32 heures du lancement, le Major Dirk McMillan choisit de perpétuer une tradition bien ancrée dans la culture astronautique : boire un dernier verre avant de quitter la Terre. Il entraîne avec lui les deux mystérieux civils intégrés à la mission BlackSat — Bruce Weintraube et Pierce O’Neill — vers un lieu mythique du Kennedy Space Center : le Tipsy Astronaut Bar. Un établissement rétro chargé d’histoire, orné de photos, d’écussons et de souvenirs des grandes missions spatiales. Alors que Rocketman résonne dans le jukebox, McMillan entre avec assurance, suivi d’un Weintraube surexcité et d’un O’Neill glacial. L’ambiance contraste fortement avec la nervosité palpable des deux invités. McMillan joue de son charisme et offre un premier verre à ses compagnons, espérant détendre l’atmosphère et sonder leur niveau de préparation — ou de réticence.
Un jeu de séduction stratégique
Fidèle à lui-même, McMillan adopte une posture décontractée, presque charmeuse. Il attire l’attention de plusieurs femmes dans la salle, dont une rousse qui lui adresse un clin d’œil. Mais il reste concentré sur son objectif : obtenir des informations. Il observe les deux civils avec attention. Weintraube est visiblement ravi de l’atmosphère conviviale ; O’Neill, lui, refuse l’alcool et préfère un soda, maintenant un contrôle rigide sur ses émotions et son environnement. McMillan engage alors une conversation, en douceur, sur leur parcours scientifique. Weintraube se détend immédiatement, accepte un second verre, et commence à parler de ses recherches en matrices non linéaires. C’est à cet instant qu’il fait une erreur : il appelle O’Neill par un autre prénom, « Hal », avant d’être brutalement interrompu.
Hal, les différentiels de Courtis et l’autorisation Adakit
Le nom « Hal » n’est pas anodin. Il déclenche un soupçon immédiat. McMillan note aussi la référence — glissée plus tôt — aux « différentiels de Courtis » et à une « autorisation Adakit », mentionnée comme une classification ultra-secrète. À ce stade, il devient clair que ces deux civils sont liés depuis plus de vingt ans à un programme scientifique d’une nature totalement confidentielle. Weintraube et O’Neill, malgré leur différence de tempérament, forment un duo fusionnel. Ils évoquent leur première rencontre à Cambridge avec une précision glaçante. Pierce O’Neill, doté d’une mémoire hors du commun, précise la date exacte : un mardi pluvieux, il y a 22 ans, 3 mois et 16 jours.
Une inquiétante proximité
McMillan tente de créer un lien plus étroit avec O’Neill, qui reste distant. Malgré ses efforts pour établir un climat de confiance, l’ambiguïté de la situation reste entière. Les deux civils en savent visiblement bien plus qu’ils ne veulent en dire. Leur comportement, oscillant entre stress palpable et loyauté rigide à des protocoles classifiés, alimente l’inconfort du major. Weintraube, sous l’effet de l’alcool, devient plus loquace, mais O’Neill veille à chaque mot prononcé. L’impression se confirme : ce ne sont pas de simples experts civils. Leur implication dans BlackSat dépasse largement le cadre technique.
Une complicité inattendue
Dans la continuité de la soirée improvisée au Tipsy Astronaut Bar, le major McMillan parvient progressivement à détendre l’atmosphère avec les deux civils, Bruce Weintraube et Pierce O’Neill. En exploitant subtilement l’alcool, la musique et une ambiance chaleureuse, il les pousse à relâcher leur vigilance. Si Weintraube se livre rapidement, O’Neill reste méfiant… jusqu’au moment où il s’avance vers le jukebox et lance un morceau de T. Rex. Dans un geste à la fois improbable et touchant, O’Neill commence à danser. D’abord mécanique, son mouvement devient bientôt une danse sincère, presque joyeuse. Le contraste entre sa silhouette décharnée et son abandon momentané fascine les personnes présentes, notamment les ingénieures du centre qui les observaient jusque-là à distance. McMillan en profite pour lancer l’ambiance : « Allez les filles, tout le monde en piste ! Il faut fêter notre départ avant d’aller dans l’espace. » Contre toute attente, l’effet est immédiat. Le bar se transforme en piste de danse improvisée. Même O’Neill semble s’abandonner au moment, allant jusqu’à commander un whisky — un changement d’attitude révélateur.
Informations sous l’effet de l’alcool
La soirée bat son plein, et McMillan veille à garder un œil professionnel. Il boit avec parcimonie, préférant observer. Il note l’état d’ébriété avancé de Weintraube, son visage rouge et en sueur, ses gestes maladroits. O’Neill, de son côté, laisse entrevoir, sous une chemise entrouverte, d’étranges cicatrices boursouflées courant le long de son cou. Des marques qui intriguent mais qui, pour l’instant, n’ont pas été signalées à Turner, la médecin de bord. Le lien entre les deux hommes devient de plus en plus évident. Ils ne sont pas simplement collègues. Lors du retour vers leurs quartiers, McMillan entend O’Neill, cigarette à la main, murmurer : « Bruce est la personne la plus importante de ma vie. » Bruce répond aussitôt, ému, « Arrête, Al, c’est toi qui m’as sauvé la vie. » L’émotion monte d’un cran. Bruce révèle qu’il était en dépression sévère, ruiné, malade, et au bord du suicide lorsqu’O’Neill l’a trouvé. Celui-ci l’a reconnu comme un « génie » quand personne d’autre ne voyait en lui qu’un raté. Ce lien intime, presque fraternel, éclaire leur rôle dans la mission sous un jour nouveau.
Un aveu de faiblesse inquiétant
De retour dans leur chambre, McMillan aide les deux hommes à se coucher. Il tente une dernière manœuvre : il s’adresse à O’Neill en l’appelant volontairement « Al » — le surnom qui a glissé plusieurs fois dans la soirée — pour jauger sa réaction. O’Neill lève les yeux, blême : « J’ai peur. J’ai terriblement peur. J’ai peur pour lui. » L’aveu est direct. Quand McMillan insiste pour savoir ce qu’il doit comprendre, Weintraube, visiblement à bout, murmure : « Je suis un imposteur. Je ne suis pas qualifié pour ça. J’ai peur pour la mission. » Malgré l’ivresse, les mots pèsent lourd. La confiance de l’équipe repose sur l’idée que ces deux civils sont les seuls capables de réparer BlackSat. Ce doute, émis dans un moment d’abandon total, pourrait remettre en question l’ensemble de l’opération.
Soupçons et signaux faibles
Avant de quitter la chambre, McMillan scrute les lieux, espérant trouver un indice, un livre signé « Al », une publication confirmant l’identité scientifique d’O’Neill. Il ne trouve rien de probant — la pièce est sombre — mais son téléphone vibre : un message de Sally, la rousse croisée plus tôt dans la soirée. « Vos amis vous ont abandonné, Major ? Ils ont besoin de compagnie. » Flatté, mais lucide, McMillan décline maladroitement. La soirée a suffisamment livré de révélations. Le doute est semé : BlackSat ne sera pas qu’une mission de réparation. Il y a, chez Weintraube et O’Neill, quelque chose d’enfoui, de trouble — et peut-être, de dangereux.


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