HOOPER, PECK, JOHNSON & MAYER – Enquêtes Privées – Discrétion Assurée.
L’agence ouvre par un matin d’octobre où Los Angeles baigne dans cette lumière dorée qui transforme les mensonges en vérités acceptables. Mais derrière cette façade respectable, quelque chose de dangereux vient de naître.
Briggs s’installe dans le bureau principal. Simplicité spartiate : matraque gravée « Justice » comme crucifix ironique, coupures de journaux, dossiers suspects. Le tiroir de droite, qui ne ferme jamais, déborde de noms et de dettes de sang.
Crane transforme l’arrière-salle en laboratoire photographique. Sanctuaire de paranoïa productive où ses carnets cryptés s’empilent comme des livres de prières noires. Il y développe ses clichés volés et trace ses connexions obsessionnelles.
Vivian refuse un bureau fixe. « Mon bureau, c’est toute la ville. »
Entendez-vous ces pas qui s’approchent ? Leur première affaire vient de franchir le seuil.
Une femme entre, tremblante. Actrice de second rang, jolie mais sans talent. Elle vient de découvrir sa sœur morte dans une villa de producteur influent dans les Hollywood Hills. Officiellement : overdose tragique. Officieusement : orgie qui a mal tourné, trop d’hommes importants dans la même pièce au mauvais moment.

Et parmi ces hommes importants se trouvait Roscoe « Fatty » Arbuckle, la plus grosse star du cinéma burlesque américain. L’homme qui gagne mille dollars par jour, dont les films rapportent des millions à la Paramount. L’homme dont la chute détruirait des carrières, ruinerait des investisseurs, et ébranlerait tout Hollywood.
« Messieurs, » dit Vivian en allumant une cigarette, ses yeux brillant d’une lueur prédatrice, « êtes-vous prêts à découvrir ce que vaut vraiment le silence d’une reine ? »
Car ce qu’elle ne dit pas encore, c’est que les bobines tournaient derrière les vitres teintées cette nuit-là. Que chaque geste, chaque visage, chaque moment de faiblesse a été capturé sur pellicule. Que dans son coffre-fort repose désormais de quoi faire ou défaire l’empire de Fatty – et par ricochet, celui de tous ceux qui l’entourent.
Cette première affaire – le Scandale des Collines – ne sera pas qu’un début. Ce sera leur baptême du feu dans un incendie qui pourrait consumer tout Hollywood. Et au centre de ce brasier : un homme de trois cents livres qui ne sait pas encore qu’il vient de danser avec le diable en robe écarlate.
Ce qu’elle ne dit pas non plus, c’est que cette première affaire va réveiller des forces qui dormaient dans les collines depuis des décennies. Des forces qui n’aiment pas qu’on dérange leurs petits arrangements.


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