L’exploration du manoir de la marquise révèle des strates de secrets toujours plus sombres : un sanctuaire monarchiste, des lettres évoquant orgies rituelles et grossesse mystérieuse, des vêtements brodés d’initiales inconnues, et une porte blindée dissimulée derrière un rideau. Entre occultisme, souterrains madrilènes et quête désespérée d’une mère, l’enquête bascule dans l’indicible. Sixième chapitre de notre campagne L’Appel de Cthulhu dans le Madrid assiégé.
Le manoir de la marquise : plus vivant qu’il n’y paraît
Alors que le capitaine Urbano tente de forcer la porte d’entrée pour garantir une éventuelle échappatoire, il découvre qu’elle mène en réalité sur un simple vestibule fermé par une seconde porte. Il s’acharne néanmoins, y parvient avec succès — au prix de quelques jurons étouffés. La voie est libre pour une retraite rapide si les choses devaient mal tourner.
Blanca, quant à elle, le suit de près. Dans cette demeure toujours déserte, un silence pesant règne. À l’étage inférieur, une pièce retient leur attention : un sanctuaire figé à la mémoire du marquis défunt.

Les murs sont couverts de portraits d’officiers et de symboles monarchistes. Un mannequin en cire porte un uniforme colonial, et une étagère expose sabre ancien et revolver. Un buste d’Alphonse XIII trône fièrement, entouré de daguerréotypes et de médailles. Tout ici est impeccablement entretenu. Contrairement au reste du manoir, cette pièce est nettoyée régulièrement : un signe clair d’une présence active et d’un attachement profond à ces souvenirs.
Une lettre cachée révèle un nouveau pan du mystère
Mais ce n’est pas tout. Blanca, attentive, repère dans la bibliothèque un ouvrage inséré à l’envers sur l’étagère. Une anomalie révélatrice. À l’intérieur, dissimulée en guise de marque-page, elle découvre une nouvelle lettre — ancienne, manuscrite — adressée au marquis. Elle y lit :
« Monsieur le Marquis,
Je me permets de vous écrire en ces jours de grande signification chrétienne, afin de vous transmettre des nouvelles encourageantes sur l’état de votre fille, Genoveva. Que Dieu la protège. »
Le contenu complet de la lettre n’est pas encore révélé, mais le ton et l’introduction laissent entendre que Genoveva, la marquise actuelle, a déjà été l’objet d’inquiétudes graves dans sa jeunesse. Peut-être des troubles mentaux, une crise spirituelle, ou autre chose. Cette lettre s’ajoute aux pièces du puzzle : le prêtre Augustin, dans sa lettre de 1913, évoquait déjà des projets « insensés » de la part de Genoveva, alimentés par une douleur ancienne et des influences mystiques dangereuses.
Une maison pleine de fantômes
Entre les lettres retrouvées, les tableaux étrangement cachés, les pages bibliques mutilées et les sanctuaires poussiéreux, le manoir de la marquise se révèle comme un lieu chargé d’une mémoire familiale sombre, faite de deuils, de secrets religieux et de tentatives d’occultisme.
Mais l’œuvre de Pickman, introuvable pour l’instant, reste au centre de l’énigme. L’étrange tableau, censé avoir le pouvoir d’invoquer ce qui fut perdu, n’est toujours pas localisé. Et si Genoveva est bien présente dans la maison, elle ne s’est pas encore manifestée…
Un passé plus obscur encore : révélations sur la marquise
Dans une nouvelle lettre dissimulée au fond d’un livre de la bibliothèque du marquis, Blanca met au jour un témoignage bouleversant. Rédigée par une religieuse ou une tutrice pieuse, cette lettre retrace les années de perdition de Genoveva, la future marquise. On y apprend qu’elle avait autrefois sombré dans une forme d’occultisme extrême, influencée par des adorateurs du diable et perdue dans des pratiques sexuelles et rituelles d’un autre monde.
La lettre évoque sans détour des orgies dans des grottes, l’abandon aux drogues et l’apparition d’une grossesse mystérieuse — celle d’Isidoro, l’enfant que Genoveva élèvera seule. Le texte insinue que cet enfant pourrait être le fruit d’un rite, d’un acte sacrilège, et non d’une union classique. Même après sa réhabilitation dans la foi, des « délires » concernant la naissance de l’enfant persistaient chez elle.
Mais un passage retient surtout l’attention des enquêteurs : la mention d’une relique familiale que les adeptes du groupe occulte auraient voulu profaner. Ce détail crucial suggère l’existence d’un objet — ou peut-être du tableau disparu — ayant un rôle central dans l’obsession de la marquise.
Dans les recoins du manoir : vêtements d’un fantôme

En fouillant l’étage supérieur, les deux protagonistes découvrent une pièce surprenante : un atelier de couture, minutieusement entretenu. L’odeur de naphtaline y est forte, et chaque vêtement présent semble confectionné pour un jeune homme élancé. Tous les habits sont brodés des mêmes initiales : E.O.A.P.
Si les deux dernières lettres renvoient clairement à « Alcalá-Prieto », le nom de la marquise, les premières interrogent : E.O. Un autre enfant ? Un frère d’Isidoro ? Un fils perdu ? Blanca et Urbano comprennent qu’ils ne font peut-être pas face à une famille noble ordinaire, mais à quelque chose de bien plus tourmenté.
Un bureau en activité, un esprit encore présent ?
Blanca pousse l’exploration jusqu’à une pièce sobre mais révélatrice : un bureau parfaitement tenu, sans trace de poussière. Là aussi, des signes d’usage récent : papiers empilés, encrier encore humide, rideaux occultants. Elle tire les lourdes tentures pour faire entrer la lumière, révélant un mobilier massif et de nombreux registres. L’endroit ne semble pas abandonné — la maison est-elle donc réellement vide ? Ou ses occupants se terrent-ils dans l’ombre, à l’affût ?
Une chose est sûre : le danger rôde, tapi dans le silence des souvenirs et dans le poids des secrets familiaux. L’enquête n’a pas encore révélé tous ses mystères — mais elle touche à une vérité plus sombre que prévue.
L’abîme de la raison : une porte vers l’indicible
Dans le bureau impeccablement tenu de la marquise, Blanca découvre une pièce maîtresse du mystère : un rideau dissimule non pas une fenêtre, mais une lourde porte blindée, cadenassée, manifestement installée bien après la construction du manoir. Son existence même détonne dans cette demeure figée dans un passé monarchique et décadent. Qu’est-ce qui mérite d’être caché derrière une telle protection ?

En parallèle, un livre abandonné sur le bureau, L’Abysse de la raison, révèle une légende oubliée de Madrid : un réseau souterrain immense, creusé depuis des siècles, ayant servi de refuge à des communautés persécutées… ou à des cultes plus obscurs. Le texte mentionne un groupe gardien de ces profondeurs, vénérant ces lieux comme un temple interdit, entre mythe et folie. Cette lecture, alignée avec les recherches cartographiques anciennes trouvées sur le bureau, suggère que la marquise explorait activement ces légendes.
Le lien avec l’art se resserre : les aquarelles de Goya récupérées plus tôt dans la maison, sombres et oniriques, font écho à l’univers cauchemardesque évoqué dans ces textes. Il ne s’agirait plus seulement de passion esthétique, mais d’une quête mystique, peut-être morbide, alimentée par une perte intime – l’enfant évoqué dans les lettres – et une foi tordue dans les promesses du surnaturel.
L’enquête se referme… ou s’ouvre
Alors que Blanca et Urbano comprennent qu’ils n’ont fait qu’effleurer la surface d’un mystère bien plus vaste, l’épisode se conclut sur une ambiance chargée d’interrogations. À quoi la marquise tentait-elle d’accéder en perçant l’histoire souterraine de Madrid ? Qu’abrite réellement cette porte scellée dans son manoir ? Et surtout, quel rôle joue l’enfant Isidoro dans ce tableau où l’art, la douleur, la foi et l’ésotérisme s’entremêlent ?


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