Séparés dans les entrailles du manoir, Blanca et Urbano font chacun une découverte troublante : elle, un tableau inédit de Goya et une note glaçante de la marquise sur la nature de l’horreur ; lui, un laboratoire de chimie clandestine aux relents de chloroforme et de décomposition. Le manoir n’a pas fini de livrer ses secrets. Huitième chapitre de notre campagne L’Appel de Cthulhu dans le Madrid bombardé.
Une cuisine fantôme pour un soldat épuisé
Alors qu’Urbano pénètre dans ce qu’il pense être la cuisine, son estomac se rappelle brutalement à lui. Après des heures de tension et de veille militaire, l’adrénaline redescend. Mais la pièce ne tient en rien du réconfort culinaire espéré : l’endroit est abandonné, putride, presque post-apocalyptique.
Des étagères penchées, menaçant de s’effondrer, des bocaux vides, des papiers imbibés d’humidité au sol… une odeur d’herbes pourries plane dans l’air, dense, nauséabonde. Aucun signe d’activité récente. C’est comme si cette pièce avait été oubliée depuis des années. Urbano observe, analyse, mais rien ne semble avoir été touché depuis longtemps.
Blanca et le tableau de l’horreur
De son côté, Blanca poursuit ses fouilles dans la bibliothèque. Au milieu de livres d’art et de catalogues de vente, elle découvre un article américain consacré aux courants artistiques de la côte Est des États-Unis, notamment une œuvre décrite sous le titre « Le Triomphe de la Barbarie ». La page de gauche, celle où aurait dû figurer l’image du tableau, a été arrachée. Mais une note manuscrite glaçante subsiste :
« L’horreur vraie ne se fantasme pas, elle s’observe. »
Cette phrase, visiblement de la main de la comtesse, la trouble profondément. Elle lève alors les yeux et découvre, à demi dissimulé par l’ombre, un tableau sinistre, indubitablement signé Goya, mais totalement inconnu des catalogues. Le style, sombre et puissant, évoque l’horreur brute, une scène à la frontière de la guerre et du cauchemar.

Blanca n’hésite pas : elle découpe précautionneusement la toile, la roule et la glisse dans un cylindre pour la soustraire à l’oubli et au chaos ambiant.
Chimie douteuse et odeurs de mort
De retour dans la pièce adjacente à la cuisine, Urbano continue son inspection. Les flacons abandonnés ne laissent plus de doute : nitrate d’argent, iodophorme, huiles essentielles, chloroforme… ce n’était pas une cuisine domestique, mais un véritable laboratoire d’alchimie ou de médecine clandestine.
Les papiers au sol sont détrempés, illisibles pour la plupart, mais un avertissement reste lisible :
« Réaction instable – ne jamais mélanger »
Un frisson parcourt Urbano. La salle est lourde d’un silence toxique. L’odeur de décomposition s’intensifie, entre rat crevé et moisissure ancienne. Il couvre sa bouche et son nez, tente un dernier coup d’œil… mais ses recherches n’aboutissent à rien. Il songe à rebrousser chemin.
L’ombre du danger
Pendant que Blanca découvre l’invisible dans les livres et les œuvres oubliées, Urbano met un pied dans un monde de chimie instable et de désolation. Tous deux avancent à tâtons dans les secrets pourrissants de la demeure, sous les grondements lointains des bombardements franquistes.
Mais le manoir n’a pas encore livré tous ses secrets. Les ténèbres y sont profondes. Le passé y est intact. Et l’horreur, comme le disait la comtesse, n’est pas à imaginer : elle se contemple.


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