Avant le grand départ, il reste une ultime épreuve à affronter : l’entraînement au centre de flottabilité neutre. C’est là, dans cette immense piscine de plus de 12 mètres de profondeur, que l’équipage simule pour la dernière fois les conditions de travail en apesanteur.
L’eau, chlorée, reflète violemment la lumière artificielle des projecteurs sur les murs carrelés, créant une ambiance surréelle, presque lunaire. Autour du bassin, les pompes vrombissent, maintenant une circulation constante. L’acier des passerelles suspendues au plafond grince parfois, survolé par les silhouettes des techniciens concentrés, observant chaque mouvement.
Au bord de l’eau, deux silhouettes familières se tiennent prêtes : le lieutenant-commandeur Belton et le capitaine Hamlet. En combinaison de plongée, ils examinent minutieusement les MMU — les unités de mobilité autonome. Ces systèmes, véritable concentré de technologie, sont composés de propulseurs et d’un support de vie complet. Ils permettent à un astronaute de manœuvrer librement dans l’espace, sans être attaché à un vaisseau.
Mais ces combinaisons sont aussi des monstres d’ingénierie : encombrantes, complexes, exigeantes. Rien n’est laissé au hasard. Chaque réglage est passé au peigne fin. Ce sont les dernières heures d’un compte à rebours implacable. Le moindre détail peut devenir une question de vie ou de mort.
L’ambiance est tendue, mais concentrée. L’équipage n’a plus qu’une chose en tête : tenir bon, exécuter, et survivre. Le vide de l’espace les attend.

Un équipement massif pour une mission hors normes
Les unités de mobilité autonome — ou MMU — sont des monstres de technologie. Ces combinaisons, bardées de propulseurs intégrés, permettent aux astronautes de se déplacer en autonomie dans l’espace. Mais elles sont aussi terriblement encombrantes, difficiles à manier, et loin d’être intuitives. Le moindre mouvement devient une épreuve. Le moindre geste doit être anticipé.
Alors que Belton et Hamlet inspectent le matériel, deux silhouettes apparaissent : Weintraub et O’Neill. En combinaisons légères, encore novices, ils n’ont ni l’assurance ni la prestance des astronautes entraînés. Weintraub semble au bord du malaise, fixant la piscine comme si elle était remplie de prédateurs. O’Neill, lui, est tendu, mais résigné.
Belton prend le relais, d’une voix calme et maîtrisée :
« Messieurs, aujourd’hui on va vous familiariser avec les MMU que vous utiliserez en orbite. L’objectif est simple : apprendre à vous déplacer dans cet environnement qui simule la microgravité, et à manipuler des objets en conditions extrêmes. »
Hamlet est là aussi, en soutien rapproché. Turner, comme d’autres, choisit de ne pas s’immerger, préférant observer depuis la cabine de contrôle, où sont diffusées les images des multiples caméras positionnées autour et sous la piscine. Spay est à ses côtés, concentré, les yeux rivés sur les écrans.
Un test grandeur nature sous 15 mètres d’eau
Le centre de flottabilité neutre est une piscine colossale. Plus de 12 mètres de profondeur, des turbines puissantes pour simuler les pressions et les courants que l’on pourrait ressentir dans l’espace. Un ballet silencieux s’engage alors.
Weintraub et O’Neill sont assistés dans l’équipement des MMU, aidés par Belton et Hamlet qui plongent avec eux, vêtus de combinaisons de plongée et de bonbonnes d’oxygène. Le silence est seulement brisé par le souffle amplifié des respirations dans les masques.
L’angoisse est palpable. Ces deux scientifiques n’ont ni l’endurance ni les réflexes des militaires. Spay, en observation, en est convaincu : ça va être un carnage. Ce sont des civils. Pas des astronautes. Et ça se voit.

Observation, hésitation, et soutien émotionnel
Dirk, également en cabine d’observation, hésite. Il sent que Belton, bien que professionnel, manque peut-être d’empathie. Hamlet est plus accessible, mais les deux sont déjà très sollicités. Dirk s’interroge : leur présence — froide, technique — suffit-elle ? Est-ce que ces deux passagers, en détresse émotionnelle autant que physique, n’auraient pas besoin d’un appui moral ? Il tente de lire dans leurs attitudes un signal, un appel au secours.
Mais l’intuition ne suffit pas. L’exercice commence.
Une chorégraphie sous pression
Hamlet prend la tête, Belton ferme la marche. Ils descendent à 15 mètres. O’Neill suit Belton, tandis que Weintraub, spontanément, reste proche de Hamlet. Les MMU sont rigides, presque mécaniques. Les visières de Weintraub et O’Neill affichent des indicateurs numériques pour compenser leur manque de repères sensoriels.
Sous l’eau, ils doivent simuler un déplacement orbital précis. À ce niveau, tout repose sur la gestion des angles de rotation. Pour des astronautes entraînés, ces calculs sont instinctifs. Pour Weintraub et O’Neill, c’est un cauchemar mathématique en trois dimensions.
Ils tentent maladroitement de faire des roulets-boulets. Leurs mouvements sont imprécis, leurs réactions tardives. Les propulseurs embarqués réagissent avec brutalité, déséquilibrant leurs trajectoires.
Turner et Spay observent, consternés. Ce qu’ils voient n’a rien d’encourageant. Même avec toute la bonne volonté du monde, ces deux-là n’ont ni les compétences ni les réflexes pour assurer ce genre de mission. C’est une scène presque triste. Un spectacle déprimant.
Des yeux partout
Dans la cabine d’observation, Turner, Spay et Dirk ne sont pas seuls. À un étage supérieur, dans une tour vitrée surplombant le bassin, d’autres figures scrutent l’exercice.
Il y a Scalzo, directeur de la NASA. Et Aaron Woolrich, colonel de la NSA. Leur présence ne fait que renforcer la pression. Ce n’est pas un simple entraînement. C’est une évaluation, un test décisif, une possible répétition générale pour une mission dont personne ne connaît tous les tenants.

Simulation d’urgence : la panique prend le contrôle
Depuis la tour d’observation, Scalzo (directeur de la NASA) et le colonel Aaron Woolrich (NSA) observent l’exercice. Tout est filmé, analysé, enregistré. Le test, pourtant basique — ouvrir une trappe et la traverser — devient rapidement un cauchemar.
O’Neill, malgré sa nervosité apparente, surprend par sa concentration. Il parvient à accomplir l’exercice au deuxième essai avec une lenteur méthodique. Mais Weintraub, lui, s’enfonce dans l’échec. À son troisième essai, sa respiration s’accélère de façon alarmante, perceptible à travers les communications. Hamlet tente de l’apaiser calmement :
« Prenez votre temps. C’est comme le vélo. Il faut l’apprentissage. Après, ça ira. »
Il accompagne ses paroles de gestes lents, cherche à capter son regard. Mais rien n’y fait.
Weintraub ne répond à aucune consigne. Il appuie sur les propulseurs sans logique, sans contrôle. Il dérive. La visibilité de Belton est brouillée par un nuage de bulles. L’ordre et le protocole s’effondrent dans une confusion sous-marine.

Perte de contrôle et décompensation
Spay, depuis la cabine d’observation, tente de repérer des signes d’échange inhabituel entre Weintraub et O’Neill. Mais tout est chaotique. Weintraub devient incontrôlable. Il ne comprend plus rien. Il ne voit plus rien. Il panique.
« 37 degrés ? Mais comment je fais 37 degrés ?! J’y arrive pas ! »
Turner observe les constantes vitales grimper dangereusement. Weintraub est en train de perdre pied. Il fonce dans un tunnel de simulation, long de 10 mètres, paniqué. Hamlet tente de le rattraper, mais son champ de vision est étroit. Turner intervient à son tour :
« Weintraub, souvenez-vous : ceci n’est qu’un exercice. Vous avez des capacités supérieures à ce que vous croyez. Restez avec nous. »
Mais l’effort est vain. La terreur a pris le dessus. Weintraub hurle dans les micros :
« Sortez-moi de là ! J’ai pas assez d’air ! Aide-moi ! Je suis claustrophobe ! »
O’Neill, pourtant plus stable, ne sait comment réagir. Belton tente de reprendre le contrôle :
« Monsieur Weintraub, restez calme. L’alimentation fonctionne parfaitement. »
Mais Weintraub n’entend plus rien. La panique l’a complètement submergé.
Mayday dans la piscine
Dans un déchaînement désordonné, Weintraub transforme sa combinaison MMU — un bijou de technologie de plus de 140 kg — en projectile instable. Il percute violemment une structure métallique. Un technicien hurle :
« Mayday ! Fuite détectée dans l’unité de Weintraub ! »
L’eau autour de lui se trouble. Du sang. Turner bondit : attaque de panique sévère. Les constantes s’effondrent. Il s’est blessé en se débattant contre sa propre combinaison.
Hamlet se jette à sa poursuite pour tenter de désactiver les réacteurs. La situation est critique. Les alarmes retentissent, les lumières rouges inondent la piscine et les couloirs.

Une intervention à deux pour sauver Weintraub
Mais Hamlet est seul. Weintraub se débat tellement qu’il est presque impossible de l’approcher. Hamlet fait alors un geste clair à Belton : il faut intervenir ensemble. L’immobiliser. Couper les propulseurs. Le sortir de là vivant.
C’est une question de secondes.
Course contre la montre
L’eau est désormais un chaos bouillonnant. Belton, parfait dans ses gestes, fend les remous pour approcher Weintraub, pendant qu’en surface, les techniciens déclenchent les pompes pour créer un courant artificiel — une tentative désespérée pour extraire le scientifique en détresse du tunnel. Et c’est alors que, contre toute attente, O’Neill se jette en avant :
« Bruce, Bruce, regarde-moi ! »
Sa voix, ferme, autoritaire, tranche avec son allure frêle. Elle tranche même avec tout ce qu’on pensait savoir de lui.
Mais il est déjà trop tard. Weintraub convulse. Sa combinaison fuit. De l’eau s’infiltre dans son casque, mélangée à du vomi, des restes de repas, du sang. Turner bondit :
« Colonel, il en a pour quatre minutes, pas plus. Il faut l’évacuer maintenant. »
Le courant s’intensifie. Les turbines tournent à plein régime. Mais Weintraub est trop lourd. Hamlet tente de le maintenir, crie pour avoir de l’aide. Turner appelle Dirk à l’action. Il hésite. Quelque chose ne tourne pas rond. Ce n’est pas juste un accident. C’est une mise en évidence.
« S’il reste avec nous, il va mourir là-haut. Peut-être vaut-il mieux que ça s’arrête ici. »
Mais le débat moral doit attendre. La piscine se transforme en maelström. Un champ de bataille aquatique. Hamlet est projeté de plein fouet contre Weintraub. Son casque heurte violemment celui du scientifique. Les deux se séparent. Hamlet est propulsé dans une structure métallique qui s’effondre. Il coule.
Silhouettes perdues dans la tempête
Hamlet disparaît dans les profondeurs, masqué par les bulles et les débris. Personne ne le voit. Lui, sous l’eau, calcule. Il analyse le risque de rupture de son casque, la vitesse d’aspiration de la piscine, sa réserve d’oxygène. Il garde son sang-froid. C’est tout ce qu’il peut faire.
Il tente une manœuvre de remontée. Son casque est endommagé. Son bras est en feu. Mais il remonte, lentement.
En surface, la panique ne faiblit pas. Belton, massif, tente d’extirper Weintraub de l’eau. Turner est là, prête avec le défibrillateur. Elle plonge les électrodes à travers la combinaison éventrée et administre un choc. Weintraub bouge. Mais ses lèvres sont bleues. Son visage, inerte.
Une réaction trop neutre
O’Neill, témoin de toute la scène, a retiré son casque. Il est face à Weintraub. Son regard est impassible. Trop impassible. Spay le remarque. Ce n’est pas la neutralité d’un scientifique formé au choc. C’est l’absence totale d’émotion.
Et Spay commence à se poser des questions.
Un doute persistant
Dirk, depuis le poste d’observation, tente de comprendre. Il repasse mentalement les images. Avant que la panique ne s’installe, y a-t-il eu des signes ? Une connivence ? Un langage codé entre O’Neill et Weintraub ? Des gestes, un regard, un signal ?
Ils ont été séparés pendant l’analyse médicale. Mais sont-ils vraiment étrangers l’un à l’autre ?
Quelque chose ne colle pas. Et plus l’exercice tourne au désastre, plus l’évidence se dessine : ce n’est pas une crise ordinaire.
Doute, tensions et désordre en surface
L’agitation est totale. Des gyrophares clignotent, les couloirs résonnent de pas précipités, les ordres fusent. Weintraub reprend conscience. Turner, à ses côtés, est brièvement submergée par l’euphorie : réanimer un homme dans cet état, dans ces conditions, relève du miracle. Mais autour, le chaos règne encore. Les techniciens rangent en silence. O’Neill, quant à lui, reste à l’écart, comme figé.
Belton, toujours dans son rôle de leader professionnel, tente d’instaurer un semblant de normalité. Il s’adresse à chacun avec calme : à Weintraub, il pose une main sur l’épaule et dit :
« Bruce, vous venez de vivre votre première vraie expérience d’astronaute. Ce n’était pas beau, mais c’était réel. En situation de stress, on garde son calme, on trouve des solutions. Vous l’avez fait. Bravo. »
À O’Neill, il répète que garder le contrôle de son corps est déjà une victoire dans l’espace. Mais la réponse d’O’Neill est brutale :
« J’ai rien maîtrisé. Je me suis pissé dessus. J’étais paralysé. »
Belton tente d’alléger :
« Les combinaisons récupèrent l’urine. »
Mais l’humiliation est là. O’Neill s’éloigne, sonné, trempé, abattu. Aucun mot pour Weintraub. Aucun geste.
Sous le regard des supérieurs
En hauteur, dans une cabine vitrée, les supérieurs hiérarchiques — Woolrich, Scalzo et Spay — sont en pleine discussion. Les gestes de Spay sont fermes, presque agressifs. Woolrich ne fléchit pas. La tension entre eux est visible, pesante. Scalzo, lui, observe en silence.
Turner surveille encore les constantes de Weintraub, toujours allongé, stabilisé mais fragile. Pendant ce temps, O’Neill, au lieu d’accompagner son camarade à l’infirmerie, s’éclipse pour se changer. Couvert d’urine, hébété, il ne cherche même pas à savoir si Weintraub va s’en sortir.
Dirk, inquiet, tente une approche. Il l’interpelle par son nom secret — Al Kissinger. Cela provoque une réaction minime. Un sursaut d’épaules. Mais O’Neill continue de marcher.
« Vous ne voulez pas aller avec moi à l’infirmerie voir votre ami ? »
« Je suis couvert de pisse. Il faut que je me change. »
Dirk le laisse partir. Le dégoût, l’incompréhension, le soupçon — tout se mêle.
Une ruche qui ne dort jamais
Le centre d’entraînement, malgré le chaos passé, reste éveillé, éclairé. Une ruche en veille, mais prête à redémarrer. La mission approche. Et chacun retourne à sa place.
Les heures passent. Dirk rumine. L’impuissance vécue face à la crise, l’indifférence d’O’Neill, les regards échangés entre les officiers supérieurs… Il repasse tout en boucle. Il n’arrive pas à se défaire de cette scène.
Un test de santé mentale est déclenché. Tous les membres de l’équipage sont évalués. Spay et Macmillan réussissent à garder leur calme. Hamlet, lui, ne tient pas. Physiquement blessé, psychologiquement secoué, il est transféré à l’infirmerie.
La tension ne redescend pas. Chacun a vu la fragilité de cette équipe. Chacun a compris que l’épreuve n’était qu’un avant-goût. Le vrai voyage, lui, n’a même pas encore commencé.
Psyché en vrille, tension en hausse
Après la panique et le chaos, place au silence. Mais ce silence n’est qu’apparent. Dans les couloirs de la base, derrière les portes closes, la tension couve.
Hamlet, encore secoué physiquement et mentalement, subit une perte de santé mentale. Turner aussi. Les deux sont marqués, profondément. Spay et Macmillan, eux, parviennent à encaisser. Ils cochent la case Impuissance dans leur seuil de rupture psychologique. Un mécanisme d’accoutumance. Un verrou de plus avant la fracture.
Spay, en façade
Spay sort de sa réunion avec Woolrich et Scalzo. Il se sent vidé. Les mains tremblantes, il s’efforce de maintenir une posture martiale, mains croisées dans le dos, visage fermé. Il murmure pour lui-même : « Est-ce qu’ils ont réussi à sauver ce gros empoté ? » avant de se diriger vers l’infirmerie.
Dirk face à O’Neill
Dirk, resté seul en salle de briefing, passe des heures à réviser les données médicales, les résultats, les images. Lorsqu’il émerge enfin, il réalise qu’il est presque minuit. Le centre est désert, ses pas résonnent dans les couloirs vides. Il se dirige vers ses quartiers, appuie sur le bouton de l’ascenseur… et les portes s’ouvrent sur O’Neill.
Surpris, figé dans un coin de la cabine, O’Neill tient une chemise cartonnée marquée Confidentiel. Son regard trahit la panique. Il se recroqueville, tente d’éviter le regard de Dirk. Celui-ci entre sans un mot. Les portes se referment. Silence.
Verrouillés
L’ascenseur descend. Lentement. Trop lentement. Puis soudain, il s’arrête brutalement entre deux étages. Les lampes de secours s’allument. Une lueur verdâtre et maladive baigne la cabine. Une voix grésille dans l’interphone : « Panne technique. Intervention en cours. Patientez. »
Dirk en profite. Il s’approche, presque front contre front avec O’Neill.
« Vous avez besoin d’un ami. »
Il le pousse, verbalement. L’écrase sous la pression psychologique. Et O’Neill craque.
« Vous tous… Vos amis… Vos supérieurs… Vous êtes en train de mettre délibérément la vie de Weintraub en danger. »
Il parle enfin. Les mots sont durs. Son visage se congestionne. Il hurle :
« C’est une mission suicide, ce Blacksat. C’est ça que vous devez comprendre ! »
Dirk tente de garder le contrôle. Mais O’Neill ne lâche plus. Il hurle, crache la vérité, ou ce qu’il en croit. Dans l’ascenseur figé, à la lumière maladive, une autre vérité est en train d’émerger. Peut-être.
Confidences sous pression
Dans l’ascenseur figé, alors que la lumière d’urgence baigne les parois d’un vert maladif, O’Neill craque. Il hurle, déborde. Il accuse. La mission Blacksat serait un mensonge. Un piège. Un suicide organisé.
Dirk tente de le raisonner, de proposer un plan alternatif. Mais O’Neill est paniqué. Il parle de Mustangfield, un lieu qu’il décrit comme une prison militaire où lui et Weintraub auraient été retenus. Il accuse Woolrich d’avoir manipulé le projet, d’être dépassé par l’objet même qu’il prétend contrôler.
« Mais c’est Blacksat qu’il contrôle ! »
Dirk essaie de l’amener à coopérer. Il lui parle d’alliance, de solutions. Mais dès qu’il mentionne la possibilité de détruire le satellite, O’Neill panique et se rétracte aussitôt :
« Oubliez ce que j’ai dit. Oubliez tout. »
Quand les portes de l’ascenseur s’ouvrent enfin, un technicien et un militaire armé se présentent. Dirk désamorce habilement la situation, évoquant une simple crise de claustrophobie. L’urgence est passée, mais la tension reste ancrée.
Retour à l’infirmerie
Pendant ce temps, Hamlet est toujours pris en charge à l’infirmerie. Son bras est sérieusement blessé. Turner, d’un ton maternel mais ferme, lui recommande d’économiser ses mouvements. Hamlet, lui, est en chute libre mentale. Il se sent responsable, inutile, éclipsé par un Belton parfait, distant, presque méprisant.
Spay, également présent, se montre détaché. Il ne s’attarde pas sur l’état de Hamlet. Il s’adresse directement à Turner, questionnant la viabilité de la mission :
« Ne pensez-vous pas que nous sous-estimons la dangerosité de cette mission ? »
Mais la réponse est cinglante. Le discours du colonel tombe, glacial. Il affirme que tous les paramètres ont été étudiés, que les ordres viennent d’un niveau d’accréditation supérieur. Le plan est verrouillé. Inflexible. Deux scientifiques sont désignés. C’est avec eux — et uniquement avec eux — que la mission Blacksat partira demain.
Conflit ouvert
Spay insiste. Il parle de leadership, de responsabilité, de rigueur scientifique. Il tente d’ouvrir le débat.
Mais le colonel le coupe net :
« Vous pouvez considérer cela comme un ordre. »
L’ambiance est lourde. Même Turner, d’habitude disciplinée, montre un instant une lueur de rébellion dans le regard. Mais elle se ravise aussitôt. À voix basse, elle affirme :
« Nous ferons tout ce qui est en notre possible pour mener à bien la mission. »
La réalité s’impose : la survie de l’équipe repose sur des protocoles flous, des consignes classées secret-défense et des décisions prises bien au-dessus de leurs têtes.
Ligne rouge
Le ton monte sur la question des préparations médicales. Spay accuse, évoquant des injections douteuses, des traitements chimiques administrés jadis à de jeunes soldats. Le colonel ne nie pas. Il évoque ses succès passés, ses transformations de recrues en machines de guerre.
« J’ai vu qu’avec les bonnes doses, on pouvait transformer des jeunes recrues tout juste sortis de l’université en bêtes à tuer au milieu du désert. »
Mais malgré son aplomb, une chose est claire : tout le monde est à la limite de rupture. La mission Blacksat est un fardeau que plus personne ne porte sereinement.
Ordres absurdes et tensions à vif
Dans l’infirmerie, la situation bascule. Turner, médecin compétente et calme jusqu’ici, explose sous la pression. Le colonel vient de lui ordonner de doper les deux civils pour les rendre aptes à réparer Blacksat. L’absurdité de la demande déclenche une réplique immédiate :
« Je ne vous reconnais plus, colonel. Vous racontez n’importe quoi. »
Ce n’est plus une mission, c’est une fuite en avant. Le discours du colonel vire au délire paranoïaque : il évoque des drogues de guerre, des méthodes d’endurance militaire absurdes dans un contexte spatial. Pour lui, il suffit de “remonter” Weintraub, le colosse paniqué, et de “donner de l’énergie” à O’Neill, frêle et traumatisé, comme s’il s’agissait de machines à réparer.
Turner n’en peut plus. Elle le traite de complotiste, de technocrate déconnecté, et ironise avec amertume :
« Oui, oui, bien sûr, colonel. J’ai mes fameuses seringues magiques pour transformer un lambda en astronaute. »
Hamlet, témoin de la scène, reste figé, choqué. Spay, de son côté, pousse un long soupir. Tout le monde comprend que l’officier supérieur a perdu pied. Il n’écoute plus rien, ignore les contraintes médicales, et sacrifie la cohérence de la mission au nom d’un impératif : que Blacksat soit réparé. À n’importe quel prix.
Colère rentrée, peur révélée
Hamlet ne dit rien, mais son silence est lourd. Rongé par la colère, il s’isole et entre dans la chambre d’observation où se trouve Weintraub. Ce dernier a repris connaissance depuis deux heures. Il pleure, mutique, recroquevillé. Hamlet l’observe longuement, le fixe — et quelque chose bascule. La pitié s’efface. La colère prend le dessus.
Il entre. Weintraub sent sa présence, panique, bafouille. Mais Hamlet ne recule pas. Il l’interroge sèchement, sans violence mais avec une intensité glaçante. Ce qu’il veut, c’est la vérité. Et la vérité se cache derrière la peur. Pas la peur de l’eau. Pas la peur d’un entraînement. Une peur plus ancienne, plus viscérale.
Weintraub finit par craquer. Sous la pression d’un Hamlet implacable, il s’effondre :
« Non… non… pas seulement ça. L’espace. Le pire c’est pas ça. C’est pas ça… »
Ses sanglots déforment ses mots. Il serre les draps comme un enfant terrorisé. Il veut parler, mais quelque chose — ou quelqu’un — l’en empêche. Hamlet, lui, sent qu’il touche enfin à une vérité plus sombre que tout ce qu’on leur a dit jusque-là.
Secrets, caméras et menaces en orbite
Hamlet pensait avoir arraché une vérité. Pendant un instant, Weintraub a craqué :
« Le pire, c’est ce qui nous attend là-haut. »
Mais avant d’en dire davantage, ses yeux se figent au-dessus de l’épaule d’Hamlet. Une caméra. Il comprend qu’il est surveillé. Pris de panique, il se replie brutalement :
« Oubliez tout. Je ne dirai plus rien. »
Le pilote n’insiste pas. Il comprend que la peur de Weintraub dépasse le simple traumatisme. Quelque chose là-haut les attend, et ceux qui savent préfèrent se taire.
En quittant la pièce, Hamlet surprend une conversation dans le couloir : Derdre Turner tente de convaincre O’Neill de se reposer. Elle tient un discours étrange, quasi hypnotique. Le regard qu’O’Neill lance à Hamlet en partant est glacial. Ce regard, Hamlet ne l’oubliera pas.
Épuisé, Hamlet retourne s’asseoir. Bientôt, tous les membres d’équipage devront entrer en isolement pour garantir un repos optimal avant le vol. Les dernières heures sont précieuses.
Ultimes préparatifs sous tension
Spay, de son côté, profite du relâchement relatif des protocoles pour essayer d’obtenir une combinaison de secours. Grâce à un jeu de bureaucratie habilement mené, il parvient à obtenir ce matériel sans alerter les autorités supérieures. Pas un mot aux civils : ils ne veulent plus le voir, et l’inverse est sans doute tout aussi vrai.
Dirk, lui, est rongé par le doute. L’échange dans l’ascenseur avec O’Neill l’a profondément marqué. Il est désormais convaincu que Blacksat est au centre d’un mensonge colossal — et peut-être d’un désastre à venir. Il ne sait plus quoi croire : faut-il réparer le satellite ? Le détruire ? Il est trop tard pour trancher. La décision viendra dans l’espace.
Mais Dirk prend une décision personnelle : il veut embarquer une arme à bord. Officiellement, cela pourrait passer comme un oubli de routine, une trace d’un entraînement. Officieusement, il veut pouvoir se défendre — ou agir, si les choses tournent mal.
Il tente de passer avec une arme dans ses affaires, bluffant les agents au portique.
Raté.
L’alarme se déclenche. Pris la main dans le sac, Dirk improvise. Il tente de désamorcer la situation avec un humour lourd, typique de son personnage. Il enchaîne les blagues graveleuses, tente de désamorcer la tension en jouant le militaire un peu beauf mais inoffensif.
Le succès ou l’échec de cette diversion dépendra d’un dernier test : son charisme.


Leave a Comment