Dans cette 4e partie de Tanbou Djab, Cléophas et ses compagnons découvrent l’enfer d’une plantation barricadée, où règnent violence, silence et esprits brisés.
Une plantation en état de siège
Mais c’est en s’approchant que l’horreur de la situation se révèle pleinement. Autour d’eux s’étendent des champs de coton à perte de vue, et il y a du monde partout. Des contremaîtres sont là, en armes, avec des fusils de chasse et des mousquets. Toutes ces armes sont huilées et prêtes à tirer.

La propriété est encerclée par une palissade inachevée, et ils voient des ouvriers planter les derniers pieux pendant que d’autres creusent de petites tranchées autour des baraquements. Un petit groupe d’esclaves revient des champs, complètement épuisés, portant des sacs de coton sur le dos. Leurs pas soulèvent de la poussière et personne ne parle.

L’esplanade de la terreur
Au centre de l’esplanade, face à la maison, se dresse un détail qui glace le sang : un poteau de punition taché de sang. Juste à côté, une cage de fer grossièrement soudée abrite la silhouette de deux enfants complètement recroquevillés, trop maigres pour crier.
L’un d’eux lève la tête au passage des visiteurs. Ses yeux ne pleurent plus – il a dépassé ce stade. Il a atteint un niveau de souffrance où les larmes ne viennent plus. Tous les ouvriers autour regardent brièvement les nouveaux arrivants, leurs regards fuyants trahissant la terreur qui règne en ces lieux.
Cléophas descend de son cheval et tend les rênes à l’un de ses compagnons. « Je vais aller voir si la maîtresse des lieux est disposée à nous recevoir », déclare-t-il. Mais avant de se diriger vers la demeure, il interpelle un esclave âgé d’une soixantaine d’années qui semble bénéficier d’un statut particulier.
« Dis donc toi, qu’ont donc fait ces deux gamins pour mériter une telle punition ? »
L’homme, qui a l’air de superviser la construction de la barricade autour de la propriété, le regarde avec terreur, osant à peine ouvrir la bouche.

Le maître des lieux
Soudain, un cri strident résonne, suivi du claquement sec d’un fouet. À une cinquantaine de mètres, Cléophas aperçoit la silhouette d’un homme au centre de la cour, torse nu, armé d’un fouet épais qu’il manie avec une régularité glaçante.
Face à lui, une jeune esclave est ligotée à un poteau. Chaque coup qu’il donne arrache un hurlement à cette femme, mais personne ne bronche. L’homme âgé que Cléophas avait accosté semble totalement terrifié.
C’est de Saint-Aubray – Cléophas le reconnaît. Mais le père de Constance ne le regarde pas. Il est en train de finir ses cent coups, sans un mot, sans une pause. Son torse ruisselle de sueur, ses veines sont gonflées, ses muscles tendus. Malgré l’âge, son corps reste puissant.
Sur son torse, Cléophas remarque des cicatrices anciennes, dont une en particulier qui barre sa poitrine comme s’il avait reçu la griffure d’une bête. Saint-Aubray semble en transe, possédé par une rage brutale, comme s’il n’était même plus conscient de ce qui l’entoure. Il n’a même pas remarqué la présence de Cléophas.

Des contremaîtres l’entourent – des hommes en pantalon blanc, chemise ouverte à cause de la chaleur, tous armés. Ils forment comme un cordon invisible autour de la scène. Quand ils voient Cléophas s’approcher, choqué, ils se mettent immédiatement face à lui. Certains ont déjà leur fusil entre les mains, et leurs regards menacent clairement : le message est très clair.
Une tentative de diversion
Cléophas tente de relativiser la situation et part d’un grand éclat de voix : « Allons Saint-Aubray ! C’est comme ça que vous recevez un vieil ami ? Venez ici que je vous serre dans mes bras ! Cela fait bien trop longtemps que nous ne nous sommes pas vus ! »
Mais Saint-Aubray reprend son souffle lentement, sans regarder dans sa direction. Il lève à nouveau le bras, serre à nouveau son fouet. La jeune femme est couverte de sang – Cléophas a du mal à reconnaître ses traits, tellement ils ont été saccagés par les coups. Une centaine de coups, c’est de quoi tuer quelqu’un. Ce n’est plus qu’un tas de chair ouverte, ses cheveux complètement collés par le sang.
Un des contremaîtres fait signe à Cléophas de se taire, lui intimant le silence d’un geste. Saint-Aubray relève la main, redonne encore un coup en criant « Tiens ! » et continue encore et encore.

Le regard d’en haut
La scène est complètement surréaliste pour Cléophas. Mais c’est à ce moment-là qu’il lève les yeux vers la grande terrasse du manoir et aperçoit une silhouette…


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