MacMillan exerce une légère pression sur le joystick gauche. Un minuscule jet de gaz s’échappe du propulseur de tribord. La navette commence à pivoter doucement, s’alignant avec la trajectoire calculée. Une autre touche – les propulseurs avant s’allument brièvement, et la navette ralentit. C’est comme essayer de garer une voiture de 20 tonnes en roulant à 28 000 km/heure.
MacMillan le sent. La sueur perle sur son front. Il voit la vitesse relative baisser : 3 mètres par seconde, 2 mètres 50, 2 mètres, puis 1 mètre 50, 1 mètre. La navette glisse à travers l’espace, presque au ralenti. La Terre apparaît devant eux, très proche. MacMillan maintient sa position avec une précision millimétrique, le joystick parfaitement stable.
« On devrait avoir un visuel, Lieutenant-Colonel. Maintenant. »

Première vision de Blacksat
Et là, devant eux, apparaît une masse sombre qui émerge du fond étoilé, éclairée par le soleil sous un angle oblique.
« Le visuel est confirmé. Blacksat est désormais à 400 mètres. Le rapprochement continue. »
MacMillan utilise le zoom de sa caméra pour stabiliser l’image. Pour la première fois, ils voient effectivement leur cible.
Blacksat n’a rien de spécial au premier regard. C’est juste un satellite. Un objet artificiel flottant dans le vide. Mais en regardant plus attentivement, il y a quelque chose qui ne va pas. Quelque chose de faux. C’est comme regarder une image normale où un détail minuscule a été déplacé. Ils ont cette sensation de malaise sans pouvoir identifier pourquoi.
La structure est octogonale : huit faces plates formant un corps central d’environ 3 mètres de diamètre. La surface est mate, non réfléchissante. Un noir qui absorbe la lumière plutôt que de la renvoyer.
À chacun des huit angles sont déployés des panneaux solaires. Ce ne sont pas les panneaux rectangulaires bleus qu’on peut voir sur les photos de la Station Spatiale Internationale. Ceux-là sont différents. Beaucoup plus sombres, avec une texture cristalline qui capte la lumière solaire d’une manière étrange, mais très efficace. Trop efficace. Les panneaux ne reflètent presque rien. C’est comme s’ils avalaient la lumière.

L’arme
Ce qui attire leur attention, c’est la structure de support qui dépasse du côté tourné vers la Terre. Un bras mécanique – ou quelque chose qui y ressemble – s’étend sur environ 2 mètres du corps principal. À son extrémité se trouve une plaque circulaire d’environ 1 mètre de diamètre.
La plaque au bout de ce bras articulé bouge lentement, avec une précision mécanique parfaite. Elle pivote sur son axe, s’incline, se réoriente, testant apparemment sa plage de mouvement complète – environ 90 degrés dans chaque direction.
C’est l’actionneur de gravité. Le dispositif qui peut modifier la masse des satellites à 37 000 km de distance et créer des spires gravitationnelles ou des crêtes. C’est l’arme.
MacMillan ne dit rien. Mais ses mains serrent toujours les commandes.
Turner sent un frisson la parcourir. Elle n’a pas froid – la température dans le cockpit est parfaitement régulière – mais il y a quelque chose de beaucoup plus profond, de plus primitif qui l’atteint.

Positionnement final
« MacMillan, quand le point de stationnement sera atteint, orientez la navette pour que nous n’ayons plus Blacksat en visuel. En direction de la Terre. N’importe quelle direction, du moment que nous n’ayons plus Blacksat en visuel. »
MacMillan s’exécute, corrigeant la position de la navette.
Turner vérifie ses écrans de constantes vitales. Le rythme cardiaque de Belton est élevé mais stable : 92 BPM. Hamlet est à 88, sa respiration légèrement accélérée mais contrôlée. Et O’Neill est à 76.
Turner fronce les sourcils. Le rythme cardiaque d’O’Neill est presque trop calme. Comme s’il était en méditation profonde. Comme si quelqu’un avait accepté sa propre mort.

Réactivation des communications
« Juste une petite seconde », dit Spay. « Tant que je ne vous ai pas prévenus, prenons garde à ce que nous allons lui dire. »
Il réactive la liaison radio avec Houston.
« Discovery, ici Houston. Est-ce que vous me recevez ? »
« Houston, Discovery. Nous vous recevons. »
« Désolé. Pour des raisons qui nous échappent, la proximité de Blacksat semble malmener notre connexion radio. Nous avons la cible en visuel et l’équipage s’apprête à faire sa sortie. »
« Très bien. Pouvez-vous nous confirmer que tout se passe correctement ? »
« Parfaitement. »
« Quelle est la distance entre vous et le satellite ? »
« 350 mètres. Nous nous apprêtons à nous mettre en position de stationnement. »
« Très bien. Le commandant Woolrich voudrait vous parler, Lieutenant-Colonel Spay. »
La voix du commandant résonne dans les haut-parleurs : « Spay ? Ici Woolrich. Je veux qu’à partir de maintenant vous laissiez les communications ouvertes. Nous avons besoin de communiquer directement avec O’Neill. »
« Les communications n’ont jamais été fermées », répond Spay. « Mais que ce soit entre les combinaisons MMU ou entre la navette et Houston, il se passe quelque chose qui perturbe nos communications avec vous. »
« Des interférences ? »
« Interférences, probablement. Éruption solaire, interférences d’autres satellites, interférences étrangères… une enquête devra sans doute être menée une fois que nous serons rentrés à la base. »
« Très bien. Nous sommes vraiment attentifs à ce qui va se dérouler. Tous nos espoirs se portent sur vous, Spay, et votre équipage. »
Spay perçoit une profonde nervosité dans la voix de Woolrich. Un trouble.
« L’équipage s’apprête à être en EVA. En sortie extravéhiculaire. »
« Très bien. Nous comptons sur vous. »

L’enfilage des combinaisons
L’hyperoxygénation est complète. Le moment est venu de commencer l’habillage.
Les trois astronautes enfilent leurs combinaisons spatiales. Belton entre dans la sienne en premier. Le processus est laborieux en apesanteur. Il insère ses bras dans les manches, vérifie les joints. Hamlet l’aide avec les dernières connexions : les tubes d’oxygène, les câbles électriques, le système de refroidissement.
C’est au tour de Hamlet d’enfiler sa combinaison.
O’Neill, lui, s’habille tout seul. Ses mouvements sont très précis, très méthodiques, comme s’il avait fait cette expérience mille fois. Ce qui surprend Hamlet et Belton. Mais il y a quelque chose dans ses gestes qui perturbe. Une finalité. Comme s’il enfilait plutôt un linceul qu’un équipement de protection.
« Vérification des combinaisons », dit Belton.
Sa voix résonne distinctement dans son casque. Il repasse sa checklist : oxygène, système de refroidissement… Les radios, pas besoin de les vérifier. Elles sont mortes. Neutralisées.
Belton fait un signe manuel OK à Hamlet et à O’Neill. Tous deux répondent de même.
Pas de retour en arrière maintenant.

L’ouverture vers le vide
« Début de la dépressurisation », annonce la voix de Turner dans le cockpit.
Un sifflement aigu se fait entendre. Le sas commence à s’ouvrir légèrement. L’air est pompé vers la cabine principale. La pression chute. L’atmosphère disparaît en quelques secondes, et le silence absolu s’installe autour d’eux. Le vide.
L’écoutille interne derrière eux est fermée. L’écoutille externe commence à s’ouvrir.
La lumière du soleil entre d’un coup. C’est aveuglant. C’est pur. C’est une lumière non filtrée par aucune atmosphère.
Belton est le premier à sortir. Il se hisse par l’ouverture avec ses mains gantées, agrippe les prises fixées autour du cadre et commence à grimper. Il émerge dans la soute du Discovery. Au-dessus de lui – et en dessous, selon la perspective – les portes de la soute sont déjà ouvertes. La grande soute qui doit normalement contenir les satellites, le bras articulé, s’ouvre au-dessus de leurs têtes.

Face au vertige
Hamlet commence à respirer calmement. Il faut qu’il se concentre. Il a un travail à faire.
Parce qu’au-dessus de lui, il voit la Terre qui défile en silence à 320 km plus bas. Et c’est juste vertigineux. Même après tout l’entraînement, malgré les heures en simulateur, rien ne peut préparer à flotter au-dessus d’une planète avec seulement une combinaison entre soi et le vide infini.
Hamlet attrape le cordon de sécurité. C’est un câble épais fixé à la paroi intérieure de la soute. Ce câble les relie directement à la navette. C’est leur seule sécurité.
C’est au tour de Hamlet. Il commence à sortir, se hisse avec beaucoup moins de grâce que Belton. Ses mouvements sont un peu plus lents, un peu moins assurés. Mais ça fait le travail.

L’Incident
Au moment où il attrape le cordon de sécurité, il y a un problème. Son pied s’empêtre dans le câble. Il commence à partir à l’envers. Son MMU s’active automatiquement. Il décrit comme une espèce de looping à l’intérieur de la soute.
Belton panique immédiatement.
Dans le cockpit, MacMillan voit sur les caméras Hamlet qui part en sucette – littéralement – dans l’espace, tournant comme une toupie dans la soute. Les propulseurs du MMU le poussent dans une trajectoire non désirée, le faisant tournoyer sur lui-même. Et dans son mouvement, il entraîne O’Neill avec lui, qui est juste derrière.
C’est un bordel pas possible. Un enfer.
« Belton ! Le pied ! » Hamlet fait signe à Belton par gestes.
Belton s’aperçoit du problème. Il voit le câble s’enrouler autour de Hamlet, entraîner dans son sillage O’Neill. Le câble – ce qui les relie à la navette, comme une cordée d’escalade – est sur le point de se rompre.
Reprise de contrôle
Hamlet tente de reprendre le contrôle de sa combinaison spatiale. Cette fois, il y parvient. Il se déroule du câble. Il était à deux doigts de le rompre, mais le câble tient, même s’il est visiblement endommagé, ayant pris un coup dans son extension.
Belton essaie de stabiliser Hamlet. Il écarte en arrière O’Neill pour le détacher du cadre dans lequel il était lui aussi empêtré.
À partir de maintenant, Hamlet voit vraiment les yeux d’O’Neill qui le regardent. À travers sa visière, il voit qu’O’Neill a eu très peur. Il le fixe intensément.
Mais rapidement, son regard se détache de Hamlet et fixe quelque chose au loin.
Blacksat.
Vers la cible
Les trois MMU – qui ressemblent à des espèces de fauteuils spatiaux blindés – quittent la paroi latérale de la soute. Belton est le premier à s’éloigner de la navette.

Progression le long du cordon
Belton est le premier à avancer tout au long du cordon de sécurité. C’est lui qui le déplie, main après main. Hamlet et O’Neill l’accompagnent à l’arrière dans l’apesanteur. Le MMU de Belton se stabilise. Il regarde exactement où ils sont positionnés, leur demande par signes si tout va bien.
Les propulseurs à gaz à air froid, les petits réservoirs d’oxygène de secours qui sont sur les côtés – tout prend vie au sein de leurs combinaisons. Belton active les systèmes un par un. Des petits voyants s’allument sur son panneau de contrôle. Tout passe au vert. Tout fonctionne. Sauf la radio, évidemment.
Hamlet arrive ensuite, plus lentement. Ses mains gantées cherchent des prises avec moins d’assurance. Il pense très fort, concentré. Il voit les mouvements de Belton qui lui disent doucement, pas de précipitation. Il commence à les rejoindre, tout doucement. Vert, vert, vert – il active les systèmes. Les propulseurs se mettent en route.
Encadrer O’Neill
Puis c’est le tour d’O’Neill. Hamlet et Belton sentent qu’il était sur le point d’activer ses propulseurs de manière erratique. Hamlet réagit immédiatement. Il lui fait un signe pour voir s’il le regarde, s’il arrive à se concentrer. Oui, O’Neill le voit. Hamlet lui indique les étapes par gestes.
Belton détache le câble de guidage – une espèce de longe rétractable qui les relie toujours au vaisseau. Tout ce que doit faire O’Neill, c’est activer ses propulseurs dorsaux de manière à pouvoir continuer à avancer le long de cette longe. Si ses mouvements sont corrects, s’il ne manque pas de fluidité, tout ira bien. Il sera capable de les accompagner.
Il n’y a rien de complexe dans sa manœuvre. Mais ils ont un objectif : avancer au plus près du satellite.

Détachement et navigation
Les MMU avancent. Ils sentent leurs petits propulseurs à gaz froid cracher de minuscules jets d’azote comprimés. Ils sont détachés littéralement de la navette. Ils sont libres. Et ils sont toujours attachés au Discovery par ce fameux cordon de sécurité.
Les mouvements de Hamlet sont un peu brusques. Ses jets de propulseurs sont un peu trop longs. Mais il se rattrape, se stabilise. O’Neill suit, guidé par le câble de Belton.
Maintenant, ils avancent hors de la soute ouverte, au-dessus de la Terre, sous les étoiles. Belton oriente son MMU vers Blacksat qui maintenant est bien visible. C’est une forme sombre, octogonale, à 300 mètres de distance. 300 mètres – une distance ridicule sur Terre. Mais dans l’espace, c’est un gouffre, un abîme immense.
Belton calcule mentalement la trajectoire, la poussée nécessaire, le temps de transit, l’activité des propulseurs. Un petit jet de gaz. Son MMU commence à avancer lentement, inexorablement. Le cordon de sécurité se déroule derrière lui. 10 mètres, 20 mètres, 50 mètres. Il s’éloigne.
Hamlet le suit. Il ajuste sa trajectoire. Il oscille légèrement. « Merde, merde, merde… » Il rétablit. Il est beaucoup plus précis maintenant. Son MMU se réaligne. Il reprend la trajectoire.
Le comportement étrange d’O’Neill
Hamlet sent la présence d’O’Neill derrière lui. Il sent aussi qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Le câble a une tension bizarre. Elle n’est pas constante. Elle se relâche par moments, puis se tend brusquement. Comme si O’Neill activait ses propulseurs de manière erratique.
Belton regarde en arrière. Il fait un mouvement difficile avec son MMU pour s’approcher d’O’Neill. O’Neill a une posture étrange. Il n’est pas paniqué, pas inconfortable. Il semble ailleurs. Comme si son esprit était déjà ailleurs et que son corps suivait mécaniquement.
Belton a compris la manœuvre de Hamlet. Il s’agit de tenir O’Neill comme une personne âgée qui souhaiterait traverser la rue. De l’encadrer, de le guider.

Approche de Blacksat
Ils sont à 150 mètres maintenant. Les cordons de sécurité continuent à se dérouler. Belton vérifie la tension du cordon. Elle est bonne, ferme, pas excessive. Ils continuent à avancer.
Ils sont maintenant à mi-chemin. Blacksat est beaucoup plus visible. Sa forme octogonale se détache clairement contre le noir de l’espace. Les panneaux solaires captent la lumière solaire avec une efficacité étrange. L’actionneur de gravité – cet espèce de bras mécanique avec sa plaque circulaire – continue ses mouvements fluides. Il pivote, s’incline comme s’il testait quelque chose.
Ou cherchait quelque chose.
Hamlet a cette impression qu’il les cherche.
Belton secoue la tête. Il lui fait signe : reste concentré. Il ajuste sa trajectoire. Un petit propulseur à tribord. Il pivote légèrement. Ils suivent. Ils glissent à travers le vide dans un silence absolu.
Parce qu’il n’y a pas de son dans l’espace. Juste le bruit de leur propre respiration dans leurs casques. Le bourdonnement léger du système de circulation d’air. Le battement de leurs cœurs dans leurs oreilles. Et le vide. Le vide immense, infini, qui s’étend autour d’eux dans toutes les directions.

Dans le cockpit : Le rapport de Turner
Turner fixe son écran. Elle voit les trois points lumineux – les balises de localisation des MMU. Ils se rapprochent lentement de Blacksat.
Elle fait son rapport, toutes les quelques minutes.
Belton : 98 BPM. Sa respiration est contrôlée, tout va bien.
Hamlet : 112 BPM. C’est un peu plus élevé. Probablement des difficultés de navigation, mais c’est dans des limites acceptables.
Et O’Neill… est à 74.
74 BPM.
Comment, humainement, c’est possible ? Turner fronce les sourcils. Ça ne va pas, c’est trop calme. C’est beaucoup trop calme pour quelqu’un qui flotte dans l’espace. C’est un rythme cardiaque de quelqu’un qui est en méditation profonde. Quelqu’un qui fait la paix avant sa mort imminente.
« Lieutenant-Colonel, tout semble fonctionner correctement. Mais je tiens à notifier que le rythme cardiaque de notre passager O’Neill est anormalement faible. Rien qui puisse le mettre en danger, mais anormal pour l’activité physique qu’il est en train de faire. Je ne sais pas ce que ça signifie. »
« Ils sont à combien de mètres de Blacksat ? »
« 250 mètres. Ils sont en train de se rapprocher. »
Blacksat devient réel
Blacksat devient beaucoup plus réel. Ce n’est plus une image sur un écran – c’est un objet massif, menaçant. Chaque détail devient visible.
Spay active la radio avec O’Neill. « O’Neill, tout va bien ? »
« Tout se passe bien, Lieutenant-Colonel. » Sa respiration est de plus en plus profonde. « Nous approchons des panneaux. Tout se passe bien. »
« Restez en communication avec moi. J’aurai besoin de vous. »
Hamlet voit maintenant les panneaux de près. Il voit les soudures entre eux. Certaines sont nettes, d’autres vraiment bizarres. C’est comme si deux technologies différentes avaient été utilisées. Et puis surtout…
Les détails troublants
Hamlet voit maintenant les marques sur les faces octogonales de Blacksat. Ce ne sont pas des symboles, finalement. Il a l’impression que ce sont des cicatrices de fabrication. Ou quelque chose d’autre. Difficile à dire.
L’actionneur de gravité continue à suivre leurs mouvements. Il pivote, s’incline. Comme une sentinelle qui scruterait l’horizon.
Belton sent un frisson le parcourir. Hamlet le voit – il est beaucoup plus nerveux. Au fond de sa tête, Belton se répète : « C’est qu’une machine, c’est qu’une machine, c’est qu’une machine. »
Mais il y a juste cette petite voix qui murmure dans sa tête : « Est-ce que tu en es vraiment sûr ? »
Belton ordonne un arrêt. Il est toujours attaché au câble, dérivant légèrement dans l’espace. Ils sont maintenant tous les trois en position d’observation. Le silence est absolu. Il n’y a pas de communication radio. Pas de voix rassurante de Houston. Pas même le bavardage habituel entre astronautes pendant une EVA. Juste leur propre respiration dans les casques, le bourdonnement de leurs systèmes de survie.
Belton lève la main. Il fait signe à Hamlet : Stop. Observation.
Hamlet répond OK. Il vérifie toutes les trente secondes la position d’O’Neill et jette régulièrement un coup d’œil vers le vaisseau pour vérifier s’il y a des communications par signaux lumineux. Il ne voit aucun signal. Par contre, il voit le visage d’O’Neill. Il flotte là, sa tête inclinée sur le côté, regardant Blacksat avec une intensité troublante.
Belton fait un nouveau signe : On peut avancer.
Face au Cyclope
Blacksat remplit maintenant tout leur champ de vision. Le corps octogonal mesure environ 3 mètres de diamètre. Ses huit faces sont couvertes d’une surface mate noire qui absorbe la lumière. Les panneaux solaires sont déployés. L’actionneur de gravité est maintenant orienté dans leur direction. C’est comme si la plaque circulaire d’un mètre de diamètre les regardait comme un œil cyclopéen immobile qui attend.
Belton fait un signe : Rapprochement lent. Ensemble.
Hamlet acquiesce. Belton active ses propulseurs avec une extrême prudence. Un petit jet minuscule. Son MMU avance de quelques centimètres par seconde. 40 mètres. 35 mètres. 30 mètres.
Tension dans le cockpit
Dans le cockpit du Discovery, la tension est à son comble. Turner surveille les écrans de constantes vitales. Les trois astronautes sont toujours stables, malgré un rythme cardiaque qui commence à augmenter légèrement au fur et à mesure qu’ils se rapprochent du satellite.
Spay maintient la position de la navette avec de petites touches sur les propulseurs. Ses mains sont de plus en plus fermes maintenant. Il sent que les effets du sédatif se sont complètement dissipés.
MacMillan est silencieux à son poste. Mais ses yeux ne quittent pas l’écran qui montre les trois astronautes s’approchant de Blacksat.
Puis soudain, la radio crépite. « Discovery, ici Houston. Woolrich. Statut de l’équipe EVA. Spay, répondez-moi ! »
« Houston, Discovery, équipe EVA. »
« Où vous en êtes ? »
Spay attend un peu avant de répondre. « Désolé, Colonel, nous vous recevons extrêmement mal. La liaison est extrêmement difficile. Pouvez-vous répéter ? »
« Pourquoi je n’ai pas de signal radio des astronautes ? Les canaux sont morts ! »
« Je l’ignore, Colonel. » On entend distinctement la panique dans la voix de Woolrich.
« Houston, nous avons des interférences radio. Qu’est-ce qu’il se passe ? »
« Nous-mêmes, depuis la navette, nous n’arrivons pas à communiquer avec les astronautes, à l’exception d’O’Neill. »
« Houston, vous m’entendez ? Oui. Houston, est-ce que vous m’entendez ? Pouvez-vous confirmer que vous m’entendez ? Houston ? Houston ? »
Et Spay coupe la communication.

La rupture du protocole
MacMillan regarde son Lieutenant-Colonel qui vient de déroger aux règles. Il est complètement scotché par son attitude. Il se dit : « Mais qu’est-ce qu’il est en train de prendre comme risque ? » Il regarde Turner pour voir sa réaction.
Turner est blanche depuis le début. Elle est fébrile sur tout ce qui se passe. Elle n’a pas l’air d’avoir la moindre complicité avec le Lieutenant-Colonel, mais elle reste focalisée sur ses appareils.
« Lieutenant-Colonel, vous êtes bien sûr de vos décisions ? Je m’apprête à vous suivre, mais vous avez pesé les conséquences. »
« Si les gens étaient prêts à nous sacrifier, je ramènerai chaque membre de l’équipage – de MON équipage – sain et sauf. » Le mot a son importance. « Et qui plus est, cette mission sera réussie. »
Turner se retourne vers Spay, visiblement troublée par ses choix.
Casque contre casque
À l’extérieur de la navette, à 20 mètres de Blacksat, Belton arrête l’approche. Il fait signe à Hamlet : Stop. Discussion nécessaire. Il lui fait signe de se rapprocher.
Clairement, dans cette sortie spatiale, Belton a le lead total.
Il colle son casque à celui de Hamlet. Ils se touchent maintenant, côte à côte. Le son revient – étouffé, déformé, mais audible. Hamlet sent les vibrations qui passent à travers les matériaux des casques. La communication est très primitive, mais elle est fonctionnelle.
« Tu vois quelque chose de normal ? »
La voix de Belton est bizarre. « T’as vu ce que j’ai vu, Hamlet ? »
« Rien du tout n’est normal, Belton. Expliquez-vous. »
« L’actionneur. L’actionneur nous suit. Il s’est orienté vers nous dès qu’on est arrivé. Tu l’as remarqué ? Ça doit être un système de défense. »
« Oui, je le remarque. Un système de défense ? »
« On doit inspecter le corps principal. Il faut trouver un point d’accès. O’Neill a dit qu’il y a une écoutille quelque part. Et si l’actionneur fait quelque chose ? Bordel, on n’a aucun moyen de se défendre. Qu’est-ce qu’on fait ? »
« Je crois que c’est le moment de parler à O’Neill, Belton. »
Le plan d’O’Neill
Hamlet s’écarte de Belton et se rapproche d’O’Neill pour coller aussi son casque au sien. Ils forment maintenant un trio en communication directe.
« O’Neill, vous m’entendez ? »
« Oui. »
« Vous nous voyez le bras articulé qui nous suit ? »
« Oui. Depuis qu’on s’est approchés. »
« C’est le moment de nous expliquer ce qu’il se passe et comment on doit procéder. J’ai peur que Blacksat cherche à se défendre. »
« Ça va être beaucoup plus compliqué que prévu. Sur la face nord, celle qui est tournée vers l’espace profond, il y a une trappe. Elle est scellée, mais manuelle. C’est moi qui ai étudié les plans. Je peux vous guider. »
« On contourne tout le satellite pour passer par derrière, c’est ça ? »
« Oui. »
« Qu’entendez-vous par ‘Blacksat va chercher à se défendre’ ? »
« C’est que quand on va approcher de cette trappe, une fois qu’on l’ouvrira, il n’y aura plus de retour en arrière. L’artefact va savoir qu’on est là. Il va réagir. »
Ses yeux sont déterminés.
Hamlet est de plus en plus nerveux. « Je vais mettre de côté tout ce charabia que je ne comprends pas. Belton, il dit réagir comment ? Exactement. »
« Je ne sais pas… »
La Résonance
« Je ne sais pas exactement », répond O’Neill, « mais Bruce, le dernier mois avant le lancement, parlait de résonance. De fréquence de conscience. Comme si l’artefact pouvait sentir les esprits humains à proximité. »
Sentir. Le mot les dépasse complètement. C’est comme s’il était en train de leur dire que cette chose, ce satellite, était vivant.
« Il y a une conscience », continue O’Neill. « Je ne sais pas si quelqu’un est aux commandes. Je ne sais pas si ce satellite est automatisé, robotisé, si des consciences extraterrestres, étrangères, ou n’importe quoi, en ont pris le contrôle. Ce que je veux savoir, maintenant qu’on y est : comment allons-nous procéder ? Quels sont les dangers concrets ? »
Les trois hommes sont toujours collés dans leur câlin spatial, leurs casques en contact, communiquant par les vibrations.
« Comment le bras articulé peut nous mettre en danger ? »
« L’actionneur de gravité peut s’activer. Mais là, ça sera catastrophique. »
« Vous voulez dire que nous n’aurions plus le contrôle ? »
« Le contrôle de la conscience corporelle. Il faut agir avec prudence. Faire le vide dans nos esprits, s’approcher lentement, précisément. Vous vous en sentez capable, Hamlet ? La précision. »
Belton fait signe : poings fermés, pouces levés. Il envoie un deuxième signe : On y va. Même distance.
Panique à Houston
Dans le cockpit, la voix de Houston résonne : « Discovery, ici Houston, Spay, répondez-moi ! »
Mais Spay a coupé la radio. Il agit avec Turner et MacMillan, échangeant sur des observations factuelles concernant la mission, comme s’ils n’entendaient rien du tout.
« Spay, répondez-moi ! Vous êtes en train de foutre en l’air la mission, toute la mission ! Sans communication, comment vous voulez qu’on coordonne l’opération ? »
Spay les regarde calmement. Houston les espionne via les caméras – ils voient un Spay tout à fait naturel qui parle à ses coéquipiers, les lèvres bougeant comme si c’était une mission normale.
La voix de Woolrich trahit distinctement la peur. Il n’est pas en colère – il n’a juste pas le contrôle. Et il est terrifié.
MacMillan regarde son écran. Il voit Blacksat, les trois silhouettes qui se sont détachées et qui avancent tout doucement, très prudemment vers le satellite.
« Ils sont à 5 mètres », dit Spay de manière très calme, comme s’il confirmait simplement une donnée. Puis il ajoute à voix basse : « N’oubliez pas que ces gens avaient prévu de tous nous tuer. »
L’approche finale
Les trois astronautes flottent maintenant dans le vide absolu. La navette est derrière eux – elle semble minuscule maintenant, fragile, on croirait un jouet blanc suspendu dans l’immensité. O’Neill flotte au centre, encadré par Belton à sa gauche, Hamlet à sa droite. Les cordons de sécurité s’étirent derrière eux comme des cordons ombilicaux.
Blacksat est juste devant eux, à 5 mètres. Une distance ridicule.
Le satellite tourne lentement sur lui-même. Ils voient les huit panneaux solaires capter la lumière du soleil.
Spay fait un petit signe de la main, très discret. Il rallume la radio.
« Houston, est-ce que vous me recevez ? »
« Vous n’avez pas répondu à mes différentes demandes, Houston ? »
« Spay, qu’est-ce qui se passe ? »
« Je l’ignore. Nous avons demandé des instructions à de multiples reprises, et il semblerait que le signal radio soit perturbé. »
« Pourquoi nous ne sommes plus en communication avec Belton et Hamlet ? »
« La seule personne avec qui j’arrive à communiquer de manière sporadique, c’est O’Neill. Et vous-même, et encore de manière très épisodique. »
Un silence. « Il y a un problème ? »
« Aucun pour l’instant. Les astronautes se trouvent à moins de 5 mètres de la cible. »
« C’est parfait. Essayez d’avoir une communication avec O’Neill. Je veux l’avoir. »
« La communication est à nouveau perturbée ou coupée. Est-ce que vous avez des instructions que nous devons garder en tête ? »
« Les instructions vont suivre. Restez en ligne. »
« Je le veux bien, mais j’ignore si le système radio nous le permettra. »
L’urgence de Houston
« Écoutez, nous voyons que le rythme cardiaque d’O’Neill est en train de monter. Qu’est-ce qui se passe ? »
« Je lui ai parlé il y a quelques minutes. Je pense que c’est le stress. »
« La pression artérielle est en train de monter à 165 ! »
« C’est un civil non entraîné que nous avons mis dans une combinaison spatiale pour le faire approcher du satellite. Ce n’est pas— »
« Écoutez-moi ! Qu’est-ce qui se passe là-bas ? Pourquoi O’Neill est en train de paniquer ? »
« Je lui ai parlé il y a quelques minutes, il n’avait pas l’air paniqué. »
« Il doit toucher l’actionneur maintenant, vous m’entendez ? MAINTENANT ! »
« Vous pouvez répéter, je ne vous ai pas compris. »
« Il doit toucher l’actionneur maintenant ! Communiquez avec lui ! Si la radio ne fonctionne pas, utilisez les signaux lumineux, les flashs, n’importe quoi ! Mais faites-le approcher de ce putain de satellite, vous m’entendez ? Faites-le approcher de ce putain de satellite ! »
« O’Neill, est-ce que vous me recevez ? O’Neill ? O’Neill ? »
Grand silence.
Spay coupe la radio avec Houston.
« MacMillan, activez les systèmes lumineux pour que Hamlet et Belton s’assurent qu’O’Neill rentre dans la phase terminale de sa mission. Moi, de mon côté, je vais tenter de le joindre par radio. »
MacMillan s’exécute. Par signaux lumineux en morse, il envoie le message de procéder à la suite de la mission.

La plaque vivante
Le satellite continue de tourner lentement sur lui-même. Les panneaux solaires passent au-dessus des têtes de Belton, Hamlet et O’Neill. De plus près, le satellite leur semble immense. Bien plus immense que depuis la navette.
C’est l’actionneur de gravité qui attire leur regard. La plaque montée sur sa structure articulée pointe vers eux maintenant. Et cette plaque vibre. Ou plutôt, elle pulse.
Il y a quelque chose qu’ils ressentent.
Cette plaque est couverte de gravures – des équations, des symboles, des notations mathématiques qui semblent bouger quand on ne les regarde pas directement.
O’Neill se crispe soudainement dans son MMU. Son corps se tend. Il s’arrête. Ses mains gantées se crispent complètement sur la corde.
Hamlet le remarque immédiatement. Belton aussi. Il fait un signal : Problème ? Qu’est-ce qui ne va pas ?
Pas de réponse.
O’Neill fixe juste Blacksat. Sa tête bouge lentement d’un côté à l’autre, comme s’il observait quelque chose que les autres ne peuvent pas voir.
Belton fait signe à Hamlet : Il faut qu’on lui parle. Contact casque.
Ils s’approchent de lui, activant leurs propulseurs. Belton arrive le premier. Il colle son casque contre celui d’O’Neill.
Et à travers les vibrations, ils entendent ce qu’il dit :
« Mon Dieu. Mon Dieu. Je peux le sentir. »
La voix d’O’Neill est complètement hachée, haletante. Il est dans un état second.
Hamlet prend une voix autoritaire, comme lors de ses entraînements à l’armée.
Ramener O’Neill à la raison
« Écoutez-moi bien, O’Neill », dit Hamlet d’une voix autoritaire, essayant d’attirer son attention. « Rappelez-vous ce que vous nous avez dit. Il faut garder la mission en ligne de mire. La mission. Vous nous avez prévenu que ça allait être dur. C’est le moment de rester focus. »
« Je peux le sentir. Je peux le sentir », répète O’Neill, la voix tremblante. « Il y a quelque chose. Une présence. C’est comme une conscience. Pas une conscience comme la nôtre. C’est vaste. Tellement vaste. Et vieux. Si vieux. »
Il est en train de perdre le contrôle, en hyperventilation.
« Est-ce que vous m’entendez ? » insiste Hamlet.

Alerte dans le cockpit
Dans le cockpit du Discovery, Turner fixe ses écrans, son inquiétude croissante. Le rythme cardiaque d’O’Neill monte à 140 BPM. Sa pression est à 165. Il hyperventile.
« Houston, ici Discovery. »
« Discovery, est-ce que vous avez une solution ? »
« Je ne sais pas exactement ce qu’il se passe. Ce ne sont que les conséquences. Il faut rentrer en contact avec lui et voir si nous pouvons faire quelque chose. »
« Il ne répond pas. »
À cet instant, des flashs lumineux apparaissent. MacMillan les envoie depuis la navette. Belton les voit et fait signe à Hamlet : Regarde. Continue la mission.
Les flashs lumineux illuminent l’espace tout autour d’eux. Et O’Neill, grâce aux flashs, reprend conscience.
« Il faut qu’on approche », dit-il. « Il faut qu’on approche. Emmenez-moi jusqu’au satellite. Aidez-moi. »
Le mot-clé
Juste avant de le laisser redémarrer, Hamlet demande à O’Neill : « J’ai perdu le contact avec vous pendant quelques minutes. Si ça se reproduit, une phrase, un mot, un souvenir, quelque chose qui pourrait vous faire percuter et retourner à la mission. »
« Bruce. Je fais ça pour Bruce. »
Belton fait signe : Allez, on y va. Ensemble.
Avant de partir, Hamlet fait quelques signes en morse en direction des caméras, en direction du vaisseau : « Probable système de défense du satellite. Tentative de contournement. O’Neill très instable, émotionnellement ou cognitivement. »
L’approche finale
Belton active les propulseurs de son MMU. Ensemble, comme deux anges gardiens, ils escortent O’Neill. Ils le guident vers Blacksat.
Il n’y a plus que quatre mètres. Les panneaux solaires du satellite semblent absorber toute la lumière. Le noir est trop noir, trop profond.
Trois mètres. L’actionneur de gravité pulse maintenant de manière très visible. Leurs yeux commencent à avoir mal en le regardant. Les équations gravées sur sa surface se réorganisent, se reconfigurent.
« Il faut vous presser », fait signe Belton en accélérant.
Deux mètres du satellite. Belton colle son casque contre celui d’O’Neill. « Ça va aller. Ça va aller, O’Neill. On est presque là. Il va falloir toucher l’actionneur. C’est pour ça qu’on est venus. »
O’Neill colle son casque contre celui de Hamlet. Ils sont tous les trois collés l’un à l’autre.
D’une voix tremblante, O’Neill crache : « Il me regarde. Il sait que je suis là. Il attend que je… »

Les derniers mètres
Ils ne sont plus qu’à un mètre du satellite.
Dans le cockpit, Turner voit les constantes d’O’Neill faire des choses impossibles. Des pics et des creux qui ne devraient pas exister. Comme si son cœur hésitait entre battre et s’arrêter.
« Spay ! Ils sont assez près. Il peut toucher maintenant. Spay ! Mais répondez-moi ! »
Spay répond enfin : « Vous m’entendez, Houston ? »
« Oui. Où vous en êtes ? »
« La cible est à portée de main. Plutôt, O’Neill est à portée de main de la cible. »
« Faites-lui signe. Faites-lui signe qu’il touche l’actionneur maintenant. MAINTENANT ! »
Spay parle directement dans l’audio d’O’Neill : « O’Neill, vous avez ordre d’actionner ou d’activer l’actionneur immédiatement. »
À ce moment-là, avec leurs casques collés à celui d’O’Neill, Hamlet et Belton entendent distinctement la voix de Spay qui donne son ordre. Ils sont surpris. Ils ne comprennent pas.

Le geste final
Belton comprend l’ordre. Il se positionne face à O’Neill. Il fait le geste le plus clair possible avec ses mains. Il mime le mouvement, tend le bras, pointe l’actionneur de gravité. Tendez la main. Touchez, touchez, touchez.
Hamlet aide au mouvement. Il prend O’Neill par la taille et le pousse délicatement vers l’actionneur.
MacMillan enlève son casque dans le cockpit.
O’Neill regarde Hamlet et Belton à travers sa visière. Ses yeux sont immenses. Il est terrifié. Mais il est aussi résigné. Il hoche lentement la tête.
Puis, avec une lenteur douloureuse, il lève son bras droit. Sa main gantée, massive dans son gant blanc, s’approche de la plaque.
Hamlet et Belton sont légèrement en arrière.
Dans le cockpit, Spay se penche vers le hublot, retenant son souffle. MacMillan a les mains serrées sur les accoudoirs. Turner ne peut pas détacher ses yeux de l’écran de la caméra.
50 centimètres. 20. 10.
La main d’O’Neill tremble violemment maintenant.
Et c’est le contact.
Et l’univers change.


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