Il faut croire que l’Empire ne manque pas de bizarreries. Ce soir, moi, Ulrich von Schnitzelbach, soldat de carrière, moustachu de naissance et pisse-froid de réputation, j’ai frappé à la porte de la Mort. Littéralement.
Accompagné de Wanda — cette mage aussi futée que mystérieuse — nous montions l’escalier. D’un côté, les grognements lubriques des époux Schmidt faisaient trembler les cloisons comme un troupeau de sangliers en rut ; de l’autre, la chambre des prêtres de Morr, dont la porte semblait aspirer la chaleur du couloir comme une catin, un louis d’or.
J’ai frappé. Pas fort, mais pas en mendiant non plus. Caporal ou pas, je sais tenir mon rang. Et la Mort m’a répondu. Elle avait le visage peint, les orbites creusés, et des crânes plein la soutane. Bref, un homme de goût, si on aime le morbide et les tiroirs à os.

Wanda lui a parlé comme à une encyclopédie sacrée. Moi, je suis resté coi, ce qui, tu me connais, lecteur, tient du miracle. L’homme a parlé de miasmes, de repos des morts et a refermé la porte. Une odeur de formol et de secrets me resta sous le nez comme une flatulence de momie.
Curieux, j’ai tenté de regarder par la serrure. Pour mes efforts ? Rien. Que dalle. À part le concerto de coït des voisins qui me vrillaient les oreilles. Wanda, moqueuse, m’a prédit une maladie vénérienne par les tympans !
Derrière moi, les hobbits (Glimbrin et Mercinelline) ricanaient déjà. Ils gigotaient autour de la Gravin comme des morpions bien nourris, trottinant en salivant vers la table de jeu. L’un d’eux, l’autre jour, m’a parlé de vin à la cannelle comme d’un philtre d’amour. Je crois qu’il parlait littéralement. Sacrés salopards.
Pendant ce temps, le gloussement porcin de Herr Schmidt me frappa l’oreille.
Ce n’était pas un rire.
C’était le cri de malandrin en pleine besogne — une besogne agricole, j’ose dire.
La porte s’ouvrit, laissant apparaitre un Monsieur Schmidt en chemise ouverte, repus, une bière à la main. L’espace entrouvert laissa voir l’intérieur.
Je jetai un œil, discret, espérant un indice utile… Mais ce que je vis…
Par Sigmar, je me serais crevé l’œil avec ma dague.

Madame Schmidt arborait une tenue qu’on aurait dite cousue par un tailleur aveugle en manque d’oxygène. Des étoffes criardes, un corset trop lâche et des seins comme deux outres de lait prêtes à exploser sous la pression.
Quant à Monsieur Schmidt, son fondement, rouge comme un rôti mal cuit, se dandinait avec l’élégance d’un sanglier à qui on aurait glissé une chandelle dans le trou du cul.
J’étais à deux doigts de vomir. Ou de rire. Ou les deux.
Je vis aussi, éparpillés dans la pièce, des objets en bois — tous plus oblongs les uns que les autres. Des ustensiles dont la seule fonction semblait être de démontrer l’inutilité du mariage.
On aurait dit la salle des trophées de la Comtesse de Nuln, si les rumeurs à son sujet étaient vraies. Ce que je ne confirmerai pas… mais que je n’infirmerai pas non plus.
Et puis… l’odeur
Je reculais, prêt à fuir, quand je le sentis.
Pas le vent d’améthyste, non. Pas la mort.
Quelque chose d’autre. Quelque chose de… sale.
Une brise invisible, froide et perverse, glissant sur ma nuque.
Et l’odeur. Une odeur qui n’a rien à faire dans une auberge.
Patchouli, plantes vénéneuses, sueur de catin, et… autre chose.
« Comme si un bordel s’était noyé dans un marais et qu’on avait distillé le tout dans une fiole. »
Ce vent remontait, s’infiltrait dans le couloir, jusque sous la porte des morts ! Et là, je sus.
Quelque chose était en train de s’éveiller dans cette auberge.
Quelque chose qui avait autant à voir avec la luxure qu’avec la mort.
Je suis redescendu. L’estomac en noeud de pendu.
La salle commune baignait dans cette atmosphère de fin de banquet : trop d’alcool, trop de regards, trop de secrets. Et la partie de dés battait son plein.
La décadence prenait racine.
Une partie de dés, d' »Al-Azhar », un nom qui pue à plein nez l’exotisme et l’arnaque.

Ah, Ashkarûn !
Encore lui.
L’Arabien fendit la pièce de sa voix onctueuse, pleine de miel rance et de morgue parfumée au musc :
« Je ne vous ferai pas l’insulte de jouer à un jeu de mon pays.
Je vous ruinerai, vous et toutes les caisses de l’Empire.
Jouez donc, jouez donc… et je vous regarderai. »
Il ne lança pas un dé. Non.
Il lança un filet de mépris, large comme son turban.
Et tout le monde applaudit.
Même moi, j’ai failli m’étouffer dans les poils de ma moustache.
Mais j’ai gardé la tête haute.
Et puis j’ai vu Loupiot — ce goupil de première — esquisser un sourire. L’arrogance du mage le fait tiquer, lui aussi. Ça me rassure.

Alors que la table s’anime, que les dés roulent, que les hobbits crient et que Bruno minaude comme une soubrette en rut…
Je remonte, pour observer la scène de haut.
Entre deux portes.
Entre deux mondes.
Un pied dans la fête.
L’autre dans la tombe.
Et je sais que tôt ou tard, quelqu’un va tomber.
Ce ne sera pas moi.
Pas ce soir.
— Ulrich von Schnitzelbach,
Caporal, voyeur malgré lui, enquêteur malgré les seins,
Et toujours prêt à gravir l’escalier, même à reculons.
Une magie qui suinte sous la table
La salle était plongée dans une atmosphère de foire sacrée.
Celle où les pièces d’or tintent comme des cloches de temple, et où les regards deviennent aussi tranchants que les lames sous les manteaux.
Tout le monde était là.
Autour de la grande table, les invités de l’Empire et d’ailleurs s’étaient attroupés.
Et moi, en retrait — pas parce que je le voulais, non — mais parce qu’Ashkarûn m’avait doublé comme un voleur de gloire.
Lui, il faisait son tour.
Le paon impérial.
Il tournoyait, commentait, minaudait, se vantait.
Quel cirque.
Mais les regards le suivaient.
Même ceux de la Gravine.

Helga, Elphoïse et Allrela — les trois érudits — ne jetaient pas les dés. Ils invoquaient. Ils invoquaient comme des soiffards qui espèrent que la bouteille d’après contiendra l’oubli.
Et puis, ce fut au tour d’Helga.
L’une des trois érudits.
Ou plutôt, l’une des trois statues qu’on avait déguisées en érudits, tant leur visage semblait sculpté par le mensonge.
Helga prit la parole, le regard tordu comme une horloge maudite, son regard changea.
Ses yeux s’aiguisèrent. Son sourire s’étira. Un éclair — non, un piège — passa dans ses prunelles.
« Le neuf me sourit toujours… Je le joue. Les dieux offrent, puis réclament, n’est-ce pas, Maître Gustaf ? »
Et elle lança les dés.
Moi ?
Je ne regardais pas les dés.
Je regardais Gustaf.
L’avocat de la Gravin. Le renard poudré. Le conseiller trop zélé pour être honnête.
Et par les poils du cul de ma grand-mère, je jure qu’il a blanchit comme un cierge trempé. Il fuyait quelque chose. Un souvenir. Un pacte. Une dette.
Comme si Helga venait de lui rappeler une dette, ou un pacte.

Je me tournais vers Loupiot , en espérant qu’il avait vu ce que j’avais vu.
Mais lui aussi était occupé.
Loupiot , des yeux comme deux couteaux.
Il guettait les doigts de Gustaf, les mouvements sous la table. Rien.
Le salopard était propre.
Mais alors pourquoi ce malaise ?
Ashkarûn, quant à lui, continuait son numéro. Il faisait le tour de la table comme un loup en soutane, observant les trois érudits — Helga, Elphoïse et Allrella.
Et puis Elphoïse prit les dés.

Un drôle de visage, celui-là. Un masque d’intellect, un chapeau qui aurait fait honte à un bouffon, et des yeux… des yeux de chat qui aurait lu trop de grimoires.
« Je choisis douze. Le point d’équilibre. La main hésitante qui peut tout perdre… ou tout comprendre. »
Il jette les dés.
Onze.
Presque.
Et là, il sort cette phrase, le ton mielleux, le regard vissé sur Gustaf :
« Comme un vœu non tenu… Les dieux aiment ce qui retente.
Par exemple, vous, avocat… Vous vous souvenez d’avoir retenté, jadis ? »
La salle n’a pas bronché.
Mais moi ?
Moi, j’ai senti le frisson.
Pas de peur. De compréhension.
Il se passait quelque chose.
Pas de la triche.
Pas juste un jeu.
Une invocation. Un pacte. Un souvenir.
Ces trois érudits, je vous le dis : ils ne sont pas venus jouer.
Des érudits, louches comme des poissons d’égout.
La salle commune baignait dans cette atmosphère de fin de banquet : trop d’alcool, trop de regards, trop de secrets. Et la partie de dés avait atteint son paroxysme. Helga, Elphoïse et Allrela — les trois érudits — lançaient les dés comme on appelle les démons.
Sous la table, les érudits gloussaient. Leurs mains s’agitaient dans l’ombre. Les souffles devenaient haletants. Et lorsque le vingt fut lancé, j’eus la nausée.
Les trois s’étaient déjà penchés, caressant leurs propres virilités et celles de leurs voisins comme des pèlerins en transe.
Les trois érudits — Helga, Elphoïse et Alrella — venaient de clore leur petite sauterie de dés. Une partie plus païenne que ludique, où les chiffres valsaient comme des jupes à la foire de Bockstadt. Et voilà que la belle Alrella tendit sa main vers Ashkarûn avec l’aplomb d’une duchesse en chaleur.
« Nous vous remercions », susurra-t-elle comme si elle réclamait un baisemain… ou un doigté de magicien. Ashkarûn, brave diable, s’exécuta. Les autres, tout sourire, glissèrent en silence dans les ombres, mais pas sans me laisser, moi, le témoin involontaire de leur vilain manège.
Et puis il y eut Gustaf.
Le pauvre avocat de la Gravine. Un homme qui, la veille encore, se lavait probablement les mains après avoir touché un livre de droit. Le voilà qui s’est levé de table comme s’il venait de poser les fesses sur un tison ardent. Il fuyait, le regard fuyant, la nuque moite, poursuivi par des murmures, ou pire… des souvenirs.
Et derrière lui, les trois rats de bibliothèque lubriques. Le vieux Elphoïse en tête, comme possédé, la verge presque dehors, suivi de ses deux acolytes, les lèvres trempées de sueur et de prières impies. Ils le suivaient. Et moi ? Moi je montais aussi, mine de rien, l’air de chercher mes lacets, les yeux plus aiguisés qu’un coupe-choucroute impérial.
Et ce que je vis… Sigmar me damne si je mens.
Elphoïse frappa à la porte de Gustaf. Personne ne répondit. Alors, il se mit à genoux. Les deux autres déboutonnèrent leurs braies et, comme on sacrifie un cochon à l’équinoxe, ils versèrent leur semence sur le seuil. Un pentacle fut tracé dans ce jus d’hérésie. Et moi, pauvre soldat des campagnes, je vis — oui, je vis — une lueur rosâtre tournoyant comme une catin autour d’un client désargenté.
De l’autre côté de la porte, Gustaf geignait :
« Mais enfin, vous m’avez retrouvé ! Mais ! »
« Gustaf, que de bons souvenirs… Tu es à nous, désormais. Nous t’attendons. Hâte toi de nous rejoindre.. »
Wanda, la mage, recula. Mais la curiosité l’emporte sur le dégout. Prudemment elle s’approche du pentacle gluant, sans mettre le nez dedans, elle n’est pas Ashkarûn ! Est-ce que la forme lui évoque quelque chose ?
« Il faut que tu goutes pour savoir » lui murmure lascivement le prince.
C’est une glyphe.
Loupiot, faillit défaillir. Et moi ? Moi je gardai la face. Ou du moins, j’essayai.
Ursula, quelle femme !
Je redescendis, les jambes molles, le cœur lourd. Et c’est là qu’Ursula Kopfgeld entra. Par les douze tétons de Rhya ! Une femme comme on en voit qu’en légende. Elle entra en claquant la porte comme un juge claque la sentence. Cuir, poussière, cicatrices, et ce regard… ce regard d’aigle qui aurait trop vécu.
Elle entra dans l’auberge comme un couperet. Sa voix claqua : « À boire. À manger. Une chambre. »

Elle se dirigea de suite vers la Gravin, qui l’accueillit avec politesse. Moi, je me contentai d’observer. Ursula avait des cicatrices sur le visage et la démarche d’une tueuse professionnelle. Une chasseuse de primes, sans aucun doute. Et une habituée de Nuln, au vu de ses manières.
Elle sortit une lettre de son manteau. Et là, la conversation changea de ton.
La Gravin l’invita à boire. Et moi, bien sûr, j’écoutai. Chaque mot, chaque inflexion. Ursula Kopfgeld était de Nuln, ou du moins, elle y avait traîné ses bottes. Elle parlait comme une femme qui avait vu des hommes saigner, et probablement saigné avec eux. Et ce qu’elle racontait…
Les nouvelle sà Nuln ne sont pas bonnes. De l’agitation orchestré par un homme… Des pamphlets. Des accusations. Des rumeurs salaces sur la Comtesse, et même sur la Gravine. L’affaire de la mort d’Otto n’arrange rien. Et le nom de Josef Aufwiegler, ce poète fielleux, fut lâché comme on lâche une crotte dans un bénitier. Il prépare des pamphlets contre la Gravin qui seront révélés à Kemperbad !
Allez tous au lit
Et tandis que les gueux se retiraient, bedonnants et ballonnés de bières tièdes, vers les paillasses de la honte, la Gravine se leva comme une impératrice de théâtre. Les flambeaux baissaient, Shallya elle-même semblait refermer ses yeux — l’heure était à l’accalmie… ou à la tempête.
« Bruno, veux-tu te décoller un instant d’Ashkarûn ? » lança-t-elle d’un ton de maîtresse d’armes. « Dois-je te rappeler que tu es mon champion ? Tu auras à faire fort à Kemperbad pour rattraper cette débâcle au bras de fer. »
L’arabien se redressa, minaudant : « Permettez que je l’accompagne… Non pour des activités nocturnes — bien que certains disent que cela réveille la vigueur des guerriers — mais pour lui prodiguer quelques ongans arabes, qui ravivent la force des gladiateurs humiliés. »
Elle planta ses yeux dans les miens. Je reconnus ce regard. Celui d’un sergent prêt à vendre la peau de ses soldats pour un plan bancal. « Je veux que ses bras et ses jambes tiennent bon. J’ai vu, comme vous, qu’on tentait de le ramollir par le breuvage. Vous avez réagi. Je m’en souviendrai. »
Et elle conclut, glaçante : « L’auberge des Trois Plumes est un piège. Tous ici me paraissent comploteurs. Du sang coulera cette nuit. Et je veux que la justice me trouve intacte. Je vous veux aux aguets. »
Et elle se leva.
Ursula, alors, demanda d’un ton rocailleux : « Y a-t-il eu des prêtres de Morr en cette nuit, madame ? »
La Gravine tourna la tête vers moi. « Mon caporal vous répondra. Il les a lui aussi quelque peu remarqués. »
Je m’avançai d’un pas. « Oui, madame. J’ai vu leurs soutanes danser comme des linceuls. »
Elle sourit. Un sourire d’acier. Puis elle demanda : « Accorderez-vous à Bruno de me raccompagner ? »
Puis, à Bruno : « Veux-tu raccompagner Ursula ? »
Ashkarûn, le sourire fin, s’interposa : « Je vais moi-même les accompagner. »
La Gravine acquiesça, et les voilà tous trois, gravissant l’escalier dans un murmure d’armures, de bottes et de soupçons. Loupiot et Wanda les observaient du haut. Moi, j’étais resté dans l’ombre, près du seuil. À côté, la vieille Dominique soufflait les chandelles une à une, comme si elle fermait les yeux de l’auberge.
Il était temps de faire le point.
« Il va falloir qu’on discute », dis-je en rassemblant la troupe. Loupiot, Ashkarûn, Wanda. « L’auberge pue la luxure, le complot, et le foutre ensorcelé. Je suis soldat, pas curé, mais y’a des bornes à l’indécence. »
Je pointai le doigt vers la glyphe. « Ça. Ce pentacle. Fait de semence. C’est plus qu’un acte de débauche. C’est un appel. Une incantation. Et les vents de magie y répondent. »
Vanda hocha la tête, sombre. Loupiot détourna les yeux.
Les érudits ? Enfermés dans leur chambre. Les prêtres de Morr ? Enfermés aussi. Les Schmidt ? Idem.
Quelque chose d’invisible grondait. Et cette nuit, je le savais — je le sentais dans mes bottes — ne s’achèverait pas sans cris.
Je hochai la tête. Ma cervelle, pourtant aguerrie aux pires bordels militaires, tournait à plein régime.
Et c’est alors que les choses dérapèrent.
Lecteur, imagine un instant ce qu’est une auberge de province, la nuit. Le silence, le bois qui craque, les ivrognes qui pètent doucement sous les couvertures. Or là, tout était figé…
Et au milieu de ce calme poisseux, une voix. Une voix de hobbit bossu : Glimbrin. Une teigne que même les puces n’aiment pas.
« Cette nuit va vous plaire », qu’il m’a dit.
Je l’ai regardé. Lui et sa gueule de morve. Je l’aime pas. Il me provoque. Je sais où il dort. Et il sait que je sais. Je crachai par terre. « Moi, j’te dis qu’il va dormir avec ses dents dans la poche, ce rongeur. »
Et dans ce calme, oui, ce calme de fin de nuit… On les entendait.
D’un côté, les érudits dans leur chambre, en train de murmurer des oraisons au « Prince des Délices ».
— « Que ma peau soit ton autel et mon souffle ton offrande… brûle-moi de désir, fais de ma chute une extase, que ton nom s’échappe de mes lèvres comme un gémissement divin. »
Tu crois rêver ? Tu crois être tombé dans un salon de poésie ? Non. T’es dans une orgie mystique avec des encriers pleins de foutre.
Et juste à côté, dans sa chambre, Gustaf. L’avocat. Le parangon de droiture. En train de se fouetter comme une pénitente.
— « Ô Sigmar, marteau des impurs… purifie mon esprit des désirs corrupteurs… que ton souffle d’acier glace mes sens… »
Et il se fouettait ! Il priait la comète à deux queues comme un homme prie pour ses parties. Moi, Ulrich von Schnitzelbach, j’ai vu des choses, des champs de bataille, des orgies de soldats, même un troll des marais qui baisait un épouvantail… Mais là ?
Un parfum, oui. Un parfum flottait. Pas celui de la bière éventée. Non. Une senteur étrange. Sucrée, piquante, lubrique.
L’appel du vice. Le foutre. Voilà. On y revient.
Gustave y avait goûté. Et maintenant, il essayait de fuir. Mais c’est trop tard. Une fois qu’on a trempé la plume, l’encre reste.
Je le sais. Je le sens.
Et je vais le consigner.
Pour que le futur sache.
Car cette nuit, le vice a un nom. Et il a les clés de toutes les chambres.
— Ulrich von Schnitzelbach, Caporal, observateur malgré lui, chroniqueur des turpitudes, et garde du corps des secrets les plus honteux de l’Empire.

Et quelque chose arriva
La porte s’ouvrit. Quatre hommes entrèrent. Des brutes, des enragés, des tueurs. Leurs visages étaient ceux des nuits sans lune. Des maillets à la main, le regard mauvais. Et avec eux, un vent. Un souffle venu du Reik, chargé de plumes. Des plumes pourpres, tourbillonnantes, qui se collèrent à nos visages comme des baisers de succube.
Et alors, la voix. Une voix qu’aucun de nous n’aurait su attribuer. Une prière. Un murmure. Un nom maudit.
Et là, je compris.
Ce n’était plus une simple nuit. C’était un sabbat. Et nous étions les agneaux, égarés dans une bergerie où les loups portaient des soutanes et les putains, des grimoires !
— Ulrich von Schnitzelbach, Caporal, témoin des coïts mystiques, ennemi des glyphes lustrés, et dernier rempart contre la débandade cosmique. –


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