La bibliothèque occulte de la marquise livre ses grimoires tandis qu’Urbano découvre un laboratoire d’alchimiste et une mystérieuse « essence de dissuasion ». Piégée par un encensoir hallucinogène, Blanca vacille avant de mettre au jour deux Goya inédits d’une noirceur saisissante. Mais une bombe franquiste vient pulvériser les fenêtres du manoir. Neuvième chapitre de notre campagne L’Appel de Cthulhu dans le Madrid en guerre.
Les volumes interdits
Alors qu’elle s’apprête à quitter la bibliothèque, Blanca remarque un détail curieux : une étagère dissimulée, à l’écart, dont les ouvrages sont couverts d’un tissu vieilli. Le bombardement ayant déplacé l’un des livres, elle découvre des titres aux accents occultes :
- Corpus Hermeticum,
- Philosophia Oculta,
- Le Traité de l’Ombre et du Sacrifice,
- Les cercles intérieurs de Boston – Ésotérisme et haute dignité.
Ces titres évoquent pour elle la magie noire, les démons et les sociétés secrètes. Elle choisit de prendre Le Traité de l’Ombre et du Sacrifice, un ouvrage inconnu, mais inquiétant, et poursuit son exploration.
Un laboratoire d’un autre temps
De son côté, Urbano pousse la porte d’une nouvelle pièce… et se retrouve face à un laboratoire d’apothicaire. L’odeur d’ammoniaque, de camphre et de résine le saisit aussitôt. Sur les étagères branlantes : des dizaines de flacons, certains étiquetés, d’autres couverts de poussière. Au centre de la pièce : une vieille table noircie par des brûlures chimiques, un antique alambic, un mortier, un pilon.
Sur cette table, une fiole de liquide jaunâtre attire son attention. Une note l’accompagne :
« Essence de dissuasion. Appliquée en cas de contact avec les créatures. Durée brève mais efficace. Testée deux fois. »
Urbano range précautionneusement la fiole dans sa poche, puis lit une autre fiche manuscrite. Il y est question d’un mélange inspiré du grimoire d’Arsenio, destiné à engourdir les êtres du « seuil et du sépulcre ». L’effet est également toxique pour les humains : hallucinations, désorientation, somnolence.
Ces révélations suggèrent des expérimentations sur l’indicible, menées au sein même de cette maison. Des secrets alchimiques doublés d’un mysticisme noir.
L’antre de la marquise
Pendant ce temps, Blanca découvre la chambre principale. Une pièce vaste, richement décorée, mais fanée par le temps et saturée d’une odeur écœurante. Les murs sont tapissés de papier peint bleu nuit brodé d’or, le lit à baldaquin trône en maître au centre.
Mais ce qui la frappe, ce sont deux tableaux :
- Le premier représente la marquise, dans un style noble et daté.

- Le second représente Isidoro, plus âgé que sur les photos précédentes.

L’odeur nauséabonde ne vient pas du mobilier ou d’un corps caché, mais d’un encensoir encore fumant, posé sur une table. Une fumée âcre, grasse, qui sature l’air. Il a été allumé récemment. Quelqu’un a été ici, peu de temps avant leur arrivée.
Le malaise s’épaissit
Dans chaque pièce, les indices convergent : quelqu’un ou quelque chose s’est retranché dans ce manoir pour accomplir des actes indicibles, mêlant ésotérisme, art, et science interdite. Blanca et Urbano avancent dans une atmosphère de plus en plus pesante, où l’intellect ne suffit plus à expliquer ce qu’ils découvrent.
Le parfum de la folie
En pénétrant dans la chambre luxueuse et délabrée de la marquise, Blanca est immédiatement frappée par une odeur écœurante. Un encensoir encore fumant trône sur une petite table. Curieuse mais prudente, elle tente d’éteindre la braise. Trop tard. En quelques secondes, l’air saturé la fait vaciller. Un vertige violent la saisit, suivi d’une hallucination brève mais fulgurante : des silhouettes pâles, torturées, tournent autour d’elle et hurlent, puis disparaissent.

Elle hurle. Urbano, entendant son cri, accourt immédiatement. Il trouve Blanca en état de choc, suante, tremblante, les yeux perdus. Sans réfléchir, il la sort de la pièce, refermant derrière eux pour la préserver des vapeurs. Ensemble, ils relient cette expérience à une note retrouvée dans le laboratoire : l’encens utilisé est probablement une “essence de dissuasion”, une mixture alchimique aux effets hallucinogènes, conçue pour affecter humains et créatures occultes.
Les Goya maudits
Une fois le courant d’air rétabli, la fumée se dissipe, révélant deux tableaux oubliés, jusqu’ici noyés dans l’obscurité. Blanca, experte en art, les identifie immédiatement comme des œuvres originales de Goya, mais jamais répertoriées. Elle reconnaît dans leur style la période noire du peintre — les “pinturas negras” — mais ces deux toiles, intitulées L’Échange et L’Effet de la Sainte-Épine, sont absentes de toute archive connue.
- L’Échange : une créature cadavérique, loqueteuse, tient deux nourrissons — l’un monstrueux, l’autre humain, mais terrifié.

- L’Effet de la Sainte-Épine : des êtres difformes, tapis dans une grotte, reculent de terreur face à une lumière mystique.

Ces visions d’horreur sont d’une puissance symbolique rare. Blanca les enroule précieusement avec les autres toiles collectées. Elle sait que ces œuvres doivent être sauvées et étudiées, mais plus encore : elles sont des clés vers la vérité du mystère Pickman.
Une clé, puis la tempête
Alors qu’Urbano s’apprête à quitter la pièce, son regard accroche un éclat rouge près de la porte : une clé, recouverte de ce qui semble être de la peinture. Il la saisit — elle semble taillée pour correspondre au cadenas aperçu dans le bureau.

Mais à cet instant, une explosion pulvérise la fenêtre. Verre, bois, poussière et gravats s’abattent dans la chambre. La guerre civile, jusque-là en bruit de fond, vient de frapper au seuil du manoir. Urbano, surpris, tente une esquive pour éviter les débris projetés par le souffle…
Le manoir s’effondre peu à peu autour d’eux, au rythme des révélations et des bombes.


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