais tout autour du corps, des bulles de vomi éclatent, flottant dans la cabine. L’odeur est épouvantable, atroce.
O’Neill a complètement disparu dans l’obscurité, son visage invisible dans ces circonstances. Turner, elle, regarde compulsivement tous ses instruments médicaux. Elle essaie de se repasser le film des événements, tentant de comprendre ce qui a pu se passer, à quel moment exactement le corps est devenu trop fragile pour supporter les forces du décollage.
Pendant qu’elle réfléchit, Belton glisse mécaniquement le corps dans le sac de stockage de la combinaison spatiale.

L’état d’O’Neill
Turner s’approche d’O’Neill pour faire une auscultation sommaire. Elle était inquiète pour les deux civils, et maintenant qu’il n’en reste qu’un, elle doit s’assurer de son état. Elle lui pose quelques questions sans trop insister, voulant savoir comment il va.
O’Neill est en situation de déshydratation, couvert de sueur. Turner l’est aussi. Ils sont tous trempés dans leurs combinaisons après l’épreuve du décollage. O’Neill peut à peine répondre. Sa tête tourne. Il est épuisé.
« Je ne tiens plus, docteur. J’ai soif, il me faut de l’eau », murmure-t-il faiblement. « Je ne tiens plus, je dois boire. »
Turner lui donne ce qu’il faut et l’installe confortablement. Elle préfère qu’il se repose un peu – elle n’est pas d’attaque pour avoir une discussion approfondie avec lui pour le moment. Elle retourne avec Belton s’occuper du corps.
Réénergisation
Généralement, dès que la navette est stabilisée, l’équipage reçoit des poches de jus d’orange pour se réénergiser. MacMillan et Hamlet distribuent ces poches à tous les membres de l’équipage.
Puis, lorsque Turner regarde à travers le hublot, elle voit la Terre en contrebas. Son esprit devient complètement vide. Elle reste là, simplement en train d’admirer la beauté de cette bille bleue qui flotte face à elle dans l’immensité de l’espace.
Mais la voix de Spay la ramène brutalement à la réalité dans son communicateur : « Qu’est-ce que vous faites ? Je vous attends. Je vous ai donné deux minutes. C’est un ordre. »
« Je m’y rends, je m’y rends », répond Turner.
Hamlet également se dirige vers la salle de briefing.

Le comportement étrange d’O’Neill
Avant de partir, Turner jette un dernier regard à O’Neill. Il flotte maintenant dans un coin, les yeux mi-clos. Depuis qu’elle lui a donné du jus d’orange pour sa déshydratation, il n’a pas prononcé un seul mot. Il n’a même pas mentionné Weintraub, son compagnon décédé.
Son comportement est étrangement calme, presque détaché. Turner l’installe et l’attache sur son siège pour qu’il ne dérive pas quelque part dans la cabine. Au moment où elle s’apprête à partir, elle remarque que son regard se perd dans le vide. Il commence à marmonner tout doucement, comme pour lui-même.
« Les nombres, ils chantent différemment ici. Ils sont plus purs. Il y a moins de bruit. La gravité terrestre les déforme, vous comprenez ? Mais ici, ils sont clairs. »
Turner, mal à l’aise, ne peut que répondre froidement : « Mes condoléances pour votre ami. Reposez-vous un petit peu. Je reviens. »
Le briefing crucial
L’équipage se retrouve dans la salle de briefing face au commandant Spay. Son visage est grave, déterminé.
« Vous êtes en orbite », commence-t-il. « Vous avez 48 heures pour rejoindre Blacksat. Maintenant, nous sommes en orbite. Nous n’avons pas besoin d’allumer les moteurs. Par la force de la traction, nous allons rejoindre Blacksat, mais nous avons deux jours complets devant nous. »
Pendant ces 48 heures de quartier libre, l’équipage pourra vérifier tous les systèmes, communiquer avec Houston pour attendre la suite des instructions, se dégourdir, dormir, et nettoyer – car après l’incident avec Weintraub, le compartiment en a bien besoin. Il faudra aussi préparer les sorties extravéhiculaires, des manœuvres extrêmement précises qui nécessitent une concentration absolue.

La révélation de Spay
Spay marque une pause, puis lâche ce qui pèse sur son esprit depuis le début.
« Vous savez quoi ? Cette mission, elle pue. Elle pue depuis le début. J’ai coupé les communications avec Houston. »
Le silence qui suit est assourdissant. Puis Spay continue, sa voix se durcissant.
« Turner, vous êtes une conne, mais vous avez au moins raison sur une chose. Il est inconcevable que les autorités de la NASA ou de quelques autres bureaux à la con du Pentagone aient envoyé deux civils inexpérimentés, dont un obèse, pour réparer un satellite. Et pourtant, à chaque fois que j’ai pu m’entretenir avec les officiers, ils étaient d’une détermination froide et absolue quant au fait que ces deux civils en particulier devaient nous accompagner. »
Il marque une nouvelle pause, laissant ses mots faire leur effet.
« Quelles que soient leurs compétences, quels que soient leurs savoirs, ils étaient incapables physiquement de le faire. Ils auraient pu transmettre leurs directives en audio depuis Houston à d’autres ingénieurs. Personne n’a voulu le faire. Personne n’y a même pensé. Cette solution n’a même pas été évoquée. C’est plus qu’inconcevable, c’est impossible. »
Le silence s’installe dans la salle de briefing, lourd de sous-entendus.
Loyauté et discipline
Hamlet prend la parole, adoptant une attitude presque servile dans ses manières. « Que comptez-vous faire, commandant ? »
« La première chose que je veux savoir, c’est si je peux compter comme un seul homme sur chacun d’entre vous. »
« Pour ma part, oui », répond immédiatement Hamlet avec un signe militaire très sérieux, très premier degré.
Deirdre attend, observant la scène. MacMillan fait également un signe de tête affirmatif, bien qu’il montre une certaine impatience – il a hâte de parler en privé avec O’Neill.
Seul Belton hésite. Il regarde Spay et demande prudemment : « Vous comptez quand même communiquer avec Houston ? »
Le plan de Spay
« Voilà ce que j’allais proposer », répond Spay. « Mais puisque vous êtes sous mon commandement et que vous venez d’accepter en hommes libres les conditions que j’ai posées, voilà ce que je vous ordonne de faire. Nous allons rétablir les communications avec Houston. »
Il laisse cette annonce créer son effet avant de continuer.
« Considérez ceux qui s’y trouvent – ne les considérez plus plutôt comme des alliés ou des guides. Encore une fois, il est inconcevable, avec tous les protocoles militaires et sanitaires qui sont les nôtres, que des gens dignes de confiance et ayant tous leurs moyens intellectuels, surentraînés, nous aient envoyés en orbite avec deux civils incapables physiquement d’accomplir cette mission. Il y a donc autre chose derrière. »
Belton proteste : « Mais lieutenant-colonel, c’est de l’insubordination ! »
MacMillan le coupe sèchement. « Belton, silence. »

Spay reprend la parole avec autorité. « Le seul commandant de ce vaisseau, ce n’est pas Ulrich, ni même le président des États-Unis, c’est moi. Et ce n’est pas de l’insubordination car nous allons réussir cette mission. Je peux vous garantir que nous allons la réussir en sauvant notre putain de cul à chacun d’entre nous. Alors je pense que ceux qui sont à Houston n’en ont rien à foutre de notre putain de cul, et en particulier du vôtre, Belton. J’ai foi en vous, capitaine. Le colonel parle. »
La stratégie
Spay expose clairement sa stratégie : « Nous allons rétablir les communications avec Houston, faire comme si tout était normal, opiner à leurs ordres et à leurs consignes, même si elles sont les plus délirantes possibles. Mais nous allons faire dans ce vaisseau à notre manière, comme nous l’avons fait dans tant d’autres missions. Cette manière qui nous a permis de revenir sur le plancher des vaches à chaque fois et en entier. »
Turner demande une clarification : « C’est-à-dire que vous ne voulez pas aller jusqu’au bout de la mission ? »
« Pas du tout. Mais nous allons faire cette mission à notre manière. »
« Alors je suis d’accord », répond Turner.
Spay ajoute un élément crucial : « Et bien entendu, Houston ne doit absolument pas être au courant de ce que nous sommes en train de dire. S’ils ont mis deux civils comme O’Neill et Weintraub dans cette navette, Dieu seul sait ce qu’ils ont pu mettre d’autre. Et O’Neill ne doit absolument pas être au courant, ne se douter de rien. Nous devons tout faire pour qu’il réussisse cette mission. »
Il martèle son point principal : « Sauf que ce qui m’inquiète et qui m’intrigue, c’est qu’encore une fois, vu son état physique et psychologique, quels que soient ses savoirs et ses compétences, il aurait pu les transmettre en audio à des ingénieurs plus aguerris que lui à l’espace pour qu’ils effectuent les gestes techniques. Il y a donc autre chose. Et c’est cette autre chose qui ne me plaît pas. »
Les observations médicales de Turner
Deirdre se racle la gorge et prend la parole, hésitante mais déterminée.
« Commandant Spay, je vous ai parlé brièvement de l’état anormal de ces scientifiques. Et je dois vous avouer que j’ai observé – j’ai du mal moi-même à croire ce que je vais vous dire – mais j’ai observé des choses, un comportement cognitif impossible en théorie chez eux. Mes appareils ont réagi de façon improbable et excessive à plusieurs reprises. »
Elle marque une pause, consciente de l’énormité de ce qu’elle s’apprête à dire.
« J’ai pensé à plusieurs moments qu’un appareil électronique avait peut-être été implanté, greffé en eux, ou quelque chose de ce genre. Mais il y a en effet quelque chose qui ne va pas et qui m’inquiète beaucoup. Au-delà de leur état de santé, bien sûr. Et maintenant de celui d’O’Neill seulement. »
Spay hoche la tête gravement. « Donc nous sommes tous d’accord. Nous rétablissons les communications avec Houston. Nous jouons leur jeu. Nous réussissons cette mission à notre manière. Et nous gardons O’Neill à l’œil. »
Hamlet acquiesce immédiatement : « Évidemment que je suis d’accord, commandant. »
Puis il se retourne vers l’ensemble de l’équipage et pose la question qui hante tout le monde : « Mais est-ce que l’un d’entre nous ici a ne serait-ce qu’une vague, une infime notion de la nature réelle de cette mission ? »
Il les regarde tous, attendant une réponse.
C’est Belton qui parle en premier : « La réparation de Blacksat. »
« Très bien dit, Hamlet. Je voulais juste m’en assurer. »
Instructions pour l’inspection
Hamlet poursuit : « Qui est chargé d’inspecter les combinaisons de sortie, la navette ainsi que tout le matériel scientifique lors des prochaines 48 heures ? »
« C’est Belton et Hamlet », répond Spay. « Donc tous les deux, vous allez cette fois-ci y prendre un soin tout particulier. »
Spay se fait très précis dans ses instructions : « Je veux que chaque couture des combinaisons, chaque éprouvette, chaque plaque de microscope, chaque composant électronique passe sous vos yeux et entre vos mains. La moindre anomalie, la moindre nouvelle pièce, le moindre nouveau fournisseur auquel vous n’avez pas l’habitude, vous me prévenez. »
MacMillan intervient : « J’irais parler à O’Neill quand même. »
Spay lui lance un regard. MacMillan justifie sa demande : « Je suis le seul qui a fait des efforts pour socialiser avec eux. Je suis son pote. »
Rétablissement des communications
Spay regarde tous les membres de la mission une dernière fois. Il s’approche de la commande permettant de rétablir le contact avec Houston. Son regard balaye chacun d’entre eux – un regard à la fois serein mais peut-être un tout petit peu menaçant.
Il appuie sur la commande.
« Houston, ici Discovery. Insertion orbitale confirmée. Tous les systèmes nominaux sont opérationnels. »
Immédiatement, un crépitement se fait entendre dans les haut-parleurs.
« Reçu, Discovery. Beau travail d’équipe. Le colonel Woolrich voudrait vous parler. »
Un silence glacial s’installe dans la cabine. Les regards de l’équipage se croisent, chargés de signification.
La voix de Woolrich
La voix du colonel Woolrich remplit la cabine. Elle est professionnelle, contrôlée, mais avec une nuance que l’équipage ne lui connaissait pas au sol.
« Discovery, ici Woolrich. Félicitations pour un lancement impeccable. Je sais que les conditions étaient loin d’être optimales. Le comportement de monsieur Weintraub pendant les séquences de lancement était imprévu. »
Imprévu. Le mot résonne dans la cabine. Deirdre serre les dents et regarde Spay. Personne à Houston ne sait encore que Weintraub est mort.
Spay répond calmement : « Nous allons nous entretenir de manière étroite avec O’Neill afin qu’il assure le remplacement de Weintraub durant cette mission. La perte est regrettable, mon colonel, mais elle était, si ce n’est attendue, du moins probable. »
Un silence se fait du côté de Houston.
« Nous n’avions pas anticipé une réaction si sévère aux contraintes d’accélération », admet finalement Woolrich.
Spay ne peut s’empêcher d’ajouter avec une pointe d’ironie : « Honnêtement, colonel, je ne suis pas sûr qu’il supporte un vol transatlantique en American Airlines. Alors un vol orbital ? »
« Certes. Croyez-moi, si nous avions eu le choix… »
« Je n’en doute pas, mon colonel. La perte est regrettable, une variable intégrée dans la mission. Nous ferons en sorte qu’O’Neill puisse faire le travail de deux. »
« On n’attendait pas moins de vous, Spay. Vous comprenez bien que seuls ces deux hommes peuvent approcher Blacksat. »
Cette dernière phrase confirme tous les soupçons de Spay.
Le rapport médical
Woolrich s’adresse ensuite à Turner : « Turner, qu’en est-il exactement de la situation ? Quel est le rapport ? »
Turner répond d’une voix professionnelle : « Comme l’a expliqué le commandant Spay, malheureusement Weintraub n’a pas survécu au décollage. Nous procéderons à une autopsie sommaire et une évaluation. »
« Quelle est la raison de sa mort ? »
« Un arrêt cardiaque probablement, suivi de ruptures vasculaires multiples. Le stress combiné à son état cardiovasculaire a provoqué l’éclatement de nombreux vaisseaux sanguins. »
« Qu’avez-vous fait du corps ? »
« Pour l’instant, il a été placé en isolement. Le protocole a été suivi. Nous le ramènerons sur Terre. »

MacMillan et O’Neill
Pendant que les autres poursuivent la conversation avec Houston, MacMillan se détache de son siège. Il se guide vers l’étage inférieur où se trouve O’Neill.
Il découvre O’Neill le visage plaqué contre le hublot, recroquevillé, ne faisant même pas attention à sa présence. MacMillan l’entend murmurer quelque chose d’inaudible.
MacMillan s’approche doucement par-derrière. Il le prend dans ses bras, mais gentiment, sans violence. « Je sais à quel point, après vous avoir vu lors de cette soirée, la perte de cet amour doit être difficile. J’espère un jour connaître pour une femme le même amour que celui que j’ai vu entre vous. Maintenant, il restera à jamais dans notre esprit et dans tes souvenirs. »
Puis il ajoute, cherchant à créer un lien de complicité : « Si seulement ça avait pu être ce connard de Belton à sa place qui serait mort. » Il fait référence à l’homophobie notoire de Belton, qui ne cesse de militer contre les droits homosexuels dès qu’il le peut.
Il serre O’Neill un peu plus fort dans ses bras.
O’Neill s’effondre et pleure. MacMillan reste là pour le réconforter.
Les nombres recommencent
À ce moment-là, l’obscurité envahit progressivement la pièce. Dans l’espace, le soleil se lève et se couche toutes les 90 minutes – un spectacle incroyable à vivre, mais déstabilisant.
Dans cette pénombre croissante, MacMillan entend O’Neill lui murmurer à l’oreille : « Ça va recommencer, vous savez. Ça va recommencer. Les nombres. Ils nous regardent. »
MacMillan tente de le ramener à la réalité : « Mais peut-on encore faire quelque chose ? Il faut rester concentré. Il faut rester concentré sur la mission. Est-ce que vous pensez y arriver seul, Al ? »
O’Neill le regarde dans les yeux. Sa réponse est troublante : « Tout dépend de vous. »
« De nous ou de moi ? »
« De vous tous. Le plus difficile reste à faire. »
Conversation privée avec Woolrich
Pendant ce temps, dans la salle de briefing, Spay est seul face à la radio. La voix de Woolrich résonne : « Vous êtes encore là, Spay ? »
« Affirmatif, colonel. »
« Très bien. Je tenais à vous remercier. Vous avez dirigé cette équipe d’une manière exemplaire. Comment va O’Neill ? »
« Plutôt bien, je crois. Je m’entretiendrai avec lui en tête à tête dans la salle de briefing. »
« Il n’est pas en état de choc ? »
« Sans doute un peu. »
« Très bien. Je veux que vous vérifiez le travail de Turner. Je veux juste m’assurer que le corps de Weintraub ne va pas flotter dans la cabine et qu’il est solidement sanglé. »
Spay répond avec une certaine froideur : « Turner a appliqué le protocole habituel en cas de décès lors d’une mission. Et je vais m’assurer qu’elle fasse avec O’Neill ce qu’elle n’a pas fait avec Weintraub, à savoir le bourrer de ce qu’elle veut pour qu’il réussisse sa mission. »
« Très bien. Nous en reparlerons au débriefing, mais je veux que vous restiez tous concentrés sur la mission. Et surtout vous. »
Spay marque une pause avant de répondre : « N’ayez aucune inquiétude, colonel. Cette mission n’aurait jamais dû être nécessaire. Ces hommes n’auraient jamais dû être mis dans cette situation. Mais le choix ne m’appartenait pas et il ne vous appartient pas non plus. Nous sommes des militaires, nous avons l’habitude d’obéir sans poser de questions. »
« Je n’en attendais pas moins de vous. »
L’Enjeu stratégique
Woolrich devient plus grave : « Ce que je peux vous dire, c’est que Blacksat doit être réparé par eux, par O’Neill et par personne d’autre. Et si vous échouez, comment vous dire ? Les conséquences… Je ne suis pas autorisé à en discuter, mais croyez-moi : quand je dis qu’elles pourraient être catastrophiques, je pèse mes mots. Vous comprenez ? »
« Je me doute que les conséquences, vu l’importance de cette mission et vu le caractère – pardonnez-moi, colonel – mais improbable des civils qui nous accompagnent, je me doute du caractère hautement stratégique de la mission que vous nous avez confiée. »
« Il n’y a que vous et moi dans cette communication. Je compte sur vous, Spay. »
« Vous pouvez. »
Un long silence s’installe. Puis la communication s’arrête.
Inspection des équipements
Belton et Hamlet entrent dans le compartiment des équipements extravéhiculaires. Ils suivent scrupuleusement les consignes de Spay. Leur mission : inspecter les trois MMU (Manned Maneuvering Unit) qui serviront lors de la sortie pour rejoindre Blacksat.
Les MMU sont des combinaisons spatiales high-tech équipées de propulseurs dorsaux qui ressemblent à de petits vaisseaux spatiaux personnels. Belton et Hamlet les ont déjà contrôlées lors des entraînements dans la piscine de simulation, mais cette fois-ci, l’inspection doit être absolument méticuleuse.
Belton est aux côtés de Hamlet, prêt à examiner chaque détail.
Il faut préciser que Spay ne leur a pas demandé d’inspecter le fonctionnement des équipements. Il leur a demandé de relever toutes les anomalies – toutes les choses qui ne seraient pas exactement comme d’habitude. Un changement d’étiquette sur la combinaison MMU, un outil d’intervention un peu plus long ou un peu plus court, n’importe quelle modification, aussi minime soit-elle.
Hamlet a également apporté clandestinement son propre MMU à bord. Pour l’instant, personne ne sait qu’il y a quatre MMU au lieu de trois. Belton et Hamlet vont le découvrir à l’instant.
L’Inspection commence
Lorsque Belton et Hamlet entrent dans le compartiment des équipements extravéhiculaires, Belton se tient face à Hamlet et lui tend le carnet de checklist qui se fixe magnétiquement à la cuisse. Hamlet, de son côté, tient la boîte à outils dans ses mains.
Belton déclare d’une voix professionnelle : « On va y aller méthodiquement. »
Il est extrêmement professionnel, à un point qui agace presque Hamlet. Mais ce dernier peut voir dans ses yeux que Belton est extrêmement éprouvé par ce qui s’est passé. Il n’est clairement pas dans un état confortable par rapport à la situation.
Soudain, Belton pose une question à voix basse : « Hamlet, vous pensez que Spay est dans son état normal ? Vous avez bien entendu les consignes de Turner. Elle nous l’a dit. Il faut qu’on se méfie de lui. Et vous croyez qu’il va nous mener à bon port ? Vous ne pensez pas qu’il est en train de faire un acte de sédition ? »
Belton marque une pause, puis avoue : « Il n’est pas normal. Vous voulez que je vous dise ? J’ai peur, moi aussi, de ce qu’on est en train de faire. »
Tensions dans l’équipage
Hamlet répond calmement : « Je suis soulagé de cette discussion qu’on peut avoir. On ressent tous ce malaise. On perçoit tous ces dysfonctionnements. Et pour l’instant, on fait notre mission, telle qu’on nous l’a demandé. Simplement, on se serre les coudes. »
Il marque un temps d’arrêt perceptible avant de continuer : « Et s’il y a une personne en qui on peut avoir confiance, je pense que c’est le commandant. »
Belton insiste : « J’ai vu ses mains. Vous avez remarqué quand il nous parle ? Ses mains tremblent. »
« Que voulez-vous dire, Belton ? On est tous à cran. »
« Peut-être que le commandant a des raisons d’être à cran, lui aussi. Mais il ne va pas… Je veux dire, il sait ce qu’il fait. N’est-ce pas ? »
Hamlet ramène la conversation à leur tâche immédiate : « On va vérifier les systèmes, les joints d’étanchéité. Il ne faut rien oublier. Le circuit de refroidissement, les propulseurs, la communication, l’alimentation d’oxygène. Hamlet, tu vas prendre le MMU1 et je vais m’occuper du 2. »
Quatre MMU
C’est alors que Belton remarque quelque chose d’anormal. « Il y en a un en plus. Comment ça, il y en a un en plus ? Il ne devait en avoir que trois. Un pour moi, un pour toi, un pour Hamlet. Un pour O’Neill. Et un pour Weintraub, du coup. »
Ils réalisent qu’en fait, il n’y avait qu’un seul militaire qui devait accompagner les deux civils lors de la sortie extravéhiculaire. Donc trois MMU au total. Mais là, il y en a quatre.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? » demande Belton, perplexe.
Hamlet répond : « Je vais m’en occuper. »
Ils commencent la surveillance méthodique. Ils couvrent tous les systèmes des MMU, vérifiant chaque détail avec une attention méticuleuse.

Une découverte horrifiante
Soudain, Belton s’arrête net. Il reste immobile devant un système de survie – le sac à dos situé à l’arrière qui contient les réserves d’oxygène et tous les gaz nécessaires permettant aux astronautes de se maintenir en vie pendant six heures dans le vide spatial.
« Hamlet, viens voir ça. »
« Qu’est-ce qu’il se passe, Belton ? Qu’avez-vous trouvé ? »
Belton pointe du doigt. Sur le côté du système de survie, à moitié caché sous une housse de protection, il y a quelque chose qui ne devrait pas être là : un boîtier noir avec des câbles qui disparaissent dans les entrailles du pack.
« C’est quoi, ce bordel ? » murmure Belton.
Cette combinaison est attribuée à O’Neill – la combinaison numéro 1. Belton se penche immédiatement sur les autres combinaisons pour vérifier.
Hamlet fait un signe à Belton, un doigt sur la bouche, comme s’ils pouvaient être écoutés. Il prend un stylo et une feuille pour qu’ils communiquent par écrit.
Belton ne se contente pas d’observer. Il glisse doucement sa main entre les housses de protection et le cadre du système de survie, suivant les câbles avec ses doigts.
« Hamlet, éclaire ici », demande-t-il à voix basse.
Hamlet s’exécute. Les câbles partent vers l’antenne radio interne. Ils sont connectés à un récepteur numérique couplé à un effecteur de sortie, et tout disparaît dans le système de régulation d’oxygène.
Belton suit le dernier câble aussi loin qu’il peut le remonter dans le MMU. Il mène à… « Oh, bon Dieu, bon Dieu, bon Dieu ! »
Il reste totalement figé.
Un Kill Switch télécommandé
« C’est branché directement sur l’alimentation en oxygène », constate Belton d’une voix blanche. « Ce dispositif peut probablement injecter quelque chose dans notre air. Ou le couper, ou… C’est un kill switch. Un putain de kill switch télécommandé. »
Un kill switch. Cela signifie que quelqu’un peut les tuer à distance dans l’espace.
Hamlet se précipite sur les autres MMU pour vérifier. Elles ont toutes ce dispositif. Les quatre. Même la quatrième.
« Ok, Belton, continuez l’inspection. Je vais en référer au commandant », décide Hamlet.
MacMillan tente de faire parler O’Neill
Pendant ce temps, dans une autre partie de la navette, MacMillan continue sa conversation avec O’Neill. Maintenant que ce dernier a commencé à se confier un peu, MacMillan essaie de lui tirer les vers du nez.
« Quel est le plan ? Maintenant que tu es tout seul, il faut que tu trouves quelqu’un pour t’aider. Je pense que je suis le plus près de toi pour… Il faut juste que tu te confies. Il te faut un ami parmi nous. »
Il continue doucement : « Tu m’en as déjà parlé. Dis-moi quel est l’enjeu de la mission. Dis-moi comment je peux t’aider. J’ai bien compris ce qu’il a dit. Je sais bien que ça ne va pas se passer comme on avait prévu. Je sais bien qu’il y a beaucoup de choses secrètes derrière tout ça. »
MacMillan se fait plus direct : « Tu sais très bien que si on vous a choisis, vous, c’est bien que vous avez des… Il y a bien quelque chose qu’on ignore. »
À ces mots, les yeux d’O’Neill deviennent extrêmement durs. Il se referme complètement.
« Il ne fallait pas écouter ce qu’a dit Weintraub. Il délirait. Il était en train de faire une commotion cérébrale. Ça n’a aucun sens. Il faut rester concentré sur la mission. »
« La mission, sans lui, ça va être difficile », fait remarquer MacMillan.
« Ça ira. Ça ira. Vous êtes des héros, après tout. Et moi, je suis là. Tout se passera bien. »
MacMillan change de tactique. Il opte pour une approche plus personnelle, plus humaine : « Raconte-moi. J’aimerais vraiment savoir comment vous vous êtes rencontrés. Quelle est l’histoire derrière tout ça ? »
O’Neill hésite un instant. « L’histoire est longue. »
« Mais on a un peu de temps devant nous. On a deux jours… »
O’Neill hésite encore, puis répond évasivement : « Il y a un plan. Le plan de tout ça. Méfie-toi. »
Puis il ajoute de manière rassurante : « Tout se passera bien. »
Il tapote l’épaule de MacMillan, s’écarte et disparaît dans l’obscurité croissante de la cabine. « Je dois me reposer maintenant. »
MacMillan le laisse partir, conscient qu’il n’en tirera rien de plus pour le moment.
Stratégie de contre-mesures
Après la découverte des kill switches, Hamlet se rend immédiatement auprès du commandant Spay pour lui faire son rapport. La gravité de la situation est évidente : quelqu’un a équipé toutes les combinaisons spatiales de dispositifs permettant de tuer les astronautes à distance.
L’équipe militaire se réunit pour établir une stratégie. Ils décident de désactiver ces boîtiers mortels, mais sans que Houston puisse s’en rendre compte. Le sabotage doit être discret, invisible depuis la Terre.
Spay donne des ordres stricts : il ne faut surtout pas en parler à O’Neill. Il redouble de vigilance et ordonne une inspection exhaustive. Chaque boulon, chaque millimètre de la navette et de tous leurs équipements doivent être inspectés. À l’excès.
MacMillan participera également à cette inspection minutieuse. Turner est également mise dans la confidence et reçoit pour mission d’inspecter tout le laboratoire médical : tous les médicaments, toutes les pilules, les réserves alimentaires, les jus d’orange, les plateaux-repas, les aliments déshydratés. Absolument tout.
Spay pose même la question qui dérange : « Turner, êtes-vous bien sûre que ce que vous avez injecté à Weintraub était bien de l’adrénaline ? »
Tout doit être vérifié. Rien ne peut être laissé au hasard.
Une confiance fragile
Dans les heures qui suivent, MacMillan constate qu’il est devenu le seul membre de l’équipage avec qui O’Neill accepte de discuter. Le scientifique reste très détaché, froid sur certains sujets, notamment sur la nature exacte de la mission. Il se referme complètement dès que MacMillan aborde ce sujet.
O’Neill a également expliqué à MacMillan sa version de ce qui s’est passé lors du décollage avec Weintraub. Cela a surpris MacMillan de constater l’incompétence apparente de Turner dans la gestion de la crise. O’Neill n’a clairement aucune confiance en elle.
MacMillan comprend qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour mettre O’Neill en confiance. Il doit peut-être trouver des déclencheurs, des sujets qui permettraient de le faire parler davantage. Mais pour l’instant, il est la seule voie d’accès au scientifique.
Le dilemme technique
De leur côté, Belton et Hamlet travaillent sur la question des kill switches. Belton prend son travail très au sérieux. La découverte de ces dispositifs l’a littéralement mortifié. Comment peut-on envisager de tuer des astronautes en mission ?
Grâce à son expertise militaire en transmissions, Hamlet parvient à déterminer que l’antenne radio des boîtiers est suffisamment puissante pour être pilotée non pas depuis l’appareil lui-même, mais directement depuis Houston. Quelqu’un sur Terre peut donc activer ces kill switches à distance.
Cette révélation rend la situation encore plus grave.
Hamlet et Belton se retrouvent face à trois options pour neutraliser ces dispositifs :
Option 1 : Les laisser actifs. La séquence restera propre, sans interférence détectable. Mais l’équipage reste à la merci de quiconque contrôle ces boîtiers.
Option 2 : Les démonter partiellement. C’est un sabotage discret, mais avec un risque : la manipulation pourrait être repérée par Houston lors des vérifications à distance.
Option 3 : Les neutraliser complètement. Démonter entièrement les dispositifs et examiner leur contenu pour comprendre exactement comment ils fonctionnent. Mais cette action sera certainement repérée depuis la Terre.
48 Heures avant Blacksat
L’équipage de Discovery dispose de 48 heures avant d’atteindre Blacksat. 48 heures pour inspecter minutieusement chaque centimètre de la navette. 48 heures pour neutraliser les menaces cachées dans leur équipement. 48 heures pour préparer une mission dont personne ne connaît vraiment la nature.
Hamlet décide de prendre le temps de la réflexion. Il doit trouver une solution pour désactiver les kill switches sans alerter Houston. Une solution qui pourrait sauver leur vie tout en leur permettant d’accomplir cette mystérieuse mission.
Belton, de son côté, reste profondément troublé par les événements. La mort horrible de Weintraub, les soupçons autour de Spay, la découverte des dispositifs mortels – tout cela pèse lourdement sur son esprit. Mais il continue méthodiquement son travail, conscient que leur survie dépend de leur vigilance.
Dans l’obscurité cyclique de l’espace, où le soleil se lève et se couche toutes les 90 minutes, l’équipage de Discovery flotte en orbite terrestre. Au loin, quelque part dans le vide spatial, Blacksat les attend.
Que cache vraiment ce satellite ? Pourquoi seuls O’Neill et Weintraub pouvaient-ils l’approcher ? Pourquoi Houston a-t-il équipé les combinaisons de kill switches ? Et surtout, que se passera-t-il lorsqu’ils atteindront enfin leur destination ?
Les réponses à ces questions attendent l’équipage dans les profondeurs glaciales de l’espace. Dans 48 heures, ils sauront. Ou ils mourront en essayant de découvrir la vérité.
La mission continue. La survie aussi.


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